Les faux reflets du miroir magique…
de Guy Dessauges




Après avoir longuement hésité, je me suis fait opérer le nez. Pendant des années, j'ai supporté un nez trop gros et difforme. Maintenant je suis soulagé. Je peux enfin me regarder dans un miroir sans répulsion. Le chirurgien qui à réussit ce chef d'œuvre m'a dit: Vous verrez le monde différemment maintenant!
Etrangement, je vois le monde dans mon miroir de poche d'une manière différente que dans la rue!
Je m'explique; enchanté par mon nouveau visage, je ne me lassais pas de me contempler dans un petit miroir de poche... même furtivement, dans la rue, et partout ailleurs! Je ne faisais pas attention au décor derrière mon reflet...
Or, un jour, je remarquai un bâtiment nouveau dans le reflet de mon miroir... Je me retournais et ne vit qu'une allée bordée d'arbres, une allée que je connaissais bien puisque j'y promenais mon chien tous les matins... Dans le miroir je voyais autre chose.
Surpris, je fis un tour sur moi-même lentement, tout en regardant attentivement dans le miroir. Dans celui-ci j'étais dans une autre ville. Je me retournais rapidement pensant surprendre une parcelle de ma vision reflétée, sans résultat... il y avait deux visions qui ne se mélangeaient pas. Curieusement je n'eu aucune crainte.
La ville derrière moi dans le petit miroir de poche avait un aspect rassurant. C'était une ville moderne, de mon temps, rien d'une apparition fantomatique et inquiétante. Il y avait de la circulation, et des gens exactement comme devant moi, mais ailleurs! Je découvris avec surprise que dans le rétro-viseur de ma voiture, je voyais normalement. Cette vision étrangère n'existait que dans mon petit miroir de poche.
Je suis bricoleur, je fabriquais un chapeau avec le mirroir enchanté qui me permettait de marcher tout en surveillant derrière moi ce qui se passait... J'achetai un autre petit miroir de poche, pour vérifier si j'étais victime d'hallucinations. Je contrôlai avec soin la vision des deux miroirs, je découvris ainsi que seul le petit miroir acheté au marché était magique! Toutes ces vérifications, ces contrôles furent fait, sans crainte ni inquiétude. Je voulais en avoir le cœur net, c'est tout. Le jour du marché, je cherchais le stand où j'avais acheté le miroir magique. Je me souvenais du vendeur. Un vieil homme, qui m'avait regardé attentivement en me tendant mon achat...
Je retrouvai le stand, mais il était gardé par une bonne femme pas du tout mystérieuse. Je lui demandais où était le vieil homme. Elle prit un air affligé et me dit tout doucement: "Le vieux monsieur est mort... étiez-vous l'un de ses amis?"
Je bredouillai n'importe quoi, et lui demandait qui il était, d'où sortait-il, quel était son nom... La bonne femme n'en savait rien... Il avait surveillé son stand pendant qu'elle avait été boire un café. Elle ne savait rien sur cet homme, Il se faisait appeler Amiel. Je regardais dans une dizaine de miroirs de poche en contrôlant s'ils étaient normaux... aucun n'était magique! Pour couronner le tout je demandais à la bonne femme de regarder dans mon miroir magique.
Elle ne vit que le paysage normal, reflété comme par les autres miroirs. Le miroir n'était magique que pour moi! Je devais être ensorcelé, ou malade!
Pour éviter l'obsession... Je laissais le miroir pendant un certain temps dans un tiroir de ma salle de bain. Mais j'y pensais souvent!... Trop souvent!
Un jour n'y tenant plus, je le repris, tremblant de curiosité, et regardait de nouveau... J'aperçus une silhouette, qui me faisait des signes! Le vieil Amiel, était dans le miroir, sans aucun doute... Il s'approchait en me regardant attentivement, il me voyait certainement. Il voulait visiblement me communiquer quelque chose.
Il sortit un carnet de sa poche et griffonna quelque chose sur une page et me montra ce qu'il avait écrit. Le texte était à l'envers. J'étais dans la salle de bain, je réussis à placer le miroir magique dans l'axe du miroir de la salle de bain et lu:" Venez ici, vous ne risquez rien, je suis dans un monde parallèle identique à l'autre mais légèrement décalé..." Les messages écrit passaient mais pas le son!
J'allais dans mon atelier et écrivis ceci: "Comment venir vers vous? " Je n'avais aucune envie d'aller de l'autre côté du miroir... Mais je voulais garder le contact. Le vieil homme griffonna rapidement quelques mots sur son carnet et me montra ce texte: "En tuant l'autre!" Puis il me tourna le dos et disparut du champ de ma vision... Je restais médusé.. Quel autre? Pourquoi tuer? Une devinette? Peut-être symbolique? Que de questions ! Dépité, je jetais le miroir dans son tiroir. Tout en sachant que j'étais pris dans un engrenage dont je ne sortirais pas facilement. Je me souvint du tableau de Vélasquez; Les Ménines où il y a un jeu de miroir... Je regardais attentivement une reproduction de ce tableau et j'eus le sentiment que Vélasquez avait vécu ce genre d'aventure et qu'il laissait un message indéchiffrable au commun des mortels. Je mis cette sensation sur un syndrome propre aux artistes peintres.
