L'histoire de Chef… chien polaire
Histoire pour les enfants
de Guy Dessauges



écrit en langage chien !


Je suis un chien du grand Nord. Je suis né au Canada, j'ai vécu dans une grande forêt, jusqu'à ce que je puisse tirer le traîneau de Jeff, un grand gaillard, qui était trappeur...
J'aimais beaucoup mon maître, lui aussi m'aimait bien; j'étais le seul qui pouvait rester dans sa chambre pendant la nuit, les autres chiens acceptaient sans murmurer, car j'étais un Chef, c'est mon nom d'ailleurs!
Pendant deux ans nous avons parcouru le grand Nord, mon maître a fait une belle récolte de fourrures... Quand nous sommes retournés de nouveau en ville, Jeff a vendu tous les chiens, je suis resté seul avec lui, je l' accompagnais partout; Jeff était assoiffé après ces deux ans passés seul dans les forêts. Après avoir vendu ses fourrures, on a fait la tournée des bars... Je n'aime pas ça à cause du bruit et de la fumée, et des femmes trop parfumées... Mais qu'y faire? Je suivais sans rouspéter! Après le troisième bar, il s'est passé quelque chose que je n'ai pas bien compris; l'on a dû s'enfuir! Une bagarre avec un type qui voulait lui voler son argent! Jeff l'avait tué...
Pour être plus libre, Jeff dût se débarrasser de moi... Il me laissa chez une vieille amie en lui disant de bien me soigner! Puis il est parti sans se retourner... J'avais le cœur brisé... La femme était gentille, j'avais assez à manger, mais je n'étais pas heureux, j'avais la nostalgie de Jeff, avec qui j'avais vécu toute ma vie... Un jour la vieille femme reçus une lettre de Jeff, il était très loin , en Californie, pas loin du Mexique, au diable quoi! Il me regrettait, mais c'est la vie... Je devrais rester là jusqu'à ma mort!.. J'étais complètement démoralisé... Pendant quelques jours je ne mangeai plus rien. La femme disait au voisin: Il sait ce Chef, qu'il ne reverra plus Jeff, c'est un chien extraordinaire... Un beau matin je décidai de partir: j'irais en Californie à la recherche de Jeff.

Voici mon histoire :

Je suis parti un jour d'automne, il faisait froid, l'hiver s'annonçait rude, je supporte bien le froid, je voulais marcher pendant les grands froids et la nuit seulement; enroulé sur moi-même sous la neige, je pourrais dormir tranquille... Je me dirigerais à la lueur des étoiles, je sais que la Californie est à l'ouest, toujours à l'ouest
J'ai marché jusqu'à la barrière, puis, je me suis retourné; la vieille femme était devant sa porte, elle a compris, elle m'a fait un signe d'adieu de la main, je vis avec mes yeux perçant qu'elle pleurait, elle savait que j'avais commencé le grand voyage... Puis, je suis parti sans me retourner, comme Jeff l'année dernière... Je trottais sans trop me presser pour économiser mes forces. Je ne trouverais pas facilement à manger quand la neige couvrirait les immenses espaces du Canada... Lorsque je n'avais pas de chance avec la chasse, je guettais une ferme isolée, et je m'asseyais à dix mètres devant la porte quand les hommes avaient quitté les lieux, je savais qu'avec les femmes j'avais plus de chance de recevoir à manger... Ca marchait à tous les coups... Pendant les longues marches, je revivais les chasses avec Jeff dans la grande forêt, si je le retrouvais, j'arriverais bien à l'entraîner de nouveau dans le grand Nord! Je me faisais des idées qui me remontaient le moral.
