Fête des études
Et autres exercices littéraires
de Guy Mentor


EXERCICE

Données :

5000 signes maxi
50 mots imposés :
Mousse – alimentaire – impact – décorer – pamplemousse – paradis – tache – inconnue – météo – scénario – hausse – limite – arroser – bourgeon – noctambule – relativité – paramètre – incassable – acupuncture – abbaye – décollage – saupoudrer – transhumance – science – milliard – illustration – sortir – dégager – existence – télépathie – convaincre – bille – sanguinolent – coïncidence – signe – sirop – double – pharaon – malle – obscur – exploser – tropical – trottoir – précieux – héros – masque – flèche – suffisamment – douze – contraire.

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« FETE DES ETUDES »

Il me l’avait bien dit le chef du village : « si tu quittes notre forêt pour partir faire ton doctorat en Sciences et Techniques, tu ne voudras plus revenir. Pour toi, nous serons devenus des quantités négligeables. Tu oublieras jusqu’à notre existence. Tu ne sauras même plus retrouver ton chemin à travers la jungle. Crois-moi, Mentor, il n’y a rien de bon dans cette civilisation dite avancée, rien. Reste avec nous. »
Pour me convaincre il avait organisé une fête au bord du fleuve. Les douze familles étaient venues au grand complet.
Dégager un bout de terrain, décorer l’emplacement des réjouissances avec des masques festifs, prévoir des ressources alimentaires suffisamment variées, rien n’avait été laissé au hasard. Même la météo tropicale avait été programmée à grands renforts de télépathie incantatoire de manière à éviter que la fête soit trop arrosée. Elle l’a été, arrosée... mais pas par la pluie ni du sirop de pamplemousse, moi je vous le dis !...
Tous les noctambules se sont bien explosé la tronche. En témoigne la séance d’ « acupuncture » que le sorcier a improvisée. Jugez-en : il prétendait soigner les taches d’un oiseau de paradis en reproduisant le geste auguste du héros chasseur. Mal lui en a pris ! La flèche est vraiment partie, a atteint son but, mais les taches n’ont pas disparu, au contraire, elles ont plutôt tourné au sanguinolent...
Mais tout a une fin et le lendemain matin, la tête lourde des obscurs souvenirs de la veille, j’embarquais dans un petit avion vers une destinée inconnue.
Les paramètres techniques devaient être parfaits puisque le décollage s’est fait sans difficultés. En revanche le vol a été court, très court, trop court... Le pilote devait être rond comme une bille puisqu’il m’a bien semblé le voir jouer avec son manche comme la Bourse en période de rumeurs d’OPA : un coup à la hausse, un coup à la baisse.
L’atterrissage a été pour le moins mouvementé.
Ceux qui pensaient qu’un Cesna était incassable ont dû déchanter.
Le scénario fut très classique : élégant double looping, impact dans la rosace en vitrail de l’abbaye en bois exotique du village de nos ennemis héréditaires, éparpillement sur le trottoir des passagers et des bagages dont les débris ont saupoudré la rue.
La coïncidence voulut même qu’un buste précieux de pharaon, jailli d’une malle tel le bourgeon qui renifle le printemps, allât se ficher sur la pointe du clocher, un signe ?...
Il a fallu se rendre à l’évidence : tout le monde s’en était sorti à peu près bien. Nous restaient juste quelques milliards d’étoiles dans les yeux.
Une bonne mousse bien fraîche pour dissiper le traumatisme et hop ! direction le fleuve afin de louer une pirogue pour un retour peu glorieux d’une transhumance ratée.
Tout le village m’a accueilli avec des cris de joie indescriptibles.
Vêtements toujours en lambeaux, j’ai trouvé le chef et le sorcier dans leur case, sourire aux lèvres :
- « Mentor, m’apostropha gentiment le chef, tu as pu constater par toi-même la relativité de la vie. Nous t’attendions, car Internet nous a déjà transmis la dépêche de l’agence Reuter sur ce crash. Au fait, que disions-nous à propos de Technique avant ton départ ?... ».





EXERCICE

Données :

Une personne passe devant une cabine téléphonique et saisit quelques mots de la conversation avant de poursuivre sa route. Il/Elle entend :
"J'en veux deux ! Oui, deux ! On se débrouillera, tu m'entends ?!"
Chemin faisant, il/elle pense à ces mots et échafaude toute une histoire autour d'eux, tente d'imaginer ce que pouvait être cette conversation.

Contraintes techniques :
- Intitulé : "Conversation + titre"
- Longueur : 5000 signes
- Mots à placer : gingembre - fourrure - métal

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« CONVERSATION »

Contre-allée aux platanes généreux, pas de circulation, peu de promeneurs.
Lyra, jupe courte, cheveux libres dans le vent léger, démarche aérienne, se dirige vers le square proche.
Une cabine téléphonique, un homme de dos, combiné à l’oreille, porte vitrée entrouverte. Quelques mots volés au vent :

- J'en veux deux ! Oui, deux ! On se débrouillera, tu m'entends ?!

Le ton est autoritaire, la voix forte et nerveuse.
Bizarre.
Lyra passe et ses pensées s’envolent :

- Deux quoi ? Et pourquoi deux ? Oh et puis !... Moi il faut que je me trouve un autre CLien pour le prochain exo sur CritLib, pas de temps à perdre, c’est pour vendredi !

Mentor raccroche, l’air furieux. Déjà lundi ! Et pas le moindre bourgeon d’idée sur ce que pourrait être le sujet de l’exo, pas une minute de libre en ce moment pour penser. Non vraiment, rien ne tourne correctement. Et Lyra qui joue les filles de l’air, pas moyen de lui mettre la main dessus. Il voudrait pourtant lui proposer de faire le texte avec lui, elle aurait certainement une idée en or. Mais bon ! les filles !… et toute jeune avec ça, elle a sûrement la tête ailleurs.
Il choisit de rentrer chez lui ronchonner et attendre des nouvelles de sa future partenaire de plume.

