EXERCICES
Thème : Vous arrivez dans un endroit où personne ne parle votre langue. Que se passe-t-il ?
Mots imposés : aligot poésie musique peignoir morne bidule casquette orange - bécasse
Lieu : un garage (dedans ou à proximité)
Couleur dominante : cyan
Délai : 1 heure
Entre 3000 et 3500 signes maxi. Ou moins !
« Cyan cest sciant »
Aéroport de Kingston. Tarmac brûlant. Ca se sent même à travers la semelle des chaussures ! Atmosphère moite sous un soleil lourd. Pour ça, pas trop dépaysé.
On se dirige tous à pied vers le terminal couleur cyan pour récupérer nos bagages. Ca va vite, Le tapis roulant crache sa cargaison par à-coups. Je récupère mon sac et file vers le guichet de douane où officie un fonctionnaire au regard morne.
Pas de problème. Peut-être parce que « jai la bonne couleur »
Va savoir.
Jarrive de Pointe à Pitre pour une semaine de travail chez un gros client. Pas trop le temps de traîner, je passe chez Hertz récupérer les clés de la voiture réservée avant mon départ.
Jusque là cest parfait : jai juste eu besoin de donner mon nom. Le reste sest déroulé sans anicroche.
Une musique rasta assez lancinante résonne dans les haut-parleurs de laérogare, couleur cyan, même à lintérieur ! Les gens ont une drôle de démarche ici : on dirait quils dansent, tous, en marchant.
Les jeunes-coiffures-affros-casquette-zyva-chemises-à-fleurs côtoient les costumes-cravates-gourmette-en-or dans lair humide brassé par dimmenses ventilateurs de plafond. La foule est dense et bruyante. Lambiance bon enfant.
Beaucoup denfants, justement. Vraiment beaucoup. Pas comme en métropole ! Chaque fois que jy vais, en métropole, jai limpression de débarquer dans une gigantesque maison de retraite
Faudrait peut-être penser à faire vite fait 2,2 enfants par foyer hein les filles?! Parce que avec 1,8 vous êtes pas sortis daffaire pour nous payer nos retraites ! Oups ! Pardon pour la digression.
Me voilà au volant dune Twingo orange dernier cri. La sellerie est tout en nuances de cyan. Ils semblent apprécier cette couleur ici ! On dirait une Play-Mobil avec tous ces gros boutons ronds et tout ce plastic. Double airbags, climatisation climatique sil vous plaît : à chaque fois que la clim senclenche jai limpression de perdre 10 chevaux sur les 60 qui se cachent sous le moteur. Et ils sy cachent bien ! Ouah les reprises !
Jai trouvé facilement la sortie en suivant les panneaux « City ». City, ça je comprends encore. Mais on ma prévenu : « quand tu seras là bas, tu auras un interprète pendant tout le temps de tes rendez-vous. Mais dès que tu seras seul, fini. Alors débrouille-toi pour quil ne tarrive rien ».
Papa et maman mavaient bien dit de bosser un peu plus mon anglais
Fainéant va ! A Dieu vat !
A peine ce cri despoir intérieur jeté, la voiture se met à tousser. Puis elle éternue, se cabre - 10 chevaux de moins rue encore 10 de perdus pousse une sorte de hennissement plaintif encore 10 et finit par sétouffer sur lherbe du bas-côté.
Je suis en rase campagne, à 10 bons kilomètres de la City. Mon portable nest évidemment pas opérationnel pour le réseau local. On peut pas penser à tout, hein ?!
Me voilà donc à tendre le pouce vers le haut à lintention du véhicule que japerçois, à une centaine de mètres.
Bonheur, il stoppe. Serviables ici ! Faut dire que je suis bien sapé, non mais.
- Yeah ? What could I do for you ? Wanna get into my car, boy ?
Une jeune fille craquante avec une frimousse adorable a prononcé ces quelques mots que je nai pas compris. Mais le regard, le geste pour ouvrir la portière, le cv que je devine ont suffi à me décider.
Je mempare de mon sac resté dans la Twingo et je monte à côté de Suzy.
Ben oui, dans le flot de paroles qui ont suivi, la seule chose que jai retenue et comprise est quelle sappelle Suzy. Ma foi, ça me suffit. Elle ma pas semblé trop bécasse puisquen lui montrant le porte-clé Hertz, elle ma expliqué en 4500 mots en 2 minutes quelle avait pigé ce que je voulais : aller chercher une autre voiture chez mon loueur.
Nous y sommes déjà. Elle maccompagne au bureau et se charge dexpliquer la situation à un employé à moitié endormi. Celui-ci se décide à prévenir un mécano surgi de nulle part et qui attrape au vol quelques bidules en forme doutils, les entasse dans une sacoche, me prend dautorité les clés que je tenais en mains et sort sans un mot.
Lautre, celui du bureau, à moitié réveillé cette fois, me remet une autre paire de clés et baragouine une explication oiseuse qui me fait autant deffet que la pluie sur les plumes dun canard.
Cest donc Suzy qui reprend les rênes de la situation et mentraîne vers sa propre voiture dans laquelle je dois à nouveau minstaller.
Destination ? Va savoir.
Je le sais rapidement : un mignon 2 pièces-cuisine-salle-de-bain-vue-sur-lac dans un quartier résidentiel de la capitale jamaïcaine.
Revenue de la douche en peignoir cyan, la belle Suzy se met aussitôt à la confection dun aligot local à base de fruits darbre à pain bouillis - écrasés à la fourchette sil vous plaît mêlés à une tomme de Kingston mémorable. Le résultat est digne dune poésie de Rimbaud sauce Verlaine.
Quant au dessert, je vous en épargnerai les détails
Disons que lorsquil ne sagit plus que dune question de langues, certaines situations peuvent se passer des mots
THEME : Racontez les impressions d'une fleur de votre choix que l'on vient de cueillir/cueille/va cueillir
MOTS IMPOSES : caillou hémorroïde désert ravagé
SIGNES : au choix
DELAI : 1 heure
« Ibiscus »
Fait bon aujourdhui. Au moins 27-28° à vue de pistil. Et juste humide comme il faut, avec des petits alizés légers. Jaime.
Le jardin est sympa, je suis contente dêtre née ici. Jai plein de copains-copines : bougainvilliers, roses de porcelaine, orchidées, héliconias, sans parler des fleurs du bananier et du frangipanier.
Ca sent bon et cest calme.
On a même une vue imprenable sur la Soufrière. Toujours la tête dans les nuages celui-là.
Tiens, cest Maya qui arrive, ou bien sa cousine, je sais jamais, je ne les reconnais jamais, elle se ressemblent toutes ces butineuses. Enfin, jaime bien quand elles viennent me chatouiller tout au fond, ça me fait des choses. Et après je me sens soulagée, cest fou. Il paraît même quelles vont préparer des desserts avec tout ce quelles récoltent.
Et aujourdhui jai ce qui leur faut, je me sens toute gonflée. Ca me fera du bien un petit régime.
Ben oui, quoi, on a beau être un hibiscus royal, il faut savoir se tenir. Et la prestance ça se cultive.
Lautre jour jécoutais une conversation entre la patronne et une de ses copines. Elles parlaient juste devant moi. Les deux femmes semblaient hésiter et parlaient de décoration pour le carnaval. Oui, on est en plein là. Et tout le monde cueille à tour de bras. Eh bien jai limpression que ce jour là jai échappé à un truc terrible. Ca doit être de ça quon mavait parlé toute petite, quand je rechignais à faire mes devoirs. Maman me disait souvent : « si tu continues tu finiras dans un vase ou sur un char derrière Vaval. Comme ton cousin ».
Finalement elle ont tourné le dos. Ouf !
Des fois je me demande si cest pas mieux dêtre un caillou au milieu du désert. Au moins il ny a personne pour être tenté de semparer de toi. Le seul danger cest un nomade qui aurait une gastro. Alors là, resterait plus quà prier pour quil ait des hémorroïdes
Allez, tout compte fait je crois que je suis mieux en hibiscus flamboyant.
Quoique
jaurais parlé trop vite ? La voilà qui vient vers moi, la patronne. Quest-ce quelle tient derrière son dos ??
