«Presse le centre de la croix. Le mur bougera peut-être »
- Rien à faire ! Jai beau appuyer, tourner : rien ne se déplace !
«Pourtant, je suis certaine que la croix nous indique lemplacement dun trésor »
- Si cétait le cas, papa et maman lauraient découvert depuis longtemps.
«Ils nont sans doute pas prêté attention à cette vieille croix de pierre. De plus, ce nest pas nécessairement dans cette chambre que le trésor est caché. Ce nest pas habituel une croix travaillée dans la pierre même du mur. Cela doit être un point de repère. Regarde, elle est placée près du sol et non pas en hauteur où les croix se trouvent généralementposées. Quy a-t-il en dessous du salon ? »
- La vieille cave, celle où papa nous a interdit de mettre les pieds.
«Jenny, je sens que cest là que le trésor est caché. Quand les Espagnols ont quitté Bruxelles, ils ont fui et nont certainement pas eu le temps de tout emporter avec eux. Ils ont laissé une partie de leur trésor ici et ils ont maçonné cette croix comme indice pour leurs enfants, leurs héritiers
-Les enfants, venez. Le dîner est servi !
Jenny et Dany se relevèrent. Elles étaient accroupies près du piano et examinaient la croix façonnée dans le mur du salon.
Les deux surs ne se ressemblaient aucunement. Eugénie, appelée Jenny, laînée, était boulotte avec de longs cheveux bruns ondulés. Elle était dun naturel aimable, toujours souriante.
Danielle, la cadette, avait les cheveux châtains clairs. Elle était maigrichonne, ne rêvait que de plaies, de bosses et daventures. Quelques jours auparavant, les deux fillettes avaient remarqué pour la première fois lincongruité de la vieille croix du salon. Celle-ci était travaillée dans la pierre même du mur. Limagination délirante de Danielle communément appelée Dany-avait trouvé matière à réflexion ! Elle avait échafaudé un roman et depuis lors, chaque soir, au retour de lécole, les deux fillettes passaient des heures à fouiller le salon dans lespoir de découvrir un fabuleux trésor.
Après sêtre lavées les mains, les deux fillettes sinstallèrent à table, dans la grande cuisine où la famille prenait les repas. Betty, leur sur aînée, et son ami Michel étaient assis à la droite du père de famille. Danielle, prenant place face à Betty, ne pût sempêcher de constater la ressemblance frappante entre son père et sa sur aînée : brune, les cheveux bouclés, les yeux noirs, le teint mat des Provençales.
Jenny, elle, était le portrait tout craché de sa mère : petite, boulotte, les yeux rieurs, les cheveux et les yeux noirs. Elle seule détonait. Elle savait quelle ressemblait à une arrière-grand-mère paternelle. Elle aurait tellement voulu ressembler à une de ces filles des Mers du sud ! Après avoir vu un film où Suzanne Bale tenait la vedette, le summum de la beauté féminine pour la fillette était représenté par les Polynésiennes !
-Et la chasse au trésor, ça avance ? demanda Michel taquin.
«Betty a bien de la chance. Jaimerais rencontrer un garçon pareil avec des yeux et des cheveux de Gitan. Et de plus, il est tellement gentil. Je pense que papa et maman laiment bien. Je me demande sils vont se marier »se dit Jenny.
«Nous navons rien découvert mais cela ne tardera plus », répondit-elle. Nous avons fouillé le salon mais il ny a rien. Maintenant nous allons fouiller
«Dis papa, raconte-nous comment vous avez déniché cette maison », interrompit Danielle. Elle ne voulait pas que Jenny révèle à leur père ce projet. Bien que dun naturel très calme et doux, il savait se montrer très ferme. Il leur avait interdit de descendre dans cette cave. Elle était dangereuse. Il y avait la cave au charbon et elle ne présentait aucun danger. Par contre, la cave qui se trouvait située sous le salon servait à entreposer du bois. Cette cave était dans un état de dégradation telle que Jenny et Danielle sen étaient vues interdire lentrée. Aussi Danielle jugeait quil valait mieux ne pas mettre leur père au courant de ses projets. Le père, de bonne grâce, raconta le récit que les fillettes connaissaient par cur.
- Cest simple. Votre mère et moi avions toujours voulu habiter à la rue Haute. Nous logions à la rue des Tanneursavant la guerre et les Karoskin et les Fisher habitaient près dici.Lorsque les Allemands entrèrent dans Bruxelles, nos amis des Marolles vinrent nous avertir de fuir. Nous nous sommes enfuis pour Stavelot. A notre retour, notre vieil appartement avait été occupé par notre ancienne propriétaire. Elle ne voulait pas nous rendre nos meubles, vaisselle etc. Aussi, nous avons pensé quil valait mieux ne pas faire dhistoires. Après une telle guerre, commencer à se disputer pour des meubles ! Et puis, nous ne voulions pas avoir affaire avec cette femme. Une antisémite probablement. Donc, nous avons cherché un autre appartement. Votre mère et moi nous nous promenions à la rue Haute lorsquepar hasard nous avons remarqué laffiche «A Louer «. Cette grande porte cochère avait beaucoup de cachet, la maison était grande et il y avait le jardin !
Cest rare de trouver un tel jardin au centre de la ville. Et puis, cétait près de
lendroit où habitaientles Kupper, les Karoskin, lesHirsch. .
.
Le silence se fit.Nombreux étaient ceux qui nétaient pas revenus des camps de lamort. Les Rosenberg avaient complètement disparu.
