Elle est immobile, seule et frigorifiée. Elle regarde droit devant elle, un pauvre sourire sur les lèvres. Cest un sourire douloureux, qui masque mal sa solitude.
Elle est enveloppée dun manteau noir qui lui arrive aux genoux. Ses mains gantées entrecroisent les pans du vêtement à lintérieur duquel elle se réfugie. Elle a froid, elle est seule.
Je la regarde, fascinée. Je suis juste à côté delle, juste à quelques pas. Nous sommes immobiles toutes les deux. Elle me regarde, un sourire hésitant, menu, à peine esquissé. Mais ses yeux noirs me fuient, mévitent : elle sait que je lai devinée.
Où sommes-nous ? Les silhouettes floues vont et viennent, anonymes, identiques. Pressées, elles nous ignorent, nous bousculent, sexcusent vaguement. Et nous restons seules lune en face de lautre. Je la retiens, captive de mon regard impudique. Elle ne peut se débattre, prisonnière de sa solitude mise à nu. Linconnue sincline, recule, tente en vain de se dérober à mes yeux impérieux. Echapper à sa fragilité dévoilée
Elle se redresse, belle et douce, le port altier, frémissant dune volonté retrouvée. Quel âge a-t-elle ? la quarantaine, peut-être.
Quel est cet horizon que fixe linconnue ? Je ne sais : je la regarde, encore et toujours.
Imperceptible changement : le sourire saffermit, se fait plus sûr.
Elle me parle. Je nentends rien.
Silence.
Là voilà qui séloigne, doucement, sûrement.
Je ne bouge pas.
Immobile.
Mes yeux la suivent, laccompagnent. Ses mains gantées enserrent son manteau noir.