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David Myriam
450, voie du Tram - 38 940 Roybon France
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(le "&" remplace l'arobase pour éviter les spams)
Le train sécoule doucement sur ses rails. La lumière du soir descend une dernière fois et illumine les feuilles de lautomne. Les couleurs aux multiples facettes miroitent dans lair pur et le vent.
Je suis en paix, seul et pourtant parmi vous. Une apaisante sensation menvahit, une impression détrangeté, dêtre dans un monde irréel. Ou plutôt le sentiment dêtre hors du monde et du temps.
Présent et absent, en voyage, comme en apesanteur, spectatrice de la vie qui défile. Les montagnes aussi, perdues dans la brume, semblent flotter entre terre et ciel, comme dans un rêve. Leurs bases sont effacées et se confondent avec le bleu clair dun azur sans nuages. Seules leurs cimes affleurent encore, parsemées de plaques de neige immaculées.
Le wagon est silencieux, personne ne parle, on entend juste parfois la voix enregistrée du haut-parleur qui nous rappelle quelques instants que nous sommes encore sur Terre et qui essaie de nous ramener dans le brouhaha.
Je suis ailleurs, je suis de passage, je suis détachée de ma vie et pourtant jy participe de manière active.
Même la foule de la gare que nous traversons et les personnes qui investissent bruyamment la rame ne brisent pas le charme, et renforcent au contraire limpression de ne plus vivre dans leur monde. Qui sont-ils, que veulent-ils ? Pourquoi est-ce quils marchent dun point à un autre dun air souriant ou grave ? Est-ce quils me voient encore ? Pour moi ils seffacent, ils disparaissent, ou plutôt ils ne font quun, ils fusionnent.
Le soleil qui se couche est aveuglant, il illumine les montagnes et se glisse entre les sièges. Il nous cherche. Une incitation de plus au voyage. Il veut nous emporter avec lui.
Les falaises mordorées qui nous entourent semblent mindiquer la voie, me canaliser dans la même direction.
Brusquement, il faut descendre ! Je dois changer de train et en attendre un autre, lesprit ailleurs.
Bruit des annonces, discussions sans suites, violence, marteau piqueur, va-et-vient absurde de personnes qui attendent et qui passent.
Les horaires se succèdent au tableau et pourtant lhorloge est arrêtée.
Parfums et odeurs de tabac de mauvaise qualité se mélangent, constituant lencens frelaté de votre monde. Les sonneries de portable et les néons commerciaux sont vos lumières. Des drapeaux meurtriers flottent sèchement au vent, entre les voitures vides et les panneaux dinterdiction.
Les trains défilent, le mien viendra plus tard, il suffit dattendre.
Des gens parlent de la mort, cest leur seul horizon. Des portes mécaniques souvrent et se ferment sans arrêt alors que personne ne passe plus depuis longtemps. Les poubelles sont transparentes, pour quon voit bien les ordures, pourtant personne ne les remarque, personne nest gêné. Tout le monde continue de les remplir. Qui les vide ?
Serré dans sa veste retournée ou mise à lenvers, chacun porte son sac, bien fermement, pas question de le poser, de le lâcher un seul instant pour embrasser son voisin dans un geste de folie pure.
La porte cette fois reste fermée, nous voilà prisonniers, coincés dans cette gare de triage semblable à tant dautres, avec ses pubs irréelles et ses mêmes gens tristes et inconnus.
Ce monde est la réalité, pourtant il est totalement fou et irréel.
Les ombres qui lhabitent essaient de se rendre voyantes, les enseignes crient leurs mensonges dans tous les coins, pourtant il ne se passe rien.
La porte souvre, se ferme, personne ne sort, moi non plus, je me suis déjà évadée depuis longtemps, et sans paradis artificiels. Quel besoin aurais-je de passer la porte pour me noyer dans la ville et ses mirages ?
Seuls les écrans des distributeurs automatiques saniment parfois, tout seuls, sans raisons valables.
Tout à lheure, bientôt, je repartirai, un autre train, une autre gare de passage, dautres vies temporaires. La même chose à redécouvrir sous dautres angles, avec les mêmes yeux, toujours plus ouverts.
Peu importe de rester ici ou de partir, cest partout la même chose, je serai partout la même. Je ne suis plus lun des vôtres et je pourrai partout vivre ma vie autonome, rien ny personne ne men empêchera, impossible de me rattraper ou de menfermer, je nai plus de chaînes.
Plus besoin de prendre un train, je suis déjà parti, depuis longtemps. Je ne retournerai plus dans votre monde barbare et vide, absurde et monstrueux. Ce monde que vous avez fabriqué contre vous-mêmes, dont vous vous délectez, qui vous détruit mais que vous ne voulez pas quitter, que vous pervertissez à votre image pour vous y sentir plus à laise.
Je suis parmi vous, mais je suis parti, depuis longtemps. Jai parcouru votre monde en long et en large, mais, tel un nomade intérieur, je ny ai jamais adhéré, ce nest pas le mien, ce ne peut être moi qui lai fait, il nest pas pour moi, gardez-le, je vous le laisse avec soulagement. Je ne me retournerai pas, de toute façon je ne vous vois plus, je vous laisse à vos histoires dérisoires, des petits riens insignifiants et mauvais qui pourtant font le sel de vos « vies » immobiles. Tels des épouvantails plantés dans le paysage, vous vous desséchez lentement en faisant fuir tous les oiseaux du ciel.
Je suis encore présent, mais mon esprit est passé de lautre côté, jai perdu volontairement léquilibre et jai basculé dans la lumière, comme le soleil, qui maintenant nest plus là que pour les sommets.
Si vous êtes attentifs, je vous adresserai quelques signes, par amour, mais je ne reviendrai plus.
Je ne suis plus rien, je suis moi, je suis tout. Je suis de lautre côté, seul, dans lautre monde, celui que vous auriez dû construire en vous et autour de vous, celui quon aurait pu construire ensemble. Je vous attends, nous avons léternité. Le train arrive, il est pour moi, il est aussi pour vous.
On ne voit plus le soleil, mais il est toujours là.
David Myriam
16 octobre 2003
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