Le bruit strident de la craie sur le tableau noir le sortit dune somnolence coutumière à cette heure de la matinée. Il ne sétait jamais habitué à être complètement opérationnel avant au moins 9h30. Soit, toujours une heure après le début des cours. Cette malencontreuse manie lui avait souvent attiré les foudres de ses professeurs qui semblaient vouloir leurs élèves à 100% de leur capacité dès lentrée en salle de classe. Difficile challenge pour quelquun qui avait, au réveil, limpression davoir des feuilles dacier en guise de paupières. Pour lui, à défaut dêtre optimum tôt le matin, la lutte commençait déjà chaque jour : être à lheure au lycée. Pour ce faire il navait pas lésiné sur les moyens : un réveil qui sonnait toutes les dix minutes ainsi que sa montre à quartz possédant cinq sonneries se déclenchant à intervalle de cinq minutes. Enfin, dernier rempart en cas déchec de lélectronique, la chère maman qui ne manquait jamais de venir le houspiller dans sa chambre : Debout, tu vas être en retard !
- Pssst, pssst, Jérôme !
Lappel sortit à nouveau de sa rêverie. Il tourna la tête. François linterpellait, un sourire clément sur les lèvres.
- Alors Jem, pas encore revenu sur terre ?
- Je descends, je descends doucement !
- Et là, tes à quelle altitude ?
Ca cétait Karim qui prenait la relève.
- Au plus bas, rétorqua-t-il. Toujours très bas quand je te vois daussi bonne heure !
Les trois garçons pouffèrent presque à lunisson.
- Tes au courant pour hier soir ? Demanda François.
- Non, quest ce qui
- Messieurs sil vous plaît, au travail ! !
La voix de Monsieur Corte venait de tonner dans la salle. Karim jeta un regard malicieux à Jérôme et fit un mouvement circulaire du doigt autour de sa montre pour dire quils en parleraient à la pause.
- Alors, quest-ce que jai raté ?
Les trois garçons sétaient retrouvés au fond de la cour, près du terrain de sport. Ils se réunissaient toujours en dessous du porche des anciens préfabriqués qui tenaient lieu de salle de cours. Ces salles étaient inutilisées depuis des années, ce qui leur offrait un lieu tranquille pour papoter les moments de libre. Envahies dherbes hautes les quelques marches de lentrée leur permettaient, une fois assis, de rester quasi invisible des autres élèves.
- Cest pas vrai, sermonna François, tu vis sur une autre planète ou quoi ! Ca fait la une des infos depuis ce matin. Ta mère ten a pas parlé ?
- Oh ma mère, le seul intérêt quelle me porte, cest le plaisir quelle prend le matin quand elle me réveille ! Pour le reste
Je la vois maxi deux fois par jour ; et encore, si je ne suis pas couché quand elle rentre de ses virées nocturnes !
- Quest-ce quelle fait à sortir tous les soirs comme ça ?
- Jen sais rien, elle cherche lâme sur probablement ! Des âmes surs qui se transforment le plus souvent en courant dair au lever du soleil
Elle ne tombe que sur ce genre de type, un peu comme des loups-garous de la galipette
une fois le levé du soleil, piouf, ils disparaissent. !
Un voile sombre sembla tomber sur les yeux de Jérôme. Une tristesse retenue que ses deux copains commençaient à connaître. François et Karim se regardèrent et attendirent. Le silence ne dura que quelques secondes, comme à laccoutumé.
- Bon alors, repris Jérôme, arrêtez ce faux suspense et dites-moi ce que je suis le seul à ignorer !
- Un cadavre a encore été retrouvé au bois Dubreuil.
- Merde, sécria Jérôme, connu ?
Karim continua.
- Ouais, tu sais le vieux briscard qui tient la brocante rue Stendhal, enfin, qui tenait la brocante.
- Le vieux Zéphyr ?
- Lui même ! Je ne me souviens jamais de son prénom. Cest le chien du docteur Leroy qui la débusqué. Dégueu y paraît
de la vrai soupe de Zéphyr
- Ca va Karim, évite ce genre de détails !
François paraissait cependant excité par le récit et parlait avec frénésie :
- Tu te rends compte, cest le troisième mort en six jours ! Moi qui pensais que le seul danger dans notre bled, cétait de croiser la femme du dirlo dans une ruelle sombre !
Cette fois les rires fusèrent sans retenue.
- Nempêche, cest quand même flippant cette histoire !
Karim roulait des yeux comme pour accentuer une terreur non feinte.