Beaucoup de messages secret sont installés ouvertement aux yeux du monde sans que personne ne s'en aperçoive. Dans les tableaux, la sculpture, la musique, la poésie, l'architecture. Seuls les artistes peuvent les déchiffrer, et ceux-ci n'en parlent jamais. J'avais bien fait de n'en point parler. Tout d'abord par prudence, les gens sont toujours prêt à vous considérer comme un fou, dès que vous sortez des chemins battus. Puis par discrétion car il me semblait que la discrétion était nécessaire pour trouver éventuellement une clef à ce mystère. Je ne voulais pas galvauder cette étrange aventure. Je ne voulais pas entrer dans un monde à l'envers, car je trouvai le monde où je vivais suffisamment étrange que de céder à l'envie d'aller voir ailleurs...
La devinette du vieil Amiel n'était peut-être qu'une métaphore sans clef particulière. L'autre à tuer était peut-être un second moi-même? Tuer ne voulait peut-être dire que dominer? Cela signifiait dominer ma peur? Tuer le doute! Celui qui empêche l'action? Mon double inversé dans le miroir? Je reviens au miroir...
Les images reflétées n'avaient aucun rapport avec les vraies images que je voyais comme simple péquin. Il me semblai que je regardais un film sans relation avec mes mouvements.
Il y avait une incohérence dans les images, lorsque j'allais vers la gauche je voyais les images aller vers la droite et parfois aussi vers la gauche. C'était déroutant et imprévisible, je ne pouvais pas me promener dans le miroir comme je le voulais.
Les images reflétées allaient leur bonhomme de chemin sans se soucier de moi. Comme au cinéma on doit subir le défilement du film sans pouvoir intervenir !
Dans la salle de bain, je ne voyais pas de mur derrière moi... Je voyais parfois un paysage, ou bien une rue, ou l'intérieur d'un super-marché! Il y avait même des gens qui me faisait des signes comme s'ils étaient devant l'objectif d'une caméra! Si je bougeais le miroir du bas vers le haut les images reflétées ne suivaient pas mes mouvements.
Le miroir était autonome et jouait avec moi. Je ne voyais plus Amiel, mais il me semblait qu'il me surveillait de près. Il ne donnait plus signe de vie. Il m'avait transmit son message, il attendait patiemment que je trouve la clef. J'avoue que je n'était pas pressé de "tuer l'autre." Ni personne d'ailleurs! Je n'avais aucune envie d'aller dans le monde du miroir, dans un monde semblable au mien!... La magie était dans la vision... pas dans le spectacle. Chose étrange, je ne rêvais plus. Mes rêves s'étaient probablement installés dans le miroir.
Je filmais le reflet avec une caméra . Sans succès, car l'image filmée était simplement la vision normale de ce qui se passait derrière moi, comme dans un rétroviseur. Les images du miroir magique étaient dans mon esprit. J'étais cinglé. Heureusement que je n'avais parlé à personne de cette "hallucination" sinon j'aurais fini dans un asile d'aliénés.
Je me consolai de ma singulière manie en pensant que j'avais un mystère qui m'occupait l'esprit et que c'était mieux que rien. Je ne regardais moins souvent dans le miroir, mais un jour j'apperçus dans le miroir les résultats du sport Toto... Je remplis ma fiche exactement comme celle apperçue dans le miroir.
Je gagnai le maximum. J'étais riche sans savoir comment! Je changeai d'atelier et fit croire à mes voisins que je vendais mes tableaux comme des petits pains. Je pensai que les reflets du miroir étaient provoqués par mon intuition. Ou bien que ces reflets étaient ceux de mon monde, mais dans un endroit inconnu de la ville... Et mieux encore, le temps du miroir était décalé par raport au miens...
Le miroir était en avance! J'avais vu des films de science-fiction qui exposaient des voyages dans des temps différents dans le même monde. Je devais être en train de vivre une expérience semblable.
Le hasard jouant un certain rôle, je surveillais attentivement les gros plans sur les résultats des jeux de hasard... Le miroir n'en faisait qu'à sa guise, malgrés mon attention, je ne revis plus de résultat de jeux de hasard. Bien fait pour ma pomme.
