- Ha, Mr X, Bonjour, je m'appelle Inès. Je suis bien contente de vous voir ! J'avais un peu peur que vous n'arriviez pas. J'ai peut-être quelque chose de très intéressant pour vous, vous verrez, un petit bijou ! Bon, on y va ?
Je m'installai dans son cabriolet, et nous prîmes, tout de suite la voie sur berge. Un batelier nous salua, juste avant que sa lourde péniche, n'arrive à l'écluse.
- Voilà, nous y sommes ! Vous voyez, il n'y a que quatre étages !
Tout de suite, je m'attardai sur la porte d'entrée, ornée d'un superbe cadran solaire. Je n'avais encore jamais vu une telle merveille. Je regardai le clocher tout proche et pus vérifier, que l'aiguille du cadran était parfaitement réglée, il était très exactement midi, les cloches se mirent aussitôt à sonner.
Dans le hall, je remarquai deux portes identiques qui devaient être me sembla-t-il, les entrées de deux appartements. Je restai très surpris, chacune d'elles, comme la porte d'entrée, était décorée. L'une avait un paysage, remarquablement et finement sculpté dans le bois, on y voyait un arbre majestueux, et sur l'une de ses branches, il y avait un oiseau qui chantait.
- Tiens me dis-je, avec un sourire, un porte-plume, sur un portefeuille. Tout en haut de l'arbre était aussi sculptée une horloge, les deux aiguilles arrêtées à midi
L'autre porte, avait aussi une pendule, mais celle-ci était suspendue à un clou doré. Un autre détail me sauta aux yeux, chaque porte, indiquait bien la même heure : midi. Je ressortis, allai vérifier l'heure à la porte d'entrée, l'aiguille du cadran solaire n'avait absolument pas bougé d'un quart de millimètre, alors qu'il faisait grand soleil et que le clocher indiquait, lui, un peu plus de midi. La jeune femme de l'agence, vit mon interrogation, mais n'émit aucune remarque. Nous arrivâmes au premier étage, où il y avait trois appartements. A nouveau, je remarquai, que chacune des trois portes, avait une pendule ou une horloge, la troisième me stupéfia littéralement. C'était une grande et ancienne horloge avec ses poids, qui était encastrée dans la porte et l'ensemble, le travail d'ébénisterie et de marqueterie était une vraie uvre d'art. Détail troublant, comme à l'entrée, chaque pendule marquait midi !
L'hôtesse de l'agence, sortit une clé de son sac et ouvrit la porte qui avait la grande horloge. Aussitôt ouverte, je remarquai aussitôt, que l'horloge traversait complètement la porte. Il y avait ainsi deux cadrans, l'un à l'intérieur, l'autre à l'extérieur, et tous les deux indiquaient immuablement midi.
Avant même d'avoir vu l'intérieur de l'appartement, je me ruai dans l'escalier et débouchai sur le palier du second : quatre portes, quatre horloges qui indiquaient elles aussi midi, je grimpai au dernier étage, trois portes trois pendules arrêtées à midi. Je redescendis les escaliers quatre à quatre et entrai à nouveau dans l'appartement où la jeune femme m'attendait tranquillement. Nous étions dans une espèce de vestibule et une autre porte pareille à la première, nous faisait face. La même décoration et la même horloge marquant midi.
- Comme c'est étrange ! dis-je. Chaque appartement possède sur sa porte d'entrée, une horloge ou une pendule, voire même un coucou, comme celle que je viens de voir au dernier étage, et l'heure est partout identique : midi !
- C'est une histoire très, très ancienne ! me dit-elle. Depuis un siècle, dans cet immeuble, il n'y a jamais eu le moindre heurt, pas la moindre dispute, entre les occupants des appartements, avec ces pendules ou horloges, chacun voit ainsi midi à sa porte ! C'est un journaliste reporter, ou comme on dit chez moi un « porte-voix », un grand coureur, toujours entre deux avions, qui me l'a racontée cette histoire, c'était un de mes amis, je ne le voyais toujours qu'entre deux portes, celles-ci justement, puis il partait à l'autre bout du monde ; il n'est plus avec nous, il a sauté sur une mine anti personnelle. Elle détourna la tête.
- Il a occupé l'appartement où nous sommes ! me dit-elle dans un sanglot.
Son récit me bouleversa, je lui appris donc que son journaliste reporter était aussi l'un de mes grands amis et de plus un confrère.
Nous avons bien pris tout notre temps, Inès et moi, pour découvrir cette merveille d'immeuble et surtout cet appartement, le seul où il y avait les deux horloges à l'entrée.
Quelques jours plus tard, quand j'ai appris à Inès que moi aussi, comme son ami j'étais un « porte-paroles », elle m'a sauté au cou en pleurant et sur notre amour tout neuf, nous avons refermé toutes les portes.