Georges entra dans la salle à manger et en ressortit avec le journal télé sous le bras. Tout en sifflotant, il se dirigea vers la porte des toilettes, louvrit et la referma lentement. Il aimait se retrouver dans cette petite pièce, où la température était légèrement plus basse, où le silence régnait parfois en maître, seulement dérangé quand un voisin se trouvait lui aussi dans les cabinets et parlait à sa femme. Les murs nétaient pas épais, et on pouvait tout entendre si l'on écoutait bien. Et Georges aimait écouter. Il entendait ainsi, parfois, la petite gamine quil rencontrait le soir, en rentrant de son boulot et elle de lécole, les notes qui séchappaient du piano de lenfant et qui se répercutaient dans le conduit daération pour laccompagner pendant quil lisait son journal. La petite jouait bien, même si elle avait lhabitude de rejouer plusieurs fois de suite le même morceau, et Georges appréciait les mélodies quelle composait où suivait grâce à une partition. Mais il y avait aussi dautres bruits qui lui parvenaient : les sons de la télé des voisins, les disputes, la cuisson qui se faisait entendre et ressemblait parfois à des chuchotements ; ainsi que des bruits de pas qui donnaient limpression que quelquun dautre que sa femme marchait dans la maison, juste devant la porte des cabinets ou longeant le couloir. Oui, les murs nétaient pas épais, et si l'on se concentrait un tant soit peu, on pouvait tout entendre.
Et tous entendirent le hurlement que poussa Georges, qui fit stopper net les petits doigts de Stéphanie sur les touches du piano, la dispute quavaient entamée Aude et Jérémie au sujet du jour où ils iraient voir les parents du garçon, et les pas de la vieille Martha qui avait lhabitude de mettre ses talons hauts et de les faire claquer sur le carrelage pour énerver ses voisins. Tous sarrêtèrent en entendant le hurlement et pensèrent que quelque chose de terrible venait de se produire.
Georges avait hurlé et immédiatement sauté de son siège pour se plaquer contre la porte des cabinets. Il sentait encore la chaleur de ce qui venait de lui agripper les testicules pour les presser rapidement avant de lâcher prise. Georges se retourna et regarda lintérieur du réceptacle des W-C., le coeur battant et prêt à hurler de nouveau. Mais il ny avait rien. Seuls ses déjections flottaient doucement, attendant patiemment que la pression de leau les attire loin de la surface pour les emmener dans un autre endroit. Georges regarda pendant plusieurs secondes ses excréments, mais fut obligé de constater que ce quil avait senti sur ses testicules ne se trouvait pas dans le trou des toilettes. Il sempressa néanmoins de sessuyer les fesses, de remonter son pantalon et de sortir de la petite pièce.
Quand il entra dans la salle, le teint blanchâtre, il lança le journal de la semaine sur la table de salle et sassit auprès de sa femme. Il se rendit compte quil tremblait.
Quest-ce que tu as ? demanda immédiatement Josline. Tu trembles comme une feuille, tu as froid ? Tu veux que jaille te chercher un pull ?
Non... je nai pas froid, chuchota Georges en sentant encore la pression quavait exercé la chose qui lui avait maintenu les testicules pendant une bonne seconde, avant finalement de les lâcher. Il y a quelque chose dans les toilettes... dit-il ensuite sans se tourner vers sa femme de peur de voir son visage esquisser un sourire.
Il avait lhabitude de raconter des histoires à sa femme, des bobards qui marchaient à chaque fois. Josline ouvrait de grands yeux et buvait les mots que prononçait lentement son mari, puis réalisait, un peu tard, quil se moquait delle. Josline avait toujours été comme ça, et cest peut-être lune des raisons qui les avait rapproché tous les deux avant quils ne tombent vraiment amoureux lun de lautre. Cependant, elle avait appris à connaître son mari et se faisait à présent prendre au jeu moins souvent. Ainsi Josline lécouta avec attention mais, quand il lui raconta que quelque chose lui avait pris les testicules, sesclaffa et dût se lever du canapé tant elle riait.
Tu as bien failli mavoir, avoua-t-elle en laissant échapper un nouveau rire. Ce que tu ne vas pas inventer tout de même !