« Clic »
Eh ?! Jai rien senti ! Elle ma sectionné la tige et jai rien senti du tout !! Elle est bien bonne. Bon, ça va, enlève ton sale nez de là quoi ! Elle me fourre son pif dans la corolle cette mémère ! Elle est ravagée, cest dégoûtant !
Elle va dans le séjour et me plante dans un soliflore en cristal plein deau froide. Ouch, cest gelé !
Eh, dis, je vais rester longtemps comme ça maintenant ?
Jai limpression que le destin a frappé. En pleine force de lâge, ma vie va séteindre tout doucement, là, sur la table du salon. Pour le plaisir dhumains sans cur. Comme si on nétait pas mieux dans la nature. Quelle tristesse. A tout prendre jaurais préféré finir en beauté sur un char de carnaval ou au cou dune danseuse de zouk, menivrer de musique, dodeurs, de danses et de fumées.
Tandis que là
Thème : Merlin lenchanteur - Face à un photographe - Dans une grotte - Un jour de guerre
Mots imposés : Cachemire Orchestre - Sensuel
Délai : 1 heure
« Merlin sen va-t-en guerre »
- Heye !? Vous ! Qui êtes-vous ?!
- Monsieur ?
- Présentez-vous, nomdidjiou !!! Vous êtes qui avec votre déguisement là, votre baguette et votre chapeau pointu en cachemire ? On est en guerre bordel !
- Restons courtois voulez-vous ? Je me présente : Pimpin, Merlin PIMPIN. Appelez-moi Merlin.
- Couchez-vous bon Dieu ! Vous entendez pas que ça canarde dehors ? Vous croyez que cest la grosse caisse dun orchestre quon entend, là ? Cest du 75 ça, au moins ! On va se faire massacrer !
- Du calme jeune homme et baissez votre mitraillette, vous allez vous blesser. Non, ici on ne risque rien, rien du tout. Quest-ce que vous avez autour du cou ? Ah, un appareil photo ! Chic, jadore me faire tirer le portrait ! Vous êtes photographe de guerre ?
- Mais ! cette grotte va bientôt être repérée, elle est sur la route de lennemi ! Faut trouver autre chose ! Suivez-moi merde ! Vous êtes vraiment pas au bon endroit !
- Pas question ! Vous faites dabord une photo, après je vous suis.
- Putain, lest fêlé lui. Bon, bougez pas !
Flash ! Un éclair, et le grand vieillard à la barbe blanche, souriant comme à la parade, est dans la boîte. Le soldat saisit lhurluberlu quil a réussi à trouver malgré les difficultés et lentraîne vers la sortie de la caverne.
Au dehors cest lapocalypse, le chaos. Merlin voit passer en trombe une très grosse souris noire poursuivie par un chien jaune au poil ras et aux longues oreilles. Derrière eux arrive un immense canard coiffé dun béret de marin qui entraîne avec lui 3 canetons essoufflés et poussiéreux. Puis arrive un gros homme patibulaire portant sur ses épaules une frêle jeune fille diaphane avec 2 ailes presque transparentes dans le dos et qui crie :
- Peter ! Peter ! Ne me laisse pas ! Au secours !
Le soldat force Merlin à le précéder dans le même sens que la foule qui court, visiblement affolée par quelque chose de terrible mais encore invisible.
Cest au bout de quelques centaines de mètres dans une fumée aveuglante que les deux hommes parviennent dans une sorte denclos à vaches où sont rassemblés des centaines de personnages hétéroclites exténués par leur longue course.
Le soldat fait arrêter Merlin lorsquune voix, visiblement sortie dun puissant haut-parleur, prononce avec force :
- Coupez ! On la refait. Capitaine Crochet, vous étiez à la traîne, pareil pour Mowgly, faut pas traîner bon Dieu ! Vous croyez que la famille Disney a des dollars en trop ou quoi ? Cette séquence va être refaite. Une dernière fois. Il ne sera pas dit que « The Latest Disneyworld Parade » aura coûté plus cher que prévu ! Tout le monde en place !
THEME : « RAHAN »
Les contraintes :
- Raconter un épisode de Rahan, mais attention, votre histoire ne doit contenir aucun bistrot ni aucun débit de boisson, et surtout, pas une seule jolie fille ne doit traverser le paysage, ni nue chevauchant un mammouth, ni lascivement offerte sur la peau fraîchement tannée d'un ptérodactyle, ni prenant une douche sous une cascade cernée dhibiscus géants exhalant des parfums dun érotisme torride, ni
bref pas de jolie fille du tout.
- Vu que Rahan a quasi tout inventé, doit y avoir une invention.
Signes : moins de 5000
C'est qui Rahan ? :
http://www.rahan.org/
« Modestine »
Ce matin il fait gris. Impossible donc de vous dire lheure quil est. Disons 10 heures du matin.
Rahan a bien inventé le cadran solaire, mais il cherche encore à trouver comment le faire fonctionner en labsence de soleil. Dur.
Rahan a encore fait une découverte, hier : les vertus des grains danis soigneusement macérés. Il a inventé lanisette blanche. Nayant pas de goûteur sous la main, il a tenu à tester lui-même les effets de ce goûteux breuvage et sest très vite affalé sur sa peau de bison futé la vache folle nexiste pas encore alors que lombre de la tige du cadran solaire touchait la cinquième marque.
Et depuis, Rahan ronfle.
Oui, le ronflement masculin, une invention totalement involontaire celle-là, sans antidote, et dont bien des femelles des générations suivantes auront à souffrir.
Les parois de la sombre caverne tremblent sous leffet de ce bruit terrifiant. Des ondes sonores régulières, dune amplitude remarquable. Comme le feulement de la lionne en rut, mais à la puissance 20. La fréquence de ces vibrations a fait perdre le poil du crâne à toute la colonie de souris volantes du coin. Doù cette autre invention inattendue : les chauves-souris.
Mais lheure tourne, et pas question de passer une journée sans rien inventer.
Dailleurs Modestine simpatiente Non, non, pas dinquiétude, il ny aura pas une seule jolie fille dans lhistoire ! et Rahan ne va pas tarder à sortir de sa léthargie éthylique.
Modestine, elle a 8 pattes pleines de poils noirs avec les ongles manucurés en orange, un ventre rebondi, un regard perçant et une paire de pinces a la place du nez. Elle est grande comme la main de Rahan.
Rahan la recueillie, toute jeune, un soir de forte pluie. Sa mère avait sans doute fui le terrier qui sétait rempli deau de ruissellement et Modestine sépuisait malgré ses 4 paires de pattes qui moulinaient en vain.
Elle en conçoit, depuis, un sentiment de reconnaissance infini et veille sur son père adoptif avec les 18 yeux dune Chimène énamourée et dune mère-poule attentive.
Là elle est décidée à le réveiller, bien décidée.
Elle entreprend donc une escalade rapide et sinstalle sur le front de Rahan, de manière à éviter le souffle putride qui sexhale dangereusement à chaque nouveau ronflement.
A laide de deux de ses longues pattes, elle soulève les paupières de son protégé qui ne tarde pas à revenir au monde réel. Habituée à ses mouvements brusques, elle sempresse de sauter sur le bras de lhomme qui sest redressé dun bond. Machinalement il porte son regard à son poignet. Non, il na pas encore inventé la montre. Le cadran solaire dehors ? Fait gris, pas moyen de savoir lheure. Pas grave.
Une caresse à Modestine, il enjambe les restes de ses expériences anisées et sapprête à franchir le seuil de la caverne.
Il est stoppé net par une pensée soudaine : puni. Mais oui, il est toujours puni !
Puni durant encore quelques soleils, et surtout pas le droit de sortir butiner la gueuse.
A la pensée du mot gueuse, sa langue devient à nouveau pâteuse et la salive lui chatouille lintérieur des joues. Bizarre sensation, il la chasse dun revers de main.
