Janvier 1933, la famille Lefort est toute heureuse de la naissance dun petit garçon, quils vont prénommer Odon.
La petite famille composée de Jules et Marie, parents de Gaston leur fils unique marier à Félicie depuis trois ans.
Ils sont propriétaire dune petite ferme dans un petit hameau de nos Ardennes, ils ne sont ni riches ni pauvre, ils vivent très bien avec les revenus de leur ferme.
Comme cheptel, ils possèdent une quinzaine de bêtes à cornes, un cheval de labour, une truie, un nourrain quil engraisse pour leur usage personnel et une basse cour.
Ils cultivent du froment, du seigle, un peu davoine, des pommes de terre, des betteraves.
La naissance du petit Odon rend tout le monde heureux, car de cette manière lexploitation de la ferme pourra continuer avec lui.
Cette année qui démarre si bien pour eux, va cependant ne pas vraiment être une bonne année, je dirais même une très mauvaise année.
Tout va pour le mieux jusquen août, la fenaison cest réalisée sans aucun problème de temps, la moisson également, aussi comme chaque année, lorsque toutes les céréales sont rentrées, il est de tradition de fêter la fin des moissons.
Cest ainsi que Jules qui ont cette année fait construire un nouveau hangar, ont invité dautres familles de fermier pour fêter avec eux non seulement larrivée de leur petit enfant mais bien et surtout les bons résultats dune année fructueuse.
Ils sont 12 occupés à boire un verre et à parler de tout et de rien, mais surtout ils sont venus pour samuser ensemble.
Cest Félicie qui fait le service, tant pour remplir les verres que pour les amuses gueules, Marie quant à elle, elle est occupée à la cuisine à terminer la préparation des plats.
Alors que tout ce petit monde est à table et que lun ou lautre entonne une chanson bientôt reprise par chacun, bref ils samusent très bien.
Tout à coup, les lumières séteignent, cest le noir absolu, aussitôt des coups de feu éclatent par rafales, quelques cris, quelques gémissement, puis le calme absolu.
Le lendemain, lorsque le facteur arrive, il constate le carnage, il enfourche immédiatement son vélo, et se rend à la ferme la plus proche pour téléphoner à la gendarmerie.
Les gendarmes ne peuvent hélas que faire la même constatation, les 12 convives sont tous morts par balles.
Alors quils sont occupés à faire les premiers constats, un des gendarmes entend un enfant pleuré, il entre dans le corps de logis et écoute, les pleurs viennent de létage, alors il grimpe lescalier et là il lui est plus facile dentendre dans quelle chambre lenfant se trouve.
Il prend lenfant dans ses bras et le couvre dans une couverture et descend trouver son supérieur.
- Mon adjudant, je viens de trouver cet enfant dans une chambre de létage
- Bon dieu, vous êtes sûr quil na rien ?
- Je ne sais pas mon adjudant, mais je crois quil a surtout faim
- Bien allez voir à la cuisine il est possible que vous trouviez un biberon
- Et je fais quoi si jen trouve un, mon adjudant ?
- Mais bon sang, débrouillez-vous pour trouver du lait et le chauffer pour lui donner en attendant mieux, je vais faire appel à une assistante sociale
Mais il ny a pas que le bébé, les vaches elles aussi se font entendrent, il est urgent de les traire.
Ladjudant qui sest dabord occupé de faire venir du personnel qualifié pour soccuper des tués, doit également faire en sorte de faire venir des voisins pour reconnaître les corps.
Cest un véritable branle bas, il y a tant à faire que ladjudant envoie un homme pour essayer de trouver une ou deux personnes pour soccuper de traire les vaches.
A présent le médecin légiste est arrivé, de même quun juge dinstruction, cest le juge qui prend à présent les choses en main pour coordonner le tout.
Le pauvre gendarme qui soccupe du petit ne sait vraiment pas sy prendre, le voyant essayer de changer les langes du petit, la voisine lui dit
- Laissez monsieur, je vais moccuper du petit Odon
- Je vous remercie madame, car je ne sais vraiment pas comment faire
Toute la journée et la soirée, lenquête se poursuit, les parents de Félicie prévenu sont arrivés très vite et avec laccord du juge ils sont repartis avec lenfant.
Dès quil est rentré dans son bureau, le juge charge son huissier de rechercher la ou les parents directs des Lefort.
La gendarmerie piétine, aucun résultat après plus de quinze jours de recherches, aucune piste, la seule chose quils ont, cest 41 douilles trouvées, elles proviennent toute de larmée.