- Mon père dit quil y a un malade qui rôde dans les bois ; et si tas le malheur de te trouver là
couic, il tégorge !
- Tu parles Charles, il te dit ça surtout pour te faire peur !
- Ben cest réussi ! ! ! A chaque fois que je dois passer près du bois Dubreuil, je fais un détour de dix minutes. Rien que pour léviter ! !
- Ya une chose en tout cas que tu ne pourras pas éviter, susurra Jérôme dun air conspirateur.
Les deux autres garçons se penchèrent, aux aguets.
- Cest ça !
La sonnerie retentit dans la cour, invitant les élèves à regagner leur classe.
- OK, on en reparle à la sortie, dit François en se levant.
- Ca marche !
- No problémo, rendez-vous comme dhabitude.
Ils quittèrent tous trois leur planque dun pas léger.
Le réverbère grésilla, comme sil allait séteindre, puis finit par reprendre une intensité normale. Le rideau tiré de la cuisine laissait entrevoir la route, au premier plan et le bois Dubreuil derrière. Paul Litter poussa davantage le rideau et contempla la pénombre au-delà des lampadaires. Le vent faisait danser les feuilles et lon entendait le carillon de la voisine, madame Ribaux. Paul rinça le verre et lassiette présents dans lévier et les disposa sur légouttoir. Il jeta de nouveau un il furtif vers lextérieur. Il avait cru apercevoir une silhouette dans le bois.
- Bah, pensa t-il, on devient tous parano dans cette ville !
Il scruta encore, le torse penché au-dessus de lévier. Rien. Pas dautres mouvements que ceux des arbres qui tanguaient. Il haussa les épaules et se dirigea vers la salle à manger. On jouait Présidio à la télévision ce soir. Il lavait déjà vu deux fois mais, en tant que militaire à la retraite, il ne pouvait résister au plaisir de revoir Sean Connery en colonel expérimenté. Dehors, le carillon tinta à nouveau.
Jérôme coupa la radio alors que Marvin Gaye chantait de sa voix suave. Il avait entendu du bruit dans lallée. Il prêta loreille. Deux claquements de portière confirmèrent ses soupçons : sa mère venait de rentrer. Il regarda son radio réveil et constata quil était près dune heure du matin. Il éteignit la lumière et attendit dans le noir. Il voulait éviter la confrontation maternelle. Dautant que sa mère ne semblait pas seule. Au bout de quelques minutes la porte dentrée souvrit. Jérôme sut alors que sa mère avait du boire plus que de coutume. Dans pareil cas, elle avait déjà mit plus de cinq minutes pour faire jouer la serrure. Il limaginait bien derrière la porte, lil hagard et la langue pendante, se battant avec chaque clef du trousseau. La lumière du couloir filtra sous sa porte. Jérôme entendit le rire dun homme suivi dun « chut » autoritaire de Marie ponctué néanmoins dun gloussement peu discret. Après quelques minutes, une porte grinça et le silence revint. Jérôme soupira. Certains soirs comme celui-ci, sa mère ne se donnait même plus la peine doffrir un dernier verre à son invité dans le salon. Lentrevue se poursuivait directement dans la chambre à coucher
Un gain de temps quand on connaissait les vertus dés-inhibitrices de lalcool.
Jérôme fouilla son chevet et attrapa sa clé USB. Il vissa les écouteurs dans les oreilles et enclencha la musique. Il ferma les yeux et repensa à la discussion quil avait eut quelques heures plus tôt. François et Karim lavaient attendu après la sortie du lycée sur le vieux cours de tennis abandonné. Le grand grillage qui contournait le terrain était toujours debout et la porte daccès définitivement cadenassée. Il fallait donc se glisser dans un trou, préalablement agrandit, pour accéder au cours. Jérôme sétait faufilé dans louverture, y laissant au passage quelques cheveux. Ses deux acolytes lavaient accueilli en braillant.
- Alors, ten as mis du temps, ça fait déjà un quart dheure quon est là !
- Ca va, jai une excuse en béton !
Un paquet de crackers était apparu dans ses mains.
- Jai fais un petit détour pour apporter de quoi grignoter. Je déteste jouer au tennis le ventre vide !
Content de sa blague, Jérôme avait regardé François le sourcil levé.
- Tinquiète pas, moi aussi jai du ravitaillement. Et une bouteille de Sprite, une !
- Karim ?
- Ouais, jai les bonbons qui vont avec ! On est vraiment des ados attardés. On se gave de bonbons et de Sprite.
- Et de Crackers !
