L’histoire de David, self-made-man !
de Guy Dessauges


De la fortune faite... à la difficulté d'être, en passant par le doute...
Journal du millionnaire désabusé...



Enrevenant de mon dixième cours de "management", j'ai écrit sur mon agenda pense bête et confidences amères: "Je suis déçu"
J'imaginais apprendre quelque chose, pour les 20.000 balles, que j'avais payées, il y a trois mois! J'ai somnolé pendant des cours mortellement ennuyeux!...J'ai baisé la secrétaire, mince blonde, nymphomane,etcultivée... Elle m'en a appris plus que le cours tout entier.
C'est elle qui devrait donner ce cours de manageur! Elle m'a appris, entre autres, que le moyen de parvenir rapidement au poste de commande d'une entreprise, c'est de séduire la femme du patron ou sa fille!
Ensuite la question est entre vos mains et votre estomac, il faut tenir le coup, entre les prouesses sexuelles et les Martini-Dry. Surtout, il faut nepas êtreflémard... Si vous renâclez à l'ouvrage vous être perdu;loi de la nature, identique, chez les bêtes sauvages écologiques, et les ambitieux pollueurs.
Vous avez pu constater ce qu'il arrive dans la nature, au mâle dominant du troupeau, quand il se fait vieux, et qu'un jeune mâle veut s'envoyer les femelles... On voit ça tous les jours à la télé.
Pour mettre en pratique ma science toute fraîche, je suis allé voir la tête de mon futur patron... il y a des endroits choisis pour cela. Par exemple un club de Golf... Le bal de la Charité (commence par soi-même)... Le bal de la Mode. Le Palace de St. Moritz au Nouvel An... et le bal de la Presse. Plus, d'autres endroits étonnants... que je garde secrets!
Invité par erreur,en arrivant aubal de la Bourse.. (ou la vie,) je ne m'imaginais pas trouver l'oiseau rare si rapidement... En sortant de sa Jaguar, elle est tombée littéralement dans mes bras! Elle s'effondra en riant, contre moi! Le bol quoi! Après avoir reniflémon eau de toilette, elle me prit par le bras... d'un air satisfait. Je savais que ce serait elle... Un point c'est tout!
Je me présentai, et entrai dans le hall de l'hôtel, avec la plus belle fille du bal accrochée à mon bras! Aux expressions surprises des gens qui se retournaient sur nous, je compris que j'avais tiré le gros lot... Elle me tenait bien,je sentais une entente parfaite entre nous.
Une petite pose devant les marches conduisant au bar, puis sous les éclairs des flash des photographes... nous nous sommes dirigés vers le bar où nous avons bu une coupe de champagne, cul sec... Puis encore une pour se présenter!
Sans attendre, Alexandra m'entraîna, louvoyant entre les tables,elle se dirigea vers une grande table ronde somptueusement décorée,où étaient assis une dizaine de personnes, du beau linge, dirait ma concierge...Tous les regards se tournèrentvers nous; j'épinglai mon sourire le plus éclatant sur ma figure, et j'entendis stupéfait:
- Je vous présente mon fiancé...
Je gardai mon sang froid, maiscommençaià trembler, elle devait avoir l'habitude de s'approprier ce qu'elle voulait... Mon désir est mon droit! Elle me présenta à la ronde, à la fin, l'on arriva devantle père...
Je fus brusquement sous le regard froid et dur d'un super riche au visage de marbre,aux cheveux argentés, au regardaigu de prédateur, qui se demandait comment il allait me foutre en l'air...
J'avais vu sa photo dans un journal financier... Il valait au bas mot, paraît-il, sept milliards de francs... Il m'invita à m'asseoire, d'un geste discret de la main... Alexandra s'installa à son côté en s'ébrouant comme un oiseau de paradis... J'allais passer un examen sans pitié, je ne pesais pas lourd devant cette famille,riche depuis toujours...
En face de nous, la mère... blonde platinée, hautaine, superficielle, à la cervelle de ouistiti, regardait le pli de mon pantalon d'un air critique... Au-delà, elle était en terre inconnue...
- Ma fille aime faire des surprises, j'aimerais bien savoir où elle vous a trouvé? s'exclama-t-elle en souriant de toutes ses Jaketkrondde chez Chichy à Beverly Hills...
- Votre fille m'a trouvé au parking de l'hôtel...
répliquai-je du tac au tac... Ma "fiancée" me lança un regard admiratif, elle était vraiment ravissante.
- Vous faites sans doute partie du personnel... dit la mèrel'air ironique...
- Hélas non, Madame, mais si je le pouvais, je n'hésiterais pas... Travailler pour un hôtel de cette classe est parfaitement honorable...
Je remarquais une lueur de sympathie dans les yeux du père. L'atmosphère était subitement détendue...
Un dîner au champagne! Il y avait longtemps que cela ne m'était pas arrivé... Alexandra, était aux petits soins pour moi... J'étais coincé entre Daisy, sa cousine, et elle,la cousine n'était pas mal du tout! Entre les deux mon cœur balance!
Tout le monde parlait en même temps, personne n'écoutait, le brouhaha habituel à ce genre de rencontre... J'en profitai pour questionner Alex. Elle avait 22 ans, elle étudiait le droit, avec succès paraît-il. La cousine Daisy, un peu plus âgée, étudiait le bottin mondain, elle était imbattable là-dessus!
Elle me renseigna sur les convives; il y avait trois banques, un "agro-alimenteur" un patron de la chimie, un de l'industrie,les fils à papa inévitables... Et des femmes entre deux âges et trois liftings...
Je calculai rapidement que cette tablée représentait plus de vingt milliards de nos bons francs "ben d'chez nous!" et gagnés courageusement! Comme nous n'étions pas seuls, le bal devait valoir autant de milliards quedans les comptes occultes de la Confédération.
Il y avait l'inévitabletombola...Les prix s'étendaient d'une bouteille Salmanazar de Champagne, pesant plus de 20 kilos... à un Château français plus lourd encore, valant son poids d'histoires grivoises, de meurtres et d'inceste, de quoi occuper un historien salace pendant un siècle!(Attention cadeau empoisonné, il y a toujours le toit à refaire!)
Entre ces deux extrêmes... les breloques habituelles, telles que des montres de marques en or, des coupe-cigares, un piano à queue de concert, de 5 mètres de long...Neuf! Ayant appartenu à Calagan, l'alcoolique drogué qui jouait seulement de l'accordéon. Des bracelets... etdes colliers de vraies perles... "De trois rangs ma chère..." disait la mère en hennissant!
Je pris un billet, avec l'espoirde gagner quelque chose au cours de cette soirée super-positive! Je me sentais à l'aise dans ma chance...Je faisais partie d'une farce!
Et surtout, je faisais connaissanceavec des gens utiles! Qui sait?...
Grâce à la vivacité d'un des convives, j'évitais d'être obligé de danser avec la mère... Dès que nous fûmes sur la piste de danse Alex. et moi, je lui demandai gentiment, ce qu'elle mijotait... Evasive, ellerépondait à mes questions par des rires et de charmants sourires... Elle trouvait que je faisais un fiancé très présentable... en tous cas pour cette soirée!
Elle m'invita à jouir de cet instant, sans poser trop de questions. Pour lui plaire, jedansai avec sa cousine Daisy qui était sensuelle et directe, après cinq minutes, elle me fit comprendre qu'elle était en état d’urgence...
Par exemple dans la suite réservée, au troisième étage, avec vue sur la ville et balcon fleuri! J'évitai de justesse de passer à la casserole, grâce à Alex qui me surveillait de loin...
Commentme trouvais-je tout à coup installéen compagnie du père et de deux de ses directeurs aux dents longues, à une table dans le bar tranquille, je n'en sais trop rien. C'était le moment de faire une bonne impression...
Je fus mis en demeure de boire un Whisky, je déteste l'alcool et je bois modérément du vin, car je tiens à garder la forme pour le tennis que j'aime beaucoup... Je refusais le moindre alcool et commandai un jus d'orange... Les trois acolytes m'observaient avec surprise; ils avaient l'habitude d'être obéis, évidemment.
- Si j'ai bien compris, dit le père avec un sourire crocodilesque, vous avez juste terminé vos études de manageur d'avenir... Que diriez-vous de passer de gardien deparking (ce qui était faux!) au poste de directeur d'une usine d'articles de sport? Un an d'essai; salaire à discuter avec M. Muller ici présent chef du personnel de mes affaires européennes...
Impossible de refuser, c'étaitune mise en demeure; qui ressemblait à un croche-patte, on me mettait le pied à l'étrier, sûrement pas pour mes beaux yeux!
- J'accepte... répondis-je avec l'airdu manager décidé et heureux...
- On laisse tomber ces histoires de fiançailles avec ma fille, si vous n'y voyez pas d'inconvénients?
- Bien sûr, ce n'était qu'une farce, dis-je soulagé.
- Et bien retournez danser; je vous souhaite bonne chance...
Je me heurtai à Alexandra en me retournant; elle était aussi là! J'étais tellement concentré sur les trois compères que je ne m'en étais pas aperçu!
- Alors, nos fiançailles, c'est une farce? Dit-elle les dents serrées, on séduit tout le monde! Après la fille, le père! Je vous avertis mon cher que la fabrique où vous allez sévir a changé de directeur plusieurs fois. Plongeon dans une piscine sans eau! Ce quevous croyez être la chance de votre vie n'est qu'un coup pourri, pauvre naïf!
J'en restais comme deux ronds de flan... C'est vrai que j'étais naïf, ces gens ne font jamais de cadeaux, ils aiment se marrer aux dépens des autres!
- Ma chère Alexandra, vous jouez si bien les fiancées offensées, qu'on s'y tromperait. Vous qui êtes jolie, charmante et intelligente; comment voulez-vous que je refuse une proposition pareille? C'est l'occasion deme faire la main sur une entreprise en perte de vitesse, je vais voir de quoi je suis capable!
- Ma parole! Vous seriez capable de sauver cette fabrique de la faillite, que cela ne m'étonnerait pas! Venez danser, nos fiançailles doivent durer jusqu'au matin! Je m'inclinais, je ne savais plus très bien comment les choses allaient tourner avec cette fille.
Le lendemain j'allai directement du bal à l'usine Sporting et m'annonçai au chef M. Muller... Il parut étonné de me voir si tôt le matin...
- Vous tenez à ce poste, je vois; voici les dossiers; étudiez-les avant de signer et revenez dans une semaine avec des propositions. Même si vous n'êtes pas engagé, vous serezpayé pour cela! OK.
Je me précipitai chez moi et examinai le dossier, après avoir dormi quelques heures. Simple et facile, le fond était bon, il y avait trop de frais! Et de trop hauts salaires. C'est la maladie de l'industrie actuellement.
La semaine suivante, j'allai au siège des affaires du papa qui se trouvait dansun immense bâtiment au centre ville. J'étais le premier sur la liste. Devant un conseil d'une dizaine de spécialistes, en présence du père qui paraissait s'ennuyer...Je lus mon rapport, une page seulement. Après quelques minutes,je me tus dans un silence de mort.Avais-jefait trop court! Je restai debout en me demandant où j'avais fait une erreur!
- Asseyez-vous... dit le père subitement sorti de sa torpeur. Vos propositions sont acceptées, commencez immédiatement, le directeur actuel vous recevra à la fabrique pour la passation des pouvoirs. Allez, bonne chance!
C'était fini, je ramassai mes papiers et m'en allai avec le chef du personnel qui paraissait enchanté.
- Vous avez impressionné le patron; personne n'avait osé faire des propositions pareilles. Le courage, la cruauté, et l'inconscience de la jeunesse (J'avais 31 ans) Je vous félicite.
Je serrai la main de Muller avec effusion, il était aussi ému que moi.
A la fabrique, je fus reçu par l'ex-directeur, un homme âgé et doux, ancien sportif qui avait commencé tout en bas de l'échelle...
Je visitai la fabrique avec lui, les ateliers et les machines étaient modernes, mais il y avait trop d'employés, et trop de produits différents. il fallait rationaliser, tant pis pour les gens qui allaient perdre leur travail!
Mise à la retraite sans renouvellement.Ensuite les femmes mariées etles étrangers, puis les fatigués de nature. On pouvait faire ces "ajustements" sans trop de grincements de dents.Plus de la moitié des employés à la rue... Je reconnais que je m'en fichais... Que faire d'autre?
Une partie de la production serait transférée à Taiwan... Dans deux ans on serait dans les chiffres noirs. Je connaissais les chiffres d'affaires du Konzern, financièrement la fabrique ne faisait pas le poids, mais c'était pour moi un banc d'essai. Il fallait que je gagne ce pari!
J'avais l'intention de devenir le propriétaire de cette boîte. J'acceptais d'être payé partiellement en actions. Pour le grand patron la fabrique était condamnée. Il me lâchait des masses d'actions, à chaque augmentation du chiffre d'affaires. Ce qui allaient me rendre majoritaireen deux ans! Je jouais franc jeu avec le personnel... Le bonus en actions, la retraite en actions, devenant actionnaires, ils ne faisaient plus de vagues.
