Le clown de l'homme
de Amel Bakkar



La vie est un véritable théatre. On passe son temps à se croiser, à se confondre dans la conformité que la société nous impose. Seuls les moments qu’on libère sous la couette nous permettent d’être au plus prêt de la réalité, de notre réalité.
Comme beaucoup, j’ai choisi de vivre à fond sous les draps pour bien profiter de ma vie.
Prédateur né, je suis prêt à tout pour obtenir ma proie.
Je n’ai qu’à laisser apparaitre ma fragilité et hop, quelques heures après elles se laissent cueillir comme une fleur au petit matin.
La dernière, c’était samedi dernier.
Célibataire depuis toujours, Sam avait insisté pour que je vienne à sa cremaillière. C’était l’occasion, disait-il, que je rencontre de supers belles plantes. Mon instinct animal étant toujours d’attaque, j’avais senti que ce soir là serait mon jour.
Alors, j’ai pas su lui dire non à Sam. Sam ? C’est mon ami d’enfance. Il vient d’acheter un appartement de 120 mètres carré en plein centre de paris. Et, pour fêter ça, il organise une grosse fête invitant au passage collègues, amis et presque tout ses voisins d’immeuble.
De la concierge au PDG, il y a ce soir plus de 90 personnes. Dix ans d’économie, il lui a fallu pour se payer ce loft, en plein milieu de l’avenue daumesnil. L’anticipation est chez lui une des qualités que j’admire depuis toujours.
Moi, je n’ai jamais su prévoir quoique ce soit sur du long terme.
Altruiste, épicurien, j’ai toujours choisi de vivre la vie au jour le jour comme je l’entendais.
Je connais Sam depuis la maternelle. On est cinq à ne s’être jamais perdu de vue : Tom, Alexandre, Léo et nous. Et de tous,
je suis le dom juan par excellence, celui qui a toujours su jouer de son charme donnant l’espace d’un instant l’assurance dont mes proies félines avaient besoin pour mieux les capturer.
Et ce samedi soir, c’était un week-end de plus où j’allais réaprovisionner mon tableau de chasse .
À peine arrivé et déshabillé, me voilà agrippé par le bras, trainé jusqu’au bar et voilà :
- Je te présente Laura, une collègue fabuleuse ! une femme d’un naturel sans pareil…
Naturelle. C’était une des choses qui ne fallait pas me dire. Les “bambis fragiles“, c’était ma spécialité.
Elle s’était proposée pour préparer les cocktails. Encore une de plus qui avait une grande soif. Arrivé à sa hauteur pour qu’elle me serve mon TGV, je n’ai pas su résister et j’ai plongé en moins de deux sur sa paire de seins.
Elle était belle, c’est vraie. Métisse mi black-mi asiat, équipée d‘un 95c pour son mètre 80, sans un grain de maquillage, elle avait effectivement de quoi faire rêver.
J’étais là, devant elle, à me demander qu’elle était la stratégie que j’allais adopté. Etant donné les circonstances, celle de la douceur me parut la plus judicieuse. Je commenca donc par le
Plan A : La mettre sur un pied d’estalle.
Les femmes aiment bien qu’on s’intéresse à elles, qu’on les fasse parler ! Ca leur donne de l’importance. Et puis, faut être réaliste : c‘est le meilleur moyen de les avoir rapidement dans son lit.
Plan B : La faire rire.
Ca fait une demi heure que je l’ai quitté. Du coin de loin, elle m’observe discrètement se demandant si oui ou non je vais lâcher mes potes et revenir à elle. Il est temps que je m’active. Il est A 04 heures du matin. Il ne reste plus que vingt personnes. Trois belles femmes, une asiatique et deux marocaines, qui me regardent avec un sourire qui en dit long.
Du regard, je commence à jouer avec elles. J’ ouvre les portes de la séduction, du désir et de la possible consommation .
À prêt tout, je suis un mec et comme le veut la tradition, je goute à chaque plaisir de la vie…
En général, quand on applique à la lettre ce stratagème, quelques minutes plus tard, votre proie s’approche et vous demande :
du feu, une cigarette ou une danse.
Laura, a choisie la première solution :
- “ T’as du feu, s’il te plaît ?
- Je ne fume pas
- Ah ?! comment je vais faire, alors ?
- Attends, j’arrive “
Je me suis aussitôt précipité sur un copain pour prendre son briquet.
Plan C : Les rassurer.
Le jeu peu réellement commencer. Elle m’autorise à l’allumer.
C‘est allé très vite. Elle a bu trois coupes de champagne et a fini mon verre de punch …comme si elle avait envie d’être un peu plus à l’aise…
Et là, j’ai sorti le grand jeu : que j’étais quelqu’un de super sensible, un homme en manque de tendresse et de sincérité, que j’avais été brisé par les femmes. Surprise de me voir me livrer aussi facilement, son intérêt à mon égard devint de plus en plus appétissant.
À cinq heures, la fatigue est venue nous affaiblir.
Le premier métro n’étant qu’à 06 heures. Parce qu‘on ne doit jamais laisser une jolie femme se promener seule à cette heure-ci, surtout quand elle est très jolie, je me suis dévouée pour la raccompagner.
Avant de partir, j’ai dit au revoir à Sam, qui avant de fermer la porte m‘a fait un signe de la main sous-entendant :
- “Bravo mon pote, t’as assuré !“
Derrière lui, tous mes copains me fixaient du regard avec un air solidaire qui disait : “peser c’est emballer, mon pote. T’as de la chance. Nous on rentre seuls ce soir.“
Il fait froid, je lui propose mon blouson qui couvrira délicatement ses épaules dénudées. Je ne comprendrais jamais les femmes pour çà. Pour nous plaire, elles sont prêtes à se dévoiler au risque d’attraper un rhume.
Le métro est juste à deux pas de chez moi. Je lui demande en passant si elle veut bien que je lui prête un de mes pulls. Elle accepte sans hésiter. Serait-elle déjà sous le charme ?
N‘étant pas le roi du logis, je range rapidement les affaires qui trainent dans ma chambre.
Le fait que je sois désordonné ne lui pose pas de problème.
Des femmes, j’en ai connu. Aussi facile qu’elle, c’est nouveau.