Modestine, qui est justement sur cette main là, fait un vol plané, atterrit dans la cupule de la maquette de catapulte (© Rahan & Co) dont le ressort en forme de lame courbée se détend aussitôt. Le projectile vivant est expulsé vers la sortie. Après une harmonieuse trajectoire parabolique, Modestine sécrase mollement sur le crâne dépoli du sorcier qui passait par là. Son hurlement rauque alerte son gigantesque garde du corps qui lève aussitôt sa massue pour écraser la bestiole bien accrochée aux oreilles du vieillard. Celui-ci esquive à la dernière seconde, échappant ainsi à une mort certaine. Modestine en profite pour se débiner en sautant sur la feuille de bananier la plus proche.
Rahan, dissimulé dans son antre, sest bien gardé de se montrer et retient son rire en observant la scène. Sacrée Modestine !
Thème : Cueillez un brin d'herbe et essayez d'écrire ce qu'il a d'épatant.
Longueur : 5000 signes environ
Délai : 1 heure
Mots imposés : bicyclette sauterelle boulangère
« Jour de chance »
Amédée était un garçon jovial et plein de vie. Il avait la trentaine un peu enveloppée. Il arborait une bouille toute ronde, des joues roses et un sourire perpétuel.
Rien dans sa vie de tous les jours ne parvenait à lui faire perdre son optimisme naturel ni sa joie de vivre.
Ce matin là était même un jour encore plus prometteur car il avait lu attentivement la veille son horoscope du lendemain. Celui-ci lui annonçait toutes les chances de la terre.
Le réveil sortit Amédée de ses rêves peuplés de jeunes filles en fleur et de délicieux plats de spaghetti à la carbonara. Heureusement car il sen serait bien servi une troisième fois
des pâtes.
Il bondit de son lit et la carpette de travers glissa sur le paquet ciré. Le pauvre Amédée sétala de tout son long, bousculant par la même occasion sa table de chevet où restait encore un verre deau quasi-plein qui se versa consciencieusement dans lune de ses chaussures.
Amédée éclata dun rire sonore en se relevant sans trop de mal.
Tout en riant, il entra dans la cabine de douche et il manuvra le mitigeur de telle sorte quun jet brûlant lui cingla la nuque. Un hurlement remplaça son rire et il décida décourter ses ablutions.
Habillé et rendu dans la kitchenette, il remplit la bouilloire quil posa sur son socle. Une sorte de flash aveuglant suivi dune petite fumée noire lui firent lâcher lengin, tandis que toutes les lumières de lappartement séteignaient sans prévenir.
- Bof, je verrai ça ce soir, rien de grave, marmonna-t-il en souriant de plus belle et en se massant la nuque encore douloureuse.
Sur le palier, un courant dair fit claquer la porte, annonçant ainsi à loccupant quil était enfermé dehors, ses clés étant restées dans la serrure du mauvais côté
Il dévala lescalier sans anicroche. Ce qui ramena sur son visage poupin un sourire radieux.
Son arrêt de bus se trouvant de lautre côté de la rue principale, il attendit sagement le petit bonhomme vert. Posant le pied sur le passage zébré, une voiture folle grilla le rouge, le rétroviseur accrochant au passage le bras dAmédée qui fit trois tours sur lui-même tel un derviche, mais sans la musique.
Sa chute saccompagna dun craquement sinistre. Une douleur fulgurante traversa la cuisse du jeune homme qui poussa un cri terrible et tomba dans les pommes.
Quelques passants coururent vers lui, lun deux appela un numéro et moins de cinq minutes après, un pin-pon salutaire se faisait entendre.
Les pompiers firent le nécessaire pour embarquer Amédée qui reprit ses esprits avec un masque à oxygène sur le nez, dans le camion rouge toutes sirènes hurlantes.
Arrivés près du pavillon des Urgences de lHôpital de la ville, les sauveteurs glissèrent le brancard hors de la camionnette et entreprirent de le poser sur ses quatre roues dépliables.
Amédée, voulant prononcer quelques mots, fit de grands gestes des bras. Lun des brancardiers se pencha vers lui, déséquilibrant la charge. Le brancard bascula dun seul coup vers la plate-bande qui bordait lallée goudronnée.
Les deux porteurs chutèrent lourdement tandis quAmédée se retrouvait le nez dans lherbe, masque arraché et jambe horriblement douloureuse.
Cest alors que son regard sarrêta sur ce que, inconsciemment, il attendait depuis son réveil : un magnifique brin dherbe surmonté de 4 pétales verts parfaitement symétriques soffrait à ses yeux émerveillés.
- Un trèfle à 4 feuilles !! Je le savais que cétait mon jour de chance !!!
THEME : Imaginez un récit qui commencerait par cette citation de Maxime Kumin : « Quand la Belle au Bois dormant se réveille, elle a presque cinquante ans. »
MOTS IMPOSÉS : Bronchite Poussin - Jabot
LONGUEUR : 2 500 signes maximum
DELAI : 1 heure pile
« Quand la Belle au Bois dormant se réveille, elle a presque cinquante ans. »
- Ouaououououuuuh ! Quest-ce que jai bien dormi ! Pffffff, y avait longtemps. Ah ? Bonjour monsieur, je me trompe où vous venez de poser vos lèvres, subrepticement, sur les miennes ? Cétait bien agréable, mais
de quel droit je vous prie ?
- Votre Altesse, je voulais vérifier ce que disait la légende. Jai bravé bien des dangers, traversé des forêts et gravi des montagnes. En arrivant près dici jai vu le château, entouré dune épaisse haie de buissons épineux. Lorsque je me suis approché les épines sont devenues fleurs, un passage sest ouvert, et me voici ! Cest bien vrai, vous étiez endormie depuis
depuis
plus que ça, et un baiser vous a réveillée ! Dieu soit loué !
- « Votre Altesse » ? Que signifie mon brave ? Atchoum !
- À vos souhaits votre Altesse. Je suis le Prince Ch. Armand, pour vous servir et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous plaire.
- Mais enfin, parlez clair mon ami ! Pourquoi « Altesse » et quest-ce que cette histoire de long sommeil ?
- Hélas madame, je ne saurais vous en dire plus que ce que la légende en raconte. Mais vous avez pris froid semble-t-il ?
- Oui, mon édredon en plume deider a dû glisser. Atchoum ! Oui, jai un peu froid et puis : je ne me souviens de rien ! Strictement de rien ! Dites-moi tout !
- Ne vous inquiétez pas pour votre léger rhume madame, une bronchite à Besançon est autrement moins grave quune grippe à Vier-zon
Il paraît quon lattrape même à cause des poussins, sans parler des coqs à jabots ! Venez, prenez mon bras, je vais vous accompagner pour vos premiers pas.
« Premiers pas », il est pas bien celui-ci ! Et décidément il ne veut rien me dire de plus ! Bizarre. Mais il est bien beau, il a fière allure et il ma dit quil était Prince. Suivons-le.
Voilà quil mentraînait vers les jardins. Mon Dieu, quelle jungle ! Il ny a pas eu de jardiniers depuis des lustres ici ! Et ce vieux carrosse rouillé ! Quelle misère ! Il faut que jen parle à monsieur Perrault. Tiens ! Perrault ! Pourquoi ce nom me vient-il soudain ? Oh ! Oooooooooooh !!
Ca y est, je me souviens ! Ma main, mon doigt ! Voyons ! Oui, il y a bien une trace de piqûre là ! Ce nest pas possible ! La prédiction a eu lieu ! Je me suis endormie pendant 50 ans ! Vite, un miroir !
- Vite, un miroir !!!
- Quavez-vous madame ? Cela ne va pas ?
- Je veux me voir, là, tout de suite !
- Permettez. Acceptez dabord de mépouser. Il ne sera pas dit que jaurais fait tout ce périple pour rien ! Madame, je vous aime comme vous êtes, pour ce que vous êtes. Peu importe votre apparence physique. Je vous trouve superbe, admirable et intelligente. Je vous emmène à la chapelle au fond du parc où monsieur le curé va nous marier. Ensuite vous aurez tout ce que vous voudrez, tout.
- Vous êtes fou mon ami. Vous vous préparez un avenir difficile. En compagnie dune vieille femme de cinquante ans votre aînée. Votre inconséquence et votre aveuglement vous entraînent trop loin. Renoncez !