- Une vraie brochette de crétins oui !
Sur ces paroles, ils sétaient installés autour de leur butin alimentaire. Jérôme avait lancé le débat.
- Vous qui savez tout, la police a des indices sur lidentité du tueur ?
- Non apparemment ils pataugent complètement. Aucun indice, aucun suspect, que dalle !
- Surtout quils sont confrontés à un autre problème !
- Lequel ?
- Le jeu très à la mode depuis deux jours.
- Ah oui, tu veux parler de la nouvelle tendance « frayeur by night » ! Lidée de base est on ne peux plus simpliste : roder autour du bois la nuit venue pour voir si tas le cran dy rester quelques minutes !
- Voire dy pénétrer ! ! !
- Faut être cinglé non ! Moi qui vais jusquà faire un détour de dix minutes pour pas
- On sait ! Sétaient écriés François et Jérôme en cur.
Jérôme sourit dans le noir à la pensée du fou rire qui avait suivi. Il se tourna et remonta le drap sur son menton. Deux minutes plus tard il dormait profondément.
Lhomme sappuya contre un arbre pour reprendre sa respiration. Ca et là, les hautes herbes et les fougères rendaient lavancée difficile. Il sétait écarté du sentier pour les sous bois moins praticables. Quelque part dans les hauteurs un oiseau accentuait sa parade amoureuse. Lhomme sessuya le front dun revers de main et reprit sa route. Il regarda le ciel et constata quà cet endroit la densité des arbres freinait considérablement les rayons du soleil. Il regarda sa montre : 15h30.
- Cest assez agréable en pleine journée mais ça doit être autre chose au milieu de la nuit, pensa-t-il.
Il crapahuta encore un moment et parvint à proximité dun sentier qui, lui semblait-il, devait déboucher sur la nationale 22.
- Eh bien ! Capitaine Litter, on fait du repérage ?
Lancien militaire se retourna brusquement. Deux agents de la police le regardaient tranquillement. Lun deux se tenait les hanches et paraissait essoufflé. Des auréoles de sueurs dessinaient des ombres sur sa chemise.
- Salut les gars, vous mavez fait peur.
- Cest le lieu qui veut ça, répondit le plus jeune. Cest pas trop la saison des champignons, donc je suppose que les bolets ne sont pas les raisons de votre présence dans les parages ?
- En effet. Tu sais que tu aurais fait un bon flic Denis ! Je me baladais au frais
Bon, cest vrai, je tenais aussi à jeter un il sur l« effroyable jardin » !
- Sur quoi ? Questionna lhomme aux auréoles.
- Non rien, juste une petite référence littéraire !
- En tout cas, ce qui se passe ici, cest pas de la littérature
Il fait pas bon se promener dans le coin !
- Et cest pour ça que vous êtes là, rétorqua Paul Litter, pour veiller à ce que personne ne sy perde ?
- Cest ça.
- Même en plein jour cest interdit ?
- On na jamais dit que cétait prohibé, on précise juste aux gens que cest fortement déconseillé. Jusquà ce que tout rendre dans lordre.
- OK, je men souviendrais. Je vous laisse.
Lancien militaire tourna les talons puis, comme sil avait oublié quelque chose, fit volte face.
- Au fait messieurs, vous avez des pistes ?
- Rien de rien, maugréa le jeune agent. Mais on ne perd pas espoir. On va bien finir par glaner des indices. Dailleurs, si vous voyez quoique ce soit
- Promis, je vous appelle, comme le veut la formule consacrée.
Alors quil venait de faire quelques mètres, Paul Litter entendit derrière lui :
- Faites attention à vous capitaine !
- Je tâcherais, merci.
Il leva le bras en guise dassentiment.
Une dizaine de minutes plus tard, de nouveau seul, il était à nouveau dans les hautes herbes. Il sarrêta pour écouter les bruits de la forêt et, alors quil repartait, trébucha sur une branche.
- Nom de
Il se retrouva au sol, la tête dans lhumus. Il pesta, cracha des bouts de feuille et de terre. Il sassit et constata que ses jambes disparaissaient derrière un tapis de végétation. Intrigué, il leva une jambe. Un passage invisible jusqualors souvrait devant lui. Il se pencha et souleva les feuillages. Dici il ne pouvait voir où allait le conduit obscur.
- Sûrement un ancien système dévacuation, pensa t-il.
Il se releva et repris sa route, pensif. Un petit clignotant, flair de militaire, venait de sallumer dans son cerveau. Il se dit quil irait quand même voir au cadastre où pouvait bien émerger ce petit passage.