Cette piste là ne mène nulle part, en effet après une enquête rapide, le ministre de la défense signal quaucun vol darmes ou de minutions na été constaté.
Bref, rien pour faire avancer lenquête, aucun indice, personne dans le voisinage na entendu des coups de feu, il faut dire à leur décharge que le premier voisin se trouve à presque un kilomètre.
En ce qui concerne les familles, il ny a réellement que les parents de Félicie qui soient encore vivants.
Le notaire qui a la gestion des affaires des Lefort, va réaliser la vente du bétail, du foin ainsi que toutes les céréales et autres produits de la ferme.
La ferme et ses dépendances sont à présent fermées, les clefs le juge les remettra plus tard au notaire, le matériel agricole est quant à lui stockés dans la grange.
Trois mois se sont passés, lenquête na rien apporté, la question est et reste < pourquoi cette tuerie et qui en sont les auteurs>, lenquête est classée sans suite.
Le seul héritier de tous les biens est Odon, tous ses biens présents et futurs seront gérés par le notaire jusque sa majorité.
Il se fait que les biens des Lefort sélèvent à une somme fort considérable, ceux-ci ont été formés par diverses successions.
En plus nombreux sont les terrains et trois fermes qui sont sous fermage, c'est-à-dire loués et rapportent chaque année un capital non négligeable, capital qui est géré depuis plusieurs années par ce même notaire.
Jamais personne des villages voisins na demandé ou contacté le notaire pour lachat ou la location de la ferme Lefort, mieux personne sauf le notaire et la femme qui soccupe de lentretien sy sont rendu régulièrement.
Il a même fallut faire appel à des entrepreneurs de la ville la plus proche pour effectuer les quelques rares dégâts provoqués par le temps, cest à croire que les gens du village et des alentours trouvent cette demeure maudite.
En début 1955, le grand père de Odon décède, dans son testament, il lègue tous ses biens à son petit fils, son épouse quand à elle en aura lusufruit jusqu'à son décès.
De nouveau la fortune de Odon se trouve agrandie, mais il ne peut en jouir pour aider sa grand-mère.
Odon qui est au service militaire pour 21 mois, se trouve un peu désespéré, comment va faire sa grand-mère pour vivre ?
Cette dernière le rassure, elle possède également des biens, comme ils étaient mariés sous la séparation des biens, elle na et nauras aucun problème pour vivre.
Alors quil est toujours sous les drapeaux, il reçoit une lettre du nouveau notaire de ses parents décédés, qui linvite à se rendre à son étude pour son héritage.
Pour pouvoir se rendre à létude du notaire, Odon reçoit un congé exceptionnel de huit jours.
Cest ainsi que accompagner de sa grand-mère qui est la seule à connaître le lieu et lendroit de létude mais également de la demeure des parents de Odon.
Avec la voiture du grand père, ils prennent la route, après une bonne heure de route, ils arrivent au village et se rendent chez le notaire.
Le notaire les reçoit de suite, un très gros dossier se trouve sur son bureau, cest celui des Lefort.
Directement le notaire se dit ravi de la rapidité à laquelle Odon a put se libéré pour venir le voir, ensuite il leur propose une boisson.
Cest la secrétaire qui leur apporte du café.
- Bien, dit le notaire, comme vous voyez le dossier est assez volumineux, je dois dire et avouer que mon prédécesseur qui a géré vos affaires à fait un travail plus que remarquable.
- Il lavait promis, répond la grand-mère
- Oui, et croyez-moi, il a tenu sa promesse et à fait cela en bon père de famille
Le notaire continue à énumérer la liste des biens immobiliers, des terrains ainsi que les comptes financiers.
Odon nen croit pas ses oreilles, tout cela pour lui, il ne sait quoi dire, ni quoi penser, il est abasourdi.
Le notaire lui remets tous les documents officiels, ainsi que tous les comptes et décomptes.
Lorsque Odon voit les chiffres alignés au bas des relevés bancaire, il est heureux mais en même temps, il se demande ce quil va faire.
Ensuite le notaire lui demande si il doit continuer comme par le passé, Odon lui donne son accord, mais insiste sur le fait que ce ne sera probablement que provisoire, à tout le moins jusque la fin de son service militaire.
Après avoir signé tous les documents, le notaire remet les clefs à Odon, lentretien est terminé.
Odon demande alors à sa grand-mère comment se rendre à la ferme, car il veut connaître les lieux.