Au bout de quelque temps, la réduction des produits donnait ses fruits, meilleure qualité pour moins cher... J'étais observé avec attention par le grand patron et les banquiers. Le comptable donnait régulièrement les bilans au Konzern, les chiffres me donnaient raison. Pour un coup d'essai c'était un coup de maître!
Alexandra me surveillait de loin... Pendant six mois je la rencontrais à des réceptions de plus en plus nombreuses. Nous étions devenus des amis. Aux yeux des affairistes j'avais un brillant avenir.
Le grand patronme demandait où j'en étais avec sa fille... Finie la méfiance! Il n'avait rien contre moi, de toute manière sa fille lui échappait complètement! Je vivais seul, et travaillais 18 heures par jour, pas le temps de courir le guilledou... Je sentais un manque certain.
Alexandra me taquinait à ce sujet,dès que je faisais un pas, elle fuyait comme une coquette d'opérette. Elle allait terminer ses études ce qui est la preuve d'un grand talent pour une fille à papa! On lui attribuait des amants innombrables, on ne prête qu'aux riches!
Je voulais bien en être... mais je risquais un brillant mariage accompagné d'une situation de gendre soumis, prince consort, qui devrait obéir aux ordres sans murmurer. L'argent des autres ne fait pas le bonheur! J'évitais le piège en espaçant mes rencontres avec Alexandra.
Depuis le bal mémorable, la cousine Daisy, qui avait disparue aux USA...réapparut sur la scène... Plus ardente que jamais. Elle me fit comprendre qu'elle était sensible à mon charme, mais elle était accompagnée d'un jeune et riche homosexuel qui ne la quittait pas!
Pourétouffer les potins,je m'affichais avec les belles à la mode, qui sont une spécialité dans ces milieux. Les jolies femmes ne sont pas éblouies par le mariage à notre époque. C'est une chance pour les coureurs de jupons.
Il faut surtout éviterles parents, qui cherchent à se débarrasser de leurs filles, avant qu'elles ne leur fassent un bébé dans le dos!
A une réunion d'affaires le père patron me pria d'aller en Allemagne pour nettoyer, pardon... examiner la réorganisation d'un Konzern... Je demandai un an de répit pour mettre sur pied, une organisation de vente par correspondance,d'articles de sport... De quoi doubler le chiffre d'affaires...
Avec un truc pareil je deviendrais propriétaire de l'usine sans opposition!
Alexandra, fraîchement diplômée, un doctorat de droit international en poche, voulait bien me donner un coup de main pour les contrats internationaux qui sont des buissons d'épines pour nous autres les honnêtes gens!
Pourcela nous avons fait la fête à St. Moritz à l'hôtel Kulm où nous avons fini dans la réserve de patates... dans les caves dantesques de l'hôtel.Ce fut un bon coup, on s'en souviendra longtemps! La cousine déçue par son pédé, vint nous rejoindre avec une bouteille de Champagne millésimé que nous avons bue... assis sur les fourneaux encore tièdes des cuisines...
Daisy ayant trop chaud,ôtafinalement sa robe de trois cents grammes, puis entraînés par les joies du Champagne, nous avons inventé à quatre heures du matin, une gymnastique suédoise, très efficace pour nous remettre d'aplomb.
Je me trouvais, ascète ambitieux, avec deux maîtresses, qui n'avaient pas l'intention de me mettre le grappin dessus... La liberté pour tous... démocratique,érotique... pratique!
Je sentais qu'Alexandra avait jeté son dévolu sur moi, j'étais sa réserve d'avenir...Elle arriverait certainement à me traîner un jour devant monsieur le maire...
Lorsqu'elle en aura assez de ses sigisbées, béant d'admiration devant ses fesses! On rentrera dans le droit chemin, pour la vie! Bonjour les bébés couineurs!
Je voyais souvent Daisy. Elle était très riche et avait un yachten Méditerranée, des villas un peu partout. On ne se retrouvaitjamais dans le même endroit! Elle ne s'intéressait pas aux affaires... C'était épatant.
Le grand patron insistait pour que jemette de l'ordre dans une fabrique en Allemagne... Il me confia en passant que la fabrique que j'avais sauvée, serait le cadeau d'anniversaire d'Alexandra.. J'eus de la peine à cacher ma contrariété... Je pouvais faire mon deuil de cette boîte. Alexandra n'était pas le genre à lâcher un os! Je devais me résigner à comprendre que la grosse galette ce n'était pas pour demain! L'installation de la maison de vente par correspondance coûtait cher... Le catalogue seul, coûtait 12 millions... Mon petit million n'était rien en face de la réalité.Le grand patron me donnait gagnant, je l'appris par le chef du personnel.
Je devais patienter. Ronger mon frein. Pour savoir si j'étais vraiment apprécié, je feignis une période d'épuisement et allait me reposer pour trois mois aux Caraïbes, sur le yacht de Daisy;qu'elle louait parfois à des millionnaires américains pendant les longues périodes où elle papotait dans le grand monde des super riches. Mon stratagème réussit au-delà de mes prévisions. En quelques mois les affaires de l'usine Sporting ont chuté de la moitié... Mon remplaçant se croyant arrivé, ne fichait rien... Le grand patron vint se reposer à Miami et me demanda de revenir travailler au lieu de jouer la diva! Il n'était pas dupe... Il me proposa un contrat de partenaire...
Cela m'arrangeait. Ce genre de contrat se rompt sans préavis, et si cela marche, c'est le truc pour gagner la grosse galette. Je te donne mes billes, et tu me donnes ton ours en peluche! J'entrepris immédiatement de le convaincre qu'Alexandra se foutait des usines; elle ne s'intéressait qu'à l'argent comptant!
L'usine qui boitait avait besoin de moi, j'endeviendraisvolontiers le propriétaire... Je profitais de la baisse de valeur des actions, pour les racheter à vil prix, ainsi je possédais la majorité des actions...
Le grand patron minede rien, commençait à me demander, des conseils... Ce n'est pas bon signe, il faut tenir compte des retours de manivelle... Un grand patron a un ego démesuré!S'il se rend compte que vous êtes fortiche, il suivra probablement vos conseils... mais il se vengera sans même s'en rendre compte!
Pour éviter les ennuis, je lui demandais des conseils, mais jen'en faisais qu'à ma tête; tout en lui suggérant ses conseils par les questions que je me posais...
Lorsque l'on est fragile il faut savoir louvoyer, on est semblable à un marin sur sa coquille de noix navigant sur une mer capricieuse... La moindre faute et c'est la culbute. Chez les super-riches, (à partir du milliard) il faut faire attention où l'on met les pieds.
C'est pour cela que la police ne peut rien contre les trafiquants de drogues milliardaires... Une armée de pauvres policiers, pères de famille! Exposée dans toute sa faiblesse ne peut se permettre le luxe de déranger l'ordre établi. Les super-flics anonymes et dévoués n'existent qu'au cinéma! Le héros solitaire qui combat dans l'ombreest aussi invraisemblable. Dès que je ne plairai plus je serai jeté! Je ne me faisais pasd'illusion.
En cas de disgrâce, même mon argent, mes bonus, durement gagné, se transformerait en escroquerie...Des procèstordus, me mettraient en charpie. Je jouais avec le feu. J'en étais bien conscient. Il fallait que je trouve un refuge sûr en cas de changement de temps. Je créais une institution d'aide juridique qui fonctionnait comme une assurance. Pour défendre la veuve et l'orphelin, et les victimes d'injustices flagrantes. Si j'avançais avec de telles précautions c'est que j'avais l'intention de m'enrichir rapidement, peut-êtreà la frontière de la légalité!
Prendre l'argent où il était, et me l'approprier sans douleur... Exactement comme une banque. Connaissant très bien la valeur réelle des entreprises en perte de vitesse, je rachetais les actions tombées à zéro et je remettais tout en ordre comme le sauveur d'entreprise...
Je laissais mes partenaires se remplir les poches... En me contentant du reste, qui était substantiel... Les affaires immobilières étaient les plus juteuses. Les caisses de pension regorgeaient d'argent et achetaient tout sans trop chipoter. On appelle cette manière de vivre une vie d'affairiste... Constamment à la frontière de la légalité. Payer avec l’argent des banques. Fausses factures, fausses déclarations d'impôts, faux frais, tout était faux, sauf les bénéfices qui disparaissaient dans des comptes bancaires avec l’aide de fiduciaires, situés dans les paradis fiscaux.
Alexandra mecritiquait, elle me trouvait avide et dur, elle regrettait le jeune et bel aventurier qui l'avait séduite. Un jour excédé, je lui répliquai que je faisaissimplement de l'argent... Comme son père. Elle me répondit du tac au tac que son père n'était pas un exemple pour elle. A chaque rencontre on se disputait comme un vieux couple.
Ses amants me déplaisaient, ils étaient des fils à papa sans substance, des poupées de vitrines,décoréesde tous les gadgetsque l'on trouve dans les revues masculines! Le briquet en or de Bof, la montre Rolux, les pompes de Godio, chausseur du Pape, le bénitier en marbre servant de bidet,les robinets en or, sans oublier la Ferrari! Toute la panoplie des rêvesminables...
Alexandra était malheureuse. Un mariage n'est pas une solution. Nous n'étions pas prêts pour la vie commune. L'amour agréable... le mariage insupportable! Les affairistes se marient pour se punir!
Pour moi, le moment de la punition n'était pas encore venu! Je ne me posais pas trop de question, toujours occupé à démontrer mes talents de manager à des gens qui s'en fichaient éperdument! J'étais assez riche... plus par mes relations que par le mérite.
Je n'avais pas hérité d'une fortune comme les arrogants fils à papa de St. Moritz, obligés de se payer une star de cinéma glaciale pour se profiler dans la presse merdique! C'était mon seul mérite. Je n'avais que de l'argent... Je n'avais rien créé! J'étais perdu dans la masse des riches anonymes sans qualités!
Mes voisins étaient riches, mes relations et mes amis aussi. Je vivais entouré de gens riches et de domestiques... Je me retrouvais aussi déçu et frustré que sur la ligne de départ 10 ans avant, lorsque je suivais des cours de manager... Je voletais de belles de jours en belles de nuit sans m'attacher ni m'engager.
Mon ego en prit uncoup, lorsque je gagnai par une stupide loterie, deux fois la fortune que j'avais entassée avec peine... Le con veinard! Une leçon d'humilité. La chance n'est pas un mérite!
Alexandra, fine mouche, ne se moqua pas de moi, elle savait que j'étais atteint dans mon orgueil, bonne fille, elle ne voulut pas m'achever! Pendant un certain temps, je gardai la distance et restai chez moi à lire des ouvrages de psychologie.
Pour écraser des rumeurs sur une soi-disant déconfiture financière, je commandai deux Rolls-Royce, que j'abandonnaidans mon garage... Le vendeur se chargeait de faire connaître ma fantaisie au monde entier...
C'est à dire trois douzaines de riches imbéciles qui collectionnaient les cancans, imprimés dans les torche-culs qui formaient leurs lectures préférées...Malgré la jovialité exhibitionniste, qui régnait entre riches vautours, chacun était enchanté de la ruine de l'autre.
Ils faisaient des procès aux journaux pour relancer leur misérable réputation, dès que l'on ne parlait plus d'eux! Ils se faisaient surprendre par les photographes dans leur salle de bain entre deux miss à poil, en prenant l'air surpris et offensé... Leur fric n'intéressant plus personne, ils se rattrapaient sur le cul! Sujet à la portéedupeuple. J'avais honte d'être riche!
Pour me changer les idées, je pourrais imiter ce millionnaire américain, qui avait organisé des assassinats systématiques sur la personnede dealers qui fournissaient sa fille en drogues dures! Après dix morts, la fille passait pour porter malheur...Elle dut se résoudre à se désintoxiquer.
L'Américain me raconta cette histoire en faisant le calcul que cela ne lui avait pas coûtéplus cher que d'interner de force, sa fille dans une clinique spécialisée! Mieuxencore, les dealers étaient punis sans risque de récidive. Tout cela économisait des sommes folles à l'Etat!
Le crime patriotique n'est pas nouveau, mais en Suisse ce n'est pas l'usage. On discuterait plutôt d'un rabais, sur le prix de gros de la drogue! Je filais du mauvais coton!
Je n'avais pas la bosse du crime, je ne cultivais pas la peur de soi. Mes occupations frénétiques, m'empêchaient de voir la vérité en face... Etant extraverti, je laissais mon subconscient suivre docilement mes actions conscientes comme le dirait le brave Adler! L'être sans complexe ne fait que se mentir pour se soulager. Au fond il existe une unité serrée entre l'esprit de l'action et les remous du subconscient.
Toutes les actions conscientes sont douloureuses, heureusement moins sournoisesque celles du subconscient. De même, l'on peut être étonné de son aspect physique par un regard furtif surpris dans un miroir mal placé.
L'on croit se connaître, mais ce n'est qu'une illusion confortable... On brûle ce que l'on a adoré, sans chercher d'excuses; certain d'avoir raison de ses contradictions. Dresseur solitaire, on se trouve héroïquement dans la même cage que ses tigres...mais sans l'espoir d'en sortir vivant.