Betty coupa le silence : Et ensuite ?
- Il ny a pas grand chose à ajouter. Nous navons pas hésité une seconde. Le jour même, nous avons pris rendez-vous avec le propriétaire et deux semaines plus tard, nous avons emménagé.
-Je me souviens de votre arrivée, déclara Michel. Betty portait ce petit chien apeuré dans ses bras, Jenny était encombrée dune valise plus grande quelle et toi, Dany, tu taccrochais à la jupe de ta mère.
La conversation continua un bon moment sur ce thème. Ensuite, la famille sinstalla dans le jardin. Bien quil fût tard, le temps était doux. Lété commençait. Betty aidait sa mère à apporter le thé froid citronné, si désaltérant !
Dany regardait le mur du jardin. Il était mitoyen avec le jardin des voisins qui habitaientla rue du Remblai. Elle songeait souvent que si la guerre recommençait, on pourrait séchapper par les jardins.
La conversation entreles parents et Michel allait bon train.
- Lavenir, cest les États Unis. LEurope dépérit. Elle est finie.
- Oui mais qui sait que peut amener cette guerre de Corée.
-Monsieur Charles, les États-Unis sontla plus grande puissance du monde. Ils ne sombreront jamais.
-Michel, intervint la maman, que comptez-vous faire lorsque vous décrocherez votre diplôme dingénieur ? Partir pour les États-Unis ?
Un silence profond sabattit sur la famille. Chacun retenait sa respiration en attendant la réponse du jeune homme.
-Jaimerais partir pour les États-Unis, Madame Maria.
-Au lit, les enfants. Il faut se lever tôt si vous désirez partir à la mer demain.
La maman parlait dun ton enjoué. Les fillettes, dociles, se levèrent, souhaitèrent le bonsoir et quittèrent le jardin.
-Maman, tu ne trouves pas bizarre que les petites soient montées se coucher sans rouspéter ?
-Non, Betty. Elles sont tellement fatiguées après leur chasse au trésor quune conversation dadultes ne les intéresse guère.
Comme Madame Maria se trompait ! Les deux gamines, après avoir quitté le jardin, nétaient pas montées dans leur chambremais avaient obliqué vers le salon obscur.
Une longue expérience leur permettait de se repérer facilement dans lobscurité. Accroupies entre le piano et la grande baie du salon, qui donnait sur le jardin, elles pouvaient entendre sans être vues la conversation de leurs aînés.
Michel parlait :
-Mon plus cher désir est dépouser Betty et de partir pour les États-Unis. Betty est daccord. Nous avons déjà discuté de ce sujet maintes fois mais il y a un obstacle de taille. Elle ne veut pas se séparer de vous. Si toute la famille ne part pas, elle ne mépousera pas. Je vous aime comme mes propres parents. Ceux-ci dailleurs sont résolus à quitter la Belgique et être près de moi. Je vous aime comme mes propres parents. Je me rappelle quétant lycéen, pour gagner de largent de poche, je venais vous aider à charger des ballots de laine sur les camions. Depuis lors, je passe le plus clair de mon temps chez vous. Je me considère comme votre fils. Venez avec nous aux États-Unis. Mon bonheur est entre vos mains.
- Mais que ferai-je de mon commerce ? demanda le père.
-Monsieur Charles, le commerce de la laine pure ne sera plus rentable dans un proche avenir. Les fibres synthétiques vont bientôt remplacer la laine. Vous êtes encore jeune, cest le moment où jamais de recommencer dans un pays neuf. Vous avez souffert pendant la guerre en Europe. Vous navez plus de famille, plus damis.
Le père regardait sa femme. Il demanda à Maria : Quen penses-tu ?
Celle-ci lui répondit : Rien ne nous retient vraiment ici.Betty poussa un cri de joie
et se précipita vers ses parents quand Jenny apparut en courant et cria :
-On ira à Hollywood et je pourrai rencontrer Frank Sinatra et danser et apprendre à faire des claquettes !
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«Malc, cest ici que nous habitions avant démigrer aux États-Unis « .
Dany et Malcolm contemplaient la vieille maison de la rue Haute. Lantique porte cochère était restée intacte mais les nouveaux propriétaires avaient transformé la vieille maison en restaurant espagnol !
-Tu sais, Dany, cette vieille maison est attirante. Elle a un je ne sais quoi qui me plaît.
La jeune fille, elle, était triste.
«Des vandales, ils ne respectent rien. Limportant est lestomac, largent. Pourquoi ont-ils transformé notre maison ? .
- Allons, viens ! Ne reste pas plantée sur le trottoir. Les gens vont simaginer que nous préparons un hold-up !
Malc posa son bras sur les épaules de la jeune fille et lentraîna vers le Château de la Porte de Halle.
-Dany, je suis tellement impatient de voir ce musée darmes anciennes, les armures des chevaliers du Moyen Age ! Il paraîtrait que ces preux chevaliers étaient petits. Ils natteignaient pas le mètre cinquante !
Malc parlait de tout et de rien. Il tentait de dissiper la tristesse qui sétait emparée de la jeune fille. Dany le regardait tendrement. Elle était en fait folle de lui mais en jeune fille bien élevée, elle ne laurait avoué pour rien au monde.
Elle se souvenait de leur arrivée à New York une dizaine dannées auparavant. Michel, son beau-frère, était parti le premier pour les États-Unis. Il était arrivé à New York et avait trouvé une maisonnette à acheter dans le Queens. Elle sourit.