Et la grand-mère de lui expliquer le chemin, lorsquils arrivent devant la ferme, Odon nen croit pas ses yeux, cest comme si elle était habitées, il y a des fleurs à tous les appuis de fenêtres, la ferme lui semble si belle.
- Comme elle est belle cette ferme mamy
- Bien sûr quelle est jolie, entrons maintenant
A lintérieur tout est en ordre et impeccable, malgré les années que cette demeure est inoccupée il ny a aucune odeur de renfermé, pas une poussière, pas une toile daraignée, tout est nickel.
Voyant cela, la décision de Odon est prise, il viendra habiter ici et il fera en sorte de conserver ce bien pour ses descendants, car il espère bien avoir des enfants.
Il demande à sa grand-mère
- Mamy, tu viendras habiter ici avec moi, lorsque jaurai terminé mon service ?
- Pourquoi pas, on sera bien ici
- Je taime mamy
- Moi aussi mon chéri
- Bon, si nous restions ici pour deux ou trois jours ?
- Alors, si nous restons, il faut aller faire des courses
- Ok cest parti
La mamy doit freiner les envies de Odon, en lui faisant comprendre que, dabord ils ne resteront que deux ou trois jours et que en plus il ny a pas de frigo dans la ferme.
- Nous allons aller acheter un frigo et un surgélateur
- Mais chéri, lélectricité est coupée
- Il faut faire rétablir le courant et leau
- Leau est ouverte, il ny a pas de problème pour ça chéri
- Je vais essayer de savoir comment trouver le service pour lélectricité mamy
- Va à la première ferme, il est bien possible quils taideront
- Daccord
Odon se rend donc immédiatement chez les premiers voisins, une dame dans la cinquantaine le reçoit.
- Bonjour madame, je vous prie de bien vouloir mexcuser, mais je suis Odon Lefort,
- Cest vous Odon, mais entrez donc, je suis heureuse de vous voir
Et la brave dame de raconter ce quelle a fait lors du drame et que cest elle qui la première la recueilli. Ensuite elle demande
- Que puis-je faire ?
- Vous pourriez me dire à qui ou alors où je dois madresser pour faire rouvrir lélectricité
- Pas besoin de vous déplacer, je donne de suite un coup de téléphone au cabinier
Ce qui est fait de suite, le cabinier va venir mais il ny a pas de problème, il autorise Odon à couper le plombage et de mettre linterrupteur ainsi libéré sur la bonne position.
Odon remercie la dame, comme il veut sen aller, elle le retient et linterroge surtout pour savoir si il a lintention de venir habiter la ferme et de la ré exploiter.
Odon lui répond gentiment, quil na pas encore pris de décision.
Il rentre, directement il cherche une pince pour couper le fil du plombage.
Le soir tombe et la température commence à baisser, alors pendant que sa grand-mère prépare les lits, Odon prépare du feu dans la cuisinière, il fait en effet du feu pour pouvoir préparer le repas et en plus pour réchauffer latmosphère et enlever une certaine humidité.
Alors quil est occupé à faire du feu, quelquun frappe à la porte, cest le cabinier qui malgré lheure tardive est venu pour le relevé du compteur et prendre toutes les coordonnées nécessaires.
Odon le remercie pour la rapidité et sa sociabilité, comme il na rien à lui offrir comme boisson, il sen excuse, le cabinier lui tend la main en ajoutant, un jespère vous revoir ici pour de bon dans peu de temps.
Le repas est à présent prêt à être consommé, ils se mettent à table, tout leur semble délicieux, le pain, le beurre ainsi que le reste, tous produits de la région.
Le repas terminé, ils vont sinstaller dans le living, lancienne radio fonctionne relativement bien, la douce chaleur du feu de bois, fait que très vite ils somnolent tous les deux.
Après une nuit de sommeil, Odon se lève et se rend à la cuisine, il y règne une bonne odeur de café frais, il fait bien chaud car la cuisinière dans laquelle le combustible est le bois sert à non seulement chausser la place, mais elle sert surtout pour la cuisine.
La grand-mère rentre alors que Odon se sert un café.
- Alors mon grand, bien dormi ?
- Super mamy et toi ?
- Jignore ce que cest comme matelas, en tout cas je ne me souviens pas davoir aussi bien dormi.
- Tant mieux
- Tu veux des ufs pour ton petit déjeuner ?
- Oh que oui, des ufs bien frais, avec une bonne tranche de lard, sil te plaît
Ce qui est fait, le pain est délicieux, les ufs et le lard font que Odon mange comme si il était resté trois jours sans manger.
