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David Myriam
450, voie du Tram - 38 940 Roybon France
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mail : davidm&art-engage.net
(le "&" remplace l'arobase pour éviter les spams)
Je suis bien, les draps sentent le propre et me je sens comme chez moi dans cette petite chambre sous les toits. Jai vraiment bien dormi, il est déjà tard, le soleil traverse les rideaux depuis le sommet des bâtiments. Il faut dire quhier jai roulé toute la journée. Je me suis arrêtée tard dans cette petite ville dont jai déjà oublié le nom. En plus, le temps de trouver un hôtel ouvert... Jétais complètement crevée.
Quelques rayons effilochés caressent ma peau et la réchauffent tendrement. Je me lève pleine dentrain. 10H30 à ma montre. Quand je tire les rideaux, le soleil transperce ma chemise de nuit. La rue paraît animée, il se trouve sûrement un marché sur la place que jentrevois à lautre bout. Des femmes avec cabas saffairent sur les trottoirs. Elles se croisent et discutent bruyamment. On est déjà dans le sud.
Je suis saisie par la lumière du ciel. Le bleu intense vibre comme un violon céleste. Les façades et les volets sont le plus souvent colorés, des bleus, des mauves, des jaunes
On est loin de la monotonie et de la grisaille du nord. Les bâtiments sempilent de manière irrégulière, comme une assemblée indisciplinée. Cette ville mappelle, je veux la sentir, la toucher, la parcourir pour mimprégner de sa vie et de ses couleurs. Je veux voleter dans ses ruelles comme ces oiseaux qui piaillent dans les platanes.
Après tout, je ne suis pas pressée. Hier jai bien roulé, je peux maccorder une petite pause touristique. Cest décidé, ni une ni deux, je jette ma chemise de nuit sur le lit et je passe rapidement sous la douche.
Je sors un peignoir de ma grande valise. Hier soir, je nai pas pris le temps de défaire mes bagages. De toute façon, pour une nuit, je ne vais pas tout déballer.
Spontanément, je me met à siffloter, jimite le chant des oiseaux en sortant quelques robes et foulards. Heureusement, javais prévu le changement de climat, je choisis donc une tenue légère, une petite robe vert pomme qui ira très bien avec les tons bariolés des façades.
Pas de maquillage, je ne vais pas à une soirée mondaine. Je me contente de mes boucles doreille et de mon collier au style arabe que jaime tant. Jarrange un peu mes cheveux et je chausse les espadrilles bon marché que javais achetées la veille de mon départ, en prévision.
Me voilà prête. Le miroir est daccord avec moi, je suis très belle. Jattrape mon sac à main et je sors comme une fleur pressée déclore.
Pas le temps pour le petit déjeuner, il est trop tard, je chipe une pomme dans une corbeille de fruits avant de sortir enfin dans la rue. Je me dégotterai un petit restaurant pour déjeuner tôt.
Cest encore mieux vu dici. Le soleil joue à cache-cache avec les feuilles des platanes. Lombre atténue la chaleur et lair est léger. Je marrête devant une petite fontaine et je bois leau fraîche comme si cétait la première fois.
Je mapproche du marché, des odeurs dépices inconnues me chatouillent les narines. Quelques ménagères me regardent dun drôle dair. « Doù sort-elle cette inconnue », doivent-elles se dire. Moi je ne les vois pas, je sens lair qui glisse entre mes jambes en soulevant un peu les pans de ma robe. Je suis libre, nue et libre parmi les ombres et les lumières mouvantes découpées par les arbres.
Des volets souvrent, une jeune fille secoue des draps à la fenêtre, elle est torse nu et ses seins bougent au même rythme que les draps. Peut-être que jaimerais être à sa place, une vie simple dans une ville tranquille ? Je ne sais pas. Je ne pense pas.
Du coup, je songe à mon premier grand spectacle, là-bas dans le sud, dans cette cité inconnue et excitante, après-demain. Je suis tellement heureuse davoir été choisie pour ce rôle. Je suis nerveuse, en fait jai énormément le trac. Ny pensons plus, ça ne sert à rien de paniquer à lavance.
La place du marché est inondée de soleil. Une quinzaine de petits commerçants entourent la fontaine centrale, une de ces fontaines anciennes en pierre avec des robinets en fer forgé et des corbeilles de fleurs. Les volutes de métal évoquent des divinités disparues ou des monstres fantastiques. Il y a du monde, les habitants discutent par petits groupes. Le bruit régulier de leau semble rythmer la vie de la place.
La chaleur du ciel se pose sur mes épaules et mon visage. Elle brûle presque, elle chauffe amoureusement.
Quand je massois sur le rebord humide de la fontaine pour mieux jouir de cet instant magique, tous les visages alentour se tournent vers moi et se taisent, comme sils mavaient tous remarquée en même temps. Ils semblent complètement interloqués, peut-être quils ne voient jamais de touristes par ici ?