De son coté Lyra sentait l’angoisse l’envahir tout en remontant la rue. Il y avait bien Mentor, mais connaissant l’animal elle était presque certaine qu’elle devrait trouver une idée et en ce moment des idées elle n’en avait pas du tout.
Bon, au bout du compte, il fallait bien avouer que Mentor trouvait toujours LA bonne idée. C’est vrai, plein d’idées en vrac ça sert à rien, et puis faut ranger et Lyra elle est plutôt du genre bordélique, alors Mentor, c’était l’homme de la situation. Une idée, bonne, et ça roulerait.
Lyra rentre donc tranquillement chez elle, profitant des derniers rayons du soleil, du vent léger, du doux parfum de gingembre…

- Gingembre ?! Quelle arnaque ce shampoing ! Non, les cheveux ne retrouvent pas tout leur éclat, non, c’est pas l’extase comme dans la pub, et ça sent tout sauf le gingembre…

De mauvaise humeur, parce que faut pas grand-chose - elle est plutôt caractérielle - elle décide de rentrer directement, d’aller faire un petit tour sur CL, et qui sait, peut-être bien que Mentor lui proposerait d’écrire à deux pour l’exo.

Mentor s’est creusé mais aucune idée n’a surgi ! La cata. Son humeur s’en ressent lorsqu’il se connecte sur CL. A cette heure de l’après-midi, les vacances aidant et le temps s’y prêtant, à tous coups Lyra est en train d’imiter la crêpe bretonne sur le sable chaud de la plage : un temps sur le ventre, un temps sur le dos, la veinarde.
Critiqueslibres.com – clic.
« Salut Oui-Oui, excuse-moi, je ne reste pas... même si tu es mon favori... »
Tous les forums – clic.
Vos écrits – clic.
Conversations et badinage – clic sur la page n° 740.
Lyra ! Elle badine ! Toute seule d’ailleurs, rien d’étonnant... Chance, ne pas laisser filer, ne pas brusquer, accrocher en douceur :

- Bonjour petite Lyra, ça woule ?... ;-)
- Oui ! :o) me suis levée :o)) à 11 h 30, :o))) fraîche et dispose :o)))) , j’ai une pêche d’enfer !!!… :o)))))

Bon, ce n’est pas pour tout de suite, Lyra semble bien avoir l’esprit ailleurs et s’il lui parle de l’exo elle va dire oui, que ce serait une bonne idée mais qu’elle n’a pas beaucoup de temps : CL, les ami(e)s, papa Lyra qui veut l’ordi, les sorties, la version en Thaï de « Alias » sous-titrée en Inuit, etc. Enfin, rien pour faire avancer l’exo. De dépit Mentor prend congé, éteint son pc et sort faire un tour.
Dehors la luminosité le surprend, un peu comme une taupe qui émerge de sa taupinière. Il enfile rue après rue dans l’espoir qu’une idée va germer. Il sent bien les autres sur CL qui l’attendent au tournant. Sûr qu’ils auront tous un texte aux petits oignons, original, devant lequel chacun va s’extasier. Pourtant il a du talent, il le sait, il le sent et il ne demande qu’à exploiter ce don, à éclore, à exploser, mais dans l’immédiat IL FAUT UNE IDEE ! Il avise soudain au bout de la rue une cabine téléphonique : et s’il y avait quelqu’un à l’intérieur !? Il presse le pas.

De son côté Lyra quitte CL. Entre les départs en vacances et ceux qui bossent il n’y a pas un chat cet après-midi. Juste Mentor qui n’a même pas daigné lui proposer d’écrire l’exo avec elle ! Déception... Elle se dit qu’il vaut mieux aller se promener, prendre l’air, réfléchir à l’exo, ah oui, téléphoner aussi, portable en rade oblige, elle n’est même pas sûre que ça existe encore, les cabines.
Tiens si, en voilà justement une…
Elle fait glisser la porte en verre, des lustres qu’elle n’est pas entrée là-dedans. Enfin bon, ça doit pas être bien compliqué. Elle compose rapidement un numéro, commence à papoter, raconte l’épisode du shampoing au gingembre, ce genre d’info de la plus haute importance, puis la conversation se porte rapidement sur CL, l’exo, fourrure, métal, gingembre, 5000, pressée, vendredi…

Mentor est à dix mètres de la cabine. La porte est largement ouverte. Encore une claustrophobe ? En tout cas une claustro pas discrète ! Ses éclats de voix réveilleraient un mammouth en hibernation depuis la nuit des temps. Et zut, lui qui n’a pas encore changé sa carte Cim depuis qu’il a quitté son île, le voilà obligé de faire le poireau devant l’unique cabine à 3 km à la ronde. Bon, la fille a de très jolie jambes, ça égaiera son attente...
La voix est si aiguë et le niveau si haut qu’il ne peut pas ne pas entendre :

- Mais non, il a refusé, il fait l’exo de son côté l’égoïste ! S’il te plaît, Spiriiiit !!!

Mentor dresse l’oreille et clignote des yeux : l’adorable frimousse de la fille a pivoté machinalement vers lui, mais c’est évident, il est transparent !... Tiens, ça lui rappelle une réflexion d’une autre CLienne il y a peu...
« Spirit » ? Il a bien compris ? Se pourrait-il que ?...
La fille continue sur le même ton :

- Mentor ? Laisse tomber ! On était ensemble sur CL y a pas 10 minutes, bonjour-au revoir, rien à faire, m’a rien proposé le mufle ! Alors mince ! toi tu vas me dire oui au moins !? Un exo chacun et un à nous deux, ok ?

« Mentor ? Spirit ? ». Pas possible, il devient fou. Dans la cabine, là, ce serait…?…

Et ce n’est pas fini :

- J'en veux deux ! Oui, deux ! On se débrouillera, tu m'entends ?!