Cette année le froid est venu tôt, d'un seul coup 40 degrés en dessous, j'ai pris la voie du sud pour aller près des villages où je trouvais des poubelles pleines de trucs encore mangeables... Je devais faire très attention car le Sud est très dangereux pour les chiens errants, et ma fourrure attisait les convoitises. Après avoir échappé de justesse à quelques traquenards, je repris la route du Nord... Deux mois plus tard, j'arrivais au bord du lac Winipeg,, la température descendit à moins 50, j'avais faim c'était Nöel. Le dernier Nöel Jeff m'avait donné un collier incrusté d'ivoire, un joli travail des Inuits.
J'avisai une maison qui me parut accueillante, je m'assis à bonne distance, pour pouvoir fuir en cas de nécessité... Les chiens firent leur tapage habituel, mais ils se calmèrent quand ils sentirent mon odeur, l'odeur du Chef!... C'est en remuant la queue qu'ils m'invitèrent à la maison... Une petite fille vint ouvrir, quand elle me vit, elle me caressa gentiment et me laissa entrer. La mère était aussi gentille que sa fille, je reçus à manger, et une abondances de caresses, je me sentais beaucoup mieux. Quand le père me vis il s'écria :
- Mais c' est un chef! Il va venir avec moi à la chasse... Je remuais la queue en guise d' acquiescement...
On était copains... Pour la nuit je préférais dormir en plein air, je fis un trou près de la porte et me laissait recouvrir par la neige de la tempête... Le matin il faisait beau; Assis devant la porte j'ai attendu que le père vienne me chercher.
On a été à la chasse ensemble, et nous sommes rentrés avec assez de gibier pour tout l'hiver! Le père était content, la famille me fit la fête... Je décidai de rester jusqu'au printemps.
Mon collier intriguait tout le monde, on pensait que mon maître était mort; en tout cas il devait bien m'aimer pour m'offrir un collier pareille!
Les jours heureux passent vite, le dégel commençait, quand je repris la route de l'ouest; je suis parti par une nuit clair, le cœur un peu serré, me retourner, comme les chiens du grand Nord...
J'étais repris par la nostalgie de Jeff, je voulais le retrouver. Seule la mort m'en empêcherait. Je chassais avec succès, je dormais le jour ; les nuits étaient claires; on aurait un bel été... J'ai rencontré bien des meutes de loups, mais ils me laissaient tranquille; ils me respectaient. Dans l'état du Saskatchewan, je fis la cour à une louve qui m'accepta comme époux. Pendant un temps, je restai avec la meute; puis je repris la route de l'ouest; je n'oubliais pas le but de mon voyage... Je laissais derrière moi trois petits loups; si je reviens là, avec Jeff, je les reconnaîtrai à leur odeur...
On était en plein été quand j'atteignis la frontière des USA l'état de Washington; il faisait très chaud, mais ma technique de marcher la nuit était assez confortable... Je me dirigeais vers la mer, finalement, je l'atteignis... Grâce à mon collier et mon air sûr de moi, je me baladais dans les villes sans problème, les villages sont plus dangereux, tout le monde se connaît, et un chien comme moi ne passe pas inaperçu...
Je reconnais que la première fois que je vis une ville, je n'en menai pas large, je compris assez rapidement comment traverser les rues, quand j'étais observé par un policier, je marchais à côté de quelqu'un comme si il était mon maître, ainsi j'évitais la fourrière... Il y avait une telle variété de chiens que j'en avais le vertige, je fus très étonné en voyant des chiens si petits qu'on pouvait les mettre dans une poche!
J'allais souvent au bord de la mer; finalement je suivis la côte, c'était plus agréable, je pouvais me baigner dans l'eau froide... Pour la nourriture pas de problème, les poubelles sont très bien achalandées!... Il m'est arrivé d'aller chiper des choses dans un super - marché, mais c'était dangereux! On n'osait pas me tirer dessus à cause des gens; c'était mieux que dans le grand Nord. En général les gens étaient gentils avec moi, ils me donnai des trucs sucrés que je n'aimais pas, ou bien des boîtes, immangeables... Pour avoir un peu de viande crue, je devais boulotter un chat de temps à autre, c'est dommage mais je dois suivre un régime sinon je tombe malade, les loutres étaient délicieuses, bien grasses.
