(ou histoire de translation)
Le bus roulait depuis une heure, sur cette route chauffée à blanc du Périgord. Il avait passé, les villages de ST GAPOUR, NOUILLORC, CANQUOUNE, ST JEAN NIVAIRE et surtout le célèbre village perché de LOSSE EN GELAISSE. En passant devant la seule et unique pharmacie, à l'entrée du bourg de ST PARDOUX LA RIVIERE, Alain le chauffeur ainsi que les voyageurs, regardèrent d'un air effaré le thermomètre à cristaux liquides, qui affichait 45° !! Rien qu'à le regarder, la température dans l'autocar, avait grimpé de trois degrés. Ce que les voyageurs ne savaient pas, c'est que dans la rivière qui traversait le village, l'eau était descendue, si vite, à cause de la canicule, que les poissons s'étaient tous fracassés sur les rochers.
Tout à fait à l'arrière du bus, Mr et Mme X arrivés en France, depuis quelques jours seulement par le ferry, en provenance de Glasgow, n'arrêtaient pas un seul instant de s'éponger le visage et de s'éventer. Mr X avait disposé sur sa tête, un mouchoir blanc, qu'il avait noué aux quatre coins. Ce couvre-chef improvisé lui donnait une figure rigolote, avec ses lunettes de soleil à monture vert fluo !! Il faisait une chaleur suffocante dans l'autocar, malgré un système de climatisation quelque peu défaillant. Les vitres grandes ouvertes du bus, n'amenaient dans l'habitacle, déjà surchauffé, que des bouffées d'air brûlant. Soudain Mme X ouvrit son sac de voyage, y plongea la main, fouilla, y remua des tas de choses, en sortit d'autres, qu'elle déposa avec autorité sur les genoux de son mari.
Alors que le bus juste à la sortie de l'agglomération, amorçait, un virage un peu brusque et surtout pour éviter une énorme charrette à foin tirée par deux énormes bufs, qui disparaissaient presque complètement, sous l'herbe odorante, le sac échappa des mains de la lady et se renversa dans l'allée, éparpillant tout son contenu. Mme X se mit à quatre pattes pour tout récupérer aidée spontanément par ses compagnons de voyage, ce fut une belle mêlée, digne d'un match du tournoi des 6 nations, certains hilares demandaient où était le ballon ovale, soudain, la lady plongea sous un siège, puis sous un autre, et encore un autre, elle passa entre des jambes, ramassa tout ce qui passait à sa portée en jeta d'autres et ressortit enfin, à l'avant du car ! Elle se releva, le bras tendu, pareille à la statue de la liberté, un mini brumisateur à la main. Elle s'adressa, avec un accent tout ce qu'il y a de plus british à son mari, le pauvre, complètement écrasé sous la mêlée, « My god ! Murphy, it's marvellous, j'ai trouvé la « ventile » !! A ces mots, un voyageur, la figure aussi rouge que son tee-shirt, coiffé de la moumoute de Murphy, sortit de sous la mêlée, il fit face à la lady, s'avança et prit la même posture, il brandit une de ses chaussures, et s'exclama : « My god ! my godasse !! Cette phrase déclencha alors d'énormes rires.
La fameuse « ventile » passa de main en main même Alain le conducteur, eut droit à quelques gouttelettes rafraîchissantes. En un rien de temps, la « ventile » fut complètement vide et elle revint sur les genoux de Mme X avec force remerciements.
La lady et son Murphy, n'en eurent pas la moindre goutte.
Mme X essaya alors de lier conversation avec son voisin de siège et tenta sa deuxième phrase dans la langue de Molière, mais en traduisant mot à mot, ce qui donna la phrase suivante : « Oh ! Je suis chaude !! N'est-il pas ? (Oh ! I'am hot !! is'nt it ?), les voyageurs se regardèrent et retinrent avec grandes difficultés, les fous-rires, qui leur arrivaient jusqu'aux lèvres.
Mr X qui avait voyagé dans toute l'Europe, pour son travail et qui avait donc une meilleure pratique de la langue française, s'aperçut très vite de l'erreur de traduction de sa femme et qui entraînait les rires à peine retenus. Il se leva s'approcha du conducteur et lui demanda de brancher le micro. Aussitôt les voyageurs se mirent à scander : « Murphy une chanson, Murphy une chanson
!! Murphy s'empara de micro et prit alors la parole, il s'adressa aux voyageurs avec lui aussi l'accent du Yorkshire :
- Excuse-me, je n'ai pas l'habitude de parler dans le phone, mais, my wife (ma femme), elle ne parle pas très bien le français, elle veut dire, « je suis en chaleur » !!!!! Le bus fit une embardée, Alain le conducteur riait aux larmes et il dut arrêter complètement son véhicule.
Le bus s'était arrêté sous de grands arbres qui faisaient une ombre providentielle. Il fut convenu qu'une halte s'imposait, tant l'air devenait intenable.
Les premiers voyageurs à descendre, se mirent immédiatement à crier : De l'eau ! De l'eau ! Regardez, là juste en bas de la route, une rivière ! Et en plus il y a une cascade !