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Spirit pose son stylo, découragé, lessivé par l’effort intellectuel intense, motivation éteinte.
Mais qu’est-ce qu’elle est allée chercher là comme phrase débile et comme mots imposés cette grande prêtresse de CL ?... C’est « Guinness des records » qu’elle aurait dû prendre comme pseudo ! Pour qui elle se prend ? Pffff ! Impossible de pondre un texte qui tienne la route avec ça. Elle l’a fait exprès ou quoi ? Si ça se trouve elle sera prise à son propre piège, héhéhéhé, rire sardonique. Ouais, allez, laisse tomber Spirit, t’es nul, va falloir affronter les lazzis et les quolibets. Si les autres pondent des textes géniaux c’est bien que le sujet était bon. Mais pas toi.
Spirit chiffonne sa feuille largement raturée, enfile son manteau, relève son col et sort sous les bourrasques d’un vent chargé de neige mouillée.




EXERCICE à « 4 mains »

Données :

Créez en unissant votre talent à celui d’un autre CLien, un personnage de votre cru qui se trouverait plongé dans l'univers d'un roman célèbre.
Le format du récit souhaité : entre 5000 et 10000 signes (espaces compris)
Les textes seront diffusés sur la section « vos écrits » du forum pour le 30 mai, vers 18h02.
Je suggère que vos titres soient préfixés par « 4 mains »

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AVANT-PROPOS

Ce texte est inspiré de La Nuit des Temps de René Barjavel.
Une mission scientifique polaire a découvert sous 1000 mètres de glace une sphère dans laquelle dort depuis 900 000 ans un couple d’humains en hibernation.
La femme, Eléa, a été ranimée par le Dr Simon et la mission se déroule, notamment, grâce à une machine - la Traductrice - qui facilite les échanges.
Notre imagination va quelque peu perturber cette mission historique…


« LE TEMPS D’UNE NUIT »

Tout était redevenu calme dans l’œuf.
Depuis plusieurs jours déjà.
Dehors, le docteur Simon et toute l’équipe des scientifiques se démenaient pour éluder et comprendre le grand mystère.

Tandis qu’à l’intérieur, le cercle bleu continuait de tourner, diffusant sa lumière dans l’ambiance dorée. Le premier socle d’or où Eléa avait dormi pendant 900 000 ans était désormais vide, comme nu, dépossédé de la Beauté, démuni de son plus beau trésor.

Le deuxième socle offrait encore à l’homme un lit éternel, l’enlaçant de glace, traversée elle aussi par une multitude de rayons bleutés.

Tout au fond de la pièce, sur le mur où s’étalaient mystérieusement les signes de la langue Gonda, se dessinait une légère fissure, ou plutôt une ligne, incurvée, de forme ovale.

A peine visible, dissimulée sous les « mots » qui défilaient, cette courbe semblait être une ouverture, une porte, sans poignée apparente.

A l’intérieur, derrière le mur, une petite fille se débattait.

Elle devait avoir une dizaine d’années, les cheveux noirs, aux reflets dorés. Chacune de ses longues mèches était bouclée, comme une vague qui s’apprête à se briser, suivie d’une deuxième, et d’une troisième, jusqu’à la dernière, qui elle, s’étendait jusqu’à la pointe de la beauté. Elles retombaient en cascade sur son visage innocent, éclairé de ses yeux d’un vert profond, et d’un regard à la fois intelligent, interrogateur, et enfantin.

Un cercle transparent soulignait son cou et quelques lettres d’or, en langage Gonda, lui donnaient le prénom d’Elika.

La fillette déployait de grands efforts pour libérer son esprit de son infinie léthargie.
Ses yeux brillants observaient la pièce confinée.
Elle réfléchissait.
Intensément.

Son regard se dirigea vers la paroi translucide qui lui faisait face : elle y distinguait nettement les inscriptions qui défilaient, mais à l’envers. Elle y reconnut pourtant les « mots », ceux de SON langage.

Au delà de cette sorte de ce mur-écran elle vit alors nettement les deux socles : l’un vide, l’autre occupé…
Son esprit tout à coup clairvoyant la fit sauter au bas de son propre support.
Sans forces, elle trébucha aussitôt et se rattrapa sans mal au volant d’ouverture de son réduit. Elle parvint à le faire pivoter et se retrouva dans la grande pièce silencieuse.
Des messages défilaient toujours, auxquels elle ne prêta pas attention. Derrière ces mots, la pièce qu’elle venait de quitter était parfaitement invisible…
Son intérêt était entièrement dirigé vers l’être étendu sur le socle et dont la poitrine se soulevait régulièrement.
Un masque cachait ses traits.
C’était ce masque, le but de la jeune Elika.
Elle s’approcha du bloc de glace transparent, effleura de la main son fin collier, ce qui eut pour effet, l’espace de quelques secondes, de rendre translucide la matière qui recouvrait le visage de l’homme endormi.

_ Païkan !!!

Son cri, strident, interminable, venu du tréfonds des âges, s’étouffa dans un sanglot.
Instinctivement elle sut qu’elle ne devait pas se manifester « dehors ».
Sa mémoire lancée à grande vitesse lui faisait maintenant revivre les événements qui avaient précédé sa mise en hibernation et celle d’Eléa.
Ce qu’elle ne comprenait pas encore clairement, c’était la présence de Païkan sur le socle.
Pourquoi Païkan et non Coban ?!

Elle reprit calmement ses esprits, consciente de la situation, sachant très bien que céder à la panique n’arrangerait rien.
Elle avait reconnu Païkan, aucun doute, c’était bien lui et non Coban sur le socle… mais… Coban, s’il n’était pas là… ou pouvait-il être ?

Une voix la rappela à la réalité, c'est-à-dire au monde d’aujourd’hui, un univers inconnu, où il faudrait peut-être re-créer une réalité en oubliant l’autre.

_ « Il n’y a que Coban qui puisse déchiffrer l’équation de Zoran ? »

Il n’en fallut pas plus pour que l’attention de la petite fille se porte vers l’écran géant.
Elle ne comprenait pas ce que cet homme disait, à l’exception de deux mots : « Coban » et « Zoran ».
Mais la traduction dans Son langage défilait sous les images.
Zoran… elle s’amusait souvent à résoudre cette équation, enfin, moins maintenant, parce qu’à force, elle la connaissait par cœur.