Je revis le vieil homme de loin... Il me fit un signe du doigt comme pour dire: "Attention mon vieux, tu as trouvé quelque chose, mais gare à toi!..." Mais il souriait avec bienveillance. Derrière lui un groupe de bâtiments industriels une marque de fabrique Miroir. A.G. Je trouvais l'adresse dans le bottin du téléphone et allait immédiatement voir ce quartier en périphérie de la ville, à l'est! Je ne sais pas ce que je cherchais. Peut-être que j'espérais rencontrer le vieil Amiel... J'allais directement à la fabrique Miroir A.G. on y construisait des miroirs, de grandes dimensions. Rien de semblable à mon petit miroir magique... J'étais la victime d'une farce du vieil Amiel. J'explorai le quartier dans tous les sens, sans trouver de vues semblables aux visions de mon miroir magique. Toujours les mêmes rues sans accents, sans originalité, n'importe où... n'importe quoi!
Les reflets du miroir étaient banals. De la magie sans événements sans paroxysme, ennuyeux comme un programme de TV... Je compris que j'étais pris au piège de la banalité la plus étriquée. Il fallait si peu de chose pour mettre en désordre mon petit système personnel, comme une rage de dents peut fiche en l'air la routine de la vie quotidienne!
Au fond... j'ignorais tout de moi-même, je ne savais rien sur le fonctionement de mon cerveau, ni de mon corps. Je n'étais qu'un témoin de mes actions, sans vraiment savoir d'où venaient mes pensées, mes goûts, mes impulsions... Même quand je peignais un tableau je n'étais sûr de rien.
Alors, un miroir magique qui n'en faisait qu'à sa tête, ne m'étonnait pas outre mesure. Le témoin ignorant que j'étais, implanté dans les cellules d'un corps dont je ne savais rien, se conduisait comme un explorateur en terre inconnue. J'avançai à petits pas prudent, en m'attendant à des surprises agréables ou désagréables. Il fallait ne pas mettre les pieds n'importe où. La vie était devenue un champ de mine.
On souhaite rester tranquille dans sa chambre avec un bon bouquin... Pour satisfaire cet humble désir, on trime toute sa vie dans la jungle de la vie moderne, en prenant des risques abominables. Pour une vaniteuse correction de mon gros nez, j'étais plongé dans la perplexité... Dix pas en direction d'un étal au marché... l'achat d'un petit miroir de quatre sous... et j'étais projeté dans une autre dimension.
Je m'estimais heureux de ne pas avoir sauté sur une bombe! Je me demandais maintenant ce qu'il pourrait m'arriver en achetant une innocente brioche à la boulangerie...
J'avançai avec circonspection, je me méfiais de tout. Je devais prendre chaque changement au sérieux, Un jour j'apperçus une pendule dans le mirroir, elle indiquait exactement l'heure de ma montre. Donc de toute évidence il n'y avait pas de différence de temps entre celui du miroir et le mien. J'avais fini par comprendre qu'il n'y avait aucun message dans les images reflètées. Incohérence totale. Quand j'étais au super marché, les reflets montraient l'animation d'une rue commerciale banale, ou un jardin fleuri. Mais il arriva un jour un événement insolite, je visitais régulièrement une maison de joie. Cela pour éviter que l'objet du désir ne se penche sur mon épaule, regardant mon travail en murmurant: "C'est joli ce que tu fais!
De retour à l'atelier, stupéfait... je vis dans le miroir, le lieu joyeux que je venais de quitter, une heure avant! Les même filles, les mêmes rideaux rouge... Je bondis dans ma voiture et retrouvait la chambre rouge... Par chance, je rencontrais la fille que j'avais aperçue dans le reflet... Je la questionnai sur son dernier client... Gentiment, elle me décrivit le vieil Amiel. Un gentil maniaque dit-elle en souriant. Un client fidèle parait-il!
Je tenais quelque chose comme une piste... Ou un piège? J'allais lui en tendre un... à Amiel... Ce vieux coquin!
Je donnai une somme d'argent à la fille, la priant de me téléphoner immédiatement à la prochaine visite d'Amiel. Je promis, de doubler la somme, si j'arrivais à temps pour le rencontrer... J'expliquais qu'il était un vieil ami perdu de vue depuis longtemps... Elle promis de téléphoner... Je revins à l'atelier, tout excité. Je devrais patienter, car il s'écoulait environ deux semaines entre ses visites, parait-il.
Lorsque je reçus le coup de téléphone, je regardai vite dans le miroir, il n'y avait qu'une rue banale sans intérêt... J'étais ému en entrant dans la chambre rouge, accompagné par la fille. Devant moi, le vieil Amiel me regardait d'un air étonné pensant à une erreur!
Je lui tendis la main: Monsieur Amiel? Il se redressa rassuré par mon sourire...." Oui, c'est moi, à qui ais-je l'honneur? " Sortons allons boire un verre au bar lui dis-je!
Je lui racontais mon histoire du miroir enchanté et lui montrai celui-ci, évidement son reflet était des plus banal... Amiel n'y comprenait rien, il me prenait pour un cinglé, il y en a pas mal dans ce genre d'endroit! Je perdais mon temps...