Mais cest vrai, je te jure ! Il y avait quelque chose dans les toilettes, quelque chose qui ma attrapé les couilles !
Toi alors !
Mais chérie, je ne plaisante pas !
Josline embrassa son mari sur le front puis sortit de la pièce. Georges se demanda si elle allait se rendre aux cabinets pour voir ce qui sy trouvait, puis réalisa quelle était entrée dans la cuisine. Il entendit la porte du frigidaire souvrir puis les pas de la jeune femme qui revenait dans sa direction. Josline entra dans la salle à manger, une tablette de chocolat blanc en main, et se rassit à ses côtés. Georges ne dit rien, la regardant simplement avaler les petits morceaux de la tablette quelle prenait un malin plaisir à rompre et à ingurgiter sans quitter des yeux lécran de la télé qui rediffusait un épisode de Colombo.
Chérie, continua enfin Georges, je ne plaisante pas, il y a réellement quelque chose dans les toilettes.
Mais oui, mon ange, mais oui...
Offusqué, Georges se leva et sortit de la pièce. Il savait que cétait de sa faute si sa femme ne le croyait pas, avec toutes les blagues quil lui faisait. Mais il était sérieux et tremblait encore de peur en se dirigeant vers la porte des cabinets. Et il ne tolérait pas le fait que sa propre femme ne se rende pas compte quil était terrifié. Georges avala sa salive en posant la main sur la clenche en plastique de la porte des W-C. et imagina alors que quelquun se trouvait peut-être derrière la porte et lattendait. Il sentit un frisson glacé lui parcourir léchine, et chassa cette angoissante idée de son esprit. Il ouvrit la porte.
Il perçut immédiatement les bruits que produisaient ses voisins : la vaisselle qui était manipulée dans lévier, les discussions ou les voix des acteurs à la télé et les musiques quécoutait le couple de jeunes deux étages au-dessus de chez lui. Georges sapprocha du trou des cabinets.
Ses excréments flottaient toujours et une odeur entêtante et désagréable planait dans la petite pièce. Il réalisa quil avait oublié de tirer la chasse deau et que la chose - sil y avait véritablement quelque chose - se trouvait peut-être encore dans ces eaux nauséabondes. Georges tira trois fois de suite la chasse deau, et attendit que les eaux attirent dans leur tourbillon ses déjections et ce qui se trouvait peut-être caché en elles. Il ne vit rien cependant et dû reconnaître que son histoire ne tenait pas debout. Néanmoins, il repensa à une vieille histoire quil avait entendue et qui racontait que des gens, en Amérique, sétaient débarrassé de certains animaux, comme des serpents ou des crocodiles - les Américains ont toujours eu des goûts douteux -, par lintermédiaire des égouts. Et certains de ces animaux étaient parvenus à remonter dans les tuyaux pour mordre tous ceux qui avaient le cul posé sur la cuvette des toilettes. Georges imagina alors que cétait peut-être un serpent qui lavait mordu et se rendit dans la salle de bain pour sexaminer les fesses. Le coeur battant, il déboutonna son pantalon et le fit glisser jusquà ses mollets, puis il décrocha la grande glace qui se trouvait sur le mur qui faisait face à la baignoire, et linstalla contre le meuble qui renfermait les rasoirs et les nombreux produits de toilette. Il bougea les fesses dans tous les sens, mais ne vit aucune marque de morsure. Il ny avait pas de trace rouge, rien. Ses fesses étaient blanches et légèrement poilues, et en bonne état. Georges respira un grand coup, soulagé, et se rhabilla. Cependant, cela ne le réconfortait pas davantage car il était persuadé de navoir rien inventé et pouvait même encore sentir cette sensation de chaleur autour de ses testicules.
Mal à laise, il décida de sexaminer une fois encore et de se regarder les organes génitaux. Il ferma la porte de la salle de bain à laide du petit loquet, et commença à sobserver. Il tâta ses testicules et ne ressentit aucune douleur. Finalement, il se dévêtit entièrement et entra dans la douche. Il fit couler leau et sinstalla dans la baignoire, pliant les jambes pour se mettre à son aise. Il avait dû croire que quelque chose lavait touché finalement puisquil nétait pas blessé et navait rien vu dans les cabinets. Et, de toute façon, pensa-t-il, sil y avait eu véritablement quelque chose, ce quelque chose nexistait plus puisquil avait tiré la chasse deau.
