Meurtres à Noland (VIII)
La menace de l'homme
de Christian Jean Collard



Rue Édouard II, vendredi 21 juin, 10 heures,

À La Dépêche de Noland, vendredi 21 juin, de 13 à 15 heures,


Laurence téléphona rue Édouard II. Il était 10 heures. Roland était resté au lit très tard, comme tous les jours.

— Allô, c'est toi ? Écoute ! Je viens de parler à Ludvina. Demain, nous sommes samedi. Elle voudrait que l'on aille, avec France, faire une promenade en mer… Oui, dans la matinée, vers 10 heures. On fera un pique-nique. Qu'en penses-tu ?

— C'est une bonne idée. France sera ravie. Que fait-on de Mme Lefranc et de Mlle Brisollier ?

— Qu'elles viennent aussi. C'est beaucoup plus simple. Je vais prévenir Ludvina. J'ai appris quelque chose d'autre… C'est le grand Patron lui-même qui a rappelé cette invitation. Il dit que tu es dans une mauvaise passe et qu'il ne te laissera pas tomber… Quoi ? Je suis au courant par Ludvina. Elle m'a dit qu'il ne fallait pas oublier que Pierre était un grand nerveux. Elle parie qu'il t'en veut à mort.

— Et pourquoi ?

— Il n'a pas dû apprécier ces histoires de drogue et de pédophilie à Noland-Centre. Il a toujours fait grand cas d'Hubert Marechal auprès de l'oncle Robert. Ludvina m'a dit qu'il a pleurniché toute la nuit… Naturellement, il était ivre.

— Si Bertaud m'en veut à mort, est-ce tellement indiqué d'aller se promener en mer avec lui ? Si nous emmenons France…

— Il ne viendra sûrement pas. Dans l'état où il est !

— J'aime mieux ça. Le temps de me raser, de manger un ou deux croissants …

— …de boire un grand bol de café au lait et tu arrives, pour 13 heures, comme toujours !

— À tout de suite, ma grande. Bisous.

France, très excitée à l'idée de la croisière, choisit méticuleusement le short, le pull-over et les sandales qui convenaient pour l'occasion. Quand Mélissa arriva vers midi, elle lui fit part du projet avec enthousiasme. Comme à l'ordinaire, Roland prit la voiture et acheta ses journaux au Bar-tabacs des Arches, rue de la Poste.

La photo d'Isabelle Rivoire s'étalait partout en première page avec de gros titres :

« Une jeune femme disparaît. Le mystère d'un visage. Les Nolandois sont priés d'aider la police… »

L'enquête suivait son cours. Au journal, le jour du meurtre de Marechal, les garçons d'ascenseur n'avaient rien remarqué. À supposer qu'Isabelle Rivoire fût montée pour atteindre le bureau d'Hubert Marechal, elle aurait dû forcément traverser un couloir très fréquenté.

Personne dans l'immeuble n'avait reconnu une jeune femme correspondant de près ou de loin à son signalement. « C'est un peu fort, avait dit Paul Verlaine, une fille comme ça, recherchée par la police à grand renfort de publicité sur Internet, et qui pourrait se promener inaperçue dans les couloirs du journal… »

Chabanne vint s'asseoir à côté de Roland.

— Féraud m'a dit de retourner à mes drogués et de lui laisser l'affaire. Je maintiens pour ma part que les deux meurtres sont liés à une histoire de drogue, mais il ne veut rien savoir. Pierre Bertaud lui a bourré le crâne, et il se représente Marechal comme le bon rédacteur en chef, franc comme l'or, tout à fait incapable de fréquenter la môme Rivoire !

— Et s'il avait raison ?

— J'ai vérifié le compte en banque d'Hubert ! Il y a un versement important au mois de mai, le lendemain du jour où la même somme a été versée sur le compte d'Isabelle Rivoire.

— Vous en déduisez qu'ils travaillaient ensemble.

— J'en ai l'impression… Ils ont dû se partager la vente d'un grand nombre de pilules d'ecstasy…

— Venant de Noland-Centre ! Hubert avait gardé des relations dans la capitale. Il y a quand même quelque chose qui me chiffonne… Si Marechal avait tué Sarah Moreau, je crois que France l'aurait reconnu.