Mais avant de le quitter, je lui fit cadeau du miroir en le priant de me téléphoner en cas de reflets contraire à la logique! Amiel promit en souriant. Je rentrai chez moi complètement démoli, tremblant de fatigue et de désespoir. Je refusai de devenir dépendant de ce qui me faisais souffrire. J'allais me passer du miroir et essayer de vivre normalement malgré ma hantise. Les semaines passèrent. j'allais mieux.
Un jour, sans y penser, j'allai au marché et m'arrêtais devant l'étal, Amiel remplaçait la bonne femme. Il me reconnu et m'expliqua en souriant que mon miroir était normal... On fit un brin de causette, sur la gentillesse des filles du salon rouge et de la cherté de la vie, il était retraité d'une maison de commerce, sa vie était banale et monotone. Je m'étais peut-être égaré. Le problème était le miroir... Pas le vieil Amiel, qui avait été le transmetteur. Tout se passait dans ma tête... Je regardai les miroirs de poche sur l'étalage avec méfiance, je me sentais mieux de savoir mon miroir magique loin de moi.
Ce miroir était probablement le catalyseur de mes hallucinations... Il cristallisait une obsession cachée dans mon cerveau. Inutile d'accuser le monde entier d'être la cause de mes bobos!
Un disfonctionnement causé par cette opération esthétique superflue de mon nez. Peut-être une auto-punition pour infidélité à mon gros nez d'origine, résultat de l'union des efforts concentrés de l'atavisme et d'une hérédité chargée? La génétique est sans pitié. Je me serais très bien passé de savoir quelque chose de mes obsessions ou de mes tares. On peut vivre en paix en ne sachant rien sur soi et les autres!
J'avais bien fait de n'avoir pas consulté un psychologue. Il aurait certainement parlé d'atavisme! J'aurai beau faire des efforts pour transformer mes parents en porteurs de dégénérescence coupable de tout, ils resteraient de braves innocents, inoffensifs comme des petits chiens.
Dans la "Base Fondamentale" du psychisme les choses génétiques ne s'améliorent pas, elles restent ce qu'elles sont, assurant leurs missions primordiales. C'est mécanique.
Pour un psychologue, mes problèmes paraîtraient assez ternes; pas trace de sentiments œdipiens du genre; nic ta mère et tue papa! Je me sentais bien, seul en compagnie de moi-même... Je regrettai le miroir qui animait mes arrières! Amiel l'avait perdu... Mon narcissisme s'était envolé. J'allais chez le vieil Amiel...
Je savais que cela n'avait aucun sens. Mais rien n'a vraiment de sens. Même la santé... On finit toujours par mourir quel que soit son état de santé. Un reflet qui va de travers dans un miroir de poche n'allait pas faire de moi un zombie! Pour une fois qu'un objet se foutait de tout, je n'allais pas me rendre malade, pour cette peccadille. J'étai devenu dépendant en quelque sorte...
Ce miroir enchanté m'ouvrait un monde invisible pour les autres. J'avais de la chance. J'avais l'adresse d'Amiel. Il était absent. J'allai au salon rouge. Ma fille préférée était libre... la première chose que je vis fut le petit miroir de poche posé sur la table! Amiel l'avait laissé là... Je regardai le reflet derrière moi, une plage un paysage de mer suggérant les vacances... Je demandai à la fille de regarder aussi elle n'y vit que son joli minois, et la chambre rouge derrière... Je mis le miroir magique dans ma poche et retournai le cœur tranquille à l'atelier. Il y a des coïncidences heureuses dans la vie.
Je décidai de ne plus me faire de soucis au sujet de mon psychisme. Les reflets spéculaire de mon miroir allaient se transformer en une amusante distraction, rien de plus! Il y a tellement de mystères sur la terre et au ciel, qu'un mystère de plus ne pouvait être que positif!
Il faut avouer que si nous sommes entourés de tellement de mystère, cela est du au fait que nous sommes extrêmement ignorants. Nous avons décrit les choses sans en comprendre le moindre mot. La science n'est qu'une avalanche de faux témoignages. Sur une montagne de prétentieuses superstitions, pathétiques et imbéciles.
Le mystère de mon petit miroir était très modeste et jusqu'à présent inoffensif. Ses reflets semblaient m'être destinés, je n'allais certes pas m'empoisonner la vie pour si peu! Cela ne m'empêchait pas d'être dévoré par la curiosité!
Les gens qui ont la chance de vivre sans soucis de santé ne savent pas à quel point ils sont privilégiés. La vie d'imbécile heureux est un des cadeaux les plus précieux de la nature.
Les peuples primitifs s'attendent au pire à chaque instant. Ils vivent sur le qui vive, ils s'entourent de précautions mystiques et de rituels infantiles. Des tabous partout. Simplement pour se rassurer, pour dominer la peur, sans soucis d'efficacité.
Nos religions sont identiques. Chasser la peur en tuant l'autre. Si l'autre est tué... Malchance! C'est la volonté de Dieu... La morale règne et rassure. Ceux qui ne croient en rien se font psychanalyser. C'est bien innocent.
