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Il nétait ni riche, ni pauvre. Il vivait avec ses deux parents dans un grand appartement, avait de nombreux amis, suivait un rythme scolaire convenable et navait guère de soucis, quils soient sociaux ou familiaux. Habitant dans la banlieue Est de Paris, Alain Sartre de nom, avait de quoi se construire une enfance calme et paisible pour un adolescent de tout juste quatorze ans. Pourtant, alors que toutes les apparences étaient de bonnes factures pour permettre de voir un jeune homme normal, Alain souffrait dun mal enfoui au plus profond de lui, qui le rendait invisible aux yeux dautrui. Ce mal ou plutôt lessence même de sa vie, nétait quen fait, un mal-être existentiel. Cest alors que la vie dAlain ne devint quune existence malheureuse, secouée par diverses dépressions et autres mélancolies de la vie. Car si ce sentiment de lexistence représentait à lui seul lâme de ce personnage, cest parce quelle incarnait au plus profond de lui, son unique souffrance. Cétait en quelque sorte une souffrance maternelle dont Alain ne cessait de supporter le poids. Mais il fallait savoir quelle nétait guère apparue à cause de problèmes sentimentaux, sociaux, mentaux ou quoi que ce soit dautre. Non, il vivait avec ce mal-être depuis toujours. Car au final, la vision de la vie pour Alain ne lui symbolisait que lennui, lexaspération de soi-même et labolition injustifiée de sa vie rêvée. Cest-à-dire de son idéologie de la vie. En gros, sa vie, il ne laimait pas. Et sil détestait autant sa vie ou plutôt lexistence humaine en elle-même, cest parce quil savait que comme tout être humain, un jour, il cesserait de vivre. Et ce fut à partir de cette idée que sa vie ne devint quune existence mélancoliquement ennuyeuse. Car à quoi bon vivre, se disait-il, si un jour je nexiste plus ?
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Mais pour ne pas montrer aux gens cette vision si funeste de la vie, il nessayait jamais dexhiber ses idées au détriment dautrui. Dailleurs, comment un adulte ou quiconque dans la vie, accepterait-il dentendre dun adolescent, que la vie na finalement rien dintéressant ? Et quil nen néprouve que le simple fait de la quitter ? Évidemment, il serait envoyé chez un psychologue, ou serait pris pour un suicidaire et serait exclu de la vie sociale pour ses idées et sa personnalité dangereuse aux yeux de la société. Mais Alain ne le voulait pas. Alors pour éviter cela, Alain sappropria une identité superficielle lirradiant dune personnalité anodine et inoffensive. En outre, il paraissait normal à vue dil, quoique justement trop insignifiant pour attirer lattention sur les autres. Mais cest ce quil voulait. Il se résumait donc à faire le strict minimum demandé par ses professeurs, par ses parents, par sa famille et par ses amis. Il navait finalement aucun caractère et cétait dans le fond, son unique problème dapparence. Et même sil ne parlait pas beaucoup, il disait tout juste ce quil fallait pour attirer ne serait-ce quune petite attention sur lui, lhistoire déviter lexclusion par autrui. Et par conséquent, il sétait correctement intégré dans cette société dont, finalement, il néprouvait que répugnance et dégoût. Car si Alain la haïssait autant, cétait parce quil se détestait dabord.
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Et ce fut en une belle journée dautomne quAlain devait se rendre comme tous les jours à lécole. Mais quand lappel fut donné en classe, le nom dAlain Sartre était désigné absent. Ce qui dailleurs était très surprenant car Alain était toujours présent en cours même quand son état physique était maladif. Mais en ce jour, Alain ne voulait pas aller en cours et décida tout simplement de rester chez lui. De plus, cette journée était une grande aubaine pour lui car ses parents travaillaient tous les deux ce jour-là. Alors il fit la grasse matinée quand brusquement, il fut réveillé par un coup de téléphone de la part des surveillants de son collège pour demander un justificatif de la part de ses parents pour justifier son absence. Mais comme il savait que cétaient eux car ne décrochant pas, un message fut laissé sur le répondeur, il décida de leffacer pour ne laisser aucune trace de cette journée buissonnière même sil savait bien quils rappelleraient plus tard. Alain était en troisième année de collège, navait jamais redoublé ni dailleurs passé une classe. Il continuait en quelque sorte, son petit bonhomme de chemin sans attirer la moindre attention sur lui. Ce qui le rendait, en quelque sorte, fantomatique aux yeux de ses professeurs et donc tout simplement inintéressant. Et même si ses résultats tournaient souvent autour de onze sur vingt, il se positionnait cependant dans une moyenne de classe assez correcte. Mais en ce jour, Alain avait décidé de ne plus jamais retourner étudier.
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Il était assis sur une chaise de jardin sur la grande terrasse de son appartement. Il contemplait admirablement le ciel qui pour la première fois depuis le début de la saison, était ravissant de luminosité. Son regard était fixe et ses paupières ne bougeaient pas dun millimètre. Un léger vent éraflait son visage dont sa tête, pointant le ciel, donnait lillusion de voir cette vision de lenfant innocent, ébahi devant un feu dartifice ou autre féérie. Ces quelques instants de bonheur pour Alain ne durèrent que quelque temps quand il décida de quitter la terrasse pour aller regarder la télévision. Il était treize heures et le journal était présent sur toutes les grandes chaînes de télévision. Comme dhabitude, lhonneur pour ouvrir le journal était attribué avant tout aux désastres et divers malheurs. Ou pire encore, la description dun petit marché de village où lon disserte sur quel légume ou quel fruit acheter aujourdhui. Alain, dérouté par ces informations, changea de chaîne et tomba sur une autre émission où le sujet était : « Le divorce est-il traumatisant pour les enfants ? ». Alain regarda lémission, lhistoire de rire un peu. Ah, quelle est belle la télé ! Se disait-il. Puis lassé de ces programmes ridicules, il éteignit la télé pour rejoindre sa chambre. Il se dirigea vers la fenêtre, louvrit soudainement et pencha la tête vers lextérieur. Lair battait son visage et sa peau sétirait par le souffle du vent. Il prit un tabouret, monta dessus et enjamba la fenêtre. Se retrouvant à quelques centimètres du vide, il néprouvait pourtant aucune palpitation ni aucune émotion. Alors que celui-ci se trouvait à plus dune vingtaine de mètres.
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Et alors quil était face au vide, face à lui, face à sa destinée, Alain commença à déployer lentement ses ailes, levant les yeux au ciel. Ils étaient vitreux et inexpressifs. Son visage, raide, ressemblait à un Harfang prêt à décoller pour chasser sa proie. Ses griffes noirâtres, camouflées par des plumes blanchâtres, commencèrent à faire décoller progressivement le rapace du tabouret sur lequel il était posé. Quand brusquement, il se mit à battre des ailes. Elles étaient tellement grandes et puissantes que leur envergure de plus dun mètre et demi inondèrent la chambre de plumes blanches, telles les premiers flocons de neige de la saison propulsés par la vitesse du vent. Et quand son bec souvrit avec grâce et volupté, cétait quenfin, il donnait signe quil allait décoller. Et quand il senvola de son tabouret pour rejoindre le monde doù il venait, il ne resta plus rien, si ce nest quune plume qui ne resta que quelque temps, dont une brève masse dair ne fit quun bref coup de vent.
juillet 2007