— Sans doute… C'est probablement le fournisseur qui est le criminel …

Roland tirait à petites bouffées sur le tuyau de sa pipe. Il y avait une pile de journaux sur la table. Chabanne en prit un exemplaire.

— Regardez-moi cette fille ! Nous avons eu, une quantité incroyable de tuyaux, à son sujet ! Nous avons cherché dans toutes les directions, mais toujours sans résultats. Elle a connu un individu à Haut les Marais, un certain Georges Corbière, introuvable également… Il ne nous reste plus que deux hypothèses : ou bien Hubert Marechal a été tué par Isabelle Rivoire ou bien la boucle d'oreille a été posée sur la moquette pour égarer l'enquête…

— La seconde est celle de Féraud ?

— Il soulève toutes les pistes l'une après l'autre et procède ainsi par élimination. Je fais la même chose ! Que voulez-vous ? Les flics sont les flics ! Tout ce qui s'applique à Marechal peut s'appliquer à vous… Vous avez bien gardé des amis à Noland-Centre ?

— Vous pouvez vérifier mon compte en banque. Il ne s'y trouve malheureusement aucun versement récent semblable à ceux d'Isabelle ou d'Hubert. Et, à Noland-Centre, je m'y suis fait des amis involontairement. La famille de ma femme, sa mort…

— Je m'excuse.

— Vous n'avez pas à vous excuser, vous ne pouviez pas savoir...

— Je ne crois pas que vous vendiez de l'ecstasy dans les "bars-salons" ou dans les restaurants, mon cher Harmelin, reprit le policier, ni que vous soyez le meurtrier de Sarah Moreau et d'Hubert Marechal.

— Merci.

— Je suis peut-être le seul policier de Noland, à penser de cette façon !

— Je suis très touché.

Ils se quittèrent bons amis. Roland n'avait pas encore levé le nez de son clavier. Il était, en fait, 15 h 15. C'était l'heure où, dans la salle de rédaction, l'activité allait croissant et l'actualité ne manquait pas ! Pourtant, à 15 h. 30, Roland donna son coup de téléphone traditionnel.

— Allô, Roland ? Oui, tout va bien… Mélissa et moi avons été sur le Net… Elle dit que c'est très amusant. Sauf, sur le site de La Dépêche… ce n'est pas marrant du tout ! Comment va Lo ?

— Nous n'avons pas encore eu l'occasion d'être seuls une minute…

— Demande-lui de te parler d'une robe jaune !

— Tu l'auras la robe jaune, je te le promets !

Le combiné une fois déposé sur son support, Roland se dit : « Pauvre petite, je lui donnerais n'importe quoi, en ce moment… Et si l'homme de chez Morgan n'était pas le criminel ? Si elle le voyait une fois de plus, il est possible qu'elle ne le reconnaisse toujours pas ? Cette angoisse est intolérable. »

L'équipe de la nuit prendrait son service à 17 heures. Les reporters, qui n'avaient pas envoyé leur copie par mail étaient ceux qui faisaient les chiens écrasés à Noland même. Ils arriveraient lentement de l'extérieur avec leur papier.

Tout cela finissait par tuer le temps un peu plus vite. L'après-midi se traînait. Après la conférence, Roland entra dans le bureau de Laurence. Elle lui demanda des nouvelles de France, depuis la nuit dernière. Roland lui avait raconté avant qu'ils s'endorment que sa fille n'était plus certaine quant à l'identité de l'homme de l'espace Morgan et qu'elle pensait même s'être trompée.

— Je me demande, en effet…, avait murmuré Laurence.

— Que Dieu veuille que ce ne soit pas lui ! s'était-il exclamé. Si c'est lui, cela voudra dire qu'il ne l'a pas oubliée. Quelquefois, je me demande pourquoi il la poursuit. Il n'a de chances de la rencontrer que s'il est arrêté comme suspect. On dirait qu'il court après le danger, c'est invraisemblable… À moins qu'il ne soit amené à la voir fréquemment…, qu'il appartienne à nos relations… Si c'est quelqu'un du journal, il peut se trouver en face d'elle, par hasard, à chaque instant…

— Si je comprends bien, à La Dépêche, il faudrait qu'un journaliste soit mêlé à un trafic de drogue et à deux assassinats par-dessus le Marché ? Tu te rends compte de ce que tu dis ?