-Pourquoi souris-tu, Dany ?
«Je me rappelle notre arrivée à Jewels Avenue. Nous étions désemparés dans notre nouvelle demeure. Nous ne connaissions pas langlais et soudain ta maman est venue nous apporter un gâteau pour nous souhaiter la bienvenue.
Malc éclata de rire : - Tu te souviens des toilettes ?
Dany revit le premier repas du vendredi soir dans la salle à manger de la famille Silverman. La maman de Malc avait invité les nouveaux voisins à partager leur repas. Dany, dans un anglais laborieux, avait timidement demandé à son voisin de droite, un gamin de haute taille aux cheveux châtains et aux yeux couleur noisette où se trouvaient les toilettes. Ne comprenant rien à lexpression américaine, elle avait dit à sa sur Betty que les Américains ne connaissaient pas lusage des toilettes et faisaient leurs besoins dans la salle de bain ! Un grand éclat de rire avait salué la traduction de lexpression «bath room ». Depuis lors, lorsquon évoquait la première rencontre de Malc et Dany, on ne pouvait la dissocier de lhistoire des toilettes.
Quelques heures plus tard, après avoir visité le Château de la Porte de Halle, Dany et Malc se dirigèrent vers la Grand-Place. Installés au Roy dEspagne, ils admiraient cette merveilleuse place.
-Tu as lair songeur, mon chou. Quelque chose te trouble ?
«Je songeais au trésor.
Malc la regarda interloqué.
- De quel trésor sagit-il ? Tu ne men avais jamais parlé !
«Jenny et moi avions découvert une vieille croix travaillée dans la pierre du mur du salon. La croix se trouvait à une hauteur denviron vingt centimètres du sol. Javais pensé que les Espagnols, lors de leur départ, avaient peut-être, enseveli lor dans la maison.
- Dany, stop. Je ne comprends plus rien. Je ne savais pas que des Espagnols habitaient avec vous.
Dany eut le fou rire. «Malc, je me rends compte que mes explications sont un peu embrouillées et je vais tout dexpliquer depuis le début mais cest trop marrant
de penser que nous habitions avec des Espagnols, spécialement quand ceux dont je parle sont morts depuis des siècles » .
Se moquait-elle de lui ? Malc estima qil valait mieux être diplomate et se taire. Il fallait la laisser raconter à son rythme.
«Un jour, Betty avait remarqué un groupe de touristes arrêtés devant notre maison. Un guide leur expliquait que larc de la porte cochère datait du Moyen Age, probablement de lépoque où les Espagnols avaient envahi Bruxelles. Le Château de la Porte de Halle, qui était assez proche de notre maison, était une des portes dentrée de Bruxelles. Pour pénétrer dans la ville, les voyageurs devaient payer une forte redevance. Aussi, jai pensé que lorsque les Espagnols furent chassés de Bruxelles, ils nont pas eu le temps de tout emporter et ont sans doute enfoui une partie de leur avoir. »
-Je comprends, baby, mais pourquoi dans votre maison ?
«Dans la cour de la maison, une vieille auge de pierre se dresse encore. De plus, il y a des restes de vieux fer et papa considérait que cette maison était une auberge dans le temps. Le couloir dentrée était énorme et haut et papa pensaitque les chevaux passaient par-là. Jenny et moi étions sûres que les soldats espagnols et les voyageurs venaient souvent dans cette auberge, passaient la nuit, buvaient. Aussi, Jenny et moi avions décidé de descendre dans la vieille cave, sous le salon et deffectuer des fouilles. Mais Michel a bouleversé tous nos plans lorsquil a fait sa demande en mariage à Betty. Il voulait partir pour les États-Unis mais Betty ne voulait pas partir sans la famille. Aussi, Michel a convaincu papa démigrer. Tout sest déroulé très rapidement. En trois mois, nous avons tout liquidé. Le mariage sest fait et nous avons quitté la Belgique. Jenny et moi étions tellement excitées que nous navons plus jamais pensé à cette chasse au trésor. Cest la première fois, après tant dannées que jy songe et jen parle à quelquun. »
Malc observait la jeune fille. Il la trouvait adorable. Dès leur première rencontre, il sétait senti attiré par la petite Belge. Depuis lors, ses sentiments avaient mûri. Il navait jamais osé avouer ce quil ressentait pour elle. Il craignait que la jeune fille ne le considère uniquement que comme un ami, une sorte de grand frère. Aussi, se taisait-il et attendait que le destin lui fasse signe afin de se déclarer.
Dany, de son côté, enrageait :
«Je voudrais tant quil membrasse mais il ne voit quen moi la petite sur quil na jamais eue.Que se passerait-il si je faisais le premier pas ? Non, je noserais jamais. »
- Dany, ton histoire me plaît. On pourrait en faire un film !
«Cest ça, moque-toi de moi. »
Les deux jeunes gens se levèrent et continuèrent leur promenade.
Malc était émerveillé par le romantisme et le bon goût dendroits tels que la Galerie de la Reine, la rue des Bouchers et le fameux Menneken Pis !
Le soir, Dany demanda à Malc où il voulait dîner. A lhôtel ?
- Non, jai déjà réservé une table pour nous.
Dany ouvrit de grands yeux. Dhabitude Malc ne faisait rien sans lui demander son avis au préalable.
Le portier de lhôtel avait déjà commandé un taxi. Lorsquils arrivèrent près du Château de la Porte de Halle, Dany se douta de lendroit où Malc lemmenait. Elle avait raison. Cétait dans sa vieille demeure.
