La jeune femme
de Catherine Nohales


Elle est immobile, seule et frigorifiée. Elle regarde droit devant elle, un pauvre sourire sur les lèvres. C’est un sourire douloureux, qui masque mal sa solitude.
Elle est enveloppée d’un manteau noir qui lui arrive aux genoux. Ses mains gantées entrecroisent les pans du vêtement à l’intérieur duquel elle se réfugie. Elle a froid, elle est seule.
Je la regarde, fascinée. Je suis juste à côté d’elle, juste à quelques pas. Nous sommes immobiles toutes les deux. Elle me regarde, un sourire hésitant, menu, à peine esquissé. Mais ses yeux noirs me fuient, m’évitent : elle sait que je l’ai devinée.
Où sommes-nous ? Les silhouettes floues vont et viennent, anonymes, identiques. Pressées, elles nous ignorent, nous bousculent, s’excusent vaguement. Et nous restons seules l’une en face de l’autre. Je la retiens, captive de mon regard impudique. Elle ne peut se débattre, prisonnière de sa solitude mise à nu. L’inconnue s’incline, recule, tente en vain de se dérober à mes yeux impérieux. Echapper à sa fragilité dévoilée…
Elle se redresse, belle et douce, le port altier, frémissant d’une volonté retrouvée. Quel âge a-t-elle ? la quarantaine, peut-être.
Quel est cet horizon que fixe l’inconnue ? Je ne sais : je la regarde, encore et toujours.
Imperceptible changement : le sourire s’affermit, se fait plus sûr.
Elle me parle. Je n’entends rien.

Silence.

Là voilà qui s’éloigne, doucement, sûrement.
Je ne bouge pas.
Immobile.
Mes yeux la suivent, l’accompagnent. Ses mains gantées enserrent son manteau noir.


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