Ce fut alors une cohue invraisemblable, les vêtements s'enlevaient, et s'envolaient au fur et à mesure que les gens couraient, il y en avait partout, accrochés aux branches et les premiers à se jeter à l'eau et sous la cascade, étaient complètement nus. Au diable la pudeur, ça s'éclaboussait, ça s'arrosait et qu'est-ce que ça riait !! Les rires reprirent de plus belle, lorsque les deux Anglais firent eux, leur apparition. Ils étaient restés un moment dans le bus, pour enfiler leur maillot de bain. C'étaient des maillots de bains du début du siècle en pure laine d'écosse tricotée. Comme tout le monde, ils entrèrent dans l'eau et prirent part aux ébats aquatiques. La lady, fut poussée sans ménagements, par les autres baigneurs, sous la cascade, cherchant désespérément son Murphy, elle s'écria : « It's raining cats and dogs !! ». l'un des voyageurs traduisit entre deux rires, pour ses voisins et voisines : « Ah ben vla autre chose, vla qu'il pleut des chats et des chiens maintenant ! »
Pendant que tout le monde s'aspergeait à qui mieux mieux, Alain qui était resté près du bus, eut l'idée d'une bonne farce à faire à son groupe de touristes.
Il attrapa, un grand sac poubelle dans l'une des soutes, et à l'insu de tout son monde, il descendit vers la rivière, ramassant au passage, tous les vêtements qu'il enfourna pêle-mêle, dans le sac, jusqu'à ce qu'il n'en resta plus un seul, puis très tranquillement, étant absolument sûr, que pas un seul voyageur, ne l'avait vu, il remonta vers le bus et enferma le sac dans la soute.
Après plus d'une heure dans l'eau, les premiers sortirent, cherchant en vain leurs vêtements, dans les arbres, puis d'autres sortirent à leur tour. Les derniers, furent le couple d'anglais. Leurs maillots de bain, en laine, imprégnés, saturés d'eau, pesaient énormément lourd et leurs démarches, déclencha de nouveaux rires.
On vit alors les deux outre-manchistes, se dévêtir complètement, sans la moindre gêne, comme si c'était ce qu'il y avait de plus naturel au monde, et entreprendre d'essorer leurs maillots, ils en prirent un, chacun par un bout, comme ils l'auraient fait avec un drap, et le tordirent vigoureusement. Le maillot essoré, ils se le mirent autour de la taille, et commençèrent leur remontée vers le bus.
Le groupe de touristes, entièrement nu, sur le bord de la route, à côté de leur bus, offrait un spectacle hilarant, d'autant plus, que les joyeux drilles faisaient de grands gestes amicaux aux autres véhicules qui passaient sur la nationale. Il y eut des bruits de freins, des embardées, certains véhicules évitèrent de justesse le fossé... !
Bien sûr, Alain fit celui qui n'avait rien vu, il affirma que pour des raisons de sécurité, pour leurs affaires restées à l'intérieur, il n'avait pas quitté le bus des yeux. Enfin il alla chercher dans la soute le grand sac renfermant tous les vêtements, afin que chacun puisse se rhabiller. C'est alors que Murphy eut une idée lumineuse. Il proposa un jeu. Chaque personne à la recherche d'un vêtement, devait le faire à l'aveugle, dans le sac, s'en vêtir, et aller jusqu'à l'hôtel, habillé de la sorte. L'idée plut à tout le monde, ainsi certains hommes eurent beaucoup de mal à enfiler une robe, d'autres le torse nu essayaient un soutien-gorge, des femmes avaient des chemises qui leur arrivaient jusqu'aux chevilles. Inutile de vous dire que leur arrivée à l'hôtel dans un tel accoutrement fut très remarquée.
La journée se termina, par un nouveau coup d'éclat du couple d'anglais.
L'hôtel qui les recevait, avait dans une partie de l'établissement, une galerie de peinture et bien évidemment, le groupe de touristes, fut invité à découvrir les uvres exposées et éventuellement à acheter une toile ou faire une réservation d'achat. Donc après le kir à la crème châtaigne en guise de bienvenue, ils furent tous invités dans la galerie.
Murphy et sa lady, regardaient en experts les différentes uvres lorsque leur regard fut arrêté par un tout petit tableau, seul dans un coin. C'était un tableau absolument minuscule, d'environ cinq centimètres, sur cinq centimètres. Le fond de la représentation était blanc et en plein milieu, il y avait un rond de couleur noire.
Les deux anglais restèrent très longtemps à l'observer. Ils semblaient totalement fascinés par ce tableau, sous les regards très surpris des autres du groupe.
Enfin ils interpellèrent le responsable de la galerie, et lui firent comprendre, qu'ils étaient désireux, d'acheter ce tout petit tableau.
Le responsable les regarda longuement, partagé, entre le sérieux de sa fonction, et un fou-rire, qui arrivait à grands pas.
Sa réponse fut laborieuse, entrecoupée de rires et de sérieux. Il arriva enfin à leur dire qu'il ne pouvait malheureusement pas leur vendre ce qui pour eux était un chef- d'uvre, car s'il le faisait vraiment, tous les visiteurs de la galerie, présents à ce moment là, seraient instantanément aveugles !
Tous se regardèrent, perplexes et incrédules devant les paroles du responsable. Murphy et sa femme insistèrent en disant qu'ils étaient prêts à mettre beaucoup d'argent dans cette uvre, qu'en Angleterre ils n'avaient jamais vu quelque chose, d'aussi expressif et chargé d'émotion !?
Le responsable de la galerie ne put alors retenir son rire, quand il se calma enfin il leur redit que c'était tout à fait impossible, de le leur vendre, puisqu'en fait, le mini tableau, était tout simplement l'interrupteur général de la pièce
!!!!