Un serveur espagnol les accueillit et les invita à sasseoir. La salle était déjà bondée.
«Malc, tu es un amour. Cest la meilleure surprise que tu puisses me faire. »
- Tu vois, mon espagnol est impeccable et cest le seul restaurant où je pouvais commander sans avoir besoin de ton aide !
Ny tenant plus, elle se pencha vers lui en lembrassa sur la joue. Malheureusement, à ce moment précis, un serveur chargé de boissons passait derrière elle pour servir dautres clients !
Le malheureux renversa la bouteille de Xeres et un verre se brisa.
- Dany, tu nen feras jamais dautres !
«Malc, excuse-moi mais je suis tellement contente. »
-Je tassure que je suis prêt à payer la casse pour un autre baiser !
Tout cela était dit dun ton badin mais Dany ne savait pas si elle devait le prendre sérieusement ou non.
Dany et Malc étaient attablés devant une énorme paella. La chaleur et le vin avivaient le teint clair de la jeune fille.
- Alors, que dis-tu ? Ils ont bien restauré la maison ?
«Mais non, ils nont pas restauré. Ils en ont fait un très beau restaurant mais tout le charme de la vieille maison a disparu. Cest à peine si je peux reconnaître la disposition des lieux.En tout cas, nous sommes assis où se situait notre salon et sur le mur opposé à celui-ci se trouvait la vieille croix.Je ne crois pas quelle sy trouve encore. Avec tous ces panneaux de bois qui cachent la vieille maçonnerie, on ne distingue plus rien. Tout ce que jespère cest quils nont pas démoli les murs. »
Le jeune homme contemplait la salle. Il ne restait plus de trace de la chambre où les gamines avaient joué, sétaient disputées, où des visiteurs sétaient installés dans de bons vieux meubles confortables. Des tables de bois massifs remplaçaient tout cela. Les tables étaient recouvertes de nappes à carreaux rouges et sur chaque table trônait une vieille bouteille de chianti servant de bougeoir à une chandelle qui néclairait pas grand chose. Tout était plein. Ce nétait certainement pas les gens du quartier qui venaient sy restaurer. La société bourgeoise aimait venir manger et se faire voir dans ce restaurant. Se nourrir dans ce quartier populaire était du dernier snobisme. Il est vrai que les mets étaient excellents.
«Malc, pourquoi tenais-tu tant à arriver tellement tard ? Il est près de minuit et avec tout ce vin, je risque de mendormir. »
- Dany, manger ici était la première partie de ma surprise. La seconde partie quien fait est la véritable surprise est la suivante : nous nallons pas quitter le restaurant !
Devant lair abasourdide la jeune fille et avant quelle ne puisse parler, Malc continua fier comme un paon ses explications :
- Limportant, cest de faire un tour dans la vieille cave. Le reste nest pas tellement essentiel puisque Jenny et toi avez presque démonté ce salon. Donc, il faut visiter la cave. Je doute fort que les patrons nous laissent faire. Il faut en conséquence sy cacher, descendre sans que personne ne sen aperçoive.
Cette fois, elle ne lembrassa pas mais ses yeux se remplirent détoiles. Il semblait à Malcolm quil y découvraitce quil désirait entendre depuis si longtemps. Était-ce une illusion causée par le vin ?
«Malc, lair de Bruxelles te convient parfaitement. Depuis notre arrivée, tu nas que des idées heureuses. Après quelques secondes, elle poursuivit : je me demande ce que Jenny dirait si elle savait ce que nous allons tenter cette nuit.
- Probablement rien. Depuis quelle a retrouvé Jojo, elle ne pense, ne voit, ne respire que par lui !
«Ce nest pas vrai ! Elle voudrait certainement être de la partie. Mais il faut avouer que leurs retrouvailles tiennent du miracle. »
-Cest exact. Depuis combien de temps était-il parti avec sa famille aux États-Unis ?
«Depuis une quinzaine dannées. »
Malc consulta sa montre.
-Nous avons le temps. Raconte-moi leur histoire. Jaime lentendre. On dirait un film produit à Hollywood.
Après sêtre resservi de calamars, Dany raconta :
«Comme tu le sais, avant la guerre mes parents nhabitaient pas à la rue Haute mais à la rue des Tanneurs. Les parents de Jojo habitaient rue du Miroir. Comme tu le sais, presque tous les Juifs quittèrent leur demeure et se sont cachés. Après la guerre, ceux qui eurent la chance de revenir sont retournés dans leur ancien « chez eux ». Mais en général, leur appartement avait été occupé par des voisins et les Juifs ne pouvaient le récupérer, à part quelques exceptions. Néanmoins, les Juifs ne voulaient pas quitter leur ancien quartier. Ils se sont regroupés dansles Marolles. Mes parents avaient trouvé cette maison et les Benkiel sont venus habiter juste en face.
-Toute la famille de Jojo en a réchappé ?
«Non, malheureusement ils nont pas eu cette chance. Ses parents ont été déportés dans un camp de concentration. Avant que les Allemands ne les attrapent, ils avaient réussi à cacher leurs enfants chez des non-Juifs. Après la guerre, la tante de Jojo a regroupé les enfants et cest ainsi quils sont devenus nos voisins. Seul le plus jeune frère na jamais été retrouvé.