- Pas question !
- Oh, ne fais pas le rabat-joie Jem, juste une fois !
Mathilde avançait à pas rapide pour rester à la hauteur de Jérôme. Ils rentraient tous deux du lycée sous un soleil assommant. La robe verte de la jeune femme laissait entrevoir de ravissantes jambes hâlées ainsi que ses épaules constellées de tâches de rousseur. Jérôme sarrêta et contempla Mathilde. Elle lui sourit. Une perle de transpiration glissait sur son front. Elle effleura son il, longea son nez et disparu au coin de ses lèvres couleur framboise. Jérôme cligna des yeux, comme sil sortait dun rêve. Mathilde le suppliait du regard.
- Allez quoi ! Quelques minutes. Juste pour lambiance ! Reprit-elle.
Un ange passa.
- Daccord, mais alors pas longtemps. On jette un il et on se tire. Au moindre doute, on enfile nos bottes de sept lieux !
- Promis !
- Ouais, promis
Cest vraiment pas une bonne idée !
Les deux adolescents séloignèrent. Il était 17h30.
- Tu as fait quoi ?
Karim avait élevé la voix sans sen rendre compte. A lautre bout du fil, Jérôme ne fut pas étonné de cette réaction.
- Je sais, jaurais pas dû, mais tu connais mes sentiments pour Mathilde !
- Bien sûr que je les connais ! Y a vraiment quelle qui ne sen soit pas rendu compte ! Cest pas une raison suffisante pour accepter ce jeu de fêlé !
- Tu as encore raison. Ecoute, ça fait des mois quon est amis, Mathilde et moi
- Tu es son ami, elle est beaucoup plus pour toi !
- Cest vrai, mais je nai jamais osé lui avouer que je suis amoureux delle. Chaque oui à une de ses demandes est comme une victoire. Lui faire plaisir est un vrai bonheur. Peut-être réalisera-t-elle un jour mes sentiments à son égard. Alors, lui dire non, tu penses
- Toi, ça te ferais pas trop de mal de penser de temps en temps ! François serait de mon avis. Attends que je lui en parle !
- Tu peux essayer, ça fait plus dune heure que de je tente de lavoir au téléphone. Ca sonne dans le vide.
- Je sais, il devait sortir quelque part.
- Avec ses parents ?
- Jen sais rien. Je suppose. Il ma juste dit quil nétait pas chez lui ce soir.
- Ah !
- Oh, tinquiète pas ! Dès demain, il sera au courant crois-moi !
- Calme-toi Karim, tu me connais, je serais prudent.
- Compte pas sur moi pour vous accompagner en tout cas !
- Cétait pas prévu, rassure-toi !Bon, je te laisse. Et dire que javais peur avant de tappeler. Maintenant, cest pire ! Tes un vrai pote, merci !
- Dis donc, cest pas moi quai voulu impressionner la belle Mathilde en lemmenant au bois Dubreuil à la tombé de la nuit ! Tas quà annuler !
- Et puis quoi encore ! Allez, cette fois je raccroche. A demain.
- Tu me raconteras.
- Cest ça, ciao.
Jérôme raccrocha alors que sa mère passait la porte dentrée. Elle sapprocha du garçon, lui colla un baiser furtif sur le front et se dirigea vers sa chambre. Elle disparu derrière la porte puis passa la tête dans lencadrement pour sadresser à son fils.
- Au fait, je file dans cinq minutes. Tu sauras te faire à grignoter mon lapin ?
Il détestait quand elle utilisait ce sobriquet.
- Je mappelle Jérôme ! Maugréa-t-il.
- Quoi ?
La voix de Marie venait de la salle de bain attenante à sa chambre.
- Oui, je saurais ! Cria-t-il en direction de la porte, comme sil sadressait plus à celle-ci quà sa propre mère.
Il préparait ses affaires en prévision de sa sortie nocturne quand la porte dentrée claqua.
Les lampadaires diffusaient une lumière blafarde sur lasphalte. Deux ombres se faufilaient dans les rues. Il ne faisait pas froid, pourtant Jérôme grelottait sous son sweat. Il nen montra rien à Mathilde qui, quant à elle, avançait dun pas décidé. Cette balade semblait la ravir : Un subtil mélange de peur et dexaltation tel un cambrioleur effectuant son premier larcin. Elle chuchota dans la semi pénombre.
- Tu crois que ta mère va sen apercevoir ?
- Aucun risque. Elle doit être très occupée à lheure quil est.
