-« Quel jour sommes-nous? La seule chose qui nous échappe, cest le temps. Mais peut-on vraiment y échapper? Ça fait trois ans que je suis là et toi? »
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-« Tes pas bien causant, hein?Tu sais vu le temps quon va passer ensemble il faudrait peut-être créer des liens, discuter
»
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-« Et ben cest pas grave. Si tu nveux pas me parler, tu peux toujours mécouter. Je mappelle Elliot, Mac Miller Elliot. Avant de me retrouver
au trou, jétais dans limmobilier à Brooklyn.
Et puis lhistoire classique jétais pas toujours à la maison, y avait les réunions tard le soir ou les matchs de football américain en week-end. Elle a pris un amant, un jeune avocat de trente ans. Jai acheté un flingue et je lai buté. Trois balles dans la poitrine, jlai pas loupé cet enfoiré. Jai pris dix ans pour meurtre avec préméditation. A mon procès, elle ma dit quil lavait fait rêver, quil avait été attentionné, quil avait joué mon rôle. Elle ne voulait plus jamais me revoir , mais elle me laissait voir notre fille,ma fille.
Elle sappelle Melody, je la vois tous les mois. Elle semble être de plus en plus grande à chaque visite. Je lai vue il y a deux semaines. Elle portait sa robe verte celle que je lui avais offerte pour son anniversaire. Elle mavait encore apporté un dessin, elle m en apporte tous les mois. Cette fois elle avait dessiné un gros arbre avec mille couleurs du jaune, de lorange, du vert, du rouge, du rose
Ha les couleurs, les couleurs cest ce qui nous manque ici. Les murs sont gris, les hommes noirs et blancs
Tu sais ma fille, elle a sept ans maintenant. Elle fait un mètre vingt-cinq, elle a de longs cheveux blonds attachés en couettes et elle a des jolis yeux bleus, bleus comme les profondeurs de locéan. À chaque fois que je la vois les larmes me montent aux yeux.
Elle est encore si petite, si innocente. Sa mère ne lui a pas vraiment expliqué pourquoi jétais là.Suis-je un animal ou un homme désemparé? Mais quand elle le saura est-ce quelle me prendra pour un monstre? Est-ce quelle aura peur de moi? Et si elle ne venait plus me voir et si je la perdais? Quand je ressortirai de prison est-ce qu elle sera là à mattendre, à me dire que je suis son papa adoré. Jai purgé un tiers de ma peine, lorsque je sortirai, elle aura quatorze ans, elle aura compris ma faute, peut être me reniera telle.
Je regrette pas de lavoir tué, mais je regrette dêtre loin de mon enfant.
Ça fait longtemps que je nai pas senti la chaleur du soleil caresser ma peau, respiré le parfum des fleurs
lattente est trop longue, trop douloureuse.
Alors quel jour sommes-nous ça na plus dimportance puisquà présent cest une souffrance quotidienne de vivre dans cette prison. Jai tout gâché.
J'ai faim
La douleur est intenable,jai faim.
Jouvre les yeux,je rabats la couverture et massieds sur mon lit.Je pose mes pieds sur la moquette moelleuse.Jécoute le silence,espérant que tout le monde dort.Jentends juste mon ventre qui gargouille,on dirait un bruit de tambour.
Je nallume pas la lumière et javance à tâtons jusquà la cuisine.Je me cogne contre le coin de la table et laisse échapper un petit cri de douleur qui nest rien comparé à la fanfare que fait mon ventre.Je mapproche du frigo quand soudain,jentends la voix de ma mère.Je me cache derrière la table.
-« Quest-ce que tu fais dans la cuisine.?»
Maman ma entendu,la lumière est aveuglante.Je sors de ma cachette.
-« Alors quest ce que tu fais dans la cuisine à cette heure-là ? »
-« Jai faim.»
-« Faim,mais tu as englouti mon rôti ce soir.»
Seul mon ventre lui réponds,je rougis.
-« Bien,mais je veux te voir au lit dans dix minutes .»
Elle sort.Je tourne la tête vers le frigo un peu honteuse.
Alors je sors les yaourts,les biscuits,les bonbons,les chips,le chocolat,jengloutis tous. Je me goinfre,je dévore,je vide les placards.
Jai un problème,je n ose pas en parlé,je suis boulimique et je souffre.Personne nest au courant.
Cest tellement bon de manger,les palpitations sur les papilles,le goût sucré au fond de la gorge ou encore la chaleur dans le ventre ;mais aussi toute cette graisse qui saccumule sur mon corps.Je la vois,elle est partout ,elle déborde sur les côtés ,elle pèse sur mon ventre et fait de mes jambes deux troncs darbre.Je ne supporte plus mon corps. Je me détruis un peu plus chaque jour.Je bouffe comme un ogre et puis je me fais vomir.