Avant de partir pour lAmérique, Jojo et Jenny jouaient toujours ensemble. Ils ne se quittaient pas une minute. Quand ils sont partis, Jenny a pleuré des jours et des jours. Jojo avait promis décrire mais il ne la jamais fait. Que pouvait-on attendre dun gamin de onze ans ? Tu connais la suite. Personne ne se doutait que Jenny pensait toujours à lui. Il y a quelques mois, elle a pris son courage à deux mains et a placé une annonce de recherche dans les journaux. Et, miracle, elle la retrouvé. »
-Cest extraordinaire, cest un véritable conte de fées moderne. Mais il est temps de payer. Toi, tu téclipses discrètement vers la cave. Je remarque que les toilettes sont au sous-sol. Donc, cest par-là que lon va atteindre les caves. Je viens te rejoindre de suite.
Pendant que Malc réglait laddition et bavardait avec le serveur - dans le plus pur Castillan de la qualité des olives, des Espagnols vivant aux ÉtatsUnis, Dany traversa ce qui avait été autrefois la grande cuisine familiale. A sa gauche, il y avait un téléphone public et à sa droite la porte qui menait aux toilettes et vers la vieille cave vermoulue.
Soudain, Malc fut à ses côtés. Alors, tu as repéré la cave ?
«Oui, on y va ? »
-Évidemment mais cest moi qui passe le premier. Jespère que la porte de la cave nest pas fermée à clé. Jai une lampe de poche et du chocolat mais pas de passe partout ! Je ne sais pas où on en achète et à dire la vérité, je ne sais même pas à quoi cela ressemble. Croise les doigts et suis-moi.
«Malc, pourquoi attendre ? »
-Écoute, mon chou, je veux être certain de ne pas être dérangé. Il faut que tous les clients soient partis et que les occupants de la maison aient été se coucher. Alors, nous pourrons chercher tout à notre aise. Entre nous, je ne crois pas que nous trouverons quoi que ce soit mais je veux en avoir le cur net.
Dany regarda autour delle. Rien navait changé. La cave avait été de tout temps divisée en deux. La première salle plus grande faisait office de cave à charbon.
Ensuite, il y avait une salle plus petite et nettement en moins bon état : la salle où on remisait le bois. Chacune delle avait sa propre entrée. La salle où on remisait le bois se trouvait directement sous le salon. Les gros moellons qui constituaient le mur laissaient suinter lhumidité. Des poutres étaient enchevêtrées le long du mur. Du plafond séchappait un peu de poussière.
Le temps sécoulait lentement. La jeune fille sendormait mais soudain, Malcolm parla :
-Dany, il est près de deux heures du matin. Je crois que nous pouvons y aller. Y a-t-il de lélectricité ici ?
«Du temps de Papa : oui. Je vais voir. »
Elle sapprocha du mur qui faisait angle avec la porte et appuya sur linterrupteur. Une petite lumière palote éclaira le réduit.
-Daprès toi, où se trouve la croix du salon ?
«Normalement, elle doit se trouver sur le mur qui se trouve derrière nous. Il correspond mur du salon où se trouve la croix.Que faisons-nous ? »
-Tu sais, je nai pas encore obtenu mon diplôme de chercheur de trésor mais je pense quil faut sonder le mur et voir si des moellons vont se détacher.
Dany ne sourit pas. Une impression bizarre sempara delle.
«Malc, cest idiot mais je suis triste. Je suis triste à un tel point que je voudrais pleurer. »
-Tu as peur ? Tu penses quun fantôme va apparaître et nous souhaiter la bonne nuit ?
Il essayait de dissiper langoisse qui le tenait lui aussi mais le petit visage pâle de son amie ne le rassurait guère.
«Je suis stupide, je ne sais pas ce qui ma pris. Viens, cherchons. »
-Jen ai assez. Nous cherchons depuis plus de deux heures et à part un fil tiré de mon pull over, ta blouse blanche, souillée,et probablement des araignées dans tes cheveux : rien !
Dany se redressa brusquement et instinctivement, elle se passa la main dans les cheveux. Ce faisant, elle se donna un tel coup au coude quelle crût sévanouir et se mit à gémir.
«Malc, jai mal, je souffre
»
Elle avait les yeux pleins de larmes, elle voulait quil la réconforte, quil la cajole. Mais rien, pas de réponse
«Malc, que fais-tu ? Pourquoi ne me réponds-tu pas ?
-Dany, jai découvert quelque chose !
La voix excitée de Malc résonnait. La jeune fille, oubliant sa douleur, se rapprocha de lui. Un moellon du mur était tombé, déplacé probablement par le violent coup au coude que la jeune fille sétait donnée bien involontairement.
Dans la cavité ainsi dévoilée, Malc avait glissé la main et en avait sorti quelques feuillets.
Malc et Dany se regardèrent étonnés. Le papier était jauni par le temps, lencre était pâlie mais les caractères étaient encore fort lisibles. Encore, fallait-il pouvoir les lire.
«Mais cest de lhébreu ! »
-Que vient faire une lettre en hébreu dans le mur dune maison de la rue Haute ? De plus, regarde la date : 1944.
«Malc, viens, sortons dici. Retournons à lhôtel. Nous navons plus rien à faire ici et je ne veux pas quon nous attrape.. »
Ils se dirigèrent sans bruit vers lentrée de la cave. Après avoir éteint la lumière, Malc remonta, le premier, les quelques marches qui les menaient au couloir. Quand Dany leut rejoint, il lui demanda :
-Comment sortons-nous dici ?