Certains, femmes ou hommes, ont des regards mauvais, agressifs. Ils reprennent leur conversation, à voix basse cette fois, et me jettent des regards assassins en coin. Celles et ceux qui étaient près de la fontaine séloignent précipitamment avec des airs de mépris, de dégoût. Dautres rigolent, ricanent ou marmonnent des insultes haineuses.
Je ne suis pas venue pour gâcher latmosphère, alors je men vais en gardant mon calme et mon naturel, avec dignité. Dans mon dos, il me semble entendre siffler quelques crachats. Décidément, les gens dici semblent aussi bêtes quailleurs.
Je mengage dans la ruelle la plus proche. Celle-ci est déserte, je serai tranquille. Jai décidé de me promener, eh bien je me promènerai, que ça leur plaise ou non.
Un grand « splash » me fait sursauter. Un poissonnier hirsute a jeté ostensiblement son seau deau sale juste à côté de moi. Des éclaboussures ont atteint mes jambes et quelques gouttes rouges tachent mes espadrilles. Sur le jaune, cest assez criard. Des débris de poisson ensanglantés sétalent sur le sol, deux yeux et une tête me regardent fixement. Je lui lance quelques éclairs, lui il est hilare, content de lui. Il ajoute même : « alors la morue, on sest perdue ?! ».
Je ne réponds rien à cet humour débile, jaccélère juste un peu le pas. Quoi dire à un attardé mental assassin de poissons ? Il vaut encore mieux que je retrouve une rue plus animée.
Un peu plus haut, je tombe sur un carrefour, toujours des rues étroites et désertes. Je prends à gauche, en espérant retrouver rapidement le chemin de mon hôtel.
Ca sent la pisse et des odeurs dinfâmes fritures sortent des bouches daération. Mauvais choix, le soleil semble ne jamais parvenir au fond de cette ruelle sinistre. Je relève un peu ma robe pour marcher plus vite.
Soudain, une main se plaque sur ma bouche et me tire violemment en arrière. Je tombe à la renverse sous un porche et ma tête heurte un pavé. Je suis à moitié sonnée et jai juste le temps de voir trois silhouettes avant quon mette un bandeau sur mes yeux et un chiffon dans ma bouche. Des voix mâles minsultent et on me donne des coups de pieds.
Je suis terrifiée, pétrifiée. Ils ne vont quand même pas mégorger pour me voler mon sac à main ! Je nose pas imaginer ce quils me veulent, je nai dailleurs pas le temps de réfléchir.
Des mains relèvent dun coup ma robe et arrachent ma culotte. Tout va très vite. Une voix de fille, surexcitée et rauque, crache son venin par rafales : « Allez-y, montrez-lui ce que cest quun homme
Défoncez-la, on ne veut pas de ça ici !! » Ils me retournent brutalement. Je me retrouve sur le ventre, écrasée au sol. Impossible de crier, jessaye de me débattre, mais cest sans effets.
Ils écartent mes cuisses. « Allez, monte-lui dessus !! » Mon anus se déchire, la douleur me vrille le dos. « Les monstres, cest dans les cirques et les bordels » Le premier me viole sans ménagement, tel un soudard qui défoncerait ça victime à coup de talons. Et la voix de fille éructe des cochonneries. Le deuxième me passe aussi sur le corps. Je suis brisée, jattends la mort en pleurant de rage. Il arrache mes boucles doreilles, son souffle plein de bière me fait vomir, je vais métouffer. Ensuite, cest mon collier que jentends se fracasser contre un mur.
Tout est noir, ma tête tourne. Je ne sens même plus les coups qui pleuvent. Je crois quils me griffent le visage et un hurlement étouffé sors de ma gorge quand ils marrachent des cheveux. « Attends, tu nes même pas rasée, on va arranger ça ». Une lame passe sur mes jambes, elle marrache la peau et me coupe dans dans tous les sens. Ils rient, ils séclatent.
Je me recroqueville par terre. Au bout dun moment qui semble une éternité, ça sarrête. « Quon ne te revois plus ici, saloperie ! »
Ils ont dû partir enfin. Jarrive à enlever le bandeau et à ouvrir un il, je suis encore en vie, incapable de bouger.
Quand je me retourne sur le dos, la canette quils mont mise dans le cul rebondit sur le sol en tintant.
Toute la douleur du monde tremble sur mes lèvres tuméfiées. Je ne sais plus où je suis, en enfer ? Des visages grimaçants sortent des murs qui tournent de plus en plus vite.
Au bout dun temps indéterminé, des mains déposent doucement mon corps sur un matelas. Je vois les sirènes de lambulance à travers la brume de mon regard borgne. Je crois que pour mon spectacle cest fichu, je suis bonne pour le musée des horreurs.
Avant de mévanouir à nouveau, jentends quelquun à côté : « Les agresseurs ont laissé ses papiers, il sappelle Marc Boivert ».
David Myriam
Juin 2004
http://art-engage.net