Quoiqu'il arrive, je ne pourrais pas m'échapper. J'étais condamné à la réussite matérielle, sans condition! Dans la ridicule histoire bien pensante de Faust, celui-ci s'en sort en roulant Méphistophélès... Avec l'aide de Dieu! Sottise pure! La réalité est sans pitié pour les rêveurs...
La monotonie de l'argent est aussi inexorable qu'un handicap, cela fait partie du jeu. Le cercle social limité des riches est ennuyeux à mourir.J'étais devenu arrogant, snob et fanfaron.
Le club jet-set sardanapalesque et infantile, était aussi démunie de sens, que la morale environnante etconformiste, formée de phrases creuses pour cervelles vides. La richesse ne pardonne pas tout.Je devais changer de priorité, pour ne pas mourir d'ennui. Pour éviter les invitations, j'étais toujours en voyage.
Je passai rapidement de ma réputation decarriériste sans scrupule à la sauvagerie dédaigneuse... Même méchant, prétendaitAlexandra d'un air inquiet! Je la traînais de ventes brocantes, en ventes aux enchères à travers le monde, et j'entassais mes trouvailles dans un immense Palacedésert acheté à bon prix dans la région de Montreux!
Chaque suite avait sa spécialité, les tableaux là, les petits meubles à côté, et les petits objets un peu partout dans les chambres... La grande halle était réservée aux sculptures, qui entouraient des bassins de marbre dont personne ne voulait. Les ventes sont des lieux de liquidations, les soi-disant hauts prix sont très rares, la plupart des objets sont vendus au tiers de leur valeur, c'était pitoyable. Je réparais les erreurs, en revendant au plus haut prix, les laissés pour compte,par l'intermédiaire de deux spécialistes juifs, donc honnêtes.
J'avais découvert très tôt, que le succès des Juifs en affaire, vient avant tout de leur honnêteté. Sans cette qualité primordiale,ils crèveraient de faim dans leurs tentes comme les Bédouins... Nul besoin de quittance, ni de contrats... Une poignée de main suffit. Parole d’honneur!
Faites cela avec un affairiste suisse... vous êtes ruiné en un clin d'œil! OK... il te serre la main... mais, il met en pratique le précepte politique: « que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite » Unconseil de crapule!
Alexandra finit par devenir une experte, elle prit goût aux antiquités, et elle ouvrit un magasinà NY... à Londres et à Paris... A Zurich cela ne vaut pas la peine, les Suisses n’aiment pas les choses anciennes! Mais le rustique se vend bien chez ces péquenots... J’achetais à tour de bras, pour tromper mes sentiments de frustration...
Alexandra vendait tout ce qu’elle voulait, elle fuyait aussi quelques ombres néfastes... Son père insistait pour qu’elle se marie et lui fasse des petits enfants. Alex lui riait au nez,elle me demandait de lui faire un enfant hors mariage juste pour faire enrager son père... Un enfant de père inconnu, dans son milieu, c’était une bombe atomique dans une basse-cour... Je déteste ce genre de contrat. Je ne me voyais pas dans le rôle du père inconnu! Je devais prendre de la distance avec ces gens auxquels j’avais désiréardemment ressembler. Je remarquais finalement, qu’ils étaient tous malades. Moi y compris...
Je comprenais mieux les philanthropes, ils n’étaient pas généreux! Ils se débarrassaient du trop plein de capital qui allait tout droit dans les caisses de l’Etat, avec lequel ils étaient en conflit depuis leur premier million...
Alors autant en faire cadeau justement là où l’Etat ne donne rien! D’une pierre deux coups... l’Etat est fou de rage, chose excellente... et l’on aide quelques pouilleux... ce qui n’est pas mal non plus! Cela fait croire à la bonté...
Je créai une fondation pour les animaux abandonnés, une fondation de grand luxe... On allait chercher les chats abandonnés en Cadillac... Le cimetière d’animaux avait des pierres tombales en marbre... J’affirme que les animaux étaient vraiment bien soignés! Ma fiduciaire m’avait révélé que ce genre de charitéenrageait les finances... Le tonneau des Danaïdes... Le malheur sans fin.
Pour mes gains, je « remboursais » un crédit énorme que l’une de « mes affaires » des Bahamas m’avait accordé et comme on ne paye pas d’impôt sur le remboursement d’une dette, je ne payais plus d’impôts en Suisse, mon argent de poche venait de l’étranger! Toutes ces opérations passaient par la fiduciaire.
Un avantage important en Suisse, pour les petits fraudeurs,la triche aux impôts est undélit mineur, on paye une amende pour la forme et c’est l’absolution! En France, c’est un crime contre nature, on brûle le fautif sur la place publique...
Aux USA c’est la prison! Al Capone a écopé de trente ans de prison pour fraude fiscale, car on n’a jamais eu de preuves, qu’il ait tué quelqu’un... Et pourtant ses potes, faux témoins, ont compté plus de cent meurtres à son actif... J’espère que le lecteur avisé, ne va pas imiter ma technique quinique! Je ne suis pas un pousse-au-crime.Je trouve que l’Etat doit continuer à foutre l’argent du contribuable par la fenêtre, ne serait-ce quepour apprendre au peuple, que ce n’est pas uniquement l’argent qui fait une nation!... Malheureusement, les dépenses improductives,créent l’inflation, et mettent une nation à terre, aussi bien qu’une guerre perdue!
Avec le temps, mon avidité faisait place à une philosophie désabusée. Je revenais à la raison, c’est à dire à la bienfaisante solitude. J’avais assez d’argent pour me consacrer à mes coûteux violons d’Ingres...Je me montrais généreux avec les filles aussi belles que bonnes... qui enchantaient mes nuits orientales, dans mon palais italien non loin de Gênes, avec sa terrasse blanche, dominant la mer bleue. Alexandra et Daisy ne se gênaient pas pour en profiter en alternance. Luxe, calme et volupté...
Je ne venais à Zurich qu’une fois par an, pour rencontrer les hommes d’affaires qui soignaient mon capital, mais surtout pour des gueuletons mémorables dans les rares restaurants convenables. Chez Petermann, à Küsnacht,le Chinois Hon Kong dans lequartier du Seefeld... Parfois, au Baur au Lac un grand cuisinier français venait pour un soir gâter les Zurichois...
Je ne comprends pas pourquoi la bonne cuisine est si rare en Suisse... à part Genève, c’est assez triste... Mais je n’allais pas me lancer dans la gastronomie... La clientèle helvétique avalait sans protester la misérable cuisine dite internationale... Elle n’avait que ce qu’elle méritait.
Je n’avais pas d’argent sale à laver, maisl’on trouvait en Suisse des laveries parfaitement équipées. Je ne veux pas entrer dans les détails, c’est sans problèmes, comme dans tous les paradis fiscaux. En bref, toute l’Europe, sauf la France et les pays scandinaves, sont des paradis fiscaux! ( Les zones franches)
Le Tessin est l’endroit idéal pour toutes les combines possibles dans le sens de « lave plus blanc ».Des valises pleines de l’argent liquide de la mafia. On change n’importe quelle somme sans poser de question. Je n’ai jamais fait d’affaire avec des gens douteux, on gagne autant avec les gens honnêtes. Les moyens de transfert sont si bien rodés, personne ne vous demandera d’où vient votre fric. Aucune banque ne refusera un chèque important s’il est couvert. Peut importe qu’il soit signé par Dieu ou le diable... Ce n’est pas une exclusivité suisse, c’est partout ainsi... A part cela, vous ouvrez sur Internet « Paradis fiscaux » et vous suivez les instructions!
J’ai fait beaucoup d’argent, en agissant comme un honnêtehomme d’affaires, en toute légalité. Parfois j’ai demandé des sursis fiscaux, lorsque j’achetais une entreprise en déroute, mais en général ce n’était pas nécessaire. L’assainissement des entreprises se fait selon la vieille formule de Henri Ford : Jamais de banques! Cherchez l’argent dans des économies au sein de l’entreprise...
Les banques et le fisc ontruiné plus d’entreprises, qu’elles en ont créées. J’ai la majorité dans une banque, mais je ne puise jamais dans la caisse de celle-ci, pour financer l’une de mes affaires. J’utilise mon propre capital. Mon conseil d’administration est composé de spécialistes, de technocrates, pas un seulpoliticienn’occupe un siège au conseil.
Malheureusement, les Suisses ont un faible pour les gens incompétents, vantards et voleurs... (Voir SwissAir,BBC et autres banques)...
Ces dits « managers », marchands de cacahouètes, appelés à diriger de grandes entreprises, qu’ils n’ont pas créées, ne sont que desbureaucrates, employés sans qualité, quiruinent l’économie et s’en tirent toujours sans mal... Avec leur bonus! Voir les banques! Pour des infos plus détaillées lire Jean Ziegler, il sait de quoi il parle, et s’il peut encore parlerpubliquement, c’est grâce à ONU...
A l’heure actuelle, en Suisse, an de grâce 2003, plus une seule grande entreprise n’est restée entre des mainssuisses! L’Ovomaltine et le Toblerone sont américains... Même le couteau militaire suisse est américain... Je ne vais pas continuer la liste, ce serait trop fastidieux... (Voir les archives du journal Weltwoche)
Les Suisses vendent tout... Ils aiment le liquide!Avec l’argent ils vont à la banque pour acheter de l’argent! On a souvent parlé de l’inventivité helvétique, qui n’est qu’une bourde. Ils sont les champions du monde des dépôts de brevets...
Mais quels brevets ? En Suisse, pour les nouveaux brevets, il n’y a pas de recherche de précédent (comme aux USA). On peut breveter n’importe quoi, sous pli fermé, même une vieille chaussette! La seule valeur du brevet est la date et l’heure du dépôt, qui ne servent qu’en cas de procès.
Bien sûr, la vieille chaussette peut tenter de s’auto-protéger juridiquement.Cela peut lui coûter une fortune, si les chaussettes neuves ont plus de valeur, sont plus belles ou inusables...
Donc évitez les procès, cela vaut mieux, c’est plus raisonnable et rentablede trouver une nouvelle idée! Laissez les chapardeurs piquer dans votre assiette, et changez de table.
Des inventions majeures n’ont rien rapporté à leurs auteurs. Le velcro par exemple,la fermeture éclair, le différentiel... l’engrenage hélicoïdal...
La technique d’inonder le marché avec une nouveauté (facile à imiter), est plus rentable que de chercher à protégerà tout prix uneexclusivité aléatoire.
Pour breveter un détonateur pour bombe atomique, on peut le faire sous pli fermé, comme la vieille chaussette, à la condition qu’un petit malin de Gott mit Uns ne s’en empare subrepticementpour en faire un allume-cigare. Ce qui est merveilleux, c’est que tout est possible dans ce monde pourri...
Le talent ne manque pas dans ce petit pays insignifiant. Mais l’on n’aime pas cela! Avoir du talent, c’est prétentieux... Les « cerveaux » qui le peuvent, s’en vont à l’étranger, là où ils sont appréciés.
Les autres, résignés,moisissent dans des postes en dessous de leurs qualités, puisdisparaissent dans l’indifférence générale. Si j’aide quelqu’un à développer son talent, scientifique ou artistique,ce n’est que s’il accepte de partir à l’étranger où le terrain est plus favorable...
Si je suis tellement déçu par mon pays, c’est parce que l’on à menti sans honte sur les prétendues qualités helvétiques... Pendant la guerre,après la guerre... Et encore actuellement... Lorsqu’un Suisse ne tari pas de compliments sur son pays, il est un ignorant, un chauvin ou un menteur, ou les trois à la fois...
J’avoue que lorsque je suis invité à l’étranger, je mens effrontément sur mon pays... Je n’y peux rien, ce doit être la fibre patriotique! Une chose que j’affirme sans scrupules, car c’est vrai, c’est que mon pays (Création de Napoléon) est l’un des plus beaux pays du monde...
Petit... à la mesure humaine,garni des paysages les plus merveilleux de la planète. Pour ces qualités, on pardonne beaucoup.
Qui sait, peut être qu’un jour ce pays s’améliorera grâce aux coups de pieds au cul que les étrangers leur ont donnés ces dernières années... (Les avocats américains) Mais contre le chauvinisme des vieux schnock, il n’y a pas d’espoir.
Ces « crétins des alpes » fêteront sans scrupule « la mobilisation » (le début de la guerre) ( dépenses 20 millions de francs) Mais pas la fin de La guerre... Un vieux rêve devaniteux impuissants... La bêtise ne s’éradique pas.
On conserve une armée inutile, dite crédible? Pour épater des pays amis voisins, mille fois plus puissants que nous! Pour faire avaler aux sceptiques, le mot armée... on l’accompagne du mot sport... pensant le désinfecter!Si le ridicule tuait, nous serions morts depuis longtemps. Peut-être le sommes-nous?
Cette république de bavardsqui se prennent au sérieux au moment des élections, semble une caricature de démocratie. Les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres... Certains politiciens parlent de diminuer la retraite des vieux, probablement pour humilierceux-ci en leur faisant la charité avec leur propre fric, avec ce qui leur est dû!