«Cest simple, si le système na pas changé, la grande porte cochère souvre et se ferme de lintérieur à laide dune large barre de bois posée horizontalement sur deux crochets en travers de la porte mobile et de celle qui est immobile. Tu vois, il suffit de soulever la barre et dattirer la porte doucement à soi.
Ils tirèrent la porte sans aucune peine. Quand elle fut entrouverte, ils se faufilèrent prestement dehors.Ils attirèrent la porte vers lextérieur.
«Jespère Malc quon ne viendra pas cambrioler ces pauvres gens pendant leur sommeil !! »
-Ne sois pas si pessimiste. Trouvons un taxipour retourner à lhôtel.
«Malc, tout est désert à cette heure ci. Je crois quil vaut mieux se mettre en route à pied »
Une heure plus tard, ils rejoignirent leur hôtel près de la Grand Place.
Lemployé à la réception ne fit aucun commentaire mais son regard en disait long. Il naurait jamais cru quune jeune fille aussi « bien » put revenir dans un tel état. Sa blouse était toute noire, on aurait pu penser quelle avait passé la soirée dans une cave à charbon. Quant à son ami, avec son pull effiloché, ses cheveux ébouriffés, ilnavait pas lair en meilleur état.
-Pouvez-vous nous apportez deux boissons chaudes dans une demi-heure environ ?
-Dans quelle chambre, Monsieur ?
-Dans la mienne, numéro 307
Malc sourit. Lemployé imaginait certainement des choses qui pourraient éventuellement se passer un jour mais certainement pas cette nuit. Ils étaient épuisés mais devaient examiner les documents retrouvés et établir leur plan.
«Rien de tel quun bon bain pour se sentir revivre ! »
-Oui, je me sens un autre homme ! Un bon verre de lait chaud, quel délice !
Dany navait jamais pu comprendre cet amour de Malc pour le lait. Elle préférait de loin un bon café filtre.
«Quallons-nous faire ? »
- Le plus important, cest établir un plan de bataille mais pour cela, il faudrait pouvoir déchiffrer ces papiers.
Malcolm étendit les feuillets sur le lit.
-Jai appris un peu dhébreu à lécole religieuse mais je suis incapable de lire cela. Je crois que demain nous irons demander conseil à un des amis de tes parents.
« Tu as raison, nous irons chez Monsieur Miller, le cordonnier qui habite rue des Vers. Cest un homme délicieux. De plus, il connaît les prières, sait les lire. Au pire des cas, il nous dira à qui nous adresser. »
-OK, alors va vite dormir car je nen peux plus et je crois que demain la journée sera très fatigante.
Dany était un peu déçue. Malc semblait insensible à ses charmes. Elle ne savait pas très bien ce quelle avait espéré mais ce nest pas tous les jours quune jeune fille aussi charmante se trouve dans la chambre dun beau jeune homme à quatre heure du matin. Au fait, quen savait-elle ? Il navait même pas remarqué quelle avait mis du parfum ! Peut-être était-il amoureux de cette Sharon quil avait rencontrée à la patinoire ?
A cet instant, Malc lui dit : Tu sais, tu ne devrais pas mettre tant de parfum, cela va me donner des idées !!
Exaspérée, elle sortit en claquant la porte. Elle ne vit pas le regard surpris et songeur que Malc lui lança. Il pensait que peut-être il ne lui était pas indifférent et que de «grand frère » il pourrait bientôt passer à un autre statut..
Ils étaient installés dans le petit salon de Monsieur Miller. Celui-ci avait pris les feuillets en main et les contemplait en silence. Il releva la tête. Ses lèvres tremblaient, son visage était pâle, il avait des larmes dans ses yeux ;
Malc et Dany se regardaient inquiets, consternés. Quavaient-ils fait en lui apportant ces papiers à lire ?
«Vous ne vous sentez pas bien Monsieur Miller ? Vous désirez que jappelle votre femme, un médecin ? »
-Non, Dany. Cest cette lettre. Vous ne pouvez pas savoir ce que vous mavez donné à lire. Cest un témoignage terrible de ce que nous, Juifs, avons passé durant la guerre. Je vais vous traduire la lettre. Elle nest pas en hébreu mais en yiddish. Malc, si tu ne sais pas, le Yiddish cest un patois allemand du Moyen Age que les Juifs dEurope parlent entre eux. Le yiddish est écrit avec des lettres hébraïques. Monsieur Miller se tut un instant. Lorsque je vous aurai lu cette lettre, vous devrez décider si vous voulez agir.
La jeune fille ne comprenait pas. Que devraient-ils décider ?
Monsieur Miller sortit un mouchoir de sa poche, sépongea le front et commença à traduire.