- Jamais ! Je vous aime. Venez !
Le voilà qui me tirait par le bras en direction de la poterne et nous pénétrâmes dans léglise du château, celle-là même où mes parents sétaient mariés, où je fus baptisée. Le vieux curé était là, comme prévu ! Il nous accueillit dun sourire entendu et nous fit signe de nous agenouiller devant lautel, au pied des quelques marches de pierre.
Pendant quil finissait ses préparatifs, le beau Prince se tourna vers moi et plongea son regard bleu dans mes yeux. Je vis son amour sy refléter comme locéan absorbe les rayons dun soleil couchant. Je my noyai. Nos lèvres se joignirent à nouveau. Ce contact si doux me fit leffet de la décharge électrique dun orage silencieux et une vitalité depuis longtemps endormie me revint dans linstant. Ouvrant les yeux sans quitter ses lèvres, mon regard tomba sur le vitrail du transept qui renvoyait notre image. Et jy vis une belle jeune fille, à genoux, enlacée avec un Prince aussi beau que le jour nouveau.
Monsieur Perrault navait pas forcément prévu ce dénouement, cest pourquoi jai décidé de transcrire ici la suite de cette histoire pour que la postérité ne manque pas de lui rendre lhommage quil mérite.
Nous eûmes beaucoup, beaucoup, beaucoup denfants.
Un genre : autofiction romancée
Un thème : la fuite
Un lieu : le Canada
Une période : la nuit
Deux personnages secondaires : un pauvre hère et un oiseau.
Début du texte : « Une phrase de début. »
Derniers mots : « Sur le cul. »
Mots imposés (dans lordre) : Lèvres geindre potiron radiologie abstraire bas - hamac
Délai : 1 heure
« La fuite »
Une phrase de début dun roman célèbre mhabite lesprit, toujours la même : « Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grande route
(*) ».
Je me trouve là précisément dans la même situation, à peu de choses près. La nuit sans lune pèse sur mon angoisse et le silence de ce territoire plat me terrifie.
Je devine lorée dune forêt de sapins à une centaine de mètres sur ma gauche, et je me garde bien den approcher, préférant conserver ma direction malgré le blizzard qui me glace les os. Sans doute serais-je protégé en marchant plus près du bois, mais la prudence simpose.
Mes lèvres gercées me font mal. Mais pas question de geindre. Ma fierté sy refuse.
Jai presque oublié mon dernier repas, déjà lointain, mais limage se reforme devant mes yeux aux cils presque collés par le givre : une merveilleuse soupe aux potirons rehaussée dune coulée de sirop dérable. Un délice. Que je naurai sans doute pas loccasion de goûter à nouveau avant longtemps !
Dans ma fuite jai eu tout juste le temps de memparer de mon manteau fourré et de mon bonnet, grâce à Dieu, mais les gants me manquent cruellement.
Jai quitté lhôpital sans prévenir, saisi dun irrépressible besoin de quitter ces lieux aseptisés et hostiles. Léquipe médicale, prévenante pourtant, me paraissait organisée pour orchestrer mes derniers moments. Le médecin-chef de radiologie mavait asséné le coup final en fin daprès-midi : « Vous en avez pour environ 3 mois, pas plus ». Comme ça, sans autre précaution !
Jai accusé le coup, baissé la tête, je me suis levé, comme un robot, jai regagné ma chambre, rassemblé les petites choses qui pouvaient entrer dans mes poches, et, profitant de la tombée de la nuit, jai déguerpi.
Me voilà maintenant en pleine nuit, dans une plaine canadienne hostile, balayée dun vent glacial à déraciner les moumoutes et soulevant une première couche de neige légère en volutes qui sinsinuent partout. Je ne sens plus le bout de mon nez, heureusement, mes oreilles sont protégées par les rabats de ma toque de fourrure.
Cest ce détail qui ma empêché dentendre venir lhomme derrière moi. Sans doute me suivait-il depuis un moment. Une main énorme sabat sur mon épaule, me faisant chanceler. Je me retourne pour ne distinguer que deux yeux brillants appartenant à une silhouette énorme et effrayante. Un bon grand six pieds, facile !
Lhomme me dit aussitôt, rassurant :
- Tas rien à craindre gars ! Mais jte suis depuis un moment, jtai appelé mais tas rien entendu, tabernac !
Le type est habillé comme la chienne à Jacques, des guenilles plutôt que des vêtements, mais il sen était fort bien fagoté et le froid ne semble pas pénétrer pas ces bandelettes sales mais efficaces.
Il poursuit :
- Tas pas lair bien toi ! Suis-moi donc, on va sréchauffer ! »
Sans un mot, je lui emboîte le pas, ce qui, dun coup, grâce à sa carrure, me coupe du vent de face que je subissais depuis deux bonne heures !
En moins de cinq minutes nous nous retrouvons dans une pauvre cabane cachée sous les premières frondaisons et invisible de la route. Je ne peux mabstraire de mes sombres pensées malgré la tiédeur du lieu. Les mots du médecin résonnent encore dans ma tête.
Le pauvre hère sactive devant lâtre presque éteint dune cheminée de fortune. Il y ajoute quelques brindilles qui ravivent bientôt une flamme timide.
- Tu veux-tu un rmontant, gars ?
Je hoche la tête de haut en bas en signe dapprobation. Lhomme sort de derrière un meuble bas une bouteille sale, la débouche, sen enfile une bonne rasade, sessuie la bouche de lavant-bras et me la tend sans façons. Je fais pareil, me disant quà tout prendre, autant laisser aller les choses comme elles viennent.
Les flammes éclairent mieux lunique pièce et je vois alors, tendu entre deux poteaux de coins
un hamac
Vision incongrue sil en est dans cette région. En même temps que je fais cette découverte retentit un joyeux sifflement, tout fin, tout en aigus, comme retenu. Mes yeux se posent sur une cage suspendue au-dessus du hamac. Je ne distingue rien à cette distance. Je bois une deuxième gorgée de cette liqueur qui ma réchauffé instantanément et me lève pour observer le phénomène de plus près. Mes yeux éberlués découvrent - minuscule petit paquet de plumes posé sur une balançoire faite de deux bouts de ficelle et dune allumette
- un colibri !
Je me tourne vers mon hôte qui rit de toutes ses dents. Mais je nai pas le temps douvrir la bouche, je suis pris dun vertige, tente de trouver de quoi maccrocher et mécroule dans une ouate bienfaisante et emplie dun silence sans écho.
Lorsque jouvre les yeux, cest le joli visage frais et aux pommettes roses dapi de lune de mes infirmières que je vois. Et qui me dit, souriante :
- Voilà, vous êtes revenus parmi nous, depuis le temps que vous dormez, vous nous avez fait peur ! Ca va aller monsieur Guy ?
Bon, cest encore un de ces satanés mauvais rêves dont je suis coutumier ! Un de plus. Mais alors, ce pauvre type, dans cette forêt canadienne, en hiver, en pleine nuit, avec son hamac et son colibri, jen suis encore sur le cul
(*) Germinal
Thème : Un grand départ
Un des personnages : Un aveugle
Lieu : Dans une prison
Objet : Un bijou
Couleur : rouge
Animal : dahu
Les mots suivants devront apparaître dans le texte dans n'importe quel ordre : Fragrances Tuyauterie Froid Métro - Lagan (!)
Délai : 1 heure
« MILLE »
Mille ! MILLE ! MILLE ! 1000, ce nombre lobsédait. Serait-il par hasard le numéro 1000 ? Le millième homme à sortir de là à lhorizontale ? Celui qui, après 28 ans de bagne aurait, comme punition suprême, à subir lépreuve de la tête sur le billot ?
Joseph serrait cette pauvre tête entre ses mains crispées, les paupières fermées, assis à même le sol de sa cellule humide au plafond grillagé ouvert sur le ciel.
Enfermé là à 19 ans, après 28 années passées à trimer sous les coups de fouets des gardiens, à suer sous une chaleur suffocante de jour comme de nuit, à grignoter des denrées infâmes et ingurgiter des soupes moisies, lAdministration Pénitentiaire ne venait-elle pas de linformer le matin même que sa peine était exécutoire ? Plus aucun recours, pas de commutation en enfermement à vie, pas le moindre signe de clémence. Cétait fichu.