Le petit séjour qui a ravi Odon et sa grand-mère touche à sa fin, il faut rentrer à présent car il doit rejoindre la caserne.
Sur le chemin du retour, Odon est pensif, il réfléchi sur le futur, la grand-mère qui dhabitude est assez bavarde, ne dit rien, mais elle a remarqué que son petit fils est bien loin dans ses pensées.
Pourtant, bavarde comme elle est et curieuse en plus, elle linterroge.
- Tu as bien lair tracassé mon chéri
- Cest vrai mamy, je minterroge, que vais-je faire de tout cela, vais-je faire en sorte de faire revivre la ferme de mes parents ou continuer à vivre en ville
- Je suis désolée chéri, mais je ne saurai pas te conseiller, tu es seul juge dans cette affaire, cest à toi de prendre la décision
- Je sais mamy et cest cela qui est difficile
- Tu as encore tout ton temps pour réfléchir, dautant que tu as encore quatre mois à faire à larmée
- Je sais mamy
Cependant il ne faudra pas bien longtemps à Odon pour prendre sa décision, il va aller habiter la ferme, pour y faire quoi, cela il lignore, mais il veut la faire revivre.
Son service terminé, Odon accompagné de sa grand-mère aménage, dans la ferme, entre temps ils avaient fait livrer réfrigérateur et congélateur, ainsi quune cuisinière au gaz butane.
Odon se rend ensuite chez le notaire, il lui demande de ne pas renouveler le fermage des terres de la ferme.
Il lui faudra attendre près de deux ans pour pouvoir jouir de ses terres, pendant ce temps Odon na pas chômé, il a travaillé chez un agriculteur, ceci pour apprendre le métier.
Il va à présent pouvoir soccuper de faire revivre la ferme, il se met donc au boulot, dabord acheter quelques vaches, un cheval de trait et quelques volailles.
Pour pouvoir nourrir son petit cheptel pendant lhiver, il achète du foin, de la paille et tout ce quil faut.
Il commence donc sa nouvelle vie, soccuper des vaches na plus de secret pour lui, tout va bien, il vend son lait à la laiterie comme certains autres fermiers.
Alors quil met en ordre le matériel agricole, il saperçoit que tout compte fait il devrait peut-être faire lacquisition dun tracteur.
A présent il est prêt, il va falloir labourer pour préparer les ensemencements, pour ce faire il engage un ouvrier agricole à temps plein.
Louvrier sera loger dans une petite dépendance, local que Odon a fait aménager.
La grand-mère veille à ce quil nen fasse pas trop, lui de son côté fait en sorte quelle fasse le minimum, car il veut la garder le plus longtemps possible en bonne santé.
Un dimanche soir, Odon se rend au cinéma, il ignore totalement quel film il va voir, il veut tout simplement se détendre quelque peu.
Il y retrouve ses anciens patrons, ceux-ci sont accompagnés dune jeune fille, quils présente comme étant leur nièce Sidonie.
Sidonie est belle, elle a un visage qui respire la santé, toujours souriante et joyeuse, de suite Odon et Sidonie sympathise.
Le courant passe très bien entre eux, à tel point que rendez-vous est fixé pour le dimanche suivant.
Comme Sidonie habite au village voisin, Odon na aucune difficulté à aller la retrouver.
Cest ainsi quil fini par demander la main de Sidonie à ses parents, qui acceptent au grand bonheur des deux amoureux.
Le mariage se fera deux mois plus tard, mais dans lattente le nouveau couple prépare leur nid dans la ferme de Odon.
Ils font lachat de nouveaux meubles, font placer une toute nouvelle cuisine moderne et fonctionnelle, bref il ne reste plus grand-chose des meubles des parents de Odon.
Enfin la noce, Odon na que sa grand-mère avec lui, tandis que du côté de Sidonie, dans la famille ils ne sont pas moins dune trentaine.
Alors que la fête bas son plein, vers les 23 heures, les jeunes mariés séclipsent en douce, ils rentrent dans leur nid.
Ils vont enfin concrétiser leur union, car jusqu'à ce jour jamais ils nont fait lamour ensemble.
Le petit miraculé va à présent satteler à faire prospérer et agrandir son cheptel, aidé dans cela de sa jeune épouse qui lui prodigue chaque jour des conseils car malgré les deux années passées comme ouvrier agricole, il a encore beaucoup à apprendre.