Il y a longtemps que je désire arrêter de rouspéter, mais je dois dessiner mon terrain d’action, l’environnement où j’ai agi, le temps de faire fortune... Je veux dessiner le chemin d’un honnête arriviste etdécrireson entourage...
D’après mes critiques, l’on peut penser que tous les Suisses sont stupides! Ce n’est pas le cas, on peut mesurer le degré de stupidité en analysant les résultats des votations. Un barème simple est le pourcentage de participation... En moyenne 35% vont voter... ce qui démontre relativement, que les 65% qui ne vont pas voter, sont stupides...
Pourobtenir le droitde vote, les peuples dominéspar des tyrans donneraient leur vie... Les 65% qui ne vont pas voter, sontdes crétins...les résultats de vote sont significatifs sur des thèmes vraiment importants... comme appartenir à l’union européenne ou pas...
On remarque immédiatement que la Suisse allemande (sauf Zurich...) n’a pas compris que nous dépendons des pays qui nous entourent... De toutes les manières. Nous sommes obligés de nous incliner devant les décisions de l’Union sans pouvoir participer aux décisions...
La Suisse allemandeest en relation négativeà la Suisse romande plutôt bornée. Il existe des liens de bêtise entre les Suisses.Exemple, l’antisémitisme et l’antiaméricanisme...
Ces sentiments sont étroitement liés, c’est à dire que l’antiaméricanisme estdépendant de l’antisémitisme. D’autant plus que les banques suisses ont été surprises la main dans le sac au sujet des fondsjuifs en déshérence... Cela par des avocats juifs américains! Impardonnable... (L’antéchrist en personne)
La malhonnêteté des banques a rejailli sur tout le peuple... Mais ces désagréments seront vite oubliés, regardez les crimes nazis! Les Allemands sont servilement flattés par toute l’Europe antisémite... Aucun problème. Oubli garanti.
Je ne veux pas parler de la France bien pensante antisémite et catholique. Le Canard Enchaîné s’en occupe très bien. En France, l’antiaméricanisme a la même origine antisémite que celle les Suisses.Avec, en plus, leur libération par les Anglo-Américains en 1945... Ils n’ont pas pardonné aux Anglo-Américains cette humiliante libération!Depuis déjà deux générations...
Chaque pays européen a son histoire cruelle, puante, sanglante, catholique et stupide. On transmet la haine dans les écoles et les églises et le bal continue... L’Irlande et la Jugoslavija sont des abcès prêts à s’ouvrir à chaque instant. On ne refait pas l’histoire, mais l’histoire se répète... Les prêtres s’en occupent.
Alexandra lit mes textes, amas de feuillesen désordre sur une grande table qui me sert de fourre-tout... Elle pense à peu près la même chose que moi, elle a l’air étonnée.
« Je croyais que tu ne pensais qu’au fric » dit-elle.
« Je pense à d’autres choses aussi »
Elle s’étire et se jette sur un canapé vaste comme les écuries du roi... Je ne résiste pas... Une heure plus tard, elle se lève prestement en se rajustant...
«Ce sera un garçon... On parie ? »
Je préfère ne rien dire, victime consentante, on verra demain... Quelque chose en moi était d’accord depuis longtemps, mais seules les femmes le savent. Parmi toutes mes conquêtes, elle est la seule à qui je pardonne tout. Elle m’a mis le pied à l’étrier.
Cette fois je suis engagé, je vais penser à deux. Si peu de chose, et tout change.
Le mariage se fait dans la plus stricte intimité... Le contrat, séparation de biens, le père milliardaire le veut. Il a raison.
Alexandra est la seule héritière des milliards, mais cette fortune ne me donne plus le vertige... Cetralalame laisse de marbre, cela se passe dans un monde parallèle. J’ai une chance prodigieuse d’avoir une femme de ce calibre. Un garçon va naître... Dans son berceau, une rue entière au centre de Zurich...
Je n’éprouve aucune sentiment paternel, genre fierté baveuse à l’Italienne... il est mon fils, mais je n’en suis pas le propriétaire... J’ai trente-cinq ans, Alexandra en a trente... Je redoute une chose, que le garçon ressemble aux petits cons, fils de riches, enfants gâtés et névrosé...
Il va s’appeler Alexandre, c’estlogique, mais son second prénom est le mien, David... J’ai un nom juif, mais je ne le suis pas. C’est un nom porte-bonheur, m’a dit ma mère...
Au début, il y a eu des débats, au sujet du baptême, finalement, j’ai gagné... Il décidera lui-même, à l’âge de dix-huit ans... On fera une fête pour son premier anniversaire... le baptême social. C’est bien suffisant! Alexandra ne voulait pas que son fils soit éduqué à Zurich. Les écoles y sont misérables et le dialecte est une horreur. Elle avait fait ses études dans un institut à Lausanne, et elle voulait queAlexandrecommence ses études dans cette ville... Bon chic bon genre...
Ensuite elle l’expédierait en Angleterre. Elle n’avait pas l’intention de jouer les mères poules, en gardant son enfant chéri dans ses jupes jusqu’au début d’une bonne névrose...
Bébé Alexandre n’était pas encore venu au monde, que le monde l’avait planifié, j’étais perplexe.
Mon fils, milliardaire bien élevé, et certainement diplômé... allait mener une vie de fils de riche et apprendre à jeter l’argent par les fenêtres...
Comme le fils de Calouste Gulbenkian, qui recevait à vingt ans, un million de dollars d’argent de poche par mois!Son père pensait que l’héritier de son énorme fortune, devait apprendre rapidement à manier l’argent... Sage décision... Je ne sais passi ceprogramme éducatifa réussi... Le monde a d’autres soucis, que de se préoccuper du sort d’un pauvre fils à papa, empêtré dans son argent de poche!
En désespoir de cause, ce n’est pas une mauvaise idée. Apprendre à nager dans le fric, comme l’oncle Duke est une chose sérieuse. Il ne risquerait pas de se noyer dans le champagne et le caviar, vulgairement, comme un garçon coiffeur qui a gagné le gros lot...
Je pensais qu’il lui faudrait aussi apprendre à mourir, carc’est extrêmement douloureux pour un riche... Mourir riche, c’est l’horreur... entouré de barracudas et de piranhas, d’héritiers narquois, qui frétillent d’impatience, en attendant le pactole... .
Un riche est libre, le plus vraiment libre des hommes, mais il est entouréd’ennemis... C’est la loi! Même s’il est généreux, il ne suscitera que l’envie la jalousie et la haine.
Il existe encore des fondations, débris de fortunes gigantesques, dont les managers peuvent se régaler pendant des siècles... Ces fondations ne payent pas d’impôts, et sont incontrôlables. De grands groupes disposent de ressources financières mystérieuses qui viennent soit de la mafia, où de tyrans africains et arabes, qui laissent leur peuple crever de misère...dictateurs puants adorés des foules... (L’Irak)
Une bonne partie de la presse européenne est entre les mains des pays pétroliers arabes... Par le joint de la bourse. Ce qui freineles critiques légitimes. Qui paye commande, et corrompt!C’est la raison pour laquelle on entend la mêmelitanieanti-américaine partout...
L’étrange et douteuse unanimité des médias franco-allemands, (Les vieux complices antisémites) contre les Américains en est une preuve. Partout la même indignation, les mêmes mots, partout les mêmes critiques, c’est une manipulation à l’échelle planétaire.
Heureusement qu’il existe le systèmeInternet qui conservesa liberté anonymement. Là, il est impossible d’acheter les gens...
La presse européenne s’est dépréciée pendant cette expédition contre l’Irak... Dans un avenir proche, je prévois l’effondrement de la presse papier, au profit de l’électronique.
J’ai investi,assez tôt, la plus grande partie de ma fortune dans l’immobilier. Jusqu’à présent cela rapporte convenablement. Une dizaine de mes hôtels en déconfiture, ont été transformés en appartements et vendus sans problèmes.
Les actions des fabriques, que j’ai remises sur le droit chemin, ne valent presque plus rien, mais, étrangement, leurs carnets de commandes sont pleins... Ce qui permet de payer moins d’impôt, « regardez monsieur le fisc, mes actions ne valent plus rien » (Mais le bilan reste excellent) Merci la baisse de la bourse!
Les actions ne représentent plus vraiment la valeur des industries. Je consacre une partie des revenus immobiliers à l’achat d’actions tombées en disgrâce d’industries qui fonctionnent parfaitement... (Achat à la baisse). Ces actions valent en réalités plus que leur cotation. Souvent les avoirs immobiliers valent plus que l’outil de production... ( Le cas de Bally)
Si je fais une erreur d’évaluation, je ne perds que peut d’argent. En Suisse, il n’y a plus rien de sérieux à acheter, toutes les industries profitables sont entre les mains de groupes étrangers qui font de bonnes affaires.
Personne n’a pensé protéger le nom dufromage d’Emmental, ni celui de Gruyère, ce qui fait que le monde entier fabrique ces fromages sans scrupule... Allez expliquer aux Français que le Gruyère n’a pas de trous! Ils vendent de l’Emmental fabriqué au Pérou sous le nom de Gruyère suisse...
Les Suisses ont fait une grande erreur, ils ne veulent, soi-disant, pas perdre leur indépendance, mais ils sont devenus un peuple d’employés dociles, au service des pays étrangers... Une belle démonstration de leur bêtise.
A quand la vente de toutes les banques suisses, aux Anglais, dont les banques cent fois plus puissantes, ontdéjà fait des offres d’achat avantageuses... Le gouvernement s’y oppose pour l’instant... Mais la classe pléthorique des fonctionnaires d’état ne résistera pas très longtemps... ils vendront... Pour aveugler le peuple, l’on met l’armée en avant, pour nous protéger? On ne sait pas de quoi... mais ça marche!
Nos héros sont bien modestes, ils sont les minables politiciens, troppayés, fruits pourris du capitalisme libéral, inefficaces et incompétents, faisant partie des conseils d’administration de toutes les entreprises qui ont fait faillite! Suivit de prés par deshéros sportifs à moitiés débiles...
D’ailleurs, ce n’est pas une exclusivité de mon pays! Regardez les réunions d’actionnaires déprimés, montrant des visagesrésignés de gibier duservice social... naïfs etconfiants... « On ne peut pas nous faire ça! »
Mais oui mon cher... on peut tout faire au pays de la démocratie directe, pratiquée par une minorité de citoyens... Qui votent mal parce qu’ils sont stupides, et qui se lèvent tôt, même le dimanche... Le pays est partagé en deux... les imbéciles qui ne votent pas... et les abrutisqui votent, mais mal!
Alexandra est prise d’un fou rire, elle insiste pour que mon coup de gueule soit publié...
Le groupe financier de son papa possède plusieurs journaux. Cela va faire un tabac... On mettrait, un montage photo, (sur deux pages), de tous les managers qui devraient se pendre pour crimes contre les petits épargnants... Une longue ligne de pendus « à leurs cravates », comme dans le bon vieux temps du Far West, ou de la conquête chrétienne...juteuse ratonnade de Constantinople!
Le papa milliardaire refusa... Il aurait dû figurer en priorité parmi les pendus, ce genre d’humour lui déplaisait au plus haut degré... Il clamapour finir; « ouvrir les yeux des aveugles, même J.C n’avait pas réussi! »
Un article sérieux ferait plus d’effet, pour sécher les larmes de crocodile des petits actionnaires perdants, qui s’étaient rempli les poches pendant de longues années, ils n’étaient pas à plaindre.
Les managers bourrés de bonus, expliquant aux actionnaires, pourquoi et comment l’âne qui chiaitde l’or,lâchaitsubitement un crottin écologique puant...c’était assez marrant.
A part mère Teresa, tout le mondene peut pas toujours faire fortune avec de l’émotion et des bons sentiments.
Les bilans des industries se fiche des sentiments, ils exposent froidement des chiffres, qu’il faut savoir interpréter.
Le principe est: « moi d’abord! » Consultez avant tout, où vont les « bonus... » dans les rapports financiers. Dans quelles poches tombe la manne...Vous aurez déjà un aperçu de la chute finale, dans un fatras de chiffres rouges... (Style Swissair!)
On assiste alors à la dégringolade du capitalisme, souhaitée ardemment par les gauchistes, qui se retrouvent bien attrapés... sans un sou en poche, à timbrer au chômage...
La sottise est sans limite, on veut détruire les richesses, et se nourrir de phrases creuses, et de formules ineptes... liberté, pour les riches... égalité, entre les imbéciles est les intelligents...fraternité, chacun pour soi... Dévaluation des vertus principales... On n’a rien, mais on partage tout! Chacun tire la couverture à soi.
On vole les idées des autres, on fabrique le même produit au nom de la sainte concurrence, on baisse les prix, le client roien profite... Pour éviter la faillite, on balance mille employés à la rue. Ce qui fait d’un fiasco, une victoire! C’est seulement là, que l’on peut dire que le profit est le vol! Pour le comptable, c’est du bénef pur!
J’ai fait cadeau des fabriques de mesdébuts aux employés(Articles de sport, et vente par correspondance) en leur souhaitant bonne chance... Ces fabriques étaient en équilibre, juste sur le fil... Ils ont vite compris...