Le temps presse. Les Allemands ont envahi Bruxelles depuis deux ans. Nous vivons un enfer continuel. Grâce à quelques chrétiens, nous avons réussi à échapper aux S.S. Ces braves gens nous cachent dans différents endroits chaque semaine. La semaine passée, nous avons changé de cache trois fois en cinq jours ! Deu du Ciel, pourquoi nous punissez-vous ? Quavons-nous fait de si horrible qui justifie votre courroux ? Jai toujours respecté les commandements, jai jeûné à Kippour et je nai jamais travaillé le Shabbat. Des choses effroyables se passent dans les camps de concentration en Allemagne. Je nose rien dire à ma femme. Les S.S. ont attrapé sa jeune sur. Mon beau-père est allé se présenter comme volontaire pour aller travailler dans le camp où on retient ma jeune belle-sur prisonnière. Les Allemands lui ont promis que sil travaillait bien, ils le relâcheraientlui et sa fille ! Nos amis chrétiens qui ont des contacts avec la Résistance disent que les Allemands exterminent les Juifs dans les camps. Jai peur de le croire. Deu du Ciel, comment pouvez-vous permettre de telles atrocités. On raconte quun certain Docteur Mengele fait des expériences sur les êtres humains. On lappelle lAnge de la Mort. Jai peur. Je sens que cette fois ci les Allemands vont nous trouver. Heureusement que mes enfants sont cachés à la campagne. Quand je pense que je suis riche et que ma richesse ne maide guère ! Mon commerce, mon appartement, je nai pu les monnayer. Jespère que Jos, mon commis, gère bien mes affaires. Il a promis que lors de mon retour, il me remettra tout ce qui mest dû. Je suis certain que je peux lui faire confiance. Une angoisse terrible moppresse. Jai peur de ne plus jamais revoir nos enfants. Sils ne nous revoient plus, se souviendront-ils de nous ? Sauront-ils quils sont Juifs ? Je sais que Sabine et Maurice
Dany poussa une exclamation et devint livide. Les larmes coulaient le long des joues de Monsieur Miller. Néanmoins, il continua sa traduction :
Quils ne loublieront pas mais Sarah et Joseph ? et le bébé Samy ?
Dany pleurait à chaudes larmes. Les yeux de Malc brillaient étrangement.
Je vais cacher cette lettre. Si je ne reviens pas de lenfer nazi, que celui qui
lira cette lettre sacheque le bébé Samy a été confié à un couple de chrétiens quihabite en Flandre. Sarah et Jojo sont chez un couple de paysans à
Zottegem. Maurice est chez une boulangère à la rue des Faisans et Sabine chez un charbonnier rue du Lavoir. Mon commis, Jos est
La lettre sinterrompait brusquement. Le silence planait. Nul ne parlait. Les sanglots de Dany étaient déchirants. Après quelques minutes, la jeune fille se calma.
«Monsieur Miller, serait-ce possible que cette lettre ait été écrite par le père de Jojo ? »
-Je le crois. Marcel et Rivka avaient cinq enfants : Jojo, Sabine, Sarah, Maurice et le petit Samuel.Vous voyez, les noms sont identiques et vous savez que malgré les efforts de Rachel la tante de Jojo on na jamais retrouvé le petit Samuel.
«Croyez-vous que Samy soit en vie ? »
-Je ne peux jurer de rien mais il est certain quaucun Juif de la communauté a été mis au courant du fait quun enfant Juif nommé Samuel vivait à Bruxelles.
Monsieur Miller regarda la jeune fille et son ami.
-Je crois au destin. Cest lui qui vous a fait revenir à Bruxelles pour découvrir cette lettre. Nous les Juifs, nous devons assumer notre destin. Il nous faut découvrir ce qui est arrivé au petit Samuel et aussi ce qui est advenu des biens laissés à la garde du commis.
«Mais que faire ? » demanda Dany.
-Dany, votre père avait beaucoup damis chrétiens parmi les habitants du quartier. Très souvent, les habitants des Marolles me parlent de Monsieur Charles et de Madame Maria. Ils vous aimaient beaucoup. Pourquoi niriez-vous pas leur rendre visite ? Allez dire bonjour au vieil Édouard. Ce vieil ivrogne est au courant de bien des choses, surtout de tout ce qui sest passé et se passe aux Marolles. Si quelquun peut vous renseigner, cest lui. De plus, il adorait votre père. Peut-être, votre père pourrait venir ici et lui parler ? En tout cas, si Édouard vous révèle quelque chose, ce sera la vérité. Moi, pendant ce temps, je tenterai de me renseigner de mon côté. Je dois cela à Marcel et Rivka.
Après avoir quitté la demeure de Monsieur Miller, les deux jeunes gens se promenaientdans la rue. Malc avait lair sérieux.
«Malc, quy a-t-il ? Je regrette que si en guise de vacances, je toffre une chasse à lhomme plutôt quune chasse au trésor mais je ny peux rien. Cest le destin. Je men veux de gâcher ton premier séjour en Europe mais je suppose que dans un jour ou deux nous y verrons plus clair.
-Dany, tu ne comprends pas
Il lui prit la main et tout en continuant à marcher en direction du Vieux Marché, il reprit :
-Mes parents sont nés aux États-Unis. Nous sommes américains et je suis fier de lêtre. Je suis américain avant tout mais je suis aussi juif. Je nai jamais compris pourquoi les Juifs en Europe nont pas résisté aux Allemands, pourquoi nous navons pas combattu. Lorsque jétais petit garçon, je pensais souvent à la guerre. Je mimaginais organisant la résistance des Juifs aux Allemands. Évidemment, grâce à moi, les Juifs victorieux renversaient Hitler et je revenais aux États-Unis, acclamé comme héros national.
Maintenant, jai limpression que je peux faire quelque chose pour le peuple juif. Si je parviens à retrouver Samy et ce Jos, ce commis qui a certainement volé les biens des parents de Jojo, jaurai limpression que jaurai participé à la guerre et que jaurai rempli mon devoir.
Il sinterrompit. Il pensa que si elle riait, il ne laimerait plus. Elle naurait rien compris et elle ne serait pas digne de son amour.