Laurence lui prit amicalement le bras. Ses yeux bleu-vert le regardèrent tendrement.

— Une promenade en mer te fera du bien. Tu penseras à autre chose.

— Seriez-vous libre ce soir, Mlle D'amonville ? dit Roland avec ironie.

— Vous m'invitez à dîner, M. Harmelin ? questionna la jeune femme

— Nous pourrions nous rendre au resto ? Quand dis-tu ? On libère Mélissa…

— J'accueille avec plaisir votre invitation M. Harmelin : je suis libre ce soir… Votre fille est au courant de l'invitation que vous me faites ?

— Pourquoi ne viendrait-elle pas avec nous ? C'est trop injuste de devoir se terrer comme des cloportes sous une pierre, dit Roland.

— C'est le soir des métaphores, je le sens, ironisa Laurence. Le brave Edmond Jaloux est mis à la sauce Harmelin. Tu n'as pas honte ? Où irons-nous manger ?

— Il vaudrait mieux que je demande la permission de sortir à France !

— Je te parie qu'elle sera d'accord… Ça va la changer… Elle surveille tous les jours la petite amie de son père ! Après tout, pour elle, je ne suis qu'une femme toujours habillée comme la rédactrice de mode dans le petit quotidien Nolandois… Mais ça plaît à France, je le sens… Hier, elle m'a posé différentes questions.

— Ah !

«— Depuis combien de temps travailles-tu avec Roland, Lo ? m'a-t-elle demandé.

«— Ça fait trois ans que nous nous connaissons, lui ai-je répondu.

«— Tu étais déjà dans la mode ?

«— Oui. C'est comme ça que j'ai connu ton père…

«— Maman aussi ?

«— Elle était à Noland-Centre comme comptable. Tu te souviens, tu avais huit ans ?

«— Je t'aime bien, tu sais ? m'a-t-elle dit tout à coup.

«— Pourquoi tu me dis ça ?

«— Tu es gentille avec papa et avec moi… Ça me fait penser que je t'aime bien ! Tu fais bien à manger pour une femme qui est toute la journée dans un bureau…

«— Je vais t'expliquer, ai-je dit la voix tremblante. Figure-toi que je ne suis pas aussi gourde que j'en ai l'air… J'avais quinze ans, quand j'ai commencé à m'occuper de la maison de mon père. La haute couture ne m'empêche pas d'apprécier les activités culinaires. Comme dit ton papa, pour me taquiner, j'ai des ongles trop longs, je ne pense qu'à mes toilettes… C'est vrai, quand je suis au bureau, mais ici…

«— Pourquoi penses-tu autant à tes toilettes ?

«— C'est mon métier. Roland, son métier, c'est d'écrire, pas vrai ? Moi, c'est de présenter des robes…

Roland observait Laurence à la dérobée, en souriant. Ils arrivèrent devant l'appartement et les deux amoureux montèrent libérer Mélissa.

Roland la reconduisit jusqu'à la porte quand, soudain, il s'avisa qu'il avait oublié d'ouvrir sa boîte aux lettres pour prendre son courrier. Il n'y trouva qu'une enveloppe avec son nom et son adresse, tracés à la main, en grosses capitales. Probablement quelqu'un qui voulait maquiller son écriture. Il n'y avait aucun tampon de la poste.

Roland déchira l'enveloppe. Sur une feuille A4 s'étalaient deux lignes qui semblaient avoir été travaillées sur une ancienne machine à écrire. En gras, on lisait :


EMMENEZ VOTRE FILLE LOIN D'ICI : C'EST DANS SON INTERET !

Roland monta quatre à quatre les escaliers, tendit la lettre à Laurence, sans dire un mot.

— Mon Dieu ! dit-elle en réprimant un sanglot, c'est donc bien lui qu'elle a reconnu. Elle n'a rien inventé…

Rue Édouard II, vendredi 21 juin, 22 heures 20,

Cette nuit-là, ils devaient s'embrasser, en pleurant, quand France fut au lit; ils maudissaient la nuit lorsqu'elle venait trop vite, toute noire, quand elle les surprenait dans la quiétude de cet appartement de la rue Édouard II. S'ils parvenaient à se glisser l'un près de l'autre, ils ne trouvaient plus l'isolement qui plaisait à leur sensibilité.

