Jai goûté cette chambre. Ses tons blancs cassés, ses volets à moitié fermés, son mobilier simple, le bruit du vent qui vient sécraser contre les ardoises du toit et qui essaye de pénétrer par toutes les interstices laissées par une rénovation visiblement un peu bâclée. La porte qui claque à intervalle régulier et dont le bruit horripilant me berce pourtant.
Je my suis retrouvée seule. Volontairement. Pour la première fois depuis des semaines. Jai laissé Thomas se promener avec Florent le long du bras de mer, linterroger longuement sur le vent, les poissons, les bateaux qui ne pénètrent jamais dans la baie.
Jai décidé ce matin-là de démissionner quelques instants de mon rôle de mère attentionnée et dépouse diligente. Pour quelques heures, jai essayé. Sans essayer de savoir si il sagissait du bon moment.
Cest un hôtel de brique peinte en rouge vif avec trois tourelles qui dominent une plage immense le long dun bras de mer. Il est situé face à un grand promontoire et le bras de mer, progressivement domestiqué par les hommes et les chasseurs et nest peuplé que davocettes et de hérons sauvages.
Cest le genre dadresse que lon garde pour les escapades qui réparent les blessures dune crise conjugale ou pour les week-end réparateur.
Ce sont des week-ends que lon réserve à lavance en quittant lhôtel le dimanche midi.
Ce sont des familles, des couples, jeunes ou vieux, un salon avec 1 vieux piano désaccordé, quelque fauteuils recouvert de lin ou de coton, une bibliothèque de polars et de livres sur les oiseaux, un bar un peu décalé ou lon sert de la grenadine, du genièvre et du Darjeeling, une grande salle de restaurant qui domine un petit jardin qui tourne le dos à léglise. Cest un village de maisons basses, de vieux français, danglais en villégiature et de parisiens perdus à la recherche de liode, du grand vent et des plages de la baie de Somme.
Nous nous y retrouvons en moyenne une fois tous les deux mois, seuls ou avec des amis. Jack, un collègue britannique de Thomas devait nous rejoindre ce week-end là avec sa femme très rousse et assez fatigante. Ils ont abandonné le projet, prétextant un obscur dîner reporté et puis maintenu. A la réflexion ce nest pas plus mal.
Thomas est rentré de la plage et ma fait levé le camp vers le salon. Il avait manifestement faim et sil ya bien une priorité pour lui, cest la sustentation. Florent se traînait par terre et me testait manifestement. Thomas aussi. Jai tenté de donner le change mais y suis à peine parvenu.
Nous avons fini par gagner le salon, Florent continuait dexplorer les divers recoins de la maison.
Thomas ma inquiété. Dabord un peu. Puis progressivement plus. Il ma rapidement donné limpression de me tirer la gueule. Je lai traité avec beaucoup de compréhension. Son attitude nétait finalement que la résultante de la mienne.
Depuis notre arrivée, ma bouche na pas émis dautres sons que des ronflements qui exaspèrent mon mari. Ce nest pas faute davoir essayé. Mais jai rapidement compris que ce week-end, je me contenterais dassurer le service minimum.
Javoue avoir eu une idée derrière la tête. Une idée précise. Une envie en fait. Celle de montrer à Thomas les limites de son attitude. En le singeant. Bien entendu jai un peu forcé le trait. Il sait se montrer volubile, attentionné. Mais là cette semaine, il est en lisière de ce que je peux décemment accepté sans me précipiter chez le premier faiseur de divorce. Alors ce week-end, qui lui semblait gagné davance, jai eu envie de le transformer en chemin de croix.
Quil comprenne de quoi la vie de lautre est faite quand il se contente de balader sa silhouette dans les couloirs de lappartement. Quand il ère en se donnant des airs décrivain minable en fausse crise dinspiration.
Dordinaire, malheureusement jai envie de dire, il capitule vite face à ce genre de situation. Il ne va pas puiser profondément dans son amour propre de mâle qui se prétend faussement assagi .
Là, il sest étalé dans un fauteuil vaguement déglingué pour saisir du Libé. Je le revois souvent comme çà. Jouer à lhuître lorsque jessaie de lui transmettre des messages clairs. Il va même jusquà faire semblant de lire pour éviter de maffronter. Il ne sait vraiment pas donner le change. Quand il tire la gueule, la terre entière peux le deviner. Il sest dailleurs vite endormi
.
Bonjour, jai 33 ans et je commence la crise de la quarantaine. Et le pire est à venir. Je suis une femme