Cest donc lesprit rassuré quil se délassa dans leau chaude du bain, tentant doublier les derniers événements qui lavaient affolé. Il y resta plus de vingt minutes, puis en ressortit, plus vigoureux, lhistoire des cabinets presque complètement oubliée. Il rejoignit sa femme qui regardait encore la télévision tout en faisant des mots-croisés. Il sassit à ses côtés et loucha sur la grilles quelle avait en partie remplie. Il lui restait moins de cinq mots à trouver, et les quelques définitions quil lues lui parurent absconses. Finalement, lépisode de Colombo se termina pour laisser la place à une page de publicité et Josline termina ses mots-croisés. Elle se leva du canapé, posa le journal sur la table et se dirigea vers le couloir dun pas rapide.
Où vas-tu ? lui demanda Georges.
Aux toilettes, répondit-elle.
Aussitôt, il repensa à ce qui lui était arrivé, mais ne dit rien. Il vit le petit sourire se dessiner sur les lèvres de sa femme, et sut quelle sapprêtait à sesclaffer. Mais aucun rire ne sortit de ses lèvres et elle disparut dans le couloir. La porte des cabinets fut ouverte puis refermée.
Georges resta quelques minutes installé sur le canapé, puis se leva à son tour et emprunta le couloir, sans faire de bruit. Il sarrêta devant la porte des toilettes et écouta. Nentendant aucun bruit, il sapprocha davantage et colla son oreille contre la porte. Il percevait cette fois la respiration lente de sa femme, et imagina un instant quelle allait crier, en sentant quelque chose lui toucher les fesses, et sortir de la petite pièce aussi rapidement que possible. Mais sa respiration resta la même, et il ne se passa rien. Pas de hurlement, pas de cri, rien. Georges se mouilla les lèvres, intrigué. Il était persuadé quà tout instant sa femme se mettrait à hurler. Sil y avait quelque chose dans les cabinets, ce quelque chose la toucherait comme elle lavait touché, lui. Il ny avait pas de raison. Mais il ne se passa rien et Georges sursauta quand la chasse deau se fit entendre. Josline sortit de la petite pièce et fut surprise de voir son mari devant la porte.
Tu mattendais ? lui demanda-t-elle.
Non, non. Jallais dans la cuisine, cest tout.
Ah ? Bon.
Josline retourna dans la salle, et Georges sengouffra dans la cuisine pendant quelques minutes, puis il ouvrit la porte des toilettes et jeta un oeil sur ce qui se trouvait dans le trou des cabinets. Mais il ny avait rien... Georges ressortit de la pièce avec cette fois la conviction que rien ne sétait passé : il avait tout imaginé, voilà tout, il ne fallait pas aller chercher plus loin.
Et le soir arriva.
Ils dînèrent vers dix-neuf heures trente, ayant opté pour un cassoulet, tout en regardant les informations régionales. Puis le film commença, et ce fut quand celui-ci fut interrompu par une page publicitaire que Georges eut lenvie daller aux toilettes. Il repensa bien évidemment à lévénement qui était survenu, puis chassa ces idées noires de ses pensées. Il fallait quil aille aux cabinets, et même sil se retenait cette fois-ci, il serait forcé dy aller à un moment ou à un autre.
Il prit garde, avant de poser ses fesses sur les rebords des W-C., de bien regarder si les eaux ne contenaient pas quelque chose qui aurait ressemblé à un serpent. Cette fois, Georges navait pas pris de journal, il voulait se dépêcher, non pas que le film lui plaisait - il lavait de toute façon déjà vu au moins trois fois - mais il ne voulait pas rester assis là trop longtemps. Il était mal à laise, et la petite pièce quil appréciait tant auparavant était à présent devenue une source dangoisse. Il avait sans cesse lenvie de baisser la tête pour regarder sil ny avait rien sous ses fesses, rien qui pouvait se saisir de ses testicules ou lui peloter les fesses. Mais Georges se força à ne pas regarder. Il ne voulait pas tomber dans ce piège absurde, sachant que sil regardait, cela signifierait quil croyait quil y avait véritablement quelque chose qui pouvait surgir de leau à tout moment pour lattraper.
