Un pâle rayon de soleil, vint lui chatouiller le visage, le réchauffant agréablement. Il se retourna, battit vainement lair de sa main comme pour y chasser un intrus inexistant, un moustique imaginaire.
Une paupière souvrit, sa jumelle la suit. La chambre était plongée dans un clair - obscur étrange, comme si De La Tour avait participé à la composition de cette atmosphère hivernale quelque peu inquiétante. Contraste entre le froid qui régnait à lextérieur et la chaleur qui berçait cette chambre à demi plongée dans lobscurité.
Jamais il ne saura la fin de son rêve, dommage pour une fois quil sen souvient. Une mystérieuse jeune fille, aux yeux vert pâle, et aux cheveux noirs comme la nuit, sétait approchée de lui doucement, jusquà ce quil pût sentir son souffle contre son visage, plonger son regard dans ses yeux. Il sétait fourvoyé, ses iris nétaient pas couleur jade, mais bleus, corrolé dune bande jaune. Magnifiques. Envoûtants.
Au moment où ses lèvres allaient effleurer les siennes, limage sétait brouillée, était devenue floue, pour finir par laisser place à un monochrome dune blancheur immaculée... Dérouté quelques instants, il eut tôt fait de comprendre que cette étendue blanche nétait autre que le plafond de la chambre.
Il se frotta les yeux, sétira, se lova dans les draps frais, profitant encore quelques secondes de la quiétude que ce doux réveil lui apportait. Il se retourna, chercha dune main son dos, la courbe de ses épaules, la naissance de ses reins. Sa main palpa désespérément le vide. Il sursauta. Se dressa sur le lit. À l'évidence, elle nétait plus à ses cotés. À létonnement succéda la peur, une peur enfantine, celle de se retrouver seul, comparable à leffroi que ressens un bambin qui vient de réaliser que sa maman, qui le suivait-il y a encore quelques secondes, nest plus derrière lui. Une foule de questions se succédèrent dans sa tête. Ou était-elle ? Pourquoi ne dormait-elle plus à côté de lui, que lui était-il arrivé ?
Pourquoi, au moment du réveil, révait-il delle, pourquoi navait-il pas eu le temps de séchanger ce baiser avant quil ne sorte de la torpeur de son sommeil ? Hasard, prémonition ?
Il ne pouvait se résoudre à comprendre. Il se leva, quitta dabord le lit vide, puis la chambre, sans même prendre la peine de revêtir un caleçon, descendit les escaliers quatre à quatre, manqua lavant dernière marche, manqua de tomber sur le carrelage, se rattrapa de justesse à la rampe.
Ses yeux inquiétés, effrayés, navaient de cesse de parcourir la pièce, de la chercher. Elle nétait pas là. Il fut pris de vertige, une sensation inconnue jusqu'alors sempara de lui. Il se sentait perdu, seul au monde, abandonné, mort. Il simagina les pires scénarios, aussi extravagants soient-ils, allant de la fugue à lenlèvement, passant par lenvie de sortir pour marcher ou acheter des croissants.
Ne sachant que faire, il sempara, dun débardeur, quelle avait oublié sur une chaise, le porta à son visage, le sentit, le caressa, lembrassa, voulut labsorber, le phagocyter, pour quil se fonde en lui. Secrètement il eut aimé voir ce morceau de tissu se transformer en une personne, séveiller à la vie, devenir celle quil aimait, celle qui semblait lavoir abandonnée. Douce folie qui lincitait à se conduire si étrangement. Quiconque leu vu, nu, au milieu de cette pièce, le visage plongé au plus profond de ce vêtement de femme, laurait cru fou, pervers. Il nen était rien, il cherchait sa présence au travers de son parfum, de ses atours. Geste désespéré, inutile peut-être.
Soudain une voix retentit derrière lui, il se retourna soudain. Cette douce voix quil connaissait trop bien, quil aurait reconnu entre mille, avait prononcé son prénom. La taille prise dans une serviette de bain, elle avait, tel un ange, apparut derrière lui. Comment ne pas y avoir pensé, elle prenait une douche. Elle, au premier regard, avait senti quil nallait pas bien. Sans comprendre ce quil se passait, elle sapprocha de lui, lentoura de ses bras, lui murmura au creux de loreille : tout va bien maintenant je suis là mon amour. Elle lembrassa tendrement. À son tour, il lui chuchota : excuse-moi, jai eu peur, tu nétais plus là. Il lenlaça également. La serviette de bain glissa à ses pieds. Ils se retrouvèrent nus, jeunes, beaux dans cette pièce, semblable à une prison, une prison damour