Malheureusement les écologistes me tiraient dessus quand j'en attrapais une, ces gens ont une manière bien particulière de protéger la nature! Tout le monde ne peut pas brouter de l'herbe... En vue de Vancouver, il y a un parc où j'ai failli laisser la peau, le Garibaldi Parc; on m'a chassé en me tirant dessus... J'ai vite compris qu'il fallait éviter les réserves "naturelles" et les Parcs, c'est plein de gardes qui y règnent à coups de fusil...
Je marchais dans les hauteurs pendant la nuit... mais il y avait les chiens de chasse. J'en ai tué beaucoup, c'était eux ou moi! Un jour je dus mettre un chasseur en pièces, car il cherchait obstinément à me tuer, il m'a poursuivi pendant trois jours, même ses chiens s'étaient enfuis... Une nuit pendant qu'il dormait je l'ai pris à la gorge et je ne l'ai lâché que quand sa tête s'est détachée et a roulé dans un ravin, à la grande joie des carnassiers de tous poils qui ont festoyés pendant deux jours... Je ne suis pas méchant, mais il y a des limites!...
Je trouvais un truc pour voyager en train, je me conciliais les faveurs d'un chemineau de train de marchandises, il m'adoptait pour le voyage; ces braves gens s'ennuient et ils sont contents d'avoir de la compagnie; je les fais rêver de chasses et d'aventures dans le Nord légendaire, et ses chercheurs d'or... A propos, j'ai trouvé une mine d'or...
C'était dans l'état du Manitoba; un soir j'ai découvert au bord d'une rivière, une cabane qui semblait abandonnée, pas de fumée, un silence de mort; je me suis approché prudemment, j'ai regardé par la fenêtre, et là, assis sur une caisse, il y avait un vieux type, momifié, son fusil entre ses mains, il devait être mort depuis longtemps, les carnassiers l'avaient respecté car il n'y avait plus rien à croquer, il était si maigre...
En reniflant un peu partout j'ai découvert dans un vieux terrier des sacs d'or... une fortune! Le vieux était mort là, sur ses rêves d'immenses richesses, caché sous terre. Je reviendrais avec Jeff...
Cette parenthèse, pour dire que mon voyage était plein de péripéties, j'en oublie, c'est long de traverser le Canada d'Est en Ouest... Je suis arrivé jusqu'à Salem, j'ai fais mes adieux à mon copain le cheminot, qui en avait les larmes aux yeux! Puis j'ai filé vers la mer, je préférais suivre la côte que de voyager dans les wagons puants d'étranges marchandises... Le long de la mer il y avait une grande route et beaucoup de touristes, je pic-niquai avec eux, ils ne se doutaient pas que je voyageais seul, je choisissais les famille avec des enfants, je jouais avec eux; mais les sandwichs me retournaient l'estomac... Pendant que les écolos dormaient, j'allais chasser la nuit, je reconnais que j'étais heureux. Les américains sont généreux...
J'arrivai enfin en Californie! C'est un long pays la Californie!... Je choisis dans un parking au bord de la mer, un couple de jeunes gens habillés de manière étrange; ils voyageaient dans une grande voiture décapotable, je m'installai à l'arrière, et quand ils sont arrivés à leur voiture, je vis d'un seul coup d'œil que je les avais conquis. Ils n'ont pas fait d'histoire, le type était un Hippie qui s'y connaissait question chiens, il m'a acheté de la viande crue, car il savait de quelle race j'étais, j'étais bien tombé, je décidais de rester avec eux, ils allaient à San Francisco...
Nous sommes arrivés dans un endroit spécial, une université, Berkeley... plein de jeunes, mes copains devaient être riches, ils avaient une maison à eux, ils donnaient des cours, leur maison était pleine de d'étudiants qui allaient et venaient, on fumait une herbe qui me rappelait les incendies de forêt du Canada... j'aimais bien.