Le papier quon lui avait remis ce matin était à ses pieds. Il lavait lu dix fois, vingt fois, il ne rêvait pas : lexécution était prévue pour le lendemain matin à 6 heures.
Il finit par se lever en saccrochant à la tuyauterie au mur et appela un gardien dune voix affaiblie par la fatigue et lémotion.
Un bruit de clé, la porte qui souvre avec un grincement sinistre, un colosse dans lencadrement. Le « porte-clés » arabe (1) :
- Quest-ce que tu veux Joseph ?
- Jai soif Hassan. Et puis je voudrais faire un tour de cour, une dernière fois.
Bon prince, le surveillant prit la main que lui tendait Joseph, le souleva comme une plume, décrocha une gourde de sa ceinture et la lui tendit.
Il faisait beau, comme toujours pendant ces 6 mois de saison sèche, mais le taux dhumidité persistait jour et nuit, entretenant les rhumatismes, favorisant léclosion perpétuelle de moustiques avides, rendant tout effort plus pénible chaque jour.
Joseph - atteint de cécité 2 ans auparavant à cause dun ver parasite très courant dans les eaux croupies parvint à déboucher le flacon et but de longues gorgées bienfaisantes. Les 55° du rhum blanc de Saint Laurent ne le firent pas tiquer, au contraire : il en ressentit un grand bien-être et remercia Hassan dun sourire. Chaque prisonnier recevait chaque jour un litre dalcool. Cétait la ration. La seule façon de tenir sous le soleil implacable lorsque lui et ses compagnons dinfortune cassaient des cailloux pour entretenir les pistes de latérite, lorsque dans les marécages jusquà la ceinture, attaqués par les sangsues, il devait curer les bouches dégouts de la ville qui dégueulaient dans le Maroni.
Aujourdhui il était dispensé de corvées. Exceptionnellement
Hassan lui tenait le coude et avançait avec lui pas à pas le long dune sorte de quai qui faisait tout le tour de cette cour rectangulaire bordées de cellules individuelles sur trois côtés. Une extrémité des bâtiments comportait une forte grille permettant les entrées et sorties vers lAdministration. A lautre extrémité, 200 mètres plus loin, là bas, au bout de cette grande cour dherbe brûlée, trônait lengin.
Joseph ne le voyait pas. La guillotine avait été apportée là durant la nuit et assemblée sans bruit.
Joseph ne la voyait pas, mais il savait. On lui avait dit, tout le monde savait. Chacun avait déjà, un jour ou lautre, été obligé dassister à une décapitation « publique ». On lui racontait, après, après quil ait entendu les préparatifs, la lecture de la sentence, les cris ou les pleurs du malheureux condamné. Et puis le glissement, le frottement du métal, jusquau CLAC ! final, brutal, définitif. On lui avait dépeint le jaillissement pourpre de la vie qui sévadait.
Des fragrances de bougainvillées et de roses de porcelaine faisaient frémir les narines de Joseph, des ibis rouges passaient en formation au dessus de la prison mais il ne les voyait pas. En revanche il devinait le battement infiniment rapide des ailes du colibri, en suspension devant un hibiscus sauvage dont il tirait les sucs de son bec effilé.
Le tour de la cour a été effectué et Hassan a pris soin de passer au large de lengin. Joseph lui en a été gré en lui serrant légèrement le bras au passage.
Joseph est retourné sur la paillasse de sa cellule. Il sest allongé, le visage tourné vers la lumière quil devine à travers les barreaux du plafond. Il a pensé quelques minutes à sa fille, son trésor, son bijou, si loin là bas, en métropole. Qui ne saurait sans doute jamais rien. Qui serait sans doute dans le métro, demain à 6 heures, pour partir travailler. Travailler
Il sest endormi.
Cest le froid qui le réveille. Les 20 ou 22° du petit matin, la rosée qui recouvre tout, y compris ses vêtements. Il devine la clarté du jour qui point. Il doit être pas loin de 6 heures.
Pourtant rien ne bouge. Même les bruits habituels de létablissement sont absents. Pas de cavalcades à lextérieur, pas de sons de vaisselle, aucun échange dinvectives ou dordres lancés par les gardiens, rien.
Joseph étire ses membres engourdis et se lève, pose sa main sur le battant de bois de la porte, comme tous les matins.
La porte ne résiste pas et souvre
Vers lextérieur
Joseph connaît si bien les lieux quil senhardit à mettre un pied sur le quai qui surplombe la cour herbeuse. Il nose appeler. Son instinct daveugle lui affirme quil est seul. Il se met à longer le bâtiment, touchant de la main chaque porte de chaque cellule au passage, pour les compter. Se sachant parvenu à la grande grille dentrée, il ose empoigner lénorme loquet habituellement pourvu dun cadenas impressionnant. La grille cède à son tour, pivotant sans peine et laissant le passage à un Joseph abasourdi.
Celui-ci, se fiant à son sens olfactif, trouve sans peine la porte qui jouxte celle des cuisines. Il sait que celle-là donne dehors. DEHORS ! Se pourrait-il ?
Il hésite. Et puis ? Pourquoi pas ? Au point où il en est ! La dernière porte souvre, Joseph met un pied sur le seuil. Il ne se passe rien.
Il continue davancer, fait plusieurs pas, méfiant car cet environnement ne lui est plus familier.
Bien lui en prend car un coup de klaxon aigu le fait presque perdre léquilibre tandis quun bruit de freinage lui prouve quune voiture vient de sarrêter à sa hauteur.
- Eh bien grand-père ! Tu montes ? Tas une drôle de tête ! Allez, viens, on va se réchauffer lestomac, monte donc !
Grand-père ? Joseph ne comprend rien, il montre ses yeux en secouant la main pour expliquer son handicap. Lhomme rit, gêné, descend de son véhicule et installe Joseph à côté de lui. Il démarre en trombe et crie, en tentant de surmonter le bruit de sa mécanique :
- On dirait que tu sortais du bagne là, je me trompe ? Tu as squatté là dedans ? Tu nas pas où dormir grand-père ?
- Euh, cest-à-dire, parvient à articuler le pauvre Joseph, jai vraiment lair dun grand-père ? Et puis non, je nai pas où aller à vrai dire.
- Alors cest tout trouvé grand-père ! Aujourdhui cest Noël, il ne sera pas dit que tu resteras seul ! Tu vas même te rendre utile : je temmène chez moi, tu enfileras ma tenue et tu feras le Père Noël à ma place pour les enfants de lécole, okay ?! Tiens, bois un coup va, tas pas lair dans ton assiette. Avec ça, tout ira mieux !
Et Joseph siffla la bouteille à lui tout seul en moins de 10 minutes comme sil avait fait ça toute sa vie, pendant 28 ans, une bouteille par jour, tous les jours, sans sourciller
(1) On appelait ainsi les anciens bagnards arabes ayant purgé leur peine et embauchés ensuite comme gardiens.
Le thème : une couleur, qu'importe l'usage que vous en ferez dans le texte, l'important étant qu'elle soit le fil conducteur.
Les contraintes : les mots suivants à mettre dans n'importe quel ordre dans le texte : ridicule - exubérance indifférence écurement pessimisme solitude peau - répulsion
Délai : 45 minutes
« Bonne pêche ! »
Chouette ! Amédée ma invité à une partie de pêche pour cet aprèm. Jadore ça la pêche. Oh, pas le truc où on se pose sur un pliant pendant cinq heures au bord dun étang tranquille à attendre quun imbécile de têtard adulte attardé essaye de sauver lasticot qui se noie au bout de la ligne, non. La pêche en mer, la vraie. Celle où ça bouge. Où les poissons ont leur chance. Et avec ce beau ciel bleu, ça va lfaire ! Quest-ce quil fait beau ! Je ne men lasserai jamais.
Je suis déjà sur le ponton du mini-port de Malendure, en face de lîlet Pigeon. Normalement lami Amédée ne devrait pas tarder.