Dany ne riait pas. Elle avait toujours soupçonné que sous les dehors du jeune américain type, sportif, nourri de lait, de hula hop et du désir de réussir, il y avait beaucoup plus que cela. Elle savait quil était sensible mais le désir de Malc de retrouver le petit Samuel et de punir ce Jos montrait quil avait le sens de la justice. De plus, ce nétait pas un beau parleur, il voulait agir..
«Malc, tu es encore plus formidable que je me limaginais ! »
Malc rougit. Elle pensait donc quil était un gars bien. Il avait donc des chances avec elle ! Quand ils retourneraient à New York, après avoir décidé quoi faire pour Samy et pour Jos, il lui avouerait ses sentiments.
-Je crois quil nous faut essayer dinterviewer cet Édouard et après il sera temps de décider quoi faire.
« Nous irons «Au Bossu », cest un café à la rue Haute. En général, cest là quÉdouard va boire. De toute façon, la patronne, Madame Justine, était une amie de Maman. Elle pourra nous renseigner. »
Les deux jeunes gens se mirent en route. Ils traversèrent la rue Haute en direction de la Place de la Chapelle. Ils pénétrèrent dans le café.
Le café était sombre, enfumé. Le mobilier était rustique. Le plafond était bas et les poutres apparentes semblaient datées dune autre époque. Ce café évoquait les tableaux de Breughel. On ne se serait pas étonné si des servantes accortes étaient apparues en costume dépoque pour servir des chopes de bière aux consommateurs.
Quelques clients étaient installés au fond du café. Ils ne semblaient guère intéressés par la venue des deux jeunes gens. Une dame, très grande, aux cheveux et yeux noirs, assise derrière le comptoir sécria : mais cest la petite Danielle, la fille de Monsieur Charles et de Madame Maria ! Dany alla embrasser la dame.
«Madame Justine, comme cest bon de vous revoir. Je vous présente Malcolm, un ami ; »
-Ton ami a lair bien, il me plaît, lui répondit Madame Justine, après avoir jaugé Malcolm. Elle le prit dans ses bras et lembrassa trois fois, à la Belge.
Après avoir demandé des nouvelles de connaissances communes et donné des
nouvelles de sa famille, Dany posa la question :
«Où se trouve le vieil Édouard ? Je voudrais le revoir et jai des questions importantes à lui poser ! »
-Je ne sais pas. Depuis plusieurs jours il nest pas venu ici.
En voyant les regards quéchangeaient Dany et Malcolm, elle demanda intriguée :
-Cest important ce que vous voulez lui demander?
Dany se jeta à leau et elle raconta à Madame Justine que la communauté juive était en émoi. On avait entendu dire que le dernier fils de Marcel et Rivka était encore en vie. Savait-elle quelque chose à ce sujet ?
-Cest drôle que vous me parliez de cela. Justement, la semaine dernière ma sur Augusta et moi parlions des Benkiel. Vous souvenez-vous de ma sur ? Elle travaillait dans le magasin de Monsieur Marcel. Augusta se demandait ce quil était advenu de Samy. Je crois que Marcel et Rivka lavaient caché dans une famille riche dans les Flandres.
A ce moment, Malc intervint :
-Et quest devenu le commis qui travaillait chez les Benkiel ? Il aurait peut-être des informations à ce sujet ?
-Augusta et moi nous parlons souvent de ce Jos. Il sappelle Jos van Eupen. Il est devenu rudement fier. On ne peut plus lui parler. Il nous regarde comme si nous étions des gueux ! Je me rappelle les raclées que son père lui donnait. Heureusement que sa mère, qui travaillait chez la famille Benkiel, lavait raconté à Rivka. Celle-ci lavait raconté à Marcel et ce brave homme avait engagé Jos comme commis. Avec ce travail, il avait de quoi rapporter à manger chez lui.
Et maintenant, Danielle, ce Jos est devenu riche et il est trop fier pour dire bonjour !
« Ce Jos devait être très intelligent pour devenir tellement riche en si peu de temps. »
Madame Justine ne répondit pas tout de suite. Elle regarda fixement la jeune fille dans les yeux.
-On raconte que la tante, quand elle est venue chercher les enfants après laguerre, est venue en premier lieu chez Jos et que celui-ci na même pas voulu lui ouvrir la porte de lappartement quil occupait. On dit aussi que Jos habitait dans lappartement des Benkiel pendant la guerre. Et maintenant, je dois vous laisser. Des clients arrivent.
Dany et Malc quittèrent le café. Ils ne parlaient pas. Chacun réfléchissait de son côté.
Finalement, Malc prit la parole :
-Dany, je crois que nous ne pouvons rien faire tout seuls. Nous devons aller rapporter à la police ce que nous savons. Et de plus, il faudra publier dans les journaux cette histoire. Seuls, nous navons pas de force. Il faut publier cette histoire et que des gens nous aident à mener à bien les recherches.
«Je pense que tu as raison. Nous irons informerla police et nous demanderons à Monsieur Miller de se mettre en contact avec la communauté juive et de publier cette histoire dans les journaux. Je crois que nous ne devrons rien dire à Jojo lorsque nous retournerons à New York. Il ne faut pas lui donner de faux espoirs. »
-Comme nous sommes daccord, Dany, je vais faire une chose que je voulais faire depuis longtemps. Jespère que tu seras aussi daccord avec cela.
Dany se demanda ce que Malc allait lui dire mais il ne dit rien. Malcolm, du haut de son mètre quatre vingt septse pencha et embrassa les lèvres de la jeune fille.
Cela ne dura que quelques secondes mais il semblait que le ciel était plus bleu, les oiseaux pépiaient plus gaiement.