Ils ont fini par gagner de l’argent, en marchandant à mort avec les industriels asiatiques... La fabrique d’articles fut transformée en imprimerie pour éditer lecatalogue... Après avoir envoyé les machines à coudre à la ferraille, plutôt que de les expédier en Afrique... « Diable... Ils nous feraient concurrence ces sauvages! » Ils n’ont conservé que la vente par correspondance.
Ils ont été plus malins que je ne le pensais... Ils sont devenus des exploiteurs sans scrupules... J’ai été content de leur succès. Mais un peu déçu, d’avoir changé la psychologie de ces gens. Devenus des moutons enragés? Peut-êtreavaient-ils toujours été des moutons enragés, mais cela restait caché... Ils n’en savaient rien.
Comme on ne sait rien de son subconscient...Probablement que lui ne sait rien de vous! Les rêves sont trompeurs... On peut les interpréter de différentes façons... parfaitement opposées suivant l’école que vous avez adoptée... Il existe de différente manière de sourire... Amical, ironique, moqueur, amoureux, gêné... Impossible de s’y retrouver en toute sécurité.
Les rêves les plus beaux, décoratifs en technicolor et en cinémascope, ne font que dissimulerl’on ne sait quel danger...
On peut inverser l’interprétation des rêves de Freud,cela tien encore debout!
Le même rêve vu par CG Jung ou par S Freud ont des significations différentes... Il en est de même pour les symboles... Mais tous deux ont raison, car une analyse est toujours trop sommaire...
Ma situation dans la société est vague et indécise, l’argent ne représente rien, il ne me représente pas. Il est un véhicule, un levier, une aide, pour résoudre certaines difficultés...
Je vis à côté de ma fortune, comme à côté d’une voiture. On vit à côté de sa femme, étrangère mystérieuse ; même si elle vous a fait des enfants... Les enfantsétrangers aussi... différents, autres...une autre combinaison chimique... De temps à autre ils sont semblables à un mauvais rêve. Ils naissent parfois idiots, mais ils vous ressemblent!
Vous n’êtes qu’en visite, dans votre vie privée... Vous devez marcher sur la pointe des pieds... Sur un sol glissant... On vous observe, on vous juge... Vous devez vous surveiller, jouer la comédie, décaper le naturel... Un geste maladroit laissera un souvenir ineffaçable dans l’esprit de votre enfant... Une rancune mortelle dans celui de votre femme!
Vous aveztous les pouvoirs, mais vous n’êtes plus libre... Vous ne serez plus jamais libre si vous ne faites pas attention!
Uniquement pour ce mot « libre », des hommes ont donné sans hésitation des millions pour se débarrasser d’une ravissante femme, qui hennissait avec grâce, aux Partys de la Jet-Set......
Ceux qui recommencent avec une autre poupée, sont de ridicules imbéciles, et il y en a beaucoup... Inutile de faire une liste, la presse de bas étage en est pleine...
La liberté est un sentiment intérieur, dès que vous avez un rendez-vous, vous n’êtes plus libre... La solitude la plus totale est la condition primordiale du sentiment de liberté. Il faut devenir un homme sans qualité, invisible et banal... Comme un prisonnier dans sa cellule!
J’ai fais un voyage en solitaire à travers l’Europe,de musées en musée, de palace en palace...Jerevins, reposé et détendu, comme après une cure de sommeil... Je n’avais pas échangé trois mots avec quelqu’un, en trois semaines... Pour retrouver ma solitude, je prétextais des voyages d’affaires, et j’allais me réfugier dans une ville d’art...
Finalement j’installai un atelierà Montparnasse et commençai une grande toile, peinte à l’huile.
Je réunissais toutes les difficultés techniques majeures, insurmontable pour un débutant! J’avais entendu que le peintre Guy Dessauges n’utilisait que des brosses de 10 cm de large, même pour les plus petits détails... Au bout detrois mois, j’avais couvert la toile plus de dix fois sans faire un pouce de progrès.
Un être doué auraitpu sortir quelque chose de ce gâchis mais je n’étais pas doué...Déçu et humilié, je pris des leçonsd’un vieil artiste académique, monsieur Feuerwehr, (le bien nommé : pompier...)Il ne jurait que par David, Courbetet Delacroix...Il accepta de s’occuper de moi impressionné par mon obstination...
Il affirmait que je n’avaisaucun talent, mais il voulait voir si j’allais m’en sortir avecma volonté... ou mon entêtement seulement... Evidement, j’appris des recettes... la technique aide parfois un talent endormi à se réveiller. Comme, qui dirait, par lassitude!
Habitué à réussir dans mes entreprises,je ne me résignais pas facilement à accepter des échecs. On apprend beaucoup de ses échecs... Surtout si l’on pratique un Art... Mais après avoir appris les rudiments du métier,il faut être apte à créer quelque chose...
L’orthographela grammaire et la syntaxene forment, ne produisentpas inévitablement un bon texte. Les professeurs en savent quelque chose. Mais si tout cela manque, c’est insupportable. Sur dix mille pianistes il n’y a qu’unseul compositeur!
Je commençais à me méfier de moi-même, en peignant un jour un bon tableau, trop bon pour mon niveau. J’avais l’impression d’être manipulé...
J’appris que le peintre Guy Dessauges exposait à Zurich, ayant adopté sa technique des grandes brosses, je devais aller voir ça! J’évitais le vernissage et allai voir l’exposition le lendemain. L’artiste était là, il me fit une impression étrange, comme s’il était un proche, un membre de ma famille... Il écrivait des histoires qui paraissaient sur des sites littérairesd’Internet... Je me sentais en famille, mais un peu dépersonnalisé...
Je lui racontai ma vie,il écoutait avec attention, tout à coup il m’interrompit avec agacement, et corrigea un détail d’une histoire, que j’étais le seul à connaître...Ma liaison avec Daisy, la belle cousine d’Alexandra... Je restai interloqué. Comment savait-il ?Il me regardaitd’un oeil froid et aigu... Comme un artisteregarde un tableau en travail.
«Comment savez-vous ? » dis-je d’une voix mal assurée...
«Vous étiez virtuel jusqu’à cet instant... Vous êtes l’un de mes personnages, je peux vous le prouver! »
Il se leva,fouilla dans une serviette en cuir posée au pied de la table de la galerie, il en sortit unmanuscrit, et me le tendit... xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
« Ne paniquez pas, toute votre vie est là, mais vous n’êtes plus un personnage de roman, vous avez, je ne sais comment pris une autonomie non prévue par moi! Je vous avais inventé pour pouvoir parler de tout et de rien tranquillement, sans drames et sans accident!
Vous êtes incarné... Juste le genre de trucs auquel je ne crois pas ! Que je classe dans les cochonneries théologiques ! Vous êtes individualisé... Votre présence ici n’était pas prévue,dans mon texte, lisez, votre histoire s’arrête, il y a un mois environ. Lorsque qu’enfin vous avez peint un bon tableau... Depuis, vous m’avez probablement échappé! Il n’y a plus rien qui m’étonne! »
Je ne savais que répondre. Avait-il raison,oubien étais-ce une farce à la Dessauges? Je devais le mettre à l’épreuve...
«Savez vous ce que je pense ? »
«Non, vraiment pas dans le sens où vous l’entendez, je suppose que vous allez partir? »
«En effet,je vais essayer de vérifier si mes actions m’appartiennent où si elles sont des créations de votre imagination! » Je voulais savoir encore...
«Mon entourage existe-il ou est-il une de vos créations ? »
Dessauges paraissait pensif...
«Je ne sais plus, tout m’a échappé, sans que j’en sache quelque chose. Je me demande si je ne suis pas aussi virtuel! » Il ajouta : « Peut-être que cela est vrai... que chaque individu crée sa vie en passant du passé dans l’avenir, sans passer par le présent.
L’action passée disparaît dans un no man’s land, invérifiable... Prouver son existence est impossible, seul le témoignage de plusieurs personnes qui affirment que vous êtes bien là, ou pas là... pourrait être une preuve. De la paperasse officielle aussi! »
Dessauges parlait tout seul. Il paraissait préoccupé... Tout à coup il se leva :
«En partant voulez-vous casser le vase de fleurs... S’il reste brisé au sol après votre départ, vous existez... Je vous rendrai visite à votre atelier de Montparnasse et nous verrons comment les choses se présentent... »
Je restais silencieux... j’allais prendre le vase de fleurs et le jetai à terre devant la galeriste stupéfaite... Jesortis sans me retourner...

Moi Guy Dessauges l’innocent auteur touche à tout... être le créateur de cet arriviste intelligent, me troublais énormément... Je regardai le vase intact sur la table...La galeriste me demanda la voix tremblante:
« Dessauges, avez-vous vu le vaseen mille morceaux? Il me semble que j’ai eu des visions! »
Je pris un air étonné, je ne voulais pas l’entraîner dans mes rêveries farfelues :
« Oui, on a parfois la vision réalistede ce que l’on craint ou de ce que l’on désire. Il s’agit sans doute d’une hallucination collective. La réalité est vacillante, comme un rêve... Avez-vous vu le type, avec qui je viens de parler ? »
« Oui, bien sûr, il est un de vos amis ? »
Elle paraissait vraiment l’avoir vu...Une aventure étonnantes’annonçait... Ce Davidne ressemblait pas à mon personnage.
J’étaissurpris comme un auteur mis en présence des acteurs choisis, pour jouer son scénario dans un film,les personnages dont il était l’inventeur, il les renconte en chair et en os. La réalité rattrape la fiction.
Il est probablequeles personnages virtuels surprennent,en apparaissant dans la vie réelle. Ils ne sont pas comme on l’imagine... Ils sont différents... Je constatais que j’avais visualisé David comme un grand blond, parfois aussi, comme un petit noiraud! Or, il était de taille moyenne, 175 cm, aux cheveux bruns et aux yeux bleus... Alexandra, sa femme, comme une beauté espagnole.
Avant de continuer ce récit, je devais aller à Paris voir les tableaux de « mon David » et explorer son environnement. Je trouverais une solution à cette amphibologie.
Je n’avais pour toute adresse que Montparnasse, mais comme tous les artistes il allait certainement rôder dans les environs du Dôme, du Select et de la Rotonde... Sitôtarrivé, je me promenai avec plaisir dans le quartier de ma jeunesse... Le soir, en automne, c’est magique...
En passant devant les vitres du Select, je l’aperçus immédiatement. Il me vitetfit un geste amical m’invitant à le rejoindre à sa table. Il n’était pas étonné de me voir. Je fus présenté à ses compagnons,je reconnus Alexandra telle que je l’avaisimaginée... Beauté espagnole, cheveux tirés, de grands yeux noirs...
David me présenta: « C’est Dessauges l’auteur de nos jours... Paraît-il »
Un des convives était un joyeux psychiatre, Dr. Geist, ami d’enfance de David ; sa blondeamie paraissait dépressive... On commença à parler de David et de mon manuscrit, que certainement personne n’avait jamais lu... mais dont David avait parlé.
Je sortis les quelques feuillets, 35 pages, de ma serviette, et les tendis sans mot dire au psychiatre. Celui-ci n’existait pas dans mon histoire! Un personnage annexe ? Il y avait peut-être un problème en vue...
Nous étions curieux les uns des autres. Mais je prenais les choses au sérieux, les autres pensaient visiblement qu’il s’agissait d’un nouveau jeu de société... La dernière blague à la mode... Qui est qui?
Je pensais à des coïncidences extraordinaires, au destin... auquel je n’ai jamais cru... A une hallucination collective. Une seule chose me donnait le courage de cet affrontement, c’était une intense curiosité... Geistfinit de lire et tendit les feuilles à David. Il avait l’air mi-figue mi-raisin... Il allait faire mon procès, c’est évident...
Pendant que David relisait son histoire, on parlait de la vie artistique parisienne, des potins à la mode et le toutqui intéresse les gens riches. Je réalisais que j’étais fourré dans une drôle de farce, une farce à la Dessauges.
J’avais envie de laisser tomber... Pardonné d’avance! David me tendit le manuscrit... Il était frappé par la similitude de sa vie avec mon histoire.
Il proposa que jecontinue d’écrire son histoire, de déposer les pages futures entre les mains d’un notaire et de contrôler plus tard, disons dans un an, si mon histoire correspondait à la sienne... Un défi? Je le relevai en riant :
« Si cela correspond, vous me donner un million de dollars, puisque je vous ai fait devenir riche »!
« Paris tenu, si vous perdez,je veux un tableau »
David souriait gentiment, il n’y croyait pas.On parla d’intuition, de prévisions, de prémonition, de magie, de visions et d’astrologie... Le monde est attiré par les choses mystérieuses, dans l’état d’ignorance où nous sommes, cela est assez normal!
J’ai passé une soirée épatante, avec ces jeunes, (jeunes pour moi... j’ai 80 ans)! Mais, je ne les fais pas, dit-on... Personne ne m’a pris au sérieux. Heureusement, car si je perdais mon pari, je ne serais pas humilié... Je serais un farceur.