Bizarre quil mait donné rendez-vous ici, normalement la pêche est interdite dans le coin. Il y a une réserve aquatique naturelle sur 3 km de côte et au moins 1 km vers le large : la réserve Cousteau. Il y a des espèces rarissimes et splendides, paraît-il.
Mais Amédée doit savoir ce quil fait.
Là bas, ça y est, je reconnais son canot bleu.
Il accoste en douceur, saute sur les planches avec son éternel sourire éclatant, me tape dans le dos et me pousse dans lembarcation sans ménagements.
Je le trouve bien exubérant. Encore plus que dhabitude.
On échange quelques plaisanteries puis je lui fais remarquer :
- Dis, elles sont où les lignes ? Et tes boîtes, ton attirail ?
- Toccupe, je tai préparé une surprise. Tais-toi, tu verras bien.
Bon, puisquil le prend comme ça.
Il a mis le cap vers lîlet Pigeon en droite ligne. On dépasse quelques bateaux à fond de verre, pleins de touristes curieux.
Leau est dun bleu ! Jai limpression quen y plongeant la main, elle va en ressortir teintée !
Cest dailleurs ce que je fais parce que le soleil tape.
Amédée ralentit puis accoste son embarcation dans une petite anse cachée à larrière de lîlet, face à la mer. On ne se croirait jamais à 500 mètres de Malendure !
Et cest là que mon copain minterpelle :
- Au fait Guy, tas un maillot ?
- Un maillot ? On est venus pêcher non ?
- Ben non, en fait je vais te montrer les poissons, mais sous un angle que tu ne connais pas. Je sais que tu las jamais fait, mais on va plonger. Tiens, déshabille-toi et mets ce tuba. Je vais texpliquer.
Tout en prononçant ces phrases, lui-même se retrouve nu comme un ver
Je sens que je frise le ridicule là. Le mieux est de jouer lindifférence et rester naturel. Je fais donc pareil et il me dit juste de prendre une bonne respiration et de le suivre, de remonter respirer quand jen ai envie, puis de redescendre.
Jamais fait ça moi ! Jamais osé ! Je ne me dégonfle pas et dès quil a sauté, je prends la suite.
Le silence sétablit après les dernières petites bulles sonores qui filent vers le haut, vers la lumière bleutée.
Nous avons changé de planète.
Je suis bon nageur, je ne connais pas de natifs qui ne le soient pas. Cest juste le souffle quil faut parvenir à réguler. Mais Amédée est expérimenté. Il mentraîne vers les rochers les plus proches, pas plus de 1 mètre 50 de profondeur.
Déjà une myriade de poissons de toutes couleurs accourent à notre approche. Ils nous entourent, comme pour nous souhaiter la bienvenue.
Aucune répulsion à notre égard, au contraire, on dirait quils sont attirés.
Finalement je comprends que cest normal : nous sommes dans le volume de la réserve et jamais lhomme ne poursuit le poisson ici. Doù cette familiarité. Ca me fait tout drôle ça.
Nous sommes maintenant au beau milieu de centaines de spécimens dignes des plus riches aquariums du monde. Ma peau est chatouillée mille fois par les caresses de minuscules nageoires familières.
On croit parfois que la plongée sous-marine est un sport très individualiste. Pas du tout . En tout cas ici, aucun risque de ressentir la solitude !
Les adorables petites bestioles multicolores batifolent autour de nous avec une joie visible et mon Amédée a le sourire qui déborde du masque. Il va boire la tasse à rire comme ça !
Et moi je profite de linstant. Jen oublie presque que mes branchies sont des bronches et quil leur faut leur dose dair. Je file donc régulièrement vers le bleu lumineux du dessus et replonge aussitôt dans le bleu profond dun monde tranquille.
Nous avons passé près de deux heures avec nos nouveaux amis.
Et Amédée a gagné son pari personnel. Il a réussi à me persuader, sans dire un seul mot, que mon goût pour la pêche avait un côté barbare et gratuit que je devais abandonner. Mon écurement à imaginer maintenant quon puisse attenter à lexistence de ces merveilles a atteint un point irréversible.
Et même si je reste assez pessimiste sur la pérennité de la protection de cette nature merveilleuse, je suis bien décidé à apporter dorénavant ma petite pierre à sa défense.
Thème : raconter une aventure, une histoire qui vous sera arrivée lors dun voyage (voyage dans le temps autorisé)
Contraintes :
- un personnage local (figure historique, personnage célèbre, imaginaire, légendaire...)
- Un lieu de ce pays (ville, site touristique,...)
Une expression : « tu ressembles à quoi sous ton tchador ? »
Un objet : une pipe
Mots imposés : buisson saperlipopette lèvres - rêverie
« Le yéti dAustralie »
Je mappelle Amédée. Jai été désigné pour diriger une expédition de la plus haute importance en Australie.
Il faut préciser ici que jai une spécialité : la pérennité des espèces animales en voie de disparition.
Cette activité ma déjà valu maintes aventures de par le monde que jaurai sans nul doute loccasion de vous conter prochainement.
Pour lheure, me voici dans le long courrier qui se prépare à atterrir à Melbourne.
Jai dû réserver une place au premier rang de la classe Affaires, là où il y a de lespace pour les jambes. En effet, je suis toujours plâtré après une mésaventure récente qui ma vu subir une succession de désagréments dont le moindre nétait pas cette vilaine fracture du fémur.
Ma jambe raide ne me fait plus mal mais mencombre quelque peu.
Je somnole, me laissant aller à une douce rêverie où je me vois, bucolique, courant avec légèreté dans un champ de trèfles à quatre feuilles
Lannonce sonore de limminence de latterrissage me ramène à la réalité.
Tout va très vite alors : tarmac, chaleur étouffante, bus climatisé glacial, aérogare, tapis à bagages, douane et contrôle dimmigration, taxi, Hilton 5 étoiles. Ouf ! Marre de ces béquilles !
Dans ma chambre au luxe discret, je prends le temps de me changer et de mallumer une bonne pipe bien tassée. Que ça fait du bien après ces heures interminables sans fumer !
Je donne un coup de téléphone et 20 minutes plus tard, la réception mappelle pour mannoncer quun taxi mattend.
Je nai emporté cette fois quune mallette légère contenant quelques vêtements dété, un appareil photo, un petit moleskine et quelques cartes topographiques.
Mon chauffeur mamène jusquà la gare routière de Santa Lucia où je retrouve Paddy, ma chère collaboratrice de tous les bons moments.
- Pad ! Heureux de te revoir ! Jai hâte de démarrer nos recherches !
- Ben ! Quest-ce que tu as fait à ta jambe ?
- Jen fais un moulage, pour la Science... Bon, on y va ?
- Tes bête. Go !
Et lautocar démarre dans un nuage de poussière, direction : la région de Darwin, et ses contrées quasi inexplorées.
Encore 14 heures de trajet. Heureusement que Pad a de la conversation. Mais pas trop.
A larrivée, cest un couple dAborigènes qui nous attend. Lui nous dit en anglais approximatif sappeler Mouni. Il est grand, sec, très foncé de peau, dun âge indéfinissable. Elle, Awénaï, est petite, brune aux cheveux crépus courts, des lèvres fines, comme la plupart de ses congénères, des yeux de braise, le corps recouvert dune étoffe dune seule pièce. Ce qui ne permet pas de juger de son physique que je me plais à imaginer en rapport à son beau visage si typé.
« Tu ressembles à quoi sous ton tchador ? » ai-je envie de lui demander. Mais ma timidité lemporte bien entendu sur ma spontanéité ! Paddy en penserait quoi dailleurs, hein ? Elle qui me prend pour un monsieur sérieux, au fond, malgré mes frasques et plaisanteries continuelles.
Nous montons alors tous dans un 4x4 maculé de boue qui prend la route aussitôt. Route est un grand mot : une large piste de latérite dabord, qui rétrécit rapidement, qui se constelle de nids-de-poule, qui traverse des lits de ruisseaux encaissés et secs, qui contourne des arbres rabougris, des buissons faméliques.
Pas trace du moindre village durant tout ce trajet effectué sous un soleil ardent.
Seul un troupeau de buffles sauvages a été aperçu dans le lointain.
