Je naurai jamais imaginé vivre ça un jour. Cétait un mardi soir. Tom était parti se coucher. Insomniaque, javais choisi de rester devant la télé. Je comptais sur les programmes divers et variés pour mendormir.
Cétait le calme complet jusquau moment où il y eut un bruit dans la cuisine.
Au début, javais pensé au chat qui avait sans doute trébuché sur un des vases. Puis, ce fut le deuxième bruit qui minquiéta.
Je me suis levée aussitôt pour aller voir. En mapprochant, je reçus une bouffée de chaleur qui traversa sous la porte. Dessous, de lautre côté, une boulle de lumière allait et venait dans la cuisine. Cétait étrange.
Ma curiosité lemporta pour finir par ouvrir délicatement la porte.
Je fus stupéfaite de voir un homme tout vêtu de blanc qui souriait. Il me souriait.
Ma première réaction fut de crier au secours, mais il men empêcha.
Il fut plus rapide que moi et, de son doigt, il me scella la bouche.
Au début, jai cru à un rêve. Mais non, il était bien là.
Puis, il me dit :
- Bonjour, Anna. Naie pas peur. Je suis venue taider.
Maider ? je navais rien demandé !
Je ne pouvais rien dire et navait dautre choix que celui de lécouter.
- Comme tu le vois, tu as plusieurs portes devant toi. Tu es arrivé à un âge comme les tiens où il te faut choisir ton futur. Je sais que ta maman avant de partir ta laissé le journal des fées et celui des sorcières. De là-haut, je tai vu les lires. Aujourdhui, comme le veut la tradition tu dois choisir. Prends ton temps et choisis bien. Après cela, je partirais et te laisserais assumer ton choix.
Qui était-il ? Il ne sétait pas présenté. Pour me débarrasser de lui, je commença à observer ses portes et à penser à celle que jallais bientôt ouvrir.
Sur ma gauche, une porte flottait. Elle était entièrement faite de savon. Plusieurs savonnettes de couleur rouge ou noire avaient été collées une à une. Cétait une belle porte.
Quand je déposa ma main sur la poignée, des flammes commencèrent à danser tout autour de cette porte et le savon commença à fondre. Derrière cette entrée, jentendais des voix au loin qui criaient au secours et demander de laide.
Ma première réaction avait été de leur porter secours mais au risque de me blesser.
Soudain, une odeur nauséabonde sortit de la serrure : lodeur qui vous suit dans un deuil, dans une perte : celle de la mort. Elle meffraya, je men éloigna.
À ma droite, javais une porte généreuse. Habillée de rose, elle respirait la jeunesse et les vacances. Sur les bords, quelquun avait sculpté des petits anges qui souriaient. Leurs yeux étaient remplacés par des morceaux de cristal qui donnait encore plus de vie à cette belle porte. Elle était fixée au sol comme lon saccroche à la vie.
Au toucher, elle avait étrangement la douceur que lon a au contact dun morceau de soie ou de satin. Elle navait pas de poignet, pas de serrure. Cétait juste une simple porte et pleine à la fois.
La dernière, devant moi, était dune couleur jaunâtre et orangée. Elle était aussi transparente quun vase. Elle navait aucune odeur. Quand je la toucha, un miroir apparu.
Javais le reflet de moi-même avec dix ans de moins. Tiens, cest étrange. Moi qui suis nostalgique et qui aimerais tellement revivre ma jeunesse.
- Bon, alors ! jai dautres personnes à voir !
Cétait ce monsieur si calme et posé qui devenait impatient.
- Jai dautres clients à voir avant le lever du jour. Vite !
Je lui fis signe de la main sur la porte rose. Il me dit : « Bon choix »
Et il est reparti aussi vite quil était venu. Je me suis retrouvée seule dans la cuisine autour de ma cafetière, mon frigo, ma table, et mon mari qui me secouait le bras, pour me réveiller.