Elle releva la tête vers l’écran...

_ Eléa ?!!?

Elle s’approcha, posa les deux mains sur le bas de la cloison pour sentir sa présence… mais ce n’était qu’une cloison de matière synthétique sur laquelle étaient projetées des images.

Elle fit quelques pas en arrière.

_ Eléa...

Les yeux plein de larmes, elle luttait pour qu’aucune d’elles ne franchisse la limite qu’elle s’était imposée par fierté, et continuait de fixer l’écran en silence.
La jeune femme parlait, mais ce n’était pas sa voix, elle était traduite dans une autre langue, la même que celle de l’homme en face d’elle.

_ « Seulement Coban ? »

Eléa hocha la tête pour toute réponse.

_ « Très bien… voilà ce que nous allons faire… »

Mais Eléa, déjà, n’écoutait plus, elle semblait regarder la caméra avec insistance, comme pour retenir un regard quelque part…
Où ? Elle seule le savait. Tout comme elle était seule à savoir qu’une petite fille restait endormie dans l’œuf… il fallait la protéger, Elika, ils pourraient lui faire du mal…

La fillette sut à cet instant ce qu’elle avait à faire.
Elle s’assit en tailleur face à l’écran où le ravissant visage d’Eléa continuait de la fixer avec insistance. Son interlocuteur, visible en arrière plan, continuait à parler, la traduction mentionnant des mots techniques qu’Elika ne cherchait même pas à lire.
Rassemblant tout son sang froid, elle concentra toute son attention, son énergie mentale, sa puissance de pensée sur l’image d’Eléa.
Son regard d’enfant se transforma en un véritable émetteur de rayons multicolores couvrant tout le spectre chromatique. Le double laser visait les yeux d’Eléa, semblait traverser le mur-écran, pénétrer le crâne de la jeune femme, fouiller les circonvolutions de ses pensées les plus profondes.
Elika communiquait. Elika s’exprimait, au sens premier du terme. Elika entrait peu à peu dans le cerveau d’Eléa.
Le contact s’établit !
La fillette en eut la certitude au sourire radieux qui éclaira le beau visage sur l’écran.
La symbiose des deux esprits était bel et bien réalisée malgré les 900 000 années de séparation psychique qui venaient de s’écouler.
Il suffisait dès lors de conserver ce lien. Pour cela, Elika effleura à nouveau son collier aux lettres d’or. Les deux faisceaux aux couleurs de l’arc-en-ciel qui émanaient de ses yeux s’éteignirent.

_ Elika ?... C’est bien toi ? Tu es réveillée ?!

La voix d’Eléa emplissait le cerveau de la fillette, résonnait comme dans une chambre à échos. Elle dut se concentrer à nouveau pour en atténuer les fréquences les plus basses.
Elle voyait toujours le visage de la jeune femme, la gaieté qui illuminait ses yeux. Mais ses lèvres étaient immobiles, seules ses pensées envoyaient leurs informations télépathiques.

_ Oui maman, c’est moi. Je suis seule, ne t’en fais pas. J’ai vu Païkan sous la glace, tu es au courant ?!
_ Qu’est ce que tu dis ? Païkan… !!? Sous la glace… !!!
_ Oui, maman, je t’assure, je ne comprends pas…

Eléa bondit de son siège.
Heureuse, inquiète, bouleversée, le regard perdu, nuit étoilée en dehors de cette nouvelle réalité, elle ne songeait plus qu’à retrouver une partie de l’ancienne. Païkan…

Elle se dirigea vers la porte, l’ouvrit violemment, et, à la grande surprise du docteur Simon, s’enfuit en courant.
Elle prenait le chemin de la sortie, celle qui menait au puits permettant aux chercheurs de descendre dans l’œuf.
Simon tentait de l’arrêter :

_ Eléa ! Attendez ! Vous ne pouvez pas… vous ne pouvez pas sortir dans cette tempête de neige, vous ne feriez pas trois mètres…

Mais la jeune femme avait déjà retiré l’oreillette qui lui traduisait la langue du docteur Simon et de tous les autres médecins et chercheurs de nationalités différentes.
Il la rattrapa juste à temps, sur le pas de la porte, et lui serra le bras.

_ Eléa…

Il lui tendit l’oreillette qu’il avait ramassée à la hâte dans sa course. Elle hésita, regarda rapidement la porte, puis remit finalement son écouteur.
Simon lui expliqua la situation en quelques mots : elle ne devait pas sortir ainsi, elle gèlerait, puis les violences du vent la briseraient en mille morceaux comme une statue de verre.
Elle se ravisa.

_ Simon, il faut absolument que j’aille dans l’œuf, comment faire pour y accéder ?

Simon réfléchit un quart de seconde, et, devant les yeux d’Eléa, implorants comme la nuit demanderait au jour de l’aider à retrouver une étoile, il dit :

_ Très bien, nous irons. Laissez-moi le temps de prendre les combinaisons, mais il y a une trentaine de mètres entre cette porte et l’autre qui mène au puits, si on se perd dans la neige…

_ On ne se perdra pas…

****

Pendant ce temps, la petite Elika réfléchissait à la manière la plus rapide de décongeler Païkan. Elle s’approcha des machines aux formes étranges, intelligences artificielles, déesses de génie qui avaient permis à un homme, une femme, et un enfant de conserver un souffle de vie pendant plus de 900 000 ans.