Lhorizon est flou et rougeâtre, le ciel dun bleu profond, la température avoisine les 45 degrés.
Mais je ne transpire pas. Du moins je ne men rends pas compte tant lair est sec.
Paddy ma bien recommandé de me forcer à boire pour éviter des problèmes rénaux. Ce que je fais volontiers à intervalles réguliers.
Soudain le véhicule stoppe au pied dun ensemble de collines rocheuses à la végétation rare.
- Here we are ! crie le chauffeur aborigène en désignant les rochers distants dune centaine de mètres sur les premières pentes.
- Chic ! que je réponds, enthousiaste, et je saute de la cabine sans plus me préoccuper de ma jambe.
Le mouvement brusque me fait perdre léquilibre et je chute lourdement. Le plâtre explose en plusieurs morceaux. Paddy hurle de frayeur, me rejoint pour maider. Mais je nai pas mal et je rigole comme un tordu. Les deux autochtones sapprochent aussi et sourient en me voyant rire.
Plus de peur que de mal : ma jambe est guérie. Juste un peu faible au niveau musculaire.
- Vous inquiétez pas ! Jai mes béquilles. Ca va aller. Lets go Mouni !
Ce dernier prend la direction des rochers et nous le suivons tant bien que mal. Il est nu-pieds mais marche mieux et plus vite que nous.
Soudain, au détour dun enchevêtrement darbustes, il nous désigne quelque chose, au sol.
Mapprochant, je distingue nettement la trace dune patte dans la glaise séchée. Nul doute quil sagit du membre postérieur dun marsupial.
- De bleu ! sécrie Paddy ! On ne nous avait pas menti ! Au Tibet ils ont leur yéti, en Australie ils ont leur dahu !
- Attends Pad, je vais prendre des photos. Incroyable, inimaginable, délirant ! Ca va faire la Une des journaux scientifiques, et même des autres ! On va être célèbres Pad ! Cest la gloire !
Je mactive, prends des clichés, des mesures, je griffonne sur mon moleskine, fais des croquis.
Soudain un bruit de feuillage sur notre droite, derrière des buissons plus feuillus. Mouni lève son bâton, prêt à faire face à une attaque inattendue.
Cest alors quen plusieurs bonds impressionnants surgit un kangourou de belle taille qui saute presque par dessus nos têtes pour senfuir, bien plus effrayé que nous !
Jéclate de rire, une nouvelle fois. Jexplose dans une hilarité incontrôlée. Le fou-rire manque métouffer.
Mes compagnons mobservent éberlués. Ils ne comprennent pas.
Jessaye de reprendre mon souffle, et je parviens à articuler :
- Mais vous navez pas remarqué ?
- N
nnon ?!
- Mais saperlipopette ! Cest notre Dahu, voyons ! Oui, le Dahu ! Mais ça ne fera pas la Une ni même la Deux ! Il lui manque une patte !!! Cest un kangourou unijambiste ! Allez, on rentre !
Thème : un moment magique
Epoque : moyen-âge
Lieu : un bordel
Personnages : "Laurel et Hardy"
Mots imposés : Courbe Sauterelle Coq - Bretzel (!) Masque Echelle
Signes : 2000 maximum
Délai : 1 heure
« Jeanne et Gilles »
Jeanne était jeune. Jeanne était jolie. Jeanne était la coqueluche de ces messieurs. De tous ces messieurs : des officiers matinaux pressés de rejoindre leur caserne, des bourgeois du soir ravis de passer quelques heures loin de leur matronne et dune ribambelle de marmots bruyants, des oisifs plus ou moins habitués à passer à toute heure de la journée.
Tous aimaient son frais minois, ses courbes harmonieuses, sa simplicité de bon aloi.
Jeanne était heureuse dans ce lupanar de luxe, chouchoutée par la mère maquerelle, choyée par ses collègues, adorée de ses clients.
Jeanne vivait au présent.
Par un glacial soir de décembre, Galantine, la toute puissante tenancière des lieux, la manda pour lui présenter un nouvel arrivant. Celui-ci, géant débonnaire à lestomac envahissant, mousquetaire au fier uniforme, souriait bêtement à la frêle Jeanne qui lentraîna sans façons derrière les lourdes tentures de la troisième loge du premier étage.
A peine la jeune femme avait-elle commencé à flatter le gros homme - qui avait déjà ôté épée, bottes et chapeau à plume - quun frottement suspect se fit entendre du côté de la fenêtre.
En un bond de sauterelle, Jeanne se retrouva devant louverture et vit distinctement à travers les vitraux le buste frêle dun jeune homme qui saccrochait tant bien que mal au rebord et semblait terrorisé.
Elle ouvrit tandis que le bibendum sapprochait derrière elle en rajustant ses chausses. Le gros homme jugea la situation, saisit le freluquet par un bras et le tira vers lintérieur sans effort, tandis quune échelle en équilibre basculait vers le jardin. Un coq efflanqué eut tout juste le réflexe de faire un bond pour léviter et se réfugia, hautain, sur son tas de fumier.
Eh bien mon brave ! tonitrua le géant, on se rince lil ? Men vais te passer tes envies d'un coup de brette ! Zèle ou pas, la maréchaussée municipale ne men voudra pas davoir trucidé un tel mauvais plaisant !
Le visage au masque blafard du pauvre voyeur montrait assez sa déconvenue...
Il était beau, Jeanne prit sa défense :
Je vous en supplie mon ami, laissez-le ! envoya-t-elle au garde du Roy, vous voyez bien quil est mort de peur, il devait être poursuivi, traqué. Parlez monsieur, défendez-vous, sinon lépée que voilà vous enverra à trépas ! Quel est votre nom, doù venez-vous, où alliez-vous ?
Euh... je viens de Champagne madame... mademoiselle... Et jallais poursuivre vers lOrléanais lorsquune patrouille, qui me prit sans doute pour un va-nu-pieds, un petit bandit de grands chemins, ma pris en chasse et...
Suffit ! Je vous crois. Monsieur le Capitaine je suis à vous dans une minute ! Je reviens, chose promise, chose due !
Elle prit la main du jeune provincial et le fit passer dans le couloir, lui murmurant :
Et votre nom ? Cest quoi votre nom ?
de Rais, madame, de Rais.
Et votre petit nom ?
Gilles.
Eh bien Gilles, je pense que nous allons faire un bout de chemin ensemble, tu viens ?...
Des personnages : une fille naïve et oncle Bob
Une situation : Un trajet en transport en commun
Une phrase : « Mademoiselle vous avez filé votre bas »
Mots imposés : Mouchoir grincheux pirouette - mal de mer ronger
Délai : 1 heure
« Aux Saintes »
Le vieil autobus brinqueballait depuis le village de Bouillante. Cétait encore une de ces reliques des premiers âges de lautomobile. Un antique « Chausson » rafistolé, rongé de rouille, peint et repeint des centaines de fois. Il crachait une fumée noirâtre et il était surmonté dune galerie surchargée de valises et autres caisses à claire-voie doù sortaient des ailes de poules ou des queues danimaux indéterminés. Bestioles bien vivantes si lon en jugeait par les cris et piaillements divers qui accompagnaient le rythme joyeux des pistons en folie.
- Jai le mal de mer
ça va pas du tout
je voudrais descendre
Loncle Bob entoura les épaules de sa nièce de son bras droit pour la réconforter :
- Allez, Choupinette, plus quune petite heure avant Trois-Rivières. Tu tiendras ? Tu as lhabitude portant !
- Tu parles ! Blurp ! Et après on prend le bateau pour les Saintes ! Blurp ! Non mais tu veux ma mort tonton Bob ! pleurnichait ladite Choupinette en tenant son mouchoir devant sa bouche.
- Tu sais bien que cétait indispensable, Bibichounette. Un jour ou lautre il aurait fallu que tu le fasses ce trajet. Et puis quoi ! Après tout cest toi qui le demandes depuis des années ! Non ? Pratiquement depuis que tu as 5 ou 6 ans ! Et tu en as 30, non ? Alors ! Il était temps que tu franchisses le pas.
- Je sais, blurp ! Oooooohh !
Blurp !