Georges resta donc seulement quelques brèves minutes assis, à fixer la porte des cabinets, essayant de penser à autre chose quà ce qui pouvait se trouver sous ses fesses.
Quand il hurla, son cri fit aboyer tous les chiens du quartier...
Georges sauta et tenta de ses mains de repousser ce qui venait de lui presser les testicules. Il se retourna et vit alors une main sagiter à la surface de leau, en partie recouverte de ses excréments, pour ensuite disparaître à lintérieur du trou des cabinets. Georges hurla encore, une nouvelle fois, et sortit de la petite pièce sans se rhabiller. Sa femme, en lentendant, avait accouru et lobserva sagiter devant elle, regardant son mari terrifié lui indiquer lintérieur des toilettes dun doigt tremblant, sans rien dire.
Elle ma touché, dit-il finalement, après avoir repris son souffle et le contrôle de sa voix.
A lextérieur, les chiens se turent après avoir laissé entendre quelques faibles grognements. Le silence retomba.
La main ma agrippé et ma tiré les couilles !
Là, tu exagères ! cria presque Josline. As-tu besoin de hurler de la sorte pour faire tes blagues débiles, tu mas fait une peur affreuse, et les voisins, quest-ce quils vont dire ?
Mais il y avait une main, et elle...
Ah, arrête tu veux ! Je ne suis pas cloche à ce point, alors raconte tes histoires à quelquun dautre !
Georges observa sa femme retourner dans la salle à manger, sans rien dire, les fesses à lair, indiquant seulement du doigt la porte des toilettes. Puis il hoqueta et se rhabilla.
Georges alla alors chercher sa boite à outils ainsi que la ventouse servant à déboucher les toilettes, et retourna dans les cabinets. Il sortit le long tournevis dont la pointe était tordue et coupante, ainsi quune petite scie. Il ny avait plus rien à présent dans le trou des W.C., mais Georges savait que cette chose pourrait revenir quand elle le désirerait, le fait de tirer la chasse deau ne semblait pas avoir deffet sur elle. Cependant, Georges se demanda pourquoi il nétait rien arrivé à sa femme. Puis il haussa les épaules et se mit au travail. Il commença, à laide de la ventouse, à faire pression sur leau, et entendit des glougloutements.
Georges avait disposé tout son attirail pour tuer la créature et suait maintenant à grosses gouttes. Il avait fermé la porte des cabinets à laide du petit loquet pour que sa femme ne vienne pas le déranger. Cétait une affaire entre cette chose et lui. Josline était venue plusieurs fois déjà lui demander ce quil fabriquait, entendant ces glougloutements qui ressemblaient au bruit que ferait une trachée artère gigantesque si elle avalait des litres et des litres deau. Georges lui avait dit de lui foutre la paix, et Josline avait compris que ce nétait pas la peine dinsister. Il lavait entendue fermer la porte de la salle, pour ne plus entendre les bruits infernaux quil produisait avec sa ventouse, et augmenter le son du téléviseur.
Georges sacharna pendant plus de dix minutes avec la ventouse, ne parvenant pas à attirer cette chose en forme de main qui lui avait touché les testicules, et qui les avait même tâtées et pressées la seconde fois.
Ah, comme ça tu veux me casser les couilles, eh bien tu vas voir !
Quand un grand bruit de succion se fit entendre, Georges comprit quil avait gagné. La chose avait dû se maintenir le plus longtemps possible à une paroi de lun des tuyaux qui forment lensemble du réseau sanitaire, mais elle navait pu résister longtemps, et elle allait à présent être à sa merci.
Lorsquelle apparut, les doigts dépliés comme voulant sagripper à tout ce qui pouvait lui permettre de ne pas se retrouver devant lhomme, Georges planta immédiatement la pointe de son tournevis dans la paume de ce qui était véritablement une main. Il y avait des ongles au bout des doigts, quelques poils même sur le dessus de la main, et un poignet qui disparaissait dans le trou des cabinets. Georges ne tenta pas de trouver une explication logique à la présence cette créature, nayant quun objectif pour le moment : celui de détruire cet animal.