Elle souriait, un air de malice au coin des yeux… quelle bonne surprise si elle parvenait à remettre Païkan sur pieds avant que sa mère n’arrive…
Elle était sûre de pouvoir le faire, ça ne devait pas être si compliqué… après tout, si Coban y arrivait…
Elle déchiffra les quelques mots Gondas inscrits sur une machine, alors que celle-ci semblait plutôt fonctionner à l’aide de dessins. Elle commença à manipuler toutes sortes de boutons et leviers, avec cette lueur d’intelligence dans les yeux qu’elle tenait de sa mère…

****

Simon revint les bras chargés des deux combinaisons, l’une pour lui, l’autre, moins volumineuse, pour Eléa. Un sourire illumina son visage, le genre de sourire à faire oublier le monde, la terre, la neige, juste la regarder, dormir près d’elle, 900 000 ans, une si belle éternité…

Les trente mètres dont avait parlé Simon furent franchis en plus d’une heure ! Ils durent ramper, rouler, s’accrocher tant bien que mal aux moindres aspérités gelées. Le blizzard fou changeait de direction sans arrêt. Les congères glacées se formaient, se désintégraient ou se brisaient pour devenir autant de projectiles tranchants. La visibilité était quasi nulle. Seul l’instinct de Simon leur permit d’atteindre in extremis la margelle d’inox salvatrice. Ils purent enfin accéder aux premières marches de l’échelle à crinoline en refermant l’orifice au-dessus d’eux.

Ils amorcèrent alors leur descente dans le noir complet et un silence total.

****

Elika observait les résultats de ses manipulations avant d’en entreprendre de nouvelles. Des messages encourageants défilaient sur de petits écrans individuels, l’invitant à poursuivre la procédure. Satisfaite, elle s’apprêtait à entrer un code lorsqu’une sorte de gyrophare rouge se mit à clignoter tandis qu’un signal sonore d’alerte retentissait dans le local.
Inquiète, la fillette put déchiffrer :

« ERREUR FATALE ADMINISTRATEUR SYSTÈME - ALGORITHME ERRONÉ – OPÉRATION IRRÉVERSIBLE – PROCÉDURE D’HIBERNATION AMORCÉE ».

Incrédule, Elika sentit son cœur bondir et le sang refluer dans ses veines. Qu’avait-elle fait ? Pourtant elle était sûre... Pourvu que... Elle ne voulait pas croire, se rendre à l’évidence, admettre que le pire venait de se produire.

Elle n’eut pas le temps de réfléchir plus longtemps : le sas de l’abri s’ouvrait avec fracas. Eléa et Simon firent irruption, ce dernier ouvrant des yeux incrédules à la vue de la fillette.
Eléa vit le flash rouge, entendit l’alarme et comprit aussitôt :

_ Elika ! Pourquoi as-tu touché à tout ça ? Chérie…

Elika se précipita dans les bras d’Eléa qui la serra tendrement tandis que Simon observait l’ensemble de la scène avec incompréhension et curiosité.

Sur le mur-écran, les images aussi s’animaient. Des personnages en blouses blanches gesticulaient, couraient en tous sens. On pouvait distinguer des appareils électroniques d’où se dégageait une fumée noire. Le son renvoyait des cris, des bruits de sirènes...

Le chaos total… Simon regardait ses confrères lutter contre ce qui semblait être un séisme, non, pire que ça, un… un quoi ? Qu’est-ce qu’il se passait là-haut au juste ?
Il regardait Eléa avec effarement, essayait de trouver un semblant de réponse dans ses yeux qui paraissaient aussi perdus que les siens.

_ Elika, pousse-toi ma chérie, mets-toi près du docteur Simon.

Eléa se précipita vers les machines, déchiffra rapidement le message inscrit sur le cadran.

_ Oh mon dieu… Elika...

La petite regardait alternativement sa mère, le docteur Simon, le socle de Païkan, elle comprenait son erreur, en mesurait les conséquences terribles…

Pendant ce temps-là Simon restait le regard fixé sur la paroi-écran : la salle était à moitié détruite, le plafond écroulé. Ses confrères avaient eu le temps de sortir à temps. Il soupira de soulagement. Triste répit. Dés qu’il releva les yeux, il vit le ciel à travers le trou formé par l’effondrement. Il prenait feu. Il tournait de bleu polaire à rouge crépitant, et l’air autour semblait également devenir écarlate et épais de fumée, sans doute la couleur était-elle reflétée massivement par la glace.
Mais la glace ? Elle devait fondre ? Les hommes… qu’allaient-il devenir là haut, ils ne pourraient jamais rejoindre un hélicoptère et évacuer le pôle avant qu’il ne soit trop tard ?
Il ne pouvait pas les laisser mourir…

Il lâcha la main de la petite, fit volte face, et commença à remonter les escaliers en direction du puits. Eléa le rattrapa au dernier moment :

_ Simon !!!!!!!
_ Je ne peux pas Eléa, je ne peux pas les laisser mourir comme ça, il faut que je les aide.
_ Impossible, c’est trop tard, bien trop tard. Si vous sortez vous mourrez comme les autres. Restez-là Simon, je vous en prie, dehors ils ne survivront pas. Avec ou sans vous, dehors c’est fini, pour la Terre, une nouvelle fois, c’est terminé.

Le docteur Simon se retourna, dépité.

_ Mais Eléa, ce n’est pas possible…
_ Je vous assure que si. Coban avait prévu cette arme de défense au cas où les choses tourneraient mal pour nous. Il suffit d’actionner certains boutons dans un ordre précis et complexe, et l’arme se déclenche. On ne peut plus l’arrêter.

La petite pleurait. Simon la rassura comme il put, bien qu’il lui en voulait de mettre ainsi le monde en péril. Mais ce n’était qu’une enfant, et elle se sentait déjà assez mal comme ça.

Eléa reprit :

_ Ecoutez Simon, après la mise en route de l’arme, il nous reste exactement vingt minutes pour nous recongeler. Chacun reprend sa place et ne forme plus qu’un avec son socle. Il nous faut faire vite, voici comment nous allons procéder…

A cet instant quelque chose attira leur attention dans l’écran : des éclats de feu volaient de part et d’autre dans le ciel. L’un d’entre eux venait d’atterrir dans le labo, achevant les dernières machines encore en fonction, un deuxième, plus lourd encore, coupa toute communication avec le monde extérieur.
L’image s’évanouit.

_ Eléa, se congeler… mais, je n’ai pas de socle ?
_ … ?

Eléa débita des mots à une vitesse hallucinante, totalement incompréhensibles.
Simon la regarda.