Jamais un psychiâtre ne poussera son patient à la guerre ou au crime, comme les prêtres fomenteurs du mal, le font si volontiers, au nom de la volonté divine.
Avide de "normalité," je cherchais à détruire une part de rêve contenue dans un innocent miroir ensorcelé... Je devais chercher à rétablir un équilibre dans ma vie, qui accepte le côté de la vie pragmatique et triviale inévitable, et respecter le côté de l'art, des rêves, de la magie et des songes.
La magie de l'art, la science des artisans, créateurs de chef-d'œuvre de l'architecture, des meubles, des objets, des arts... Tout ce qui est beau et admirable.
Mon miroir magique était un signal. Qui m'appelait du fond de ma banalité ! La discontinuité des images ressemblait à celles de la vie de tous les jours. On ne pense à rien, on laisse ruisseler les images de la vie quotidienne sur son indifférence, son inattention!
Je me demandai comment enrichir ces reflets; le peintre que j'étais ne pouvait pas se contenter de cette désorganisation. Je me faisais des illusions... Ainsi avec le cinéma, après avoir vu un très bon film... mettons dix fois; on ne peut plus le voir!... Un tableau, une sculpture, un poème, une composition musicale de valeur, ces oeuvres d'art, on peut les voir ou entendre mille fois, on ne s'en lasse pas.
C'est la petite différence qui différençie l'art de la coiffure, de la cuisine, du cinéma... L'artisanat au sommet de la perfection crée des oeuvres d'art dont on ne se fatigue jamais. Mon miroir était magique mais banale gris et triste... La triste magie du quotidien! Dérivés de l'art à la mode, comme les affiches, le réalisme, le mini art, les emballages, les entassements, l'art brut, les trucs des fous, ne sont que des enfantillages, des enfants qui jouent avec leurs excréments...
La gesticulation primaire sans signification, n'est pas de la danse. On déteste ce qui est démodé. On rase sans hésiter les belles maisons de l'Art-Nouveau, pour construire à la place des plots de béton genre machines à habiter, comme disait l'autre!
Notre époque de miracles techniques est morne et triste comme les reflets de mon miroir magique. On a voulu simplifier l'art comme on a simplifié la technique pour faire du moderne! C'est trivial et raté, comme les reflets des miroirs.
L'âme s'est enfuie, il ne reste que le squelette d'une civilisation. "Epater la galerie" avec l'art actuel soi-disant reflet de la société actuelle, est aussi vite périmé que la meilleure des réclames pour une nouvelle pâte dentifrice.
La plupart des gens ne se sont cultivés que par la télévision, cette culture imbécile se démode aussi rapidement que les idées des agences de publicité. Un gâchis d'énergie et de matériel, sans parler du temps perdu. La foire aux illusions. Un grotesque Disney-land puissance dix!
Depuis que j'apperçevais dans mon miroir la banalité quotidienne, je voyais les choses différemment. J'étais heureux d'avoir un brin de talent, qui me dégage de la réalité terre à terre, dans laquelle s'embourbent la plupart des gens. Dans notre morne civilisation, des artistes ont raconté le monde par le film Koianiskoitzi par exemple. L'accéléré à permit l'enchantement... La marche du temps en accéléré permet de deviner le sens et le but de l'agitation de notre civilisation. La course vers l'abîme? Vers la richesse, la santé, le bonheur? Mon miroir magique reflétait une partie de mon psychisme en état de désordre.
Je me demandais comment je réagirais si je voyais, avec l'aide d'un stéthoscope, les aliments délicieux bien mâchés que je dévore, arrivant en bouillie dans mon estomac et devenir sous mes yeux effarés lentement mais sûrement une masse dégoûtante et merdique dont il faudra impérativement se débarrasser...
Le monde visuel pénétre par les yeux dans le cerveau et se transforme en d'innommable images que l'on appelle le monde visible. La réalité toute crue étant intolérable, il faut l'entourer d'euphémismes et de poésie, pour pouvoir la supporter. Sans angélisme, il ne reste que la nausée.
On ne perd que ce que l'on possède. Vérité de la Palisse! La jeunesse est composée de différents aspects, selon qu'on est beau ou laid. Les conditions idéales sont exceptionnelles... Entre la beauté, la santé, la bonté et le talent, se glisse "d'horribles défauts" invisibles mais très actifs.
Les Fripons qui ont bricolé la vie cellulaire avaient un sens esthétique certain. Et une fantaisie sans limite. Hélas leur création s'est déformée en devenant autonome, victime des lois de la chaîne alimentaire! Le plus fort dévorant le plus faible, pour assurer la survie! Pour supporter la vérité fondamentale, la pitié et la morale ont critiqué la création friponne. La nature s'est vengée en semant le doute et la peur.