Un jour je reçus un sucre qui avait un drôle de goût... J'eu des visions extraordinaires, je crois que j'ai déliré, parfois je voyais des flammes, j'étais entouré de loups agressifs... Je planais parfois et en fin de parcours je tombais dans le vide... c'était fascinant et horrible...
Je me réveillai entouré de jeunes gens à la mine inquiète... Un étudiant avait essayé du LSD sur moi, et tout le monde était furieux contre lui ; il dût laver toute la maison comme punition!... Il était navré, et il me promenait dans les collines, c'était magnifique, j'attrapais des lapins à la course, les étudiants avaient trouvés mon nom écrit en Inouit sur mon collier, et ils m'appelaient Chef... Je représentais à leurs yeux la sauvagerie, et la liberté des temps primitifs... J'étais plus respecté que les prof !... Je n'abusais pas de mes privilèges, je demandais toujours poliment aux chiennes des environs si je pouvais leur sauter dessus... Mais avec tout ça, je n'oubliais pas Jeff. Je devais le retrouver...
Je repris la route du bord de mer, c'était très beau, les gens qui habitent au bord de la mer sont gentils, mais je faisais attention de ne pas me faire remarquer, à cause des gardes chasses, qui ne sont pas ce qu'on croit... J'ai été poursuivi par un hélicoptère pendant des jours, ces gens s'étaient fichu dans la tête d'avoir ma peau..
J'ai fini par rester caché sous une chute d'eau, dans une caverne... Je ne marchais plus que la nuit et dormais dans les fourrés... En arrivant à Santa Monica j'eus l'impression que Jeff n'était pas loin... Je pris le chemin de Hollywood pour voir par hasard si Jeff n'y travaillait pas !
Impossible de pénétrer dans la cité du film, Je repérai une belle fille dans une voiture décapotable, je m'installai sur le siège avant pendant qu'elle faisait des courses, quand elle revint les bras chargés de paquets, elle poussa un cri de ravissement, j'avais la touche !
On ne s'est plus quittés... Elle travaillait aux Studios Paranus, je l'accompagnais partout, je reniflais tous les coins et recoins sans résultat... Pourtant un jour, que je vadrouillais en ville, je sentis une odeur familière, celle des Inouits ! Ca venait d'un Bar Alaska Beef... J'entrais prudemment, il n'y avait personne, un Inouit lavait le sol ; quand il m'a vu, il bondit à son Frigo, en sorti un poisson qu'il me jeta... Il observa mon collier, il avait l'air très excité, il me parlait en Esquimaux, il me dit de l'attendre, il allait revenir, je me couchais sous une table, on verra bien, pensais-je...
Au bout d'une heure, il revint, toujours l'air très excité, nous sommes repartis tous les deux, on s'est dirigé vers un immense studio, on est entré, et là devant moi, au milieu d'un paysage de neige, qui était en réalité du gros sel...
Il n'y avait pas à s'y tromper... Il y avait Jeff... entouré de chiens de ma race... Il jouait un rôle dans un film, sans aucun doute !... Quand Jeff m'aperçu, sans s'occuper de l'équipe, il bondit sur moi, en pleurant de joie...
Tout le plateau applaudi... J'étais célèbre; on tournait justement l'histoire de Chef et de Jeff... Et moi j'arrivais là, sur le tournage, après 6000 kilomètres de marche, comme si de rien n'était... Jeff n'en revenait pas, il m'avait cherché sans succès...
L'Inouït m'avait immédiatement reconnu à mon collier... La belle blonde n'était pas loin, elle avait aussi entendu parler de Chef... Elle était la fiancée de Jeff, j'avais eu de la chance, j'étais heureux! J'assistais au mariage... un mariage Hollywoodien, avec toutes les vedettes du cinéma et de la télévision... Depuis, je crois que je suis devenu un peu vaniteux, après-tout, je ne suis qu'un chien...
FIN

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