Le chat Alfred
de Guy Dessauges



Dans ma maison, j'ai découvert qu'il y a des souris... Les souris font des dégâts, elles puent, sont arrogantes comme des loubards, elles terrorisent le voisinage!
J'ai été chez un spécialiste qui m'a vendu divers poisons, trappes, appareils à ultra-sons, etc...
Malgré tout ça, je n'ai pas eu de succès! Les souris étaient partout... Un jour un sage paysan à qui je racontais mes déboires, me dit timidement: Si vous essayez un chat ? L'idée me sembla lumineuse... Immédiatement, je me mis à la recherche d'un chat à la hauteur. Pas facile. Finalement, je trouvais le chat spécialiste, chez le patron d'un carrousel. Le raminagrobis ne payait pas de mine, il était maigre et efflanqué ; mais il avait l'air terrible, un air à fiche une trouille bleue aux souris, si insolentes qu'elles soient...Pour l'apprivoiser je lui fis une pâtée délicate en lui expliquant ce que j'attendais de lui !
Il ronronait sans répondre, dévorant sa pâtée en poussant de petits gémissements de plaisir ; il n'avait pas été à pareille fête depuis longtemps, le pauvre!..
Je lui fis visiter la maison, qu'il explora sans commentaires. Puis je partis à mon travail... Le soir, je suis rentré tard, et je trouvai le chat que j'avais appelé Alfred, assis devant un tas de restes d'os de souris, il avait l'air d'être satisfait; il vint se rouler autour de mes jambes en ronronnant...
- Alors, lui dis-je, on a fait un festin de souris ?... En regardant de plus près, je vis quelques plumes autour de l'assiète...
- Mais tu as mangé un oiseau! c'est scandaleux ! Tu dois manger les souris. Voyons Alfred! Alfred s'arrêta de ronronner, et me répondit:
- Les souris, ce n'est pas mal, mais ce genre d'oiseau, c'est aussi nuisible! J'étais stupéfait d'avoir un chat qui parle. Je bredouillai :
- Tu parles, Alfred, tu es un chat prodige ?...
- Je suis assez taciturne; mais je n'aime pas qu'on m'engueule !
- Mon cher Alfred; je serais heureux que tu manges des souris, c'est pour ça que je t'ai acheté... C'est clair !..
- C'est de l'exploitation; je veux bien manger des souris, mais je veux de temps en temps manger des oiseaux nuisibles, parbleu!...
- Laisse les oiseaux, veux-tu, ils sont si mignons et leurs chants m'enchantent...
- Faisons un marché, dit Alfred, trois souris, un oiseau nuisible, ça va ?
- Il n'y a pas d'oiseaux nuisibles; mon cher Alfred, si tu n'est pas d'accord, je te flanque à la rue !...
- Faisons un essai ; dit Alfred d'un air mignon, juste quelques jours...
Je fus d'accord, le lendemain, je contrôlai avec attention les restes dans l'assiette d'Alfred. Je ne vis rien de répréhensible. Alfred avait l'air soucieux, il ne ronronnait plus si volontiers. Il y avait quelque chose qui clochait...Un matin Alfred vint me trouver dans mon lit :
- Je crois qu'il faut me laisser bouffer de temps en temps un oiseau nuisible, dit-il l'air embarrassé ...
- Pas question! répliquais-je, j'aime les oiseaux...
- Si ça continue comme ça, je vais être obligé de donner mon congé, dit Alfred d'un air navré, si je ne peux pas manger ces oiseaux, c'est eux qui vont me boulotter!Ils sont vraiment dangereux! Je haussai les épaules et partis à mon travail. Le soir Alfred avait disparu... Je le cherchai partout, il avait filé...
Le lendemain, j'ouvris la fenêtre qui donnais sur une terrasse... sur la barrière, il y avait un oiseau énorme... Un vautour, pas à s'y tromper ! Il me regardait fixement comme un point final, un autre vautour se posa à côté. Tous deux avaient l'air d'attendre quelque chose, à quoi je ne voulais pas penser... Je compris tout à coup ! Alfred avec ses oiseaux. mais c'était trop tard!

FIN


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