Je me serais bien passé de ce maudit miroir. Je changeai ma vision, mes questions. Ma peinture en prenait un coup. En remettant tout en question, ma vie devenait fatigante et incertaine. En face d'une maladie grave, mon miroir magique n'était qu'un bobo!... Un cailloux dans la chaussure n'a l'air de rien, mais cela deviens intolérable si l'on ne s'en débarrasse pas au plus vite!
J'avais un cailloux dans le cerveau dont il fallait me débarrasser; mais d'un autre côté, je désirai savoir la signification du phénomène. Sans doute j'allais boîter encore longtemps avant d'en avoir le coeur net. Profitant d'une fête foraine j'allai dans un cabinet de miroirs avec mon miroir magique, je ne vis que les reflets des reflets sans différences particulières... Mon miroir paraissait dépassé par les jeux des reflets... Je ne voyais que moi sur toutes les faces... J'installai dans un coin de l'atelier un jeu de miroirs, là aussi les vertus magiques du miroir paraissaient supprimées... Je pris ce nouveau phénomène pour une amélioration de mon état!...
Soulagé, je laissai le miroir au fond d'un tiroir, et continuais à vivre comme au temps d'avant le miroir. Le problème restait au fond du tiroir et dans ma mémoire.
J'étais satisfait, et n'éprouvai plus le besoin maladif de contrôler constament les reflets imbéciles du miroir magique.
Un matin, je rencontrais Amiel au marché... Il paraissait nerveux. Il m'aborda en riant: " Vous m'avez contaminé, je vois dans un petit miroir ce que vous m'avez décrit, des reflets sans queue ni tête! Une chape de plomb tomba sur mes épaules...
J'invitai Amiel à me suivre à l'atelier. Je comparai les reflets des miroirs... Je ne voyais rien dans celui d'Amiel... dans le mien toutes sortes de reflets incohérents! Chacun voyait ses propres reflets personnels, mais pas ceux de l'autre.
On pouvait bien parler de contamination! Le "virus" des reflets incohérents! Il riait jaune, et moi j'étais proche du désespoir.
Amiel s'excusait de m'avoir prit pour un cinglé... Il trouvait cette expérience amusante. Elle ne lui faisait aucun soucis! Pour l'instant, pensais-je!
J'étais soumis à une tension constante. Mais cela ne perturbait pas ma peinture, au contraire je me concentrais mieux. Il m'arrivait d'oublier le miroir. Mon mental n'étant occupé que par une seule obsession avait repoussé mes complexes au plus profond de mon psychisme.
De toute manière la peinture étant autiste; je n'étais préoccupé que de moi-même, sans toutefois sombrer dans l'isolement le plus complet, comme un schizophrène.
Je communiquai volontier avec les gens, sans en attendre beaucoup de résultats .
Je gardai pour moi mes soucis intimes. Plus par pudeur que par dissimulation. Sachant avec quelle difficultés je tentais d'expliquer mes tableaux, je renonçais d'autant plus facilement à m'étendre sur des choses qui m'échappaient. Comme le prouve ce texte, je restais en équilibre précaire au bord d'une vérité fuyante comme du vif argent. C'est le cas de tous les artistes.
Pour Amiel c'était une distraction comme une autre, il jouait avec les reflets illusoires comme un enfant avec un kaléidoscope! Il ne s'était jamais creusé la tête, son cerveau était réduit à sa plus simple expression. Il vivait sa vieillesse comme il avait vécu sa vie d'employé modèle, sans avoir jamais utilisé son cerveau. Comme des millions d'autres, il était "un non né" comme le dit froidement Carl Gustave Jung... La vie étais pour moi un amoncellement de problèmes non résolu et inexplicable.
Pour Amiel, les artistes n'étaient que des songes-creux et des flémards. Malgrés sa jovialité, il me méprisait.
Maintenant qu'il était pris au piège... Il commençerait peut-être un jour à se poser des questions. Probablement pas plus de question qu'un ignorant ne s'en pose sur la technique électronique.
Au hasard d'une rencontre, Amiel me confia s'être confessé à un prêtre... Celui-ci l'avait qualifié de "possédé du diable" d'être ensorcelé... Il proposait de l'exorciser... Et surtout, de rompre toutes relations avec moi, qui était certainement un suppôt de Satan! Je lui conseillais d'obéir à son curé, et de me tenir au courant si la "cure" avait un résultat positif... Inutile de lutter contre la superstition.
Pour me consoler, j'inventai une théorie ressemblant vaguement à une explication. Expliquer un rêve est plus facile! Les rêves ravissants sont acceptés sans explication. Les autres sèment l'inquiètude et la tristesse par leurs symboles douteux... Pour simplifier, les beaux rêves sont des récompenses, les mauvais des punitions. Les psychiâtres sourient ironiquement... Il faut se consoler avec ce que l'on peut!
