Goût mentholé et savoureux qui glisse dans la bouche.
Un toaster qui sanime, laccouchement de pains briochés qui se prépare : cest lundi matin. Il faut aller travailler.
Elle dit Tu veux un thé, chéri ?
Chéri ? Un jeune Anglais, employée comme trader chez BancaPaolo.
Il dit Oui, avec du sucre et du lait. Elle rit. Le train passe.
Les fenêtres de la cuisine ouvrent sur le monde.
Elle dit Oui, sucre et thé pour ne pas changer de tes origines britishs
et lui tend un sachet de bonbons mentholés.
Il dit You know, un Anglais a besoin de voyager à travers son thé.
Ils rient à gorge déployée.
Steven et Laura sunissent pour la vie. Deux beaux jumeaux sinstallent.
Il dit Tu aimerais en avoir dautres, ma chérie ?
Surprise, elle lui répond Dautres enfants ?
Il confirme Oui.
Elle pense que la vie est longue. Elle viens davoir 24 ans. Elle lui glisse à loreille On a toute la vie pour en avoir.
Ils étaient jeunes mariés. La fraîcheur de leur rencontre était là.
Voyages fruités, croisières exotiques les attendaient.
Pour fêter la naissance des petits, Mamie Nicole avait pris les bébés couches en charge et leur offrait leur premier voyage.
Tant de magazines touristiques dans cette agence. Assis, lun prêt de lautre, dans un fauteuil feutré, ils attendent patiemment leur tour.
Pour occuper leur attente, ils dégustent un bonbon à la menthe.
Un jour, il linvite au restaurant. Le Crillon, restaurant haute gamme de la capitale : un 4 étoiles.
Tapis rouge déroulé. Elle en robe de princesse. Lui, en prince incarné.
Les saveurs se mélangent. Odeurs et musique se conjuguent.
Les serveurs sont épuisés. Le repas est divin.
Au dessert, il lui offre un bonbon mentholé pour cacher le goût dail des escargots, omniprésent dans sa bouche.
Il dit Tu veux être ma femme ?
Les bruits des couverts vont se réfugier dans le silence. La musique est suspendue dans le vide. Le temps sarrête. Le monde attend sa réponse.
Elle est jeune, à peine 20 ans. Elle a peur, mais elle dit
Oui chéri, je veux être ta femme pour le meilleur et pour le pire.
Il lAime avec son goût dail et de menthe dans la bouche.
Dans un camping municipal, des enfants chahutent. Il est midi.
La monitrice organise des jeux. Clan des garçons, Clan des filles.
Découverte dune colonie de vacances.
Elle dit Celui ou Celle qui atteints le vieux Chêne avec les pieds attachés en 2 minutes a gagné.
Cest la bousculade. Les rires et les pleurs se marient.
Elle gagne. Lui aussi. Bravo. Ils partagent leur lot : un paquet de bonbons à la menthe.
Il a quinze ans. Elle en a douze.
Ils sont ex aequo.
Supposons quelle ne soit jamais allé dans les Landes en Colonie.
Elle naurait jamais rencontré cet homme. Elle ne serait pas droguée aux bonbons à la menthe. Elle refuserait de vivre seule aujourdhui. Elle naurait pas déposé ses cendres, vertiges de sa flamme, au jardin du souvenir. Elle le revoit, dans ce lit, lui demandant pardon parce quil conduisait mal, parce quil avait bu. Il avait acheté une boîte dAfter Eight, des chocolats pour que demain elle travaille en pensant à lui.
Elle ne serait pas là, dans sa cuisine, mangée par la vie à 26 ans, le mal au corps à se dire que la vie continue et quil faut y aller.