_ Les oreillettes, la traductrice, plus rien ne marche !…

Eléa, si elle ne comprenait pas sa langue, comprenait au moins son regard.
Elle fut prise de panique à son tour, se hâta de réactiver la congélation de Païkan, de hisser de nouveau le dôme de glace que la manœuvre d’Elika avait tout de même réussi à entamer.

Elle dit alors, en langage Gonda :

_ C’est à toi, ma chérie, retourne de l’autre côté de la paroi, je vais actionner le mécanisme une fois que tu seras bien installée.

La petite Elika serra de ses bras le grand monsieur qu’elle ne verrait peut-être plus, geste d’excuse aussi, excuse d’avoir détruit tout ce qui faisait son monde, sa vie.
Le docteur Simon passa sa main dans ses boucles brunes, en un geste rassurant et compréhensif, il n’y avait plus de place ni de temps pour les regrets.

La petite se précipita dans les bras de sa mère, qui l’enlaça de toute sa tendresse.

_ On se revoit quand maman ?
_ Dans une nuit ma chérie, on va dormir un peu, et puis demain matin on sera de nouveau réunis, toi, moi, Païkan… et le docteur Simon.

Elika se dirigea lentement vers son réduit, se retournant sans arrêt pour voir le sourire protecteur de sa mère.
Simon la regardait tristement s’éloigner et traverser la cloison par la petite porte. Il ne la reverrait plus, comme il ne reverrait plus jamais Eléa, ni qui que ce soit d’ailleurs.
Il lui sourit une dernière fois, puis la petite disparut, on n’entendait plus que ses mouvements rapides qui remettaient en place tout le système respiratoire.

_ Je suis prête maman !
_ Bonne nuit ma chérie.

Eléa remit le processus en route.
Simon regardait maintenant Eléa, qui semblait chercher une solution.
Une solution à quoi ?
Il n’y avait pas de problème. Elle se congèlerait une nouvelle fois, et lui allait mourir. Aucune autre possibilité ne se présentait, il n’y avait pas de calcul plus rapide.

Elle le savait aussi bien que lui. Elle s’assit contre la surface d’une machine, les larmes aux yeux.
Simon vint la rejoindre, lui caressa tendrement la joue, et lui murmura des « ce n’est pas grave » qu’elle comprit très bien. Pas besoin de la traductrice pour comprendre ce langage là.

Elle le regarda dans les yeux, son seul ami sur cette nouvelle Terre qui n’était déjà plus.
Elle regarda son visage et s’attarda quelques secondes sur ses lèvres.
Elle se leva brusquement, lueur d’intelligence dans les yeux, expression d’un mathématicien qui viendrait de trouver le x d’une équation irrésolue depuis des siècles.

Eléa fit signe au docteur Simon de se lever, l’entraîna près du socle et le fit asseoir.
L’homme eut un mouvement de recul, que faisait-elle ? Elle n’allait quand même pas… ?
Eléa le rassura du regard, fit non de la tête, et l’apaisa d’un geste de la main.
Elle sortit un petit objet tranchant d’une de ses poches, et se fit une légère entaille dans le bras. Elle récupéra quelques gouttes de sang du bout de la lame, et les posa délicatement sur le socle.
Elle recommença la même opération sur le bras du docteur Simon, et introduisit, sous le regard incompréhensif de l’homme, quelques gouttes de son sang brun-doré dans la petite coupure.

Simon se sentit aussitôt doté de nouvelles forces, revigoré, empli d’une nouvelle vie. Il ne le savait pas, mais Eléa savait elle, que sans cette potion qui permettait de conserver le corps intact pour l’éternité, il n’aurait pas pu survivre dans l’œuf.

Il ne restait évidemment plus de potion depuis 900 000 ans, mais elle espérait que quelques gouttes de son sang suffiraient à le maintenir en vie jusqu’au prochain réveil.

Elle fit signe à son ami de s’allonger sur le socle, sur le côté. Il s’exécuta.

Pendant ce temps, elle alla régler la machine, afin qu’elle déclenche le processus automatiquement une dizaine de minutes plus tard.
Elle déposa un baiser sur le dôme où Païkan reposait, murmura quelques mots d’amour.
Elle s’approcha alors du socle, s’allongea à son tour sur le côté. Ils se regardaient, face à face, pas de la même manière, au désespoir du docteur Simon, mais avec une certaine complicité, malgré tout…
Elle tenta de lui faire comprendre son idée, et lui montra successivement le masque respiratoire, l’embouchure en plastique, ses lèvres, et puis les siennes.
Le docteur comprit finalement.
L’idée d’Eléa était de partager le tube respiratoire, de joindre leurs lèvres pour recevoir l’un et l’autre de quoi rester en vie pendant plusieurs millénaires.
La glace qui les couvrirait entièrement comblerait l’espace lèvres-tube si besoin, et parviendrait à maintenir solidement l’embout au coin de leurs bouches.

Simon la regarda, souriant de la voir sourire.
Elle devint grave quelques secondes et dit en langage Gonda :

_ Je suis à Païkan…

Simon, bien que la traductrice ne lui soit plus d’aucun secours, saisit totalement le sens de cette phrase pour l’avoir entendue une bonne centaine de fois.
Il répondit, pour elle, parce qu’il savait qu’elle comprendrait, mais surtout pour lui :

_ Je sais, Eléa, je sais…

Elle lui sourit de nouveau, déposa un baiser sur sa joue, prit le tube, et le positionna.
Leurs lèvres se rejoignirent.
Les deux dernières minutes passèrent, ils se regardèrent une dernière fois dans les yeux, puis s’endormirent à l’instant même ou le processus se mit en marche.

Tout était redevenu calme dans l’œuf.
La terre aussi semblait apaisée. Bien que déserte…
Pour combien de temps ?

Eléa s’était réveillée le temps d’une nuit, et se rendormait en compagnie de Païkan, Elika, et d’un nouvel occupant de l’arche, Simon.
Ils se rendormaient jusqu’à demain, le temps d’une nuit, la nuit des temps.





