Je suis un très modeste représentant d'une fabrique d'armes en Suisse. Nos affaires sont en perte de vitesse. Nous sommes restés en retard sur toute la ligne sur l'imagination créatrice de nos concurrents...
Je remarquai une annonce alléchante pour des vacances bon marché à Cuba. Mon salaire étant ce qu'il est, je ne pouvais pas refuser une offre pareille! A tout hasard je pris avec moi, quelques prospectus sur notre revolver. Un vieux modèle invendable. On ne sait jamais, peut-être pourrais-je en vendre au gouvernement...
Le blocus américain ne me donnait aucun souci. Car nous faisions affaires avec des gens peu recommandables, c'est une des lois de ce marché... une tradition dans mon métier!
J'usai du système de contact habituel. Au contrôle douanier, je laissai bien voir, les prospectus, posés sur mes serviettes de toilettes. Sachant que dès que je serais à l'hôtel, je serais immédiatement contacté par les gens qualifiés du gouvernement. Nul besoin d'écrire ou de téléphoner, les affaires marchent toutes seules dans ce genre de commerce. Et la discrétion est garantie.
Les choses se sont passées ainsi, à part un sifflement de surprise de la police cubaine. Il me demanda si j'avais un modèle quelque part! Je lui répondis que je pourrais en envoyer un, sans problème, mais qu'il ne serait pas si beau que le gros calibre accroché à sa ceinture... On éclata de rire.
J'arrivai à l'hôtel sans encombre. En entrant dans ma chambre, il y avait deux gaillards qui m'attendaient en souriant... On se présenta, ils étaient bienveillants, l'un d'eux parlait l'allemand. On discuta des prix. Inutile de finasser, ils connaissaient les armes parfaitement. Je leur fis une proposition... Cinq francs le kilo!
Il y en avait trois tonnes, immédiatement livrables; par l'Albanie... En réalité ces armes étaient déjà en Albanie. Je me frottais les mains en pensant que j'avais bien gagné mes vacances! Après avoir conclu le marché nous avons arrosé l'affaire à force de Cuba libre...
Le matin je me réveillais avec une gueule de bois remarquable, une jolie fille à mon côté. Mais sur le fauteuil devant le lit, il y avait un type, qui souriait comme seul un membre de la CIA peut le faire... Dents éclatantes et yeux glacés...
Il savait l'allemand. Il se présenta poliment en disant sans se gêner, qu'il était un Américain en vacances... Il me félicita pour ma gueule de bois. Puis, après avoir sorti sans ménagement la jolie fille du lit. Il avoua sans tergiverser, qu'il était du même métier que moi. Il représentait la puissante organisation Gongon US. qui groupe les fabricants d'armes des USA. En deux mots, il m'a expliqué que toutes les affaires financières de Cuba, depuis le lait en poudre aux armes, passaient par lui...
Cuba ne tenait debout, qu'avec l'aide de ce puissant groupe. Car grâce à la pseudo-menace de ce pauvre petit pays, le groupe faisait des affaires d'or avec le gouvernement américain. Un marché juteux... L'inquiétude rapporte, inutile de le souligner...
Il ne voulait pas ma peau. Il demandait un certain pour-cent pour fermer les yeux, nous étions tous les deux dans le même métier, après tout! Je ne discutai pas.
Il m'invita pour le soir à fêter le marché. C'est ainsi qu'au lieu de me baigner dans la mer, je me baignai dans un océan de rhum. Une cuite qui allait durer dix jours et cela sans débourser un sou. Je retournai au pays... Dans un drôle d'état!...
Cette histoire n'est pas vraiment horrible... Elle démontre seulement que l'on peut transmuter la ferraille en or, sans tirer un seul coup de revolver... Si C.G.Jung savait ça!
C'est cela qui est horriblement frustrant pour les alchimistes....
FIN