Pourquoi leur fallait-il payer ces quelques minutes de bonheur ? Quand ces beaux jours étaient montés des nuits douces dans ce flot de vie coulant du ciel, montant du sol, au milieu des ivresses de la saison, ils étaient seuls, l'un contre l'autre; aujourd'hui, les amoureux se surprenaient à regretter le temps d'une autre solitude : quand ils croyaient n'être que de simples camarades.

Ils se souvenaient des nuits, pendant lesquelles ils étaient si perdus, si loin de tous bruits humains. Ces nuits mémorables qui avaient vu les amoureux se tutoyer maintenant seulement bien qu'ils se connussent depuis trois ans. Il leur fallait, à présent, affronter les difficultés; Roland avait donné trois coups de téléphone : Chabanne, Brisollier et Mme Lefranc. Laurence, avait les larmes aux yeux, assise dans un fauteuil relax. Le petit appartement de Roland n'était pas l'abri rêvé pour des gens qui s'aiment et qui étaient traqués au même instant.

À la lecture de la lettre anonyme, il semblait aux amoureux que toute la nuit pût entrer par la fenêtre : la nuit inquiétante de Noland, avec ses petites rues obscures, où l'on sait que la police est mal faite. Dans quelques instants, cinq personnes discuteraient à voix basse pour ne pas troubler le sommeil de France. Laurence avait insisté auprès de Roland pour qu'il lui donnât trois verres de champagne.

Ça ne pouvait pas lui faire du tort !

Ils ne lui avaient rien dit, au sujet de la lettre anonyme. Mme Lefranc avait été réveillée dans son sommeil par Mélissa et Chabanne; elle avait eu peur quand ils lui avaient demandé de se vêtir.

Les coups de sonnette. Ils entrèrent. Chabanne, aussitôt, après avoir scruté la lettre et donné quelques coups de téléphone, à son tour, restait immobile sur le bord d'un fauteuil, son chapeau sur les genoux, le regard sombre.

— Cette note signifie que le criminel a des attaches à Noland, qu'il ne puisse pas ou ne veuille pas s'éloigner d'ici, dit le policier. Quelque chose le retient sûrement à Noland car, sans ça, il aurait pris le large pour quelques temps. On sait bien que les souvenirs d'une enfant de onze ans s'effacent vite… Pourtant, il ne sait pas exactement s'il a laissé un souvenir dans la mémoire de votre fille et il ignore si ce souvenir va vite s'effacer… Si le criminel ne part pas, c'est qu'il est retenu, à Noland, d'une façon impérative !

— Il me dit d'emmener ma fille. C'est bien ce que je veux faire. Et le plus tôt possible !

— Ne vous laissez surtout pas gagner par la panique, Roland ! Vous pouvez envoyer France au loin, d'accord, mais vous ne pourrez certainement pas l'accompagner ! Féraud ne vous laissera pas quitter Noland !

— Mais si l'assassin voit que nous ne bougeons pas, il est sans doute capable de prendre l'initiative ?

— Notre mission principale est d'assurer la protection de l'enfant, continua Mélissa. Si celle-ci est bien gardée, l'homme ne s'y frottera pas. Ce n'est pas la peine de vous faire du mauvais sang…

— Nous n'allons quand même pas nous barricader ici ! lança Roland.

— Si, bien sûr. En tout cas, la nuit ! Pendant la journée, France ne sortira que flanquée de Mlle Brisollier, poursuivit Chabanne. L'immeuble sera continuellement surveillé ! Je demanderai du renfort à la criminelle, sans passer par Féraud… J'en connais qui ne demanderont pas mieux que de me renvoyer l'ascenseur.

— Nous avions fait le projet de passer la journée de demain sur l'Abyssale, en face du Quartier Maritime. Mélissa et Mme Lefranc devaient nous y accompagner.

— Je n'ai pas d'objection. En tout cas, cela vous changera les idées. Je garde la lettre. On fera une analyse des caractères et du papier à l'aide desquels ces mots furent rédigés. Nous verrons si le personnage n'a pas laissé ses empreintes en retirant la feuille de son imprimante, cela peut donner quelque chose.