EXERCICE

Données :

A la fin du XX ème siècle en Sicile
Le frère et la sœur s’aiment d’amour tendre en cachette de leur père.
Une tierce personne les surprend.
Mots imposés : Censeur - Ecume - Porc-épic – Chianti

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« TRAGEDIE A LA GRECQUE »

Palerme, fin juillet 99.
Une chaleur à faire fondre la cloche du cimetière des Capucins.
Ephéméride et Scapulaire ne cessent leurs incessants jeux amoureux que pour boire de petites rasades de chianti frais.
La petite chambre de leur hôtel donne sur la montagne qui domine la ville. Un air tiède fait voleter les rideaux de tulle et pénètre dans la pièce par intermittence.
Peu de mots échangés, beaucoup de caresses partagées. Ces deux là s’aiment d’amour tendre, c’est évident.
Une pause permet à Ephéméride d’observer son amant avec un peu de recul et ce qu’elle lit sur son visage l’inquiète aussitôt :

- Qu’as-tu Scap ? Je te sens préoccupé.

- Ma douce Ephy, ma sœur, je n’ai rien, seulement tu sais notre situation. Père ne voudra jamais admettre une quelconque hyménée entre nous. Je le sais trop censeur pour envisager une union contre nature !

- On s’en tape frérot ! Viens là que je m’occupe de toi !

- Ephéméride ! Ton langage avant-gardiste te dessert. Tiens, reprends un peu de chantilly. Je ne plaisante pas. Tu connais père. Il a dû nous faire suivre et nous sommes peut-être à cet instant l’objet d’une surveillance aussi discrète qu’efficace. Notre mentor est à sa solde, tu le sais bien.

- Ca, pour le savoir ! Quel sale con çui-là ! Nous lâche pas d’une semelle, pas une seconde ! Te l’emplâtrerais moi ce porc-épic, ce soudard inculte !

A ces mots un formidable craquement fait s’ouvrir la porte de la chambre qui se fracasse contre le mur, laissant apparaître un gaillard de 2 mètres de haut sur 1 mètre de large, l’écume aux lèvres, en sueur, son unique œil exorbité, une dague à la main.

- Jeunes freluquets ! hurle le mentor (car c’est bien lui) d’une voix de stentor. Je vous y prends ! La main dans le sac ! Enfin… la main au panier ! Endossez vos vêtements prestement, je vous emmène céans à votre père qui saura bien prononcer la sentence que votre conduite incestueuse mérite ! Suivez-moi sans résistance !

Scapulaire et Ephéméride, penauds et nus comme des lombrics, se précipitent fébrilement sur quelques effets, s’en vêtissent à la hâte puis se dirigent vers le couloir sous l’œil courroucé du factotum inébranlable.

A l’instant où le coupable amant passe devant le géant, il lui décoche - avec toute la force dont la honte et l’humiliation l’ont gonflé – un horion magistral en un endroit de l’anatomie que nous ne préciserons pas plus avant.
Plié en deux par une douleur aussi violente qu’inhabituelle, le cyclope en lâche son arme effilée qui change aussitôt de main. Scapulaire lui tranche la gorge sans hésiter, ce qui produit un gargouillis infâme accompagné d’un geyser vermillon qui teinte aussitôt les murs et le plafond d’une myriade de gouttelettes du plus bel effet.

Sans abandonner l’épée, le garçon saisit la main de sa belle (sœur) et l’entraîne dans le couloir, entamant une course effrénée vers l’escalier de secours.

Par bonheur la porte de sécurité n’est pas verrouillée, et les deux amants débouchent à l’air libre, badigeonnés de sang, habillés de quelques tissus furtifs qui ne cachent pas grand chose de leurs jeunes anatomies et l’air hagard, ce que la situation impose, nous sommes d’accord.

A l’instant où ils prennent pied sur la terrasse de l’hôtel, un tonnerre d’applaudissements se déclenche en même temps qu’une immense ovation monte de la foule qu’ils découvrent en face d’eux. Essoufflés mais visiblement ravis de leur performance, les deux acteurs font face aux spectateurs et s’inclinent à plusieurs reprises pour remercier leur public, fidèle à la pièce qu’ils jouent maintenant depuis bientôt six mois…



EXERCICE


Données :

Dans un jardin public, au petit matin, sous une pluie fine, Verseau le cheval et son cavalier croisent le chemin d'un piéton (en fait un extra terrestre incognito). Plus loin, un couple se dispute…

Ecrivez un texte ROMANTIQUE avec pour contrainte les mots suivants :
- galère
- coaguler
- mot
- hérédité
- fous

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« SANGLANT ROMANTISME »