- Moi, mon père me tuerait !
Elle gloussa, satisfaite de son trait dhumour. Il parvinrent à lentrée du bois Dubreuil dix minutes plus tard. Sur place, le noir complet régnait. Mathilde fouilla dans son sac et en sorti une lampe torche de taille ridicule.
- Cest tout ce que jai trouvé, Dit-elle comme pour sexcuser.
- Pas de souci, rétorqua Jérôme en sortant de son dos sa propre lampe, tel un magicien expérimenté.
- Alors, cest parti !
- Je continue à dire que cest une mauvaise idée !
- Je suis daccord, mais maintenant quon est là ! Allons voir de plus près.
Ils sengagèrent dans le sentier du bois alors que lhorloge de léglise indiquait 23h30.
- Jérôme ! Jérôme, ça va ?
Mathilde essayait de ne pas se laisser gagner par la panique. Ils avaient marchés plusieurs minutes dans les profondeur du bois et, alors quils sapprêtaient à faire demi-tour, sur la demande de Mathilde, Jérôme avait basculé dans un ravin qui jouxtait le sentier. Elle lavait entendu hoqueter de surprise puis lavait vu disparaître dans le vide.
- Jérôme
Jérôme, réponds bordel !
Elle scruta de nouveau vers le bas, espérant voir au moins une petite lumière blanche. Elle avait en effet suivi le début de la chute grâce à la lampe torche du garçon qui avait tourbillonné dans le noir. Elle ne sévertua pas à éclairer devant elle, sa lampe nayant quune portée très limitée. Mathilde respirait maintenant bruyamment en contenant plus sa frayeur. Elle tourna autour delle même, cherchant un quelconque secours. Elle aurait bien voulu entendre ne serait-ce quun petit bruit, synonyme de la remontée de Jérôme. Le silence restait cependant total. Elle tenta de rappeler le garçon, mais némit quun son guttural quelle ne reconnu pas. Elle ne parvenait pas à remettre un semblant dordre dans ses idées. Cétait la confusion la plus extrême. Néanmoins, instinctivement, elle recula, séloignant peu à peu du ravin. Elle se retourna enfin, comme au ralenti, et hurla de terreur. Une silhouette se tenait à dix mètres delle. Une lumière éclairait le sol au détriment du visage de lindividu qui restait dans la pénombre.
- Alors jeune fille, ce nest pas une heure décente pour se promener seule dans les bois ! Vous mavez fichu une trouille bleue vous savez !
Lhomme savança doucement.
- Napprochez pas ! bredouilla Mathilde. Elle trouva la force de lever sa lampe torche menaçant linconnu de cette arme dérisoire.
- Oh là ! On se calme. Je suis Paul Litter, jhabite en face du bois, dans la rue Stendhal. Tu dois bien savoir qui je suis
Tu sais, lancien militaire.
Il éclaira son visage pour montrer sa bonne foie.
- Ne me dis pas que tu es toute seule à te balader dans le coin ! Cest un de vos jeu stupide, cest ça ?
- Je, Je suis pas seule, jai un ami qui est tombé là-bas, derrière.
- Eh bien, ami ou pas, mest avis quil vaut mieux pas traîner pas ici !
- Et pour Jérôme ?
- Jérôme ?
- Oui, mon ami dans le ravin !
- Oh, pour lui, on ferait mieux dappeler les flics pour quils nous aident à le rechercher, à deux dans le noir cest de la folie. Allons-y, je passe devant au cas où tu timaginerais que je suis
Arrgghh ! ! ! !
Paul Litter neut pas le temps de terminer sa phrase. Il sursauta, comme sil avait reçu une décharge électrique, et sécroula dans les fougères. Un énorme couteau le transperçait au dessus du cur.
- La ferme vieux débris !
La voix venait de surgir dans les ténèbres. Elle venait tout droit du lieu où se tenait lancien militaire deux secondes auparavant. Mathilde nen cru pas ses oreilles. Elle reconnu immédiatement la voix en question. Pétrifiée, elle balbutia.
- Jér
Jér
- Et oui ; Pas mal le coup de la chute, non ?
Lombre se pencha et, dun geste vif, retira le couteau du corps sans vie à ses pieds. La deuxième main ramassa la lampe torche de lex militaire et séclaircit le visage par dessous pour accentuer leffet dhorreur. Jérôme sourit tel un démon sortit tout droit de lenfer. Il sapprocha lentement de Mathilde.
- Je tavais dit que cétait une mauvaise idée, susurra-t-il en levant son arme ensanglantée.