Ça y est,jai tout fini.Pourvu que personne ne découvre mon secret.Alors après avoir jeté tous les sachets vides à la poubelle,je me dirige comme tous les soirs et pour la troisième fois aujourdhui vers les toilettes pour vomir.Oui vomir ma rage, ma honte et ma détresse.
L'insomnie
À peine 3 heures,la neige commence à tomber.Maman est rentrée tôt ce soir.Et comme tous les soirs, elle a attrapé une bouteille de Whisky et elle sest encore saoulée .Quand elle est bourrée, elle ne se maîtrise plus .Elle minsulte, elle devient violente et me roue de coups.Jai des bleus partout sur le corps, que jessaie de cacher sous des gros pulls .Elle me frappe et hurle des phrases incompréhensibles.Alors je me recroqueville, je ferme les yeux et jessaye de ne plus rien nentendre, de ne plus rien sentir, ni les coups , ni les insultes, juste ma petite voix qui me dit que dans quelques minutes ce sera finie. Elle ma toujours dit que je lui avais gâché la vie.Mon père la quitter quand elle était enceinte de moi.Elle men veut et boit pour oublier.Quand elle boit, elle na plus rien dune mère.
Jattrape ma veste, je me dirige vers la place, massieds sur un banc et allume une cigarette.La neige tombe, il est 3 heures, je suis seul dans le froid éclairé par un lampadaire.Tout est allé tellement vite, lalcool, son parfum, son sourire.Jai trompé ma femme et je narrive plus à dormir.Cétait une erreur je le reconnais.Cette histoire me tourmente.Jai comme une boule dans la gorge, un sentiment de culpabilité qui me ronge.Jai trompé celle que jaime, celle que jai épousé, celle à qui jai juré fidélité.Comment jai pu faire ça?Cest à me dégoûté de moi.Je narrive plus à la regarder dans les yeux, jai tellement peur quelle lapprenne et quelle me quitte.Jai peur parce que je laime, même si je lai trahi.Si je lui disais,est-ce que je me sentirais soulagé ou est-ce que jaurais honte?Comment je vais men sortir ?
Sur la place,un homme marche.Il sassied et allume sa cigarette.Apparemment je ne suis pas le seul à être encore éveillé.Ça fait une semaine, une semaine que je suis licencié.Je fais partie des dix pour cent de ce foutu chômage qui ne cesse daugmenter.Je vis dans trente mètres carrés, ma paye me permettait tout juste de boucler les fins de mois.Avec le SMIC,je narriverais jamais à joindre les deux bouts.France de misère !Jai quitté lécole à quinze ans pour devenir charpentier.Mes parents sont morts pendant la guerre et ne m ont laissé pour héritage quune ferme miteuse.Après lavoir remise en état, je vends la ferme et minstalle à Evry,jai alors dix-sept ans.À ma majorité,je quitte la charpenterie pour aller me jeter dans les tranchés.Ordre de la république,je vais combattre pour la France.La guerre prend fin jai vingt ans.Trois en plus tard je me marie avec la boulangère et devient boulanger.Nous nauront jamais denfants.À sa mort,je monte à Paris et reprends mon métier dorigine,dans une entreprise de meubles en chêne et de pins.Après dix ans de bons et loyaux services dans cette entreprise,on me licencie.France de misère.Que vais-je devenir ?
Là réside ma force
Aujourdhui cest notre 35 ème anniversaire de mariage,mais tu nes pas là pour le fêter,non.Ça fait maintenant 3 ans;3 ans,4 mois et 2 jours que le cancer ta emporté.
Lorsque je venais te voir à lhôpital,javais toujours lespoir que ton état se serait amélioré.En vain.Toi, tu savais déjà que rien ne sarrangerait,mais moi,je ne voulais pas my résoudre.Pendant 5 longues années,je tai vu malade et fatiguée,échouée sur ton lit dhôpital comme un poisson sur une plage,qui essaye de regagner la mer alors qu elle est trop loin et dont on devine la fin de lhistoire.Je revois ton visage creusé et ton teint livide.Ton corps amaigrit et ton crâne rasé.Mais surtout toutes ces perfusions qui te transperçaient et meurtrissaient ton corps.Jai laissé le cancer te ronger,temporter loin de moi,jétais impuissant,je men veux tellement.Je tai regardé mourir sans pouvoir rien ny faire.Je te voyais partir mais je ne pouvais pas me faire à lidée de te perdre.Je croyais naïvement que tu sortirais de cet hôpital et que nous serions réunis jusquà la fin.Mais cétait trop beau,cétait trop tard.
Lorsque les étoiles sallument je te vois.Ton doux visage,ton tendre sourire.Bientôt je serais de nouveau à tes côtés là haut dans les étoiles.Je sais que je vais te revoir,cest là que réside ma force.Nous serons bientôt réunis et cette fois pour toujours.