Les grandioses théories oedipiennes ne guérissent pas les névrosés de la bourgeoisie. La névrose causée par le complexe d'œdipe vient du jugement moral imposé par une certaine société... plus que par l'inceste lui-même. Dans la pénombre du bas peuple on s'accommode très bien de l'injustice, de la violence et de l'inceste, sans état d'âme... En cas d'urgence, on recrute parmis ces "non-nés" les assassins et les soldats...
Les tabous sont encombrants dans les rites primitifs, ainsi que dans notre société moderne. La société occidentale culpabilise sur tout... La consommation, la nourriture, la polution, le sexe.
Le petit miroir et ses images incohérentes, reflettent l'incertitude intérieure du personnage en quète d'une névrose. Sans jugement quelconque. A chacun son truc. Le monde continue de tourner. Pour supporter cette obcession du miroir, il faut s'habituer, comme on fini par s'habituer à la médiocrité générale, ou au temps qu'il fait...
Impossible de résister à l'appel du petit miroir. Il me démangeait comme une plaie en train de cicatriser dont on gratte la croute machinalement avec soulagement... Je consultai le miroir régulièrement dans la vaine attente d'un message, du genre " Tue l'autre" du faux reflet d'Amiel... Il est possible que les visions et les messages ne soit que des mensonge destinés à tromper l'autre, une sorte d'intoxitation... Comme pendant la guerre avec les fausses nouvelles!
Je désirai des messages vrais ou faux qui donneraient un sens à tout cela. Une phrase me suffirait, ou un mot écrit! On ne saisit dit-on que le présent... mais lorsque l'on veut expliquer une action passée qui n'a duré qu'une seconde on gache du temps à expliquer cette seconde passée qui ne nous intéresse déjà plus. On consacre le présent à expliquer la seconde passée... à la comprendre, à la raconter. Ridicule de prétendre ainsi vivre pleinement le présent. L'inconscient ne se mêle pas du temps qui passe; il a ses propres souçis, il est impulsion, désir et envie pressante. Ensuite il se transforme en haine... souhaite et projette la mort de l'autre. La soi-disante phrase d'Amiel " Tuer l'autre" dans le miroir n'était qu'un avertissement venant de mon subconscient... Pour entrer dans le jeu il fallait mourir.
Je me méfiais de moi-même, je connaissais mes manies. Mes théories s'avéraient presque toujours fausses. Je ne devais pas tout prendre au premier degré. Les symboles sont toujours obscures et prètent à différentes interprétations.
Dans mes tableaux, je pensais d'une manière et peignais d'une autre. Finalement personne ne pouvait comprendre le sens de tout cela. La beauté se suffisait à elle-même.
Prendre le sujet d'un tableau du Tintoret au pied de la lettre est une naïveté. La composition et la réussite technique suffisait à sa pérennité.
Que le char du soleil (guerrier armé de lances de feux) soit tiré par des chevaux d'une manière virile n'avait aucune importance, on admirait les chevaux!
Les petits anges aux fesses potelées étaient destinés aux mères de famille... et aux pédophiles...
Les peintres de la renaissance étaient les précurseurs de la pornographie. Les salons de la riche bourgeoisie, les musées et les églises étaient remplis de nudités affriolantes... Cela ne génait personne. Tout le monde se foutait des symboles, seul la beauté du tableau comptait.
Pourtant les prêtres donnaient des instructions très précises sur la composition des oeuvres religieuses! La couleur de la peau des pieds du Christ, du drapé, du ciel... Le nombre des plumes des anges fessus!
L'exactitude des reflets du miroir n'avait aucune importance. Pas trace de symbole! Les reflets étaient différents. Ils menaient leur danse sans ordre ni raison.
Il devait exister un plan qui prévoyait et construisait le phénomène dans tous ses détails! Ce plan était logé quelque part dans ma tête. Il ne me donnait pas inquiètude, ni de sentiment d'angoisse, un peu de curiosité, une certaine attente, d'un changement possible! Je pensai que si ce n'était que cela... je m'en tirais à bon compte... Une embolie, une attaque cérébrale, un accident, aurait fait plus de dégâts. Tout cela n'avait aucune importance, mais je ne pouvais m'empêcher de penser que cela pouvait s'aggraver.
Ma seule inquiétude! Un éternuement innocent peut être le début d'une pneumonie! Sans être hypocondriaque, je soignais ma santé, sans me dorloter. Je préférais être en forme parce que j'aimais le confort.
Avoir la preuve que quelque chose ne fonctionnait pas dans ma tête, me décourageais. Mes facultés me semblaient en bon état. Les reflets étaient une sonnerie d'alarme. Je devrai changer des choses en moi pour agir sur ces reflets imbéciles. Le fait que Amiel avait soit-disant un miroir magique me dérangeais, je ne voyais pas ses reflets. Peut-être me faisait-il marcher. Pour lui, je n'étais qu'un cinglé inoffensif.
J'allai voir Amiel à son stand au marché... Le marché du samedi était mon lieu de promenade favoris... Les couleurs, les parfums, les mouvements des chalands me plaisait. Amiel me reçut gentiment, il n'avait pas l'air de se ficher de moi.