*

J’ai fait du café finalement parce qu’elle s’endormait à moitié. Et puis, çà m’arrangeais. Pour la fellation, il vaut mieux avoir une femme active qu’une femme passive.

Elle a commencé à se mettre à l’aise, retirant au passage ses talons aiguilles :
- Sacha ?
- Oui, Laura ?
- Tu n’as jamais voulu reprendre une histoire avec quelqu’un ?
- Non, non. Je suis trop sensible comme gars. J’attends de rencontrer la perle rare…
- Tu trouveras. Tu es attentionné, tu sais. Et puis..
- Puis quoi ?
- Eh bien, t’es mimi
- Merci..mais je me trouve pas beau du tout…
- Arrêtes, Sacha ! Tu as des super beaux yeux verts et de bonnes tablettes de chocolat. T’as pas vu, tout à l’heure, comment les filles te mangaient du regard ?
Je la regardais, impatient. Le temps me paraissait long. L’heure approchait. Il était tempsque je sorte la dernière carte :
- Si je te connaissais un peu plus, j’aurai craqué…
- On peut prendre le temps de se connaître…Et puis une fille aussi magnifique que toi mérites d’être connue…
- Tu rougis ? Tu n’a pas l’habitude des compliments.
- On ne m’en fait pas souvent. Et quand on m’en fait, c‘est pour m’avoir dans son lit.
- Tu veux encore du café ?
- Ca va.
- Tu veux que j’appelle un taxi ?
- Je ne sais pas. Je n’ai pas le courage de me lever…en plus, il fait froid dehors.
- Tu peux dormir là, si tu veux. Je te laisse mon lit, et je dormirais sur le canapé, en tout bien tout honneur
- Merci.C’est super gentil de ta part. Sacha. Tu as toutes les qualités qu’une femme rêverait d‘ avoir de son homme.
- Probablement. J’arrive, je vais changer les draps.
Excité, j’ai mis cinq minutes à remplacer les draps, parfumer les oreillers de mon parfum aphrodisiaque acheté en Guadeloupe l’année dernière avant de lui offrir ma chambre. Dehors, il pleuvait encore et le jour se levait.
Elle s’apprétait à aller prendre une douche quand soudain elle trébucha sur la table. Elle était fatiguée au point de ne plus savoir marcher droit.
En bon samaritain, je l‘ai porté jusqu’au lit.
Et sans savoir comment, je me suis retrouvé sous les draps avec elle.
Il n’a fallu que quelques secondes pour qu’elle s’endorme profondément. J’allais enfin pouvoir en profiter.
Je suis allé chercher la boîte de préservatifs dans la salle de bains. J’ai mis une capote et je l’ai pénétré.
Mmmh, elle était bonne comme jamais. Je me suis fait passé pour le dernier des cons pour obtenir le sien et maintenant je l’avais pour de bonnes heures.
J’ai éjaculé dans sa bouche puis je suis allé prendre un yaourt dans le frigo histoire de me dégourdir les jambes…
Cinq minutes plus tard, je suis retourné la voir. Curieux des sensations que je pouvais ressentir, je l’ai visité avec ma pratique fétiche : la sodomie. Et j‘ai joui, j’ai joui sur elle , sur ses seins bombées, son corps fatiguée, ses lèvres pulpeuses, le creux de ses reins excitant à en faire exploser ma bite…
À sept heures et demie, elle faisait officiellement partie des best de mon tableau de chasse.
Vidé, j’ai glissé les préservatifs sous le lit et je me suis endormi à ses côtés.