— Si je louais une voiture pour la journée de demain ? demanda Mélissa. C'est réglementaire…

— Bien sûr. Mais n'oubliez pas : l'inconnu a des attaches à Noland et il peut très bien être le chef d'une entreprise commerciale …

— Comme le resto « À la Côte d'Agneau », par exemple…

— Non, ce n'est pas Max Cajot, puisque France l'a identifié sans le reconnaître. Mais ça pourrait être son homme de paille… ou le tenancier d'un autre restaurant… Que sais-je ? Ces gens-là ont toujours une bonne couverture pour masquer leur trafic. La seule chose à faire : ne pas lâcher France d'une semelle … Prenez une chambre dans la pension de famille de la rue. « Chez Marguerite » est la seule pension de famille dans le Quartier des Abbesses et on y mange bien.

— Vous espérez que ma fille va attirer l'assassin ? dit Roland. Ça non !

— Nous en reparlerons ! Je pars. Félicitations à vous deux ! Notez, ça ne pouvait pas mieux tomber, pour veiller sur France ! Je vous dépose, Mme Lefranc ?

— Si M. Harmelin le permet, je voudrais passer les nuits ici … Il y a des années où je connais monsieur et France …

— O.k. !

Roland gardait les mains de Laurence dans les siennes. Ils entrèrent, sur la pointe des pieds, dans la pièce où France dormait, une fois Chabanne sortit. Une brise assez fraîche pénétrait par la fenêtre entrouverte. Les deux tourtereaux, dans les bras l'un de l'autre, finirent par s'endormir tout habillés dans un fauteuil, au chevet de cette petite jeune fille de onze ans, qu'ils devaient protéger ! Mélissa avait atteint la pension de famille ! Mme Lefranc dormait déjà !

Rue Édouard II, samedi 22 juin, 9 heures,

Dès le matin, une puissante chaleur embrasa Noland. Mélissa arriva à l'heure dite et, quand elle sentit la bonne odeur du café, ça la réconcilia avec l'existence. En fait, cette nuit, il avait bien fallu tout ça pour qu'on vînt lui ouvrir la porte de la maison de famille. Elle n'avait pas bien dormi ! Elle avait beaucoup pensé et ça n'avait servi à rien. Au contraire. Elle avait dû prendre des cachets contre la migraine.

— Combien de croissants ? questionna Laurence.

Après les événements de la veille, Mlle Brisollier sursauta; elle se frotta les yeux pour voir si elle n'était pas en train de rêver. Elle observa la désinvolture subite de Laurence. Celle-ci qui ne songeait, pas à autre chose, qu'à ses croissants.

— Alors, Mélissa, combien de croissants ?

— Deux.

— Du thé ou du café ?

— Du café avec du lait. Sans sucre. Vous avez bien dormi ?

— On s'est endormi dans le fauteuil de la chambre de France. Roland, a dormi comme une marmotte, toute la nuit. Je ne savais pas que ça ronflait toutes les nuits, les marmottes !

France entrait dans la cuisine embrasser Laurence, allait donner des gros bisous à Mélissa. Madame Lefranc n'arrêtait pas. Elle s'était levée à 6 heures.

— Tu as du café, Lo ? questionna France.

— Oui. Voilà…

— Merci…

— Chéri, ton café va être tout froid ! s'exclama Laurence. Passe un peignoir et viens dire bonjour à Mélissa.
Dans une heure, on doit être au Quartier Maritime !

— Pourquoi avez-vous dormi dans ma chambre ? demanda France.

— On ne peut pas avoir envie de dormir auprès de toi ?

Roland sortit encore mouillé de la salle d'eau, une sortie-de-bain blanche autour de la teille, embrassa Lo et sa fille, puis se dirigea vers Mélissa.

— Et bien, voilà ! fit Laurence.

— Je vais m'amuser avec deux femmes sur le dos, Mélissa ! dit Roland.

Ils ne serraient pas au Quartier Maritime pour 10 heures. Si Laurence avait fait sa toilette, Roland la finissait à peine, et, France allait certainement choisir un short neuf et une blouse légère jaune citron, après s'être lavée. Elle entra dans la salle de bains en bavardant avec animation. Roland surveillait la rue Édouard II, prêt à faire face au danger.

Fin de la huitième partie



Christian Jean Collard,
Récits curieux & Poésies,
http://vincentnicolet.typepad.com/

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