J’étais dans le doute, car la réalité matérielle est si proche, si préhensiblequ’elle déformela « fiction » la mieux ficelée, comme un écran de fumée.
Le lendemain, j’allai voir les tableaux de David à son atelier. Un atelier de cinq cent mètres carrés... Des tableaux « à laDessauges » bâclés. Je n’avais rien écrit là-dessus... Je ne dis rien, David ne se faisait pas d’illusion, il s’excusa de m’avoir dérangé pour si peu.
Je le quittai précipitamment, car je ne voulais pas être influencé par sa réalité physique... En retournant en Suisse, je me demandais si je n’avais pas déjà trop vu David... Il se superposait sur ma création virtuelle, comme deux négatifs presque semblable.J’aurais de la peine à retrouver ma liberté d’écriture, vis à vis de ce personnage... Je ne pouvais certes pas prétendre que David c’était moi...
Pour trancher, avec mon récit précédent, plutôt pépère,j’allais continuer son histoire, relatantun bouleversement radical. Un tournantdans sa vie. Quelque chose d’inattendu. Si les événements décritscorrespondaient à la réalité, alors on pourrait dire que j’aurai gagné mon pari. Les inexactitudes décideraient de la véracitédu récit. Je considérais toujours David comme une création virtuelle.
Je découvris la raisonde cette rencontre... Dans mon texte, j’avais mis David sur ma piste en citant mon nom, en relation avec ma technique de peinture, ce fut une faute, qui lui permit d’entrer en rapport avec moi. Une action autonome inexplicable. Je cherchais des explications, mais c’était peine perdue, quoique je fasse, je raisonnais mal. Que je gagne le pari, ou pas, l’un de nous était de trop.
Avant de tout casser, il fallait évaluer les valeurs! Respecte ceux qui te supportent...
D’un autre côté je ne savais plus très bien où aller avec ce Davidphysiquement encombrant. Son apparition allait fausser mon futur texte...
Je choisis une manière de continuer son histoire, en m’installant progressivement dans sa personne, j’allais l’effacer lentement de l’intérieur et me glisser subrepticement dans sa personnalité. Arrivé àun certain point, je saurais s’il était ma création virtuelle... ou s’il était une coïncidencehasardeuse existant personnellement en chair et en os!
Je me demandais si c’était la bonne voie, il y avait un risque de destruction mutuelle.
Si l’on veut être intransigeant avec la vérité et les miracles quotidiens, la naissance d’un bébé est plus mystérieuse, que l’apparition de David en chair et en os après avoir existé virtuellementdans mon manuscrit...
La nature crée des prodiges, du minuscule virus, à la baleine de 50 tonnes... chaque seconde, par milliards, sans explications logiques, nous trouvons cela normal et naturel... Je commençais à y croire! Toute la nature du monde passe par notre petit cerveau gélatineux, après avoir traversé l’œil minuscule... pas très fiable comme instrument! Notre perception du monde matériel est partielle, furtive et sommaire... Pour essayer de comprendre un peu les choses, l’on doit faire des théories, elle- mêmes aussi douteuses et sommaires...
D’où vient donc tout cela ? On ne le saura jamais, c’est certain... La nature crée des êtres, (nous) ces êtres construisent des robots stupides, lourds et encombrants. David était peut-être une nouvelle sorte de robot biologique, en chair et en os!
S’il jouissait d’une certaine autonomie, il ressemblerait à un être humain normal. Si non il sortirait de mon cerveau comme l’incarnation, la matérialisation d’un fantasme... Cela ne tenait pas debout,trop simpliste... Puante théologie !
Pourtant tout arrive dans notre cerveau gélatineux par le point focal de notre oeil, et tout en sort! Un moustique où un Boïng 727... A chacun son choix.
J’avais beau tourner le problème dans tous les sens, je ne trouvait pas de réponses raisonnables...
Parle détour de phrases mystiques ou métaphysiques, on fait tenir des noix sur un bâton... Ce n’était pas mon truc.
Epris de vérité, si humble soit-elle, je ne voulais pas tricher comme un théologien. Malgré l’existence parallèle de David, celui-ci n’était pas une preuve.
Dans notre société un homme sans papiers n’existe pas. Il n’est personne. Comme ces réfugiés sans identité, errant dans les aérodromes pendant des années, qui ne sont rien...Pourtant, ils existent malgré tout!
David, ma création, s’était échappé de mon imagination, il fallait que je le récupère, qu’il réintègre sa place dans mon texte. Pour cela, je devais continuer à le faire agir selon ma fantaisie, comme si de rien n’était.Son apparition avait démantelé mon système d’écriture. J’allais être obligé, malgré moi, de tenir compte de son « existence matérielle »
C’était une grande gêne... Comme si j’avais écrit un texte poétique et que je devais subitement le continuer par un texte technique... J’avais perdu ma liberté. Lorsque l’on tient un personnage virtuel, on peut en principe, lui faire faire, presque n’importe quoi. Il est votre esclave,comme un soldat docile, sans volonté propre. Mon David incarné paraissait trop indépendant pour se laisser manipuler sans résistance.
Pour me stabiliser, j’imaginais deux sortes de personnages virtuels, celui du texte déjà écrit, et le futur David lui aussi en écriture. Ainsi, il me semblait avoir les choses en mains. Une fiction, plus une fiction, cela faisait-il une demi-vérité? Découragé, je découvrais que je ne pouvais pas tricher. Une histoire bien ficelée doit avoir un semblant de vérité.
Un problème technique serait que David incarné assiste à un événement qu’il serait seul à savoir, la suite des événements pourrait être différente de ma version sur le David virtuel ! Cela à condition qu’il existe deux David.
Je ferais bien de me méfier de mon David, le David incarné devrait logiquement mener le jeu...
Il a des amis que j’ignore, qui sont des témoins irrévocables... Il tient les meilleures cartes. Malgré toutes mes ruses, c’est moi qui passerai pour un tricheur.
Tout était de ma faute... j’avais maltraité le personnage, à peine une description, peu ou pas de ses pensées, une rédaction distante, comme un rapportde police... J’étais bien prés de renoncer, lorsque je me suis regardé dans un miroir...
Ma gueule de vieillard ravagé, sans force ni courage... Je devaisbotter ledestin, et écrire les quelques pages qui allaient sceller nos destinées. Voici le scénario.
David prépare une exposition, il est convaincu de faire un tabac. Comme Max, l’inventeur du carré,il sait queles critiques sont mal payés, il met le paquet. La crème internationale de la critique à 30 centimes la ligne,veule et célèbre, est à ses pieds. Pour un article à cinq cents balles, il allonge cinq mille!
En deux semaines il est devenu la découverte du siècle. Il participe à la biennale de Sao Paulo... Il obtient le grand prix sans coup férir... Pas cher ces spécialistes de l’art...
Il vend tous ses tableaux, mais pas à ceux qu’il voudrait !
Seuls les lécheurs fils à papa, à Ferrari et les gigolos à Porsche qui achètent et ne payent jamais...
Pas un collectionneur, ne bouge une patte. Dans ce milieu, l’argent ne compte pas... David est resté en panne. Un arriviste, un minable... avec ses petits millions qui n’épatent personne. Il pourrait faire un riche mariage, mais c’est déjà fait... Il est célèbre ? Cela depuis longtemps. Iln’est pas découragé pour autant, la bonne opinion qu’il a delui-même, rayonne tous azimuts, cela lui suffit. Mais il s’ennuie, il doit avoir une activité...
Il loue un gourou indou, un allumé qui lui donne des cours de yoga, le contraire de son caractère. Il cherche vainement à dissoudre sa personnalité dans un nirvâna triste et gris...
Lui le fort, ne fait que s’affaiblir, ... (C’est mon piège) Il va rapidement devenir semblable à une matière malléable sans force et sans désir. Une sorte de dépression Joganest... Son marasme lui semble spirituel, être ramolli lui paraît divin. Je n’ai pas rempli une page, que le pauvre David est à ma merci! J’ai évité de décrire son entourage, ses nouveaux amis, ses nouvelles affaires. Autant de pierres d’achoppement que je dois éviter.
J’en ai assez dit. J’ai d’autres choses à faire. Je dépose la page de mes prévisions chez le notaire, et je commence un nouveau roman, plus marrant, celui-là...
Il reste un an pour vérifier mes prévisions, pour moi c’est long, avec mes 80 ans! Mais je patiente avec un creux d’inquiétude à l’estomac...
Je vis relativementisolé, et je n’ai aucun contact avec le monde artistique que je connaissais bien dans le temps.Pourtant j’apprends, avec satisfaction, les succès fracassants de David... Il y a toujours un vieux pote qui téléphone et vous raconte les potins du jour.
Les événements se précipitent... David, fait savoir au monde qu’il est en train de se dissoudre dans le nirvâna et que le « rien » est son domaine... Rien que ça... Vantard!
Je sens le moment du non-dit arriver... qui sera mon estocade.
Je suis rassuré, ces événements, sont dans mon manuscrit chez le notaire, tout va selon ma volonté. Mon plan est risqué, mais je n’ai pas une autre alternative, pour réaliser le vieux rêve des hommes, depuis des temps immémoriaux... Rajeunir subitement ;changer si possibled’aspect, amélioration dans toutes les directions.
La page déposée chez le notaire avait peu d’importance. Je gagnerais mon pari...
J’allais tenter une expérience, que j’étais seul à pouvoir mener. me glisser dans le cerveau de David, ma création,au moment où il serait en méditation nulle... C’est à dire, proched’un nirvâna anéantissant...
J’allais réaliser la phrase mystérieuse de Flaubert «Madame Bovary c’est moi » Ce que les gens ont pris pour une boutade, n’était qu’une profonde vérité. Lui se réalisait dans une jolie femme, et moi j’allais simplement changer de peau.
En arrivant dans la villa de David, au bord de la mer, à Menton, je savais qu’il était en compagnie de son gourou. J’entrais dans la villa sans éveiller l’attention, il était six heures du matin, une belle matinée d’été s’annonçait... Mon dernier jour de vieillesse. Devant l’entrée, les chiens regardaient ailleurs, ils savaient... J’entrais dans la pièce des méditations, sans attirer l’attention. je me mis derrière David en position de Yoga ;je senti comme une aspiration venant du vide de son cerveau et je m’installais dans un espace vide...rose et bleu...
Je mis un certain temps à ajuster les connections électromagnétiques et tout à coup je vis mon corps de vieillard s’effondrer sur lui-même... Je sentis une grande jubilation envahir mon esprit... J’étais installé dans un corps encore jeune 54 ans... Et j’allais vivre la vie d’un personnage que j’avais créé...
J’étais riche, ma vie de « gagne petit » était finie. Je ne regrettais rien, en regardant ma dépouille à mes pieds...
Je ne m’étais pas emparé du corps et de l’esprit de David, j’avais repris mon bien...
En même temps que je m’installais,j’effaçais tous les souvenirs de David, il ne pourrait pas exister de compatibilité entre son personnage virtuel et moi... Nous étions trop différents. Il n’avait été qu’une enveloppe, sans existence réelle. Un personnage de roman. Une domestique indoue apportait du thé et des biscottes, elle posa le plateau sur un guéridon, sans accorder le moindre regard à mon corps étalé par terre. Elle devait penser que c’était un adepte du yoga dans une position particulière. Je dépliai mes jambes, et j’envoyai une forte tape dans le dos de mon gourou...
Finie la comédie. Je me levai et lui demandai quand il voulait prendre son avion pour les Indes superstitieuses, sacrées et fumeuse... Il ne comprit rien, car j’avais parlé en français, David parlait plusieurs langues !
J’étais pris au piège. Je devrais inventer rapidement une bonne raison d’avoir oublié toutes mes langues ! Je trouvai... Le yoga qui vide la cervelle ; on n’a pas besoin d’être polyglotte pour entrer dans le rien du nirvâna!
Grâce à la lubie de David, j’allais donner des explications fumeuses aux nombreuses modifications que les gens allaient immanquablement remarquer chez moi. Je considérais ces événements comme un retour aux normes que j’avais créées. Mais tout en sachant que ce n’était que faux semblants.
Des différences de caractères allaient sauter aux yeux des proches de David.L’auteur Dessauges disparu, j’étais débarrassé d’un sacré poids...
Les jours suivants, je découvris avec inquiétudeque j’avais gardé ma signature, ma griffe ! Il fallait m’exercer à reproduire la signature de David qui heureusement était facile à imiter... Je ne connaissais rien aux affaires, il fallait apprendre un minimum sur ces questions.
Presque tout était en immobilier... C’est ce que j’avais écrit ! Mais dans les papiers que je découvrais il existait des masses d’affaires dont j’ignorais tout! « Mon David » avait trouvé son autonomie, beaucoup plus tôt que dans mon texte...
Je ne trouvais le codeclef du computer que grâce à une vieille secrétaire digne dame, dont j’ignorais tout, qui vint un matin enregistrer des dossiers dans la machine. Je mémorisai le code en suant à grosses gouttes... Heureusement que la vieille dame me signala que le code était changé chaque semaine selon un systèmeassez simple! La date du jour! Je jouissais d’une certaine liberté car David avec ses lubies successives, avait fait tout ce qu’il voulait sans se soucier des ragots...