*

C’est le téléphone qui m’a réveillé. Une ex-copine était de passage à Paris. Elle cherchait un endroit où dormir. À mon avis, elle avait plus envie qu’on s’occupe d’elle…Je lui ai dit que j’avais déjà quelqu’un mais qu’elle pouvait passer si elle voulait…à trois on se tient encore plus chaud…
Eva m’a hurlé au téléphone :
- Je pensais que tu avais changé. Toujours le même, je vois.
Puis, elle a raccroché. Encore une qui ne supporte pas d’être une graine dans un sac de sable.
Il est 16 heures. Laura s’est levée peu de temps après moi.
Les pâtes étaient déjà prêtes quand elle est arrivée dans la cuisine. Elle m’a dit qu’elle se souvenait de rien. J’ai juste dit que j’étais surpris qu’elle m’ai sauté dessus et que c’était bien.
Elle m’a répondu que c’étaient sans doute les mélanges d’alcool d’hier soir.
Voilà. Ni vu, ni connu, j’avais mis du “GHB“ dans son café pour être sûr qu’elle ne résiste pas et elle ne s’est rendu compte de rien.

*

Quelqu’un sonne à la porte.
- Sans doute mon beau frère. Il passe souvent le dimanche.
- Il est temps que je parte. Il se fait tard.
- Salut. Je passe à l’improviste. Je ne te dérange pas au moins ? Eva est partie faire du shopping avec Manha pour le bal de fin d’année. Je suis venu te faire un coucou.
- Non, non ! au contraire. Ça me fait plaisir, restes. elle allait partir.
- Bonjour, Mademoiselle. Petit cachottier…Tu nous a bien caché que tu avais une copine…
- Non, euh, c’est juste une ..une aventure. Allez, au revoir Laura. On se rappelle.
Sans dire un mot, elle sort de l’appartement et au moment où je m’apprête à refermer la porte, une belle gifle me tord le cou.
Laura est folle de rage. C‘est la première fois qu’une femme ose lever la main sur moi avec tout le plaisir que je lui ai procuré.
Sans gêne, elle hurle, dans le couloir …:
- T’es un vrai salop, Sacha ! Un enfoiré de première !
Ne sachant comment la calmer, je lui dis de ne pas le prendre mal et que je fais partie des hommes qui vivent aux pluriels…avant de la laisser sur le palier perdue dans ses larmes.
Je rejoins Antonin assis devant la télé.
De temps en temps, du coin de l’oeil, il me regarde discrètementavant de me demander :
- Ritchy ? pourquoi t’as-t’elle appelé Sacha ?
- Je ne sais pas. Sans doute que je ressemble à un de ses ex qui s’appelle Sacha…dans l’émotion, tu sais, les femmes perdent un peu la boule…
- T’en a pas marre ?
- De quoi ?
- De toutes ces femmes, de ses mensonges. Ce serait bien que tu t’arrêtes un jour. Non ?!
- T‘ as choisi ta vie avec une seule gonzesse , tant mieux pour toi. Moi, mon bonheur c’est ce choix là . Et je ne regrette rien. T‘ as faim ?
- Ouais. J’ai pas mangé.
- On se commande une pizza ?
- Bonne idée. Si c’est tu es sûr de ton choix, tant mieux….mais réfléchis bien. Quand tu auras passé la cinquantaine, tu n’auras plus le même succès…

J’ai pris le téléphone, commandé deux pizzas : une margarita et une trois fromages.

*

Mon beau frère à l’air heureux dans la vie qu’il a choisi. Moi,suite à une blessure, je survis. Qu’est ce que je donnerais pour être comme lui, mais je ne peux pas. J’en souffre derrière la carapace que je me suis construit. J’en deviens prisonnier.
Il me dit d’aller voir un psy…qu’avant il était comme moi. Il y a des hommes qui arrivent à panser leurs plaies. J’y arriverais peut être un jour.
Il m’a foutu les boules, ce salop ! Je commence à culpabiliser d’avoir mis ce verre dans le verre de Laura. Quel connard, je suis.
- Le psy ? il pourrait peut être m’aider, mais que je serais prêt.
- Tiens, je te donne les coordonnées du psy d‘Eva. Il est très bien. Si un jour, t’a besoin.
- Merci, mec
- De rien
- Alors, on se les mange ses pizzas…? Sinon, elles vont refroidir…
- Ouais. ..on se les mange.


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