Quand il eut enfoncé suffisamment profondément la pointe du tournevis dans le corps de la chose, il prit la petite scie quil avait posée sur le dessus des W-C. et la plongea dans leau pour commencer à découper un par un les doigts de la main mystérieuse. Il grogna de plaisir en voyant le sang séchapper des blessures et se dissoudre dans leau, sciant, et sciant encore. Il sacharna encore pendant plusieurs minutes avant de tirer brusquement la pointe de son tournevis du corps de cette chose qui séchappa. Il entendit alors un glougloutement sonore qui se répercuta dans de nombreux tuyaux sanitaires, et se releva, épuisé mais heureux. Si la créature nétait pas mortellement blessée, elle ne reviendrait certainement plus lennuyer. Sinon, elle savait désormais ce qui lattendrait.
Voilà ce qui arrive à ceux qui me font chier ! pensa-t-il en esquissant un sourire sadique.
En sifflotant, Georges rangea son matériel dans la boite à outils quil laissa dans les toilettes et ressortit de la petite pièce. Il rejoignit sa femme dans la salle et lui dit quil allait se coucher.
Déjà ? demanda-t-elle. Il nest que neuf heures trente.
Oui, je sais, mais je suis fatigué.
Bon, comme tu veux mon chéri.
Georges se rendit dans la salle de bain, prit une douche rapide, puis, revêtu de sa robe de chambre, mit ses affaires au sale et entra dans la chambre. Il ouvrit la fenêtre pour avoir un peu dair, puis se dévêtit. Il se coucha, nu, et éteignit la lumière.
Le sommeil ne vint pas le prendre tout de suite. En fait, Georges nétait pas fatigué, mais il avait envie de savourer seul sa victoire. Cétait la première fois quil était aussi fier de lui. Voilà ce quil en coûtait de vouloir lennuyer, de violer son intimité.
Vers vingt-deux heures quinze, Georges entendit sa femme éteindre le poste de télévision et sengager dans le couloir après avoir refermé la porte de la salle. Il lentendit ensuite allumer la lumière de la cuisine, ranger quelque chose dans le frigidaire et la vaisselle qui se trouvait posée sur lévier, et enfin éteindre la lumière de la pièce et entrer dans les W-C. en mettant par habitude le petit loquet. Georges sourit, il savait que sa femme et lui ne risquaient plus rien. Et même si sa femme ne croyait pas une seule seconde cette histoire de main vivant dans le trou des toilettes, Georges se fit la remarque quelle pouvait à présent se vanter davoir un mari qui était capable de se débarrasser dune créature de ce genre.
Georges entendit la porte des cabinets souvrir et écarta les draps du lit pour que sa femme le rejoigne, avant de se tourner sur le côté.
Quand la main se referma sur ses testicules, pour les serrer de toutes ses forces, Georges hurla et se débattit, donnant des coups de pieds dans le vide, puis sentit une autre main se plaquer contre sa bouche - une main à laquelle il manquait un doigt - avant quune autre ne vienne se presser contre sa gorge. Il comprit que la main quil avait blessée avait fait appel à toute sa famille pour se venger de lui, pour lui faire payer le doigt quil lui avait scié.
Georges urina de peur, et sentit ses testicules éclater dans la main de la chose qui provenait des toilettes. Il ne savait pas ce quétait devenue sa femme, mais les mains avaient dû lavoir elle aussi. Comme elles allaient lavoir. Comme elles allaient avoir tous les habitants de cet immeuble maintenant quelles savaient que ceux quelles voyaient parfois au-dessus delles étaient leurs ennemis et ne représentaient pas une grande menace quand elles attaquaient en nombre.
La dernière chose que Georges ressentit fut son corps tiré hors du lit, traîné le long du couloir par la force étonnante de ces créatures en forme de main. Et la dernière douleur quil perçut fut lorsque son corps traversa le trou des toilettes pour disparaître dans les eaux nauséabondes et rejoindre le garde-manger des mains qui venaient de goûter et dapprécier la chair humaine.
Grégory Covin.