Une dizaine de jours après mon « intrusion »,rentrant d’une promenade, pour me familiariser avec mon nouveau corps, je me trouvais nez à nez avec Alexandra.. Sa femme, pardon la mienne... maintenant! Frustré par des années de vieillesse studieuse, je fus pris d’un désir fou, enfin une femme à mon goût, créée par moi-même... Alexandra s’avérait être une sacrée panthère... Après avoir repris notre souffle, jelui racontai la mort de Dessauges. Un crise de cœur.
Je l’avais fait enterrer au fond du jardin, dans un petit temple consacré au Dieu du changement, Hermès... Le pari était perdu, on était débarrassé de cet auteur... père importun.
L’atelier de Dessauges à Zurich allait être liquidé, je projetais de racheter le tout, 400 tableaux, pour huit cent mille francs...Une bouchée de pain.
Tout à coup je remarquai le regard surpris et interrogateur d’Alexandra... Je parlais comme Dessauges... je faisais les mêmes gestes, j’usais du même vocabulaire,comme à Paris lorsqu’elle l’avait rencontré pour la première et la dernière fois... Elle me dit que j’avais sans doute été sérieusement impressionné par cet artiste... Abrité dans le corps de David, je me croyais hors d’atteinte. Pour mes proches, qui me connaissaient bien, je devais avoir changé. Pour le psychiatre Geist, ami d’enfance, je devais faire attention... Ma vie de farfelu pouvait donner le change. Finalement David était intelligent, il fallait en tenir compte.
Mon texte à la première personne avait construit une image réelle qui m’avait dépassé,je devais ressembler au plus près à cette image. J’avais tiré le diable par la queue pendant ma vie de Dessauges artiste, maintenant la revanche. Dans le garage il y avait des voitures de luxe, j’allais en profiter.
Le carnet de David était rempli de signes cabalistiques, tout était codé, j’espérais ne pas avoir de mauvaises surprises! Mon David avait des femmes dans chaque port, mais au bout de trois semaines personne n’avait téléphoné! A part, des fiduciaires en rapport avec les biens immobiliers.
Je découvrais que David n’avait pas d’amis... (J’avais oublié d’écrire qu’il avait des amis partout dans le monde.)Ce qui était logique pour un aventurier...
Je décidai de commencer un journal quotidien, en notant tous les détails de ma vie, depuis mon installation dans le corps de David. Je devraispercevoir ainsi certaines différences même minimes entre ma création et moi. Je n’étais pas comme une main dans un gant en caoutchouc, il y avait 80 kilos d’un David avec des milliards de cellules pas virtuelles du tout! Les cellules de son cerveau étaient en grande partie occupées à sa survie physique, le système neurovégétatif.Mais dans le domaine furtif des pensées, et de son développement intellectuel, il pourrait y avoir des surprises.Trois mois passent vite.
J’en étais au point de la stagnation vaniteuse... Cela n’était pas moi, c’était David... Je devais reconnaître que j’avais fait une erreur en inventant un droit à la possession sur le personnage de David ma création.
Cette faute grotesque venait de moi, j’avais agi comme un père, auteur autoritaire, sans me soucier du droit à la vie autonome de David. Ses critiques sur tout et encore tout, étaient de moi...
Ma seule excuse pouvait être la curiosité. Tout autre prétexte était futile. La vanité étant due au refoulement de la culpabilité. Je devais trouver une fin heureuse pour tout le monde comme dans un film américain.
Malheureusement mon corps était dans un tombeau au fond du jardin, et la fin heureuse n’était que pour David...
A force de justifications, je parviendrais à ne plus me sentir coupable... Laissons faire le temps.Je n’ai pas le choix.
J’ai toujours 80 ans, et pas de corps personnel. Le corps que j’utilise n’est qu’une enveloppe ;une voiture neuve entre les mains d’un vieillard, ne rajeunit pas celui-ci!
La seule certitude... Le personnage de David est bien ma création. Il est à cheval entre sa réalité, de personnage de roman et son autonomie. Situation qui m’a échappé, et qui m’échappera toujours.
On peut faire une comparaison entre ma situation d’auteur et l’inventeur de la bombe atomique... Elle sort de son esprit, il en était porteur. Elle est réalisée dans tous ses détails et sitôt construite, elle échappe totalement à son inventeur!
Je devais être attentif et surveiller mes pensées, car il était possible qu’elles influencent la matière. A peine articulée une pensée peut être là et agir à l’envers de ce que l’on voulait. Je réalisai subitement que le fait de penser à David pourrait bien le réactiver... Là, était le point faible!
Je découvris avec stupéfaction que le David incarné était plus riche qu’on ne le pensait. Il faisait partie des super riches (Plus de 30 milliards) Il était devenu discret.
Il avait créé un amalgame de groupes financiers, dont il tirait toutes les ficelles. Plus j’avançais dans mes découvertes plus je mesurais la faiblesse de ma position. Je commençais, par doter de capitaux considérables toutes sortes d’institutions... La vieille secrétaire me regarda d’un air soupçonneux, lorsque je lui donnai l’ordre de faire un don considérable à l’union des chauves pour le port de la barbe...
Deux semaines après, jepeignais dans le grand atelier de Montparnasse.Alexandra vint me voir, entre deux voyages. Elle vit immédiatement que son David ne pouvait pas peindre des tableaux de ce niveau... Depuis cet instant elle me regardait avec des yeux étonnés. Elle parut encore plus étonnée, lorsque je refusai impérativement d’exposer dans l’une des galeries la plus célèbre du monde. Pour la simple raison, que cette galerie m’apartenait... Dans le monde de la finance anonyme on ne sait plus qui est à qui! Elle avait l’intentionde donner une fête dans l’un de ses hôtels,elle me montra sa liste... Je biffai une dizaine de noms, en lui expliquant pourquoi je ne voulais plus voir ces gens...
Elle accepta sans discuter,c’est juste après son départ, que je réalisais que David avait repris les rênes... Il était là bien éveillé, comme une seconde nature, silencieuse et discrète... Pour décider avec cette autorité, sans hésitation, il devait être en pleine forme depuis longtemps. Peut-être, qu’il n’avait jamais été dans le coma... Il avait dû se moquer de moi, pauvrefanfaron, qui croyait avoir gagné la partie... Je transpirais à grosses gouttes... Façon de parler bien sûr!
Il ne manquait plus que j’entende des voix, et j’étais bon pour l’asile. Je m’était installé dans une petite partie du cerveau, sans doute par timidité! J’aurais dû m’étaler sans ménagement, partout... comme un propriétaire légitime. Je pensais comme d’habitude, je me posais des questions, en espérant ne pas avoir de réponse...
Pour l’instant il n’y avait pas de confrontation entre nos deux personnalités... Pas de dialogue... Pas de voix caverneuses et menaçantes... Lorsque j’avais biffé sur la liste, les noms des personnes indésirables, il ne s’agissait peut-être que la réaction nerveuse d’une mémoireintacte, une machine! Elle réagit elle même, sans préméditation! Sans volonté.
Lorsque je lisais les papiers d’affaires de David, je me trouvais en terrain connu, je comprenais de quoi il s’agissait. Mon égocentrisme de vieillard frustré reprenait toujours le dessus, il était toujours actif. Ce qui me soutenait c’était la légitimité de l’auteur, j’avais le droit moral sur ma créature!
Un détail me chiffonnait :,l’existence physique de David incarné, avait-elle commencé au début de mon écritureou beaucoup plus tard... S’il avait vécu 45 à 5o ans en quelques semaines, le temps de mon écriture,il existait probablementdes temps différents...
D’où sortait-il, lorsqu’il était venu me demander des leçons de peinture... D’une page écrite oude la société ? D’un « monde parallèle » Identique au nôtre, mais pouvant être corrigé de temps à autre comme un texte?... Ma vie d’artiste ne fut pas continue, elle suivit des chemins variés, ayant d’autres aboutissements.
J’optai pour le « monde » corrigible et parallèle. Cela m’arrangeait. Dans l’étrange aventure que je vivais, tout était possible, il fallait sauter par-dessus les obstacles... Je n’allais pas chipoter avec les détails.
Une explication possible, vraisemblable,était que David avait vécu une vie normale et je l’avais happé en route, comme un photographe fixe un événement au passage.
J’étais monté dans un train en route! Je l’avais redessiné sans le connaître, en restant très près de lui dans sa logique... C’est pourquoi il y avait des inexactitudes entre sa vie etmon texte.
Il existe beaucoup d’arrivistes qui ont du talent et qui sont intelligents, comme il y a beaucoup de Madame Bovary... Le puzzle prenait forme... Ce n’était plus un portrait grotesque de Picasso. Cela ressemblait à un portrait cruel et vraide Goya...
Mais tout cela n’expliquait pas la présence de mon esprit dans le cerveau de David. La volonté du vieillard en train de s’effacer et qui s’accrochait mordicus à la vie... Par tous les moyens.
Peut-êtren’étais-je qu’une création de David,en train de penser à Dessauges. Lequel créait l’autre? Lorsque j’étais mort c’estDavid qui a porté mon corps dans le temple d’Hermès,au fond de sa propriété.
J’étais toujours coincé entre la physique et la métaphysique. Je me posais des questions impossibles. Pourquoi étais-je né ? Pourquoi la vie et la mort ? Toutes ces questions sont extrêmement stupides... plus encore les réponses des hommes!
Lorsqu’on lit les textes pondus par les théologiens de toutes les religions, l’on a l’impression de lire des histoires d’alcooliques en pleine crise de delirium tremens!
Sur les stèles des temples égyptiens on lit des récits d’une bêtise extrême. Du genre : « Le Pharaon Amènetonfric 2a tué douze lions avant son petit déjeuner » Pauvre Champollion, qui a traduit ces bêtises...Ne parlons pas des saintes écritures des autres religions!
Je ne vais pas faire la liste des superstitions et des mensonges ésotériquesde notre planète de singes, on en couvrirait les pyramides...
Il y a des moments où l’histoire des civilisations s’arrête, détruite par la bêtise. Le sable recouvre tout ce que les hommes ont créé, et c’est très bien ainsi.
Je souhaitais me tromper, je n’avais aucune envie que l’un surveille l’autre;que David regarde mes cartes d’un oeil critique, et moi les siennes d’unair ironique. Cela deviendrait rapidement insupportable. Sans plaisanter, je pensais que deux morts peuvent très bien faire un bon vivant... Question d’organisation. Mon atelier à Zurich était vide. J’y allais parfois regarder mes vieux tableaux, ils n’étaient pas mal, Je ne vais pas les détruire.
Je vais créer une fondation pour que tout reste comme avant, même l’ordinateur près de la fenêtre. Des gens dévoués vont s’en occuper. Plus personne ne se soucie de moi, à peine disparu, je suis déjà oublié. Je suis plus à l’aise dans l’atelier de cinq cent mètres carrés de Montparnasse. L’ami d’enfance de David, le psychiatre Geist, a refait son apparition. Il a remarqué les changements mais il reste perplexe. Ma présence physique est tellement évidente, qu’on ne peut s’imaginer un piratage psychique!
Je l’ai salué en faisant une plaisanterie : « Heilige Geist » il a sourit...c’était uneplaisanterie de jeunesse ! Un effet surgissant de la mémoire de David!
Je me rassurais, cette mémoire faisait partie du système nerveux, elle existait sans personnalisation, comme un catalogue. Mais mon David virtuel n’existait que virtuellement. Le David que j’occupais au hasard d’un profond nirvaâna, avait de fortes ressemblances avec mon David, mais il n’était pas mon David personnage de roman. Il n’était vraisemblablement qu’une coïncidence.
Je n’étais qu’un usurpateur, qui avait profité d’un moment d’absence de son moi en dissolution...
Il ne l’avait pas volé, quelle idée idiote et perverse de rechercher le nirvâna lorsqu’on a tout!Je filais du mauvais coton!
Pendant qu’on y est, je continue la liste des craintes... La mémoire de David, sa connaissance des langues, risquait d’amoindrir la mienne par atrophie, cela jusqu’à sa disparition...
J’avais pris à la légère, les multiples talents de David incarné. De ce côté là,je n’étais pas de taille! Théoriquement, je maîtrisais mon David virtuel par l’écriture,maisdès que je tentais d’écrire, j’étais paralysé par la crainte d’ajouter des erreurs aux autres, il y en avait déjà assez! Le doute et l’hésitation sont les pires vertus, a dit le Général Finfin! Je me transformais en un gigantesque point d’interrogation. Une grande partie de David incarné m’échappait.
Comment vérifier nos positions, dans ce vaste univers qu’est un cerveau, avec ses milliards de synapses et autres choses microscopiques. Lorsque l’on est dans une bibliothèque, on ne sait rien, avant d’en avoir lu les livres. Et toujours rien, avant de les avoir compris. Vaste programme!
Toutes ces pensées éparses se sont déroulées pendant un certain laps de temps. Sans entrer dans les détails, je n’ai rien fait de valable, à part distribuer des sommes immenses à toutes les fondations charitables possibles, avec l’aide de la vieille secrétaire, Mlle Grognon, qui me trouvait trop généreux...