Tout juste le temps de se lever et de se jeter vers la fenêtre baissée du côté droit. La jeune femme se libéra enfin au milieu des éclats de rire des passagers les plus proches qui nattendaient que ce signal pour sen donner à cur joie !
- Mademoiselle, vous avez filé votre bas je crois, lança un vieux à la peau aussi noire et ridée que ses cheveux étaient blancs et crépus.
- Merci, blurp, répondit la nièce en reprenant sa place auprès de tonton Bob.
En réalité lheure passa plus vite que prévu. Le drôle de couple alla sinscrire et sembarquer pour la navette qui partait 10 minutes plus tard. Les îles étaient bien visibles entre les deux bleus distincts de la mer et du ciel.
Les 12 km de trajet furent vite avalés. Le temps était si calme que la jeune femme ne ressentit plus de nausée et débarqua sur la terre ferme en pleine possession de ses moyens. Elle se surprit même à esquisser une petite pirouette en se dirigeant avec loncle Bob vers léchoppe de location de scooters devant laquelle attendait déjà une dizaine de clients.
Ici cest le moyen de locomotion idéal, pour les habitants eux-mêmes comme pour les touristes dun jour tant les routes sont étroites ou encaissées, ou les deux ensemble !
Lengin démarra et oncle Bob se dirigea sans hésiter vers la grande bâtisse de style colonial quils avaient déjà repérée depuis le port et qui abritait tous les services administratifs de lîle.
- Ca va ma Clopinette ? Pas trop de vent derrière ?
- Tout va bien, mais cest pas loin. Je brûle dimpatience.
- Moi je brûle de chaleur tout court ouais ! On était mieux sur le bateau !
- Quest-ce que tu es grincheux ! Allez, gare-toi là, tu as vu lécriteau : « Archives ». Cest là !
Quelques portes, quelques escaliers, des ventilateurs tournant lentement dans des couloirs surchauffés malgré les ouvertures sans fenêtres aux simples volets à claire-voie. Un bureau : « Service de recherches généalogiques ».
Loncle toque et entre sans attendre de réponse.
Une grosse dame en sueur sévente derrière un long comptoir blanc, affalée dans un fauteuil haut à bascule.
- Bonjour madame, risque Bob.
- Bonjour. Attendez sil vous plaît, 9 minutes, jai ma pause.
- Euh
daccord, mais
il ny a personne dautre ?
- Attendez, sil vous plaît !
Loncle Bob a lhabitude et ne se formalise pas. Mais la Choupinette-Bibichounette-Clopinette ne lentend pas de cette oreille. Léducation en métropole napprend pas aux gens à prendre la vie comme elle vient, à laisser du temps au temps, à profiter de linstant qui passe
Elle trépigne.
Le tonton la retient, lui fait comprendre discrètement quil ne sert à rien, ici, aux Antilles, de bousculer lordre des choses. Il ny a rien à y gagner. Au contraire.
- Votre nom sil vous plaît ? Cest pour quelle demande ? senquiert enfin la grosse employée toujours aussi dégoulinante de sueur malgré le brasseur dair au plafond.
- Nous avons écrit il y a 2 mois pour établir une ascendance pour ma nièce en ligne directe. Mademoiselle Plouhinec. On nous a informés par mail que les résultats étaient disponibles. Comme nous sommes en vacances au Gosier, on en profite pour passer.
- Le prénom sil vous plaît ?
- Bécassine.
- Oui. Je vois, je vais vous chercher ça sil vous plaît. Vous aviez demandé à remonter assez loin nest-ce pas ?
- Au maximum oui.
- Voilà. Tout est là. On vous enverra la facture à domicile. Au revoir sil vous plaît.
Loncle remercie et le couple quitte la pièce, muni des précieux documents.
Bécassine Plouhinec ny tient plus. Elle arrache des mains de Bob les feuillets quil consultait déjà et les dévore fébrilement.
- Youhouhouhouh !!! Youpiiiiiiiiiiiiiii !!! Je le savais !!! Regarde tonton ! Regarde !
- Quoi donc ma bombinette ?
- Mais je suis bretonne !!
- Eh, cest pas un scoop ! Avec ce nom là !
- Oui, mais je suis bretonne par mon père et antillaise par ma mère ! Tu comprends ? Je ne les ai pas connus, et toi tu nes pas mon vrai oncle, mais avec les papiers quon a retrouvés à lépoque de leur disparition, eh ben tu vois : mon père descendait de plusieurs générations de Bretons. Parce que apparemment la grande majorité de la population des Saintes descend de marins bretons ! Oh, je suis contente, contente, contente !
- Tant mieux, et en fait, pourquoi si contente ?
- Depuis le temps ! Tu te rends pas compte tonton ! Tas pas remarqué dans les rues tout à lheure ? Je vais enfin pouvoir expliquer pourquoi je suis noire avec des cheveux crépus roux ! Géniaaaaaal !
Premier exercice :
Thème : Inventer quatre (ou plus) animaux parafabuleux et donner une définition/description (exemple: une girachouette, un chattordu)
Mots imposés : Lit Armoire Chou - Or
Délai : 30 minutes
La banket-Lit : cest le produit de linventivité dun savant généticien russe après la disparition totale de lespèce doiseau appelée dodo et qui vivait à lîle Maurice jusquau milieu du XVIII ème siècle. Sa caractéristique principale est quil passe 20 heures par jour à dormir. De plus, son anatomie très étudiée lui permet daccueillir sur son dos plat et même légèrement creux, une dizaine de bankets-lits adolescents, qui peuvent donc eux-mêmes porter chacun sans difficultés une dizaine de bébés bankets-lits. Cest sans doute les traditionnelles poupées russes qui ont inspiré le savant qui vient de recevoir le prix Poubelle de génétique appliquée.
Larmoiraglasse : espèce de grand singe totalement glabre si ce nest au niveau du pubis et sous les bras. Sa caractéristique est son amour immodéré des rings sur lesquels il se donne en spectacle sans modération. Son trait de caractère le plus visible est son masochisme exacerbé qui le pousse à provoquer ses semblables pour en obtenir le maximum de coups. Son QI exceptionnel pour une espèce animale lui permet darriver à compter jusquà 7.
Le chou-macheur : encore une espèce en voie de disparition,. Cest une sorte de félin à la tenue rouge sang dont les pointes de vitesse peut-atteindre 340 km/h départ arrêté. Caractéristique : bouscule volontiers ses congénères lorsque lun deux ose tenter de le déborder pour attraper avant lui une bestiole à damier noirs et blancs qui sagite devant eux.
Lormanodou : un poisson deau douce aux courbes parfaites dont le trait principal est son plaisir à batifoler dans les bassins chlorés, toujours en ligne droite. Anatomie qui se rapproche de celle des sirènes mythiques fatales aux navigateurs anciens, sauf que leur tête se distingue nettement du reste du corps, celui-ci disposant de très larges épaules qui supportent des nageoires aux extrémités parfaitement manucurées
Deuxième exercice :
Choisissez deux noms d'animaux et mariez-les.
Sur base du croisement des deux définitions, trouvez un nom qui colle et une nouvelle description.
Délai : un quart d'heure maximum
Le fourminou (parfois orthographié à tort « fourre-minou ») : croisement récent dun chat nain originaire des îles Sandwich avec une fourmi géante de Martinique. Cet animal terrifiant hante la forêt tropicale depuis sa création. Il na pas de prédateur et menace donc lécosystème de ses territoires de vie. Sorte de félin sans poil, de couleur noir luisant, il a une gueule munie dune paire de pinces-étau qui peuvent sectionner net la jambe dun enfant.
Par chance il ne se nourrit que de sourilits sauvages mais ne dédaigne pas les choulapins. Les carparmoires lui donnent des aigreurs, quant aux grizlits , il les a déjà exterminés. Le ratchou et le chouravor ne limpressionnent pas. Il dédaigne totalement le tortor car le fourminou ne nage pas.
Les textes ci-dessus sont libres de tous droits et mis à disposition du site « 1000 NOUVELLES »
pour mise en ligne et lecture ou télé-chargements libres.
Guy MENTOR
08/03/2005