Il me dit avoir laissé son miroir dans un tiroir... qu'il ne s'en portait que mieux. Il n'était pas le type a se poser des questions métaphysiques... Il me conseilla sagement d'en faire autant. Il ajouta que dans la vie de tous les jours, on est entouré de mystères... le miroir en était un de plus. Je ne su que répondre.
Cet homme simple avait résolu la question avec bon sens. Il acceptait les mystères de l'existence sans se poser de questions inutiles. Il me traita d'intellectuel... Un artiste peintre n'est pas un intellectuel... J'essayais sans succès de lui expliquer qu'un peintre est un manuel... Pour Amiel , tous ceux qui se posait des questions étaient des intellectuels... Un point c'est tout.
Le bon sens d'Amiel me réconforta. Je fourrais le miroir dans un tiroir et m'éfforcais une fois de plus de l'oublier. Je construisis une maquette en disposant des miroirs se reflétant les uns les autres comme un palais des glaces. Mais plus simple, et disposés autour de parties meublées... Il en résultait des situations assez étranges. les reflets des reflets étaient faciles à comprendre. On retrouvais une logique... Mais si je disposais un faux reflet ( une photo) parmi les reflets normaux, il arrivait que je le perde en le déplaçant! Il restait en panne dans un angle mort! Je resortis le miroir magique de son tiroiret vérifiait les reflets de mes miroirs... Sans résultat valable! Chaque fois que je pensais avoir trouvé des inégalités dans les reflets et contre reflets, je m'étais trompé... Je savais pourtant que tout venait de mon cerveau, mais je cherchais obstinément au dehors une solution à un problème interne, comme un malade du coeur qui accuse les escaliers de le fatiguer!
On accuse toujours les autres de ses manquent, plutôt que de reconnaître son impuissance. Je remis le petit miroir dans son tiroir.
Je gardai l'impression d'une imminente révélation. Naturellement je pensais à d'autre chose que ce miroir... mais j'avais des périodes de curiosité provoquant chez moi la création de théories nouvelles que je m'empressais de vérifier. Un second cerveau travaillait pour moi, n'oubliant aucun détails. Une idée surgissait au milieu de la nuit, plein d'espoir, je la notais, mais à mon réveil, elle s'avérait presque toujours stupide ou impraticable.
Il en est de même en cherchant des idées de tableaux. Les esquisses ne servent pas à grand-chose, même si elles sont bonnes. Souvent, l'esquisse reste la seule valable, c'est toujours ça!
Je pense que dans l'art il ne faut jamais "trouver"...
Il suffit de chercher pour créer un chef-d'œuvres! Qui prétend trouver... est un prétentieux imbécile qui fait du surplace avec le même truc commercialisable...
L'art dit contemporain est bricolé par de pitoyables imbéciles qui remplissent les musées de leurs déchets puants qui ressemblent étrangement à leurs directeurs...
Le "surplace" paye car il ne fait pas de vagues. Tout compte fait, le petit miroir me présentait le coté mauvais des reflets qui se répètent à l'infini... Le même motif stupide, restant sur place.
C'est à cet instant que j'eus l'impression de sortir du tunnel... Une allusion indirecte, à un conflit intime qui se faisait jour du fond de mon subconscient, que j'avais refoulé depuis longtemps, pour que je laisse tomber ma manière de peindre actuelle... Manière soutenue par ma galerie qui prétendait que c'était le genre de peinture qui se vendait!
Les intérêts d'une galerie n'est pas la qualité de l'art, c'est la quantité de son chiffre d'affaires!
Je décidais de changer ma manière. Je ne risquais rien, car mon chiffre d'affaires était plutôt médiocre. Les mauvaises affaires peuvent avoir un côté positif, elles donnent la liberté d'inventer à un artiste.
J'allais en profiter! C'était le moment d'agir, je dénichais des esquisses, des tableaux ratés, des gribouillages, entassées dans le "cimetière" de mon atelier et commençais immédiatement à explorer de nouveaux chemins... Le troisième oeil s'ouvrait, je me réveillais enfin...
Après avoir laissé dormir mon talent dans la routine pendant des années. Je constatai que mon cimetière était bourré d'idées, je n'avais qu'à piocher dedans! Au fond de moi j'avais gardé la nostalgie de la liberté exploratrice!
Un artiste libre ne fait pas de chiffre d'affaires. Il fait des tableaux! S'il réussit enfin à vendre, c'est deux fois mérité... La qualité et le succès sont la récompense.
Je sortai du système avec soulagement... Les reflets du miroir magique m'avaient réveillé. Je les remplaçais par de nouveaux tableaux, hors commerce, hors trucs, hors combines, mais vrais...
Je ne sors plus le miroir de son tiroir, pour le vérifier nerveusement, je sais que les reflets ont disparu, qu'ils aillent au diable.

FIN
le 13.4.02


Retour au sommaire