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Cent ans de vie, et plus et Margot
La vieillesse ? comment définir la vieillesse ? si ce n'est que ce sont quelques valises qui se creusent dans la peau des croûtes qui apparaissent dans les cheveux et les dents qui s'enfoncent dans la chair ou qui se balancent en attendant de tomber sur le gravier. Ah, la vieillesse, c'est aussi ce que je vis au quotidien... Des personnes bienveillantes qui pensent que vous proposer de faire vos courses c'est comme vous rendre un service, alors que ne leur vient pas à l'esprit qu'on pourrait le faire soi même ... eh bien moi, depuis que j'approche le fossé des 85 ans, je n'arrête pas de penser à mes enfants, à mon mari, à ma vie que j'ai perdue à tout ce que j'ai fichu en l'air, de tout ce que j'ai raté... d'abord, j'ai été mannequin, puis j'ai eu mes deux filles jumelles, puis j'ai épousé un ancien soldat qui est mort d'une cirrhose aiguë. deux maris dans la même année. Et, puis y a mes filles que j'ai perdu dans un accident de voiture et puis y a Oscar, mon chat que j'ai aussi perdue dans la même année. et maintenant, me voilà dans une maison de retraite à pétaouchnoque avec plus personne à qui parler à part de vieux grabataire aux dents usés par la vie, des grimacés qui ont du mal à vous tirer un sourire... et puis y a moi, qui me dit pourquoi je vis encore, pourquoi est ce que je suis pas au ciel comme mes proches.. pourquoi je lutte encore alors que d'autres sont déjà partis Je ne sais plus si chaque jour je dois remercier dieu ou le maudire d'être toujours là. Conchetta arrive pour me verser une citronnade, je suis la doyenne de la maison me reste t'il encore de belles journées à vivre ou bien de mauvaises journées à encore subir ? Je ne sais plus ce que je veux, ce que je ne veux pas, tout ce que je sais c'est que les miens me manquent. et que c'est dur d'être vielle...seul, sans personne à qui parler, juste des visages sans nom, sans âme, qui ne pleurent plus de joie comme je le faisais avant, juste des visages qui se cachent dans le salon de télé ou derrière des jeux juste des visages qui en ont marre comme moi, Margot et qui s'habituent petit à petit à la mort qui arrive. |