J’usais sans scrupules de la mémoire statique de David, comme celle d’un dictionnaire. Une réserve de données très utiles...
Le guru de David était revenu pour essayer de me convaincre de rechercher un nirvâna véritable. Malgré son détachement du monde et des objets matériels, il n’avait jamais assez d’argent pour subventionner son temple aux Indes...
Son école du rien coûtait assez cher, dans ce sens, l’état ne fait pas autrement.
Il était vieux,un soir il mourut dans la position N°27... Il était tellement desséché qu’il restait assis, sans se décomposer, les yeux fermés, comme s’il dormait. Je le giclai au pistolet avec du polyester, le fit dorer 18 carats par électrolyse... Puis l’expédiait aux Indes dans son temple du rien... La presse indoue fit des compliments délirants sur la qualité artistique de cette sculpture, personne ne se doutait que le guru était à l’intérieur...
Les mauvais tableaux du David incarné furentretirés du marché et soigneusement incinéré. Depuis ma disparition...les œuvres de Dessauges montaient en valeur, sans aucune aide financière, ni tricherie.
Parfois je rêvais que j’étais retourné dans ma vieille peau, avec un sentiment de délivrance immense. Mon esprit avait 80 ans, dans un corps de 50...
Il y avait une distorsion entre moi et mon support! Probablement que le syndrome de Flaubert m’avait atteint... Le mien était différent, je restais prisonnier de mon personnage. Ce n’était pas une attitude, une pose...littéraire! Au début, mon intrusion dans un monde financier complètement exotique,m’avais changé les idées. Maintenant je n’avais plus envie de jouer. Les choses de l’argent sont grises et mornes.
N’aimant pas les enfants, je ne m’occupais jamais de mon fils. Mlle Grognon n’oubliait ni les anniversaires, ni lescadeaux, de ce côté, j’étais paré! Le jet privé restait inutilisé.Les voitures de luxe me semblaient être du mauvais goût des parvenus,
(dont j’étais). Le seul ami qui trouvait porte ouverte chez moi, était Geist le copain d’enfance de David. Prétextant des troubles de mémoires, je le questionnais sur nos années d’études à Lausanne et à Zurich. On avait surtout couru les filles.
Il me semblait entendre des critiques sur mon histoire du David virtuel, arriviste chanceux, je n’avais pas écrit un mot sur sa jeunesse, de sa naissance à son irruption, dans la vie d’Alexandra sur le parking du Grand-Hôtel...
Une partie de ce texte correspondait assez bien au personnage du David incarné, d’autres parties étaient nouvelles pour moi!
Exactement, où avaitcommencé le dérapage, difficile à dire. Probablement qu’il s’était passé quelque chose au moment desa première visite pour me demander des leçons de peinture. Je n’aurais jamais dû me mettre en scène dans ce récit. Une idéevaniteuse... Cela avait été la chute, dans un engrenage, d’où je ne sortirais pas facilement.
Explication boiteuse, je pourrais prétendre que j’ai happé un personnage existant, que j’ai installé dans mon histoire. Puis les choses se sont développées comme l’on sait.
Une logique fatale a fait se rencontrer les deux David. L’un dans mon texte et l’autre dans la vie... Parla demande de leçons de peinture.
Si je n’avais pas réagi à cette première rencontre, si j’avais haussé les épaules, il ne se serait rien passé. J’aurais continué mon histoire, et David aurait vécu sa vie hors de mon chemin. A chacun son destin.
Je cherchais avecassiduité, le pourquoi et le comment, pour me soulager de cette position en porte à faux, qui me donnait des crampes d’estomac...
Je n’étais pas chez moi, et nulle part ailleurs! Un matin le chef jardinier vint me trouver, il partait à la retraite, il m’avoua, l’air gêné que le tombeau de Dessauges, dans le temple d’Hermès, était vide depuis le premier jour...Il l’avait refermé, Il avait pensé à un transfert, il me dit cela, car il voulait en avoir le cœur net!
Timidement, il ajouta qu’un vieux monsieur dont l’origine était inconnue... vivait depuis des années dans un asile psychiatrique à Menton où travaillait sa sœur comme infirmière...
Ce vieux monsieur souffrait d’amnésie et il était très gentil, il peignait des jolis tableaux, du même genre que les miens!
Ce vieux monsieur avait été trouvé errant dans les rues, vêtu d’un péplum romain, et malgré toutes les recherches de la police, personne ne l’avait réclamé...
Je restai immobile foudroyé... Mon corps... Dessauges était vivant... Je commandai le chauffeur,le jardinier et moi sommes allés illico, voir ce vieux monsieur... Je me demandais comment j’allais réagir en face de moi-même... de mon corps...privé d’une partie de son esprit, car s’il peignait, il était resté encore quelque chose de son esprit...
Il était l’heure du goûter, en entrant, je vis mon corps assis à une table en compagnie de types bizarres qui avaient l’air de bien s’amuser aux histoires que Dessauges leur racontait...
En compagnie de la sœur du jardinier, nous nous sommes approchés, tout à coup Dessauges m’aperçut, il sourit et me salua poliment, il dit alors :
- Il me semble que nous nous connaissons déjà... J’étais ému et bouleversé... Je lui fit une vigoureuse accoladetout en lui disant, qu’en effet, nous étions de vieilles connaissances... de très vieilles connaissances... J’emmenai Dessauges, à la villa, il disposait d’une dépendance et d’un atelier. Mais il voulait rejoindre ses copains tous les jours à l’heure du thé. je constatais rapidement que ces fous ne l’étaient pas, je ne sais quel jugement aberrant les avait placés dans cet asile... Je fis une donation pour améliorer l’ordinaire et refaire les chambres. Je regardais Dessauges avec étonnement, ce vieillard était moi-même... Ce corps me faisait pitié. je n’avais pas envie de retourner dans cette épave. Je m’étais évadé sans tout emporter, car il était encore vif et pouvait parler mieux quebeaucoup d’autres infirmes.
Mais j’ai eu un choc lorsqu’un jour, il me regarda attentivement et dit abruptement :
-Tu devrais laisser David en paix, il n’est pas ta chose, ilest un personnageautonome...
Cette fois je ne sus que répondre, toutes mes théories s’effondraient comme un château de cartes! Je finis par lui demander , la voix tremblante :
-Comment est-tu dans ta peau ? Il hésita un instant... puis :
-Je suis bien, un peu simplifié, pourrais-je dire ; mais avec ce que tu m’a laissé,je suis bien... Je ne peux plus écrire, mais c’est sans importance. J’ai retrouvé la joie de peindre.
Je retrouvais mon calme avec peine... Dessauges était bien moi. Mais David, pas du tout !
Il était la création autonome d’un personnage de roman, comme on est le fils autonome de son père... Tout simplement! On lui ressemble vaguement, mais cela s’arrête là.
Combien de fois j’ai été frappé par les grandes différences entre un père et ses fils... A chaque génération la vie repart à zéro... Jerépliquais durement :
-Mon cher Dessauges, je ne veux pas retourner chez nous, (j’appuyais sur le nous) Ton corps est vieux et décrépit. Tu va bientôt mourir... je reste chez David! Cet idiot s’est perdu dans le nirvana,qu’il y reste, on se passe très bien de lui... Je le referai à mon image...
-Je pense que tu as raison, je n’ai plus d’avenir, mais fais attention au retour de flamme... Tu n’as pas tous les droits. Dessauges haussa les épaules et retourna dans son atelier...
Alexandra vint quelques jours avec notre fils,elle fut ravie de voir Dessauges ressuscité... Elle fit la remarque que je ressemblait mentalement beaucoup à cet artiste... Son influence sans doute... Tu parles!
Je me demandais en combien de parties on se partageait... Dessauges était une faible partie, Un petit quantum... Il naviguait dans la moyenne. Il avait trouvé une paix mentale, comme après une lobotomie... David avait certainement plus de quantum.
Maintenant une question lancinante se posait : je ne vivais encore,que parce que Dessauges était vivant... qu’arriverait-il s’il mourrait, m’entraînerait-il dans la mort. Je croyais en l’esprit comme un épiphénomène de son propre corps matériel,pas celui d’un autre!
Le transfert de mon esprit dans un personnage de roman n’était que virtuel, comme le personnage lui-même... Cette farce ne survivrait pas à la disparition des partenaires. Le seul objet, survivant sera l’histoire écrite, sur une feuille morte, une bien fragile vérité... Un souvenir que le temps effacera aussi comme une vieille photo jaunie. Une situation schizophrénique.
Je voyais mon esprit retourner dans mon corps et David revenir de son nirvâna, sans se douter que j’y avait vécu pendant des années... Je décrirais son réveil, ses pensées, ses actions, je serais à nouveau son auteur, il redeviendrait un personnage de roman, une page écrite, autant dire... du vent! La banalisation monstrueuse...
Toutes les choses de la vie sont des illusions de l’esprit. La maya du monde, disent les Indiens indous, un beau rêve ou un cauchemar. Je sais cela et d’autres choses aussi.
Cela ressemble à Las Vegas... Celupanar américain représente bien l’illusion du monde, un cirque sans morale, sans complexes, sans scrupules, écrasant de bêtise,estaussi une vérité ; une mythologie moderne, mélange de toutes les turpitudes humaines... Le désir et la haine à l’état pur... C’est le miroir de la cruelle et innocente âme humaine.
Nous étions trois entités, moi, l’auteur... puisDessauges l’artiste... et David la créature existante et virtuelle. Trois illusions... A la fin il ne restera qu’un cadavre. C’est cela la vérité. Elle est en accord avec la relativité...des interactions contradictoires de la vie.
A ce jeu cruel, il restera un gagnant, un tricheur, comme dans la mythologie. Mais sans hiérarchie, ni Zeus le grec, ni Jupiter le Romain, ni Dieu pour tous, ni maître... Ni comptabilité du bien et du mal. On est tous égaux du début à la fin, dans ce naufrage permanent qu’est la vie.Voir le radeau de la Méduse!
Et ensuite, cela recommence, les programmes génétiques sont légions, les virus aussi, sans compter les braves microbes prêt à tout, pour le pire et le meilleur.
A partcela, il y a l’action... les actions mauvaises ou bonnes, la question est de gigoter... Se faire remarquer à tout prix. Sortir de la foule!
Les non-nés et les autres. Libre, égaux, fraternels... (les trois mensonges,) les calmants littéraires sont plus efficaces que la chimie... Avec des mots on envoie les masses à l’abattoir...Tous volontaires, bon pour l’enfer! On écrase à coup de pied une petite famille juive qui fait son marché à Varsovie et Dieu pardonne, la petite fille a crié le plus longtemps... Le prêtre catholique sourit, il absout, il bénit, la religion a rempli sa mission.
Avec la fortune de David qui est infinie, je fonde une agence pour retrouver les criminels de guerre et les « au nom de Dieu » C’est facile, ces gens se sentent non coupables, et ne se cachent pas! Pas besoin de les mener à un tribunal, on les livre à leurs voisins, qui sont des tueurs comme eux, ainsi les assassins se détruisent les uns les autres... ainsi soit-il!
Le grouillement cruelsoulage, mais ne donne aucune satisfaction. Le Kosovo et la Serbie, calme apparent, ce n’est que partie remise... De même en Israël, pas de quartier, les Juifs ne se laissent plus mettre en pièces. On agiten Pologne et en Allemagne. En France on en finit plus de faire le ménage. Encore quelques années et les historiens pourront remanier l’histoire avec l’aide de Dieu évidemment. Il me semble que je dois rester dansle cerveau de mon David,il n’est qu’un outil. Je ne me creuse pas le ciboulot pour des questions éthiques. Je suis dans la Maya, et j’agis dans celle-ci... comme dans un rêve, mieux que cela, un rêve éveillé.
Dessauges doit suivre son cheminement vers sa mort naturelle et si je disparais en même temps que lui c’est bien aussi, en peu de tempsj’aurais presque tout dépensé de son immense fortune, pour des actions utiles...
Alexandra est stupéfaite d’un tel renversement. Je lui explique en riant que j’étais un robot à gagner de l’argent, et que maintenant je restitue... histoire de rétablir un instant l’équilibre entre nous et les lois.
Alexandra s’exerce à la générosité, maisil faut un long apprentissage, elle y arrivera un jour... Je me demande quelle tête elle ferait si elle savait que Dessauges est dans le cerveau de son dadais de mari ! N’y pensons pas trop...
Mon fils... Alexandre, fils de David,ne me préoccupe pas, il est comme sa mère, je n’écris rien sur son sort, c’est plus prudent. Qu’il soit lui aussi virtuel comme toute sa famille me laisse froid, je suis devenu sage.
Je ne joue plus au destin prodigue avec les êtres qui m’entourent. Si tout disparaît en fumée c’est bien... J’aurais vécu un beau rêve.Un milliardaire dans le nirâna, et un artiste en train de mourir...
Je rêve que je sors d’une eau pure et cristalline, que j’ai respirée à pleins poumons, comme un poisson, je fais quelques pas sur un sol de mar