Amélie pestait depuis un bon nombre de kilomètres, il pleuvait très fort. Ses essuie-glaces balayaient la pluie en fonction du rythme du moteur de son cabriolet Citroën, ce qui faisait que lorsqu'une côte s'annonçait, elle n'y voyait pratiquement rien.
Heureusement que la capote, était bien étanche.
La montée avait été particulièrement laborieuse, pour la deudeuche et quand Amélie fut de nouveau sur le plat, elle entendit le moteur faire de drôles de bruits. Il toussa plusieurs fois, la voiture fit des soubresauts puis ce fut le grand silence, il n'y avait plus que le bruit de la pluie sur la toile.
Amélie jura puis elle attrapa son ciré jaune sur le siège arrière, se déchaussa, mit des bottes et souleva le capot du moteur.
Elle toucha quelque fils, soudain, une voix se fit entendre tout près d'elle :
- C'est le delco, c'est le delco !!
- Enfin ! se dit Amélie, quelqu'un qui vient à mon aide !
Elle se releva prête déjà à remercier, mais elle ne vit personne ! Seul un cheval derrière un talus, à quelques mètres d'elle, la regardait, en hochant la tête. Amélie lui sourit.
Décontenancée, Amélie replongea dans le moteur, retira la jauge d'huile, vérifia le niveau d'eau. Elle entendit de nouveau la même voix :
- C'est le delco, c'est le delco !!
Amélie regarda bien partout, elle fit le tour complet de sa voiture, pas une âme qui vive aux alentours. Le cheval, lui, n'avait pas bougé d'un sabot, et il continuait à l'observer.
La pluie avait cessé, et Amélie perplexe retourna à son moteur. Cette fois elle entendit très distinctement un bruit de pas tout proche. Un paysan poussant une brouette avec dedans un chien noir et blanc, pareil aux chiens de berger, débouchèrent d'un chemin de terre. Le paysan s'arrêta à la hauteur d'Amélie, le chien descendit et mit ses deux pattes avant sur la calandre.
- Vous avez des problèmes ? lui dit le paysan.
- Oui ! ma voiture a calé, et le moteur ne redémarre plus !
- Oh, par ce temps pourri, ce n'est pas étonnant, avec toute cette humidité, ça doit être le delco !
- Alors c'était donc vous, qui m'avez dit ça, tout à l'heure ?
- Moi ? mais pas du tout je viens juste de sortir de ma ferme !
- Pourtant par deux fois, j'ai entendu quelqu'un me dire : - C'est le delco, c'est le delco !!
- Ha, ha, ha, lui dit en riant le paysan, je suis sûr que c'est encore un des tours de Marcel !
- Marcel ?
- Oui Marcel !
- Mais je ne vois personne autour de nous !
- Et le cheval, il est pas là lui ?
Amélie, regarda le cheval, qui montrait ses dents comme s'il riait.
- Mais, il parle votre cheval ?
- Bien sûr, et le chien aussi !
Amélie stupéfaite regarda le paysan et le chien, qui à ses côtés, avait toujours les deux pattes avant sur la calandre. Lentement le chien tourna la tête vers elle et lui dit :
- Ne croyez pas un mot de ce que vous a dit Marcel, il a dit ça pour vous draguer, et pour faire l'intéressant, il ne peut pas s'en empêcher, dès qu'il voit une jolie femme. De toute façon, il n'y connaît rien en mécanique ! Et il éclata de rire, en regardant le cheval.
Le paysan retroussa alors les lèvres, montra ses grandes dents et se mit à hennir.
Amélie, interrogea Marcel du regard :
- C'est moi qui lui ai appris à hennir !
- Mais alors qu'est-ce qu'il dit ?
- Ce que je disais : c'est bien le delco !
Sur ces paroles, le cheval jeta un dernier regard un peu triste à la jeune femme, puis il se détourna dédaigneusement, rua des deux pattes arrières, lâcha un énorme pet et partit au triple galop à la recherche d'un nouvel amour. « Qui sait se dit-il, se sera peut-être une quatre chevaux... »