
Il marchait. Comme toujours il marchait, peut-être un peu plus vite quà lhabitude, mais ce nétait pas de la course, il est donc juste de dire que, comme à lhabitude, il marchait. Au loin, il voyait le coin de la rue, anticipant le même mouvement quil effectuait à chaque jour, en plus rapide, mais tout de même, à la base, le même mouvement lui permettant de tourner. " Que la neige est belle ", se dit-il. En effet, une neige fine, douce et blanche, recouvrait lancienne neige, brunâtre, nous rappelant que lhiver était des nôtre depuis maintenant plus de deux mois. Dailleurs, cette neige venant des cieux rendait sa journée quelque peu différente. Il aimait bien ça, mais il pensait au travail lattendant suite à cette chute de neige, ce qui expliquait peut-être sa démarche plus rapide. Tournant le fameux coin, la tête dans les nuages de neige, il ne fit pas attention à la dame venant en sens inverse, et il causa sa chute, le sol gelé aidant. " Pardonnez-moi mademoiselle " se confondit-il en excuses. Elle ne fit pas attention, se releva, et continua sa marche, qui disons le, était bien plus rapide que la sienne. Cet événement hanta son esprit pour les deux minutes de marche restant du coin de la rue, à sa demeure. Il se dit : " Mais que faisait-elle à cet endroit enfin, je ne lavais jamais vu avant ". Peut-être était-ce dû au fait quil marchait un peu plus rapidement quà lhabitude. Enfin, peu importe, il se rendit à destination, et pour chaque jour de sa vie restant, il franchit ce coin encore et encore, sans toutefois revoir la dame de ce soir là.
Elle courait. Elle était très essoufflée, preuve quelle ne faisait pas beaucoup dactivités physiques. Elle se mit dailleurs à la marche, dun pas rapide, ne pouvant plus soutenir le rythme. Elle devait à la fois se dépecher, et faire attention où elle posait le pied, le sol étant partiellement gelé, et les plaques de glaces étant masquées par la neige fraîche. Soudain, alors quelle fixait le sol, son regard se tourna involontairement vers le ciel noir de 18h00, quand même partiellement illuminer, dû au reflet des lumières de la ville sur les nuages. Pendant une fraction de seconde, qui lui parut deux fractions de seconde, elle fixa les flocons blancs séchouant sur son visage, et se dit ; " Tant de flocons, tombant de si haut
", puis elle se releva rapidement, ne faisant pas attention à la cause de sa chute, et repris son chemin. Les secondes semblaient filées si vite alors qu'elle souhaitait, pour une fois, les voir ralentir. Soudain, elle sarrêta net. Elle entendait maintenant son cur battre si fort, puis, elle eut limpression que son cerveau envoyait à tout son corps une hormone de déception. Elle reprit sa marche, maintenant dun pas très lent, jurant, sans voix. Elle décrochât le téléphone ; " Veuillez sil vous plaît enfoncer votre carte
", la voix fut couper par le bruit de la pièce de 25 cents tombant dans la fente, et la tonalité se fit entendre. Elle composa rapidement le numéro. " Jai manqué mon autobus, viens me chercher au dépanneur à langle St-Jacques et Neuville sil te plaît. Merci. ".
Il relaxait. Il relaxait enfin après une si dure journée de travail. Quoi de mieux quune bonne bière froide, avec un bol de chips devant son jeu questionnaire favori. Il regarda par la fenêtre, afin de vérifier que son fils ramassait bien la neige fraîchement tombée. Il se radossa, satisfait, et sesclaffa de rire suite à lun des habituels jeux de mots de lanimateur. Soudain, la sonnerie du téléphone retentit. Dans un soupir, il se leva, et répondit ; " Oui allô !
Oh, mais
", il ne finît pas sa phrase, et raccrocha, lair contrarié. Il se dirigea vers lentrée, enfila son manteau, et sortit, en claquant la porte.
" Je vais chercher ta mère " cria t-il à son fils, qui nentendait rien car il écoutait sa musique sous sa tuque. Il conduisit machinalement, sans trop de concentration, connaissant très bien ce chemin. Il alluma la radio, et écouta son animateur favori, se plaindre du fait que les professeurs décoles primaires et secondaires se plaignaient à leur tour. Et puis se fût le tour du ministre de la santé décoper. Puis, plus rien.
Elle revoyait un bout de sa nuit de noce, hum, quelle nuit! Elle songa ensuite à son époux lattendant à la maison. Elle attendait la fin de semaine avec impatience, pour aller magasiner une nouvelle voiture avec lui. Elle lui laisserait celle-ci. Elle regarda ensuite dans son rétroviseur pour essuyer le peu de rouge à lèvre sur ses dents, puis, lorsquelle rabaissa les yeux, elle vît lautomobile qui arrivait en sens inverse, où était-ce plutôt elle qui allait en sens inverse, peu importe.
Il attendait dans son auto, se demandant ce qui pouvait bien se passer pour que la circulation soit ainsi bloquée. Tant pis, après tout, ce dit-il, ce nest quun peu de temps de perdu.
Il attendait, bien blottit dans son sofa. Il attendait sa femme. Tant pis, il commença son souper sans elle, après tout, elle navait quà ne pas être en retard. Il sinstalla devant le téléviseur, dégustant un bol de soupe aux légumes. Il parlait dun accident mortel aux nouvelles. Il pensa soudain ; " Mais cest la route quemprunte Lyne pour rentrer du travail à chaque soir, ça explique son retard ! ", puis il changea de chaîne. En allant se reprendre un bol de soupe, il repensa à la dame quil avait renversée, elle était bien jolie pour son âge. Puis, il retourna devant son compagnon quotidien, espérant une annonce de voiture.
FIN