Ce soir là la pluie fine tombait sans discontinuer et Verseau avait hâte de retrouver son écurie douillette à la paille si odorante. Son cavalier ressentait cette même envie mais restait prudent car les chemins détrempés du grand parc déserté pouvaient provoquer une glissade néfaste. La faible clarté entre chien et loup ne facilitait pas la progression.
- Hihihihihihihihihihmhmhmmmmmm!!!!!!!
Le hennissement puissant de la magnifique monture envahit soudain l’atmosphère et fit écho dans tous les recoins du parc Séhel. La peur avait fait se cabrer la bête dont le maître faillit bien basculer cul par dessus tête. Celui-ci parvint à calmer l’animal qui resta toutefois nerveux. Amaury aperçut alors une ombre sur sa gauche, furtive mais mouvante.
- Du calme Verseau, ce n’est rien, ne t’inquiète pas, fit-il en lui flattant l’encolure.
Le quadrupède frémissait toujours, autant du froid humide que de sa frayeur inattendue.
Ils n’eurent pas l’occasion de bouger davantage car la forme s’avançait vers eux avec détermination.
Amaury distingua mal un regard brillant sous un capuchon sombre. Il voulut adresser la parole à l’homme lorsqu’une sorte de déflagration silencieuse produisit un éclair rouge qui enveloppa l’homme et le cheval dans une spirale d’étincelles vermillon. Amaury ouvrit la bouche mais aucun son n’en sortit tandis que Verseau avait les quatre sabots rivés au sol et ne renâclait déjà plus.
A quelques mètres de là, derrière un bosquet, protégés de la pluie par d’épaisses frondaisons, un couple avait interrompu sa dispute en entendant le cheval. L’homme et la femme s’étaient postés de manière à observer et ce qu’ils distinguèrent alors les paralysa d’effroi. Le personnage mystérieux avait entrepris – du moins la lumière d’un lointain réverbère pouvait-elle le laisser croire – de sectionner l’artère jugulaire du pur-sang qui n’avait plus aucune réaction.
Ses efforts semblèrent suivis d’effets car un geyser noirâtre gicla à l’horizontale que la créature s’empressa de capter pour s’en délecter avec une vive satisfaction apparente…
Le cavalier était comme endormi assis, sa main droite tenant bien inutilement les sangles de cuir.
La nuit noyait maintenant la scène d’un flou effrayant mais des sons d’éclaboussures innommables parvenaient aux oreilles des observateurs involontaires.
Ils se regardèrent, abasourdis et terrifiés et se jetèrent en silence dans les bras l’un de l’autre, persuadés que leur dernière heure était arrivée.
Leur dispute était bien loin !
Leur seul souhait à cet instant était de ne pas se faire repérer par le monstre fou et sanguinaire pour subir à leur tour le supplice auquel ils assistaient impuissants.
Combien de temps dura la scène ? Nul ne pourra jamais en témoigner. A l’évidence le vampire n’avait pas l’intention de laisser coaguler le précieux liquide de vie car il n’interrompait sa libation que pour de courtes pauses respiratoires bruyantes.
Lorsqu’il sembla avoir épuisé les ressources sanguines de Verseau, il fit mine de vouloir désarçonner Amaury toujours inanimé. Son geste fut interrompu par une lumière aveuglante venue du ciel d’orage.
L’homme et la femme, occupés à rattraper les années perdues en se prodiguant force baisers passionnés, levèrent les yeux et distinguèrent nettement une sorte d’aéronef totalement silencieux semblant planer au-dessus du cheval et de son cavalier pétrifiés.
Le monstre repu parut faire des signes à l’engin volant qui s’approcha au plus près, sans se poser.
Une ouverture ronde apparut sous la base de l’appareil tandis que la créature avide de sang se tournait soudain vers eux !
Ils n’eurent pas le loisir de réagir eux non plus : un tourbillon de feu les entoura de multiples anneaux rougeâtres et ils furent propulsés sans bruit vers le groupe immobile.
La seule phrase que parvint à prononcer l’homme avant que l’engin extra-terrestre n’embarqua automatiquement la totalité des acteurs du drame, fut :
- Quelle galère, mais quelle galère !
Ce furent les derniers mots du couple d’amants dont l’avenir était tracé par la mission extra-terrestre.
Car il avait été décidé d’établir une hérédité terrestre stable sur leur planète en vue d’études poussées sur les possibilités d’implantation définitive sur la Terre, ce paradis aux ressources sanguines pratiquement infinies…



EXERCICE
Données :

1500 signes
Mots imposés :
loterie,
suspension,
pyramide.
L'un des trois mots est le thème principal autour duquel tout tourne.

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« A LA HUNE »

A la hune du voilier-corsaire CL* est postée la vigie. Muni d’une longue-vue, elle examine l’océan avec attention. Nulle pyramide à l’horizon. Juste un frêle esquif, une galère à 2 rames maniée par une Maud Fontenoy exsangue.

La vigie s’en fout. Son regard plonge vers le bas.
Sur le pont se bousculent les hommes d’équipage. Tous rivalisent de saleté et de vulgarité dans leurs gestes et leurs propos bruyants.
C’est sûr, des festivités se préparent.

Le Capitaine, un fier à bras en kit avec jambe de bois réglementaire, crochet à la place d’une main, borgne et balafré tente de canaliser l’enthousiasme :

- Ecartez-vous bande de flibustiers ! Laissez-le accrocher la corde à la vergue !


Le matelot désigné s’acquitte de cette tâche tandis que 3 autres ont bien du mal à faire avancer un homme, mains liées, bandeau sur les yeux. A cette apparition les spectateurs avides hurlent leurs sarcasmes.

Tout est prêt. Le condamné est hissé jusqu’au nœud coulant. Sa tête y est glissée. Les bourreaux observent le Capitaine qui lève son sabre vers le ciel. La petite foule redouble d’excitation. Le cordage résistera-t-il ? C’est une loterie : le seul cas de grâce possible du supplicié.

Un craquement affreux dont on devine l’origine et le corps du malheureux se retrouve en suspension, flasque, mort. Les hommes hurlent de plus belle.

A cet instant Mentor fit un bond et se retrouva assis en sueur sur son lit de cauchemar : il s’y était vu lui, pendu! Pourquoi? Parce qu’il s’était engagé auprès du Capitaine à rendre le matin même son pensum relatant les dernières prises du corsaire. Il n’avait à cette heure pas écrit une seule ligne de ces exploits!

N’écoutant que sa peur, le pauvre Mentor, se maudissant d’être le seul à savoir écrire sur le navire, s’installa à sa tablette et commença fébrilement :

« A la hune du voilier-corsaire CL est postée la vigie... »

* Caraïbe Libre




EXERCICE

Ce soir, Krystelle, Zou, Loup, Michel et Killgrieg se sont rencontrés à La Boteca (restaurant brésilien)

Mais, plutôt que de tout vous dire, nous avons décidé de vous laisser raconter vous-mêmes.

Voici donc des extraits de conversation, notés de façon aléatoire :

- J'ai une idée, tous les quarts d'heure, on note les phrases qui sont dites
- Dites-moi un peu ! La choucroute, vous la mangez avec la purée ou pas ?
- Voilà ! va falloir noter ça
- T'as rêvé de Sahkti, toi ?
- Pas besoin, c'est ma femme
- Mais, il raconte tellement de conneries, c'est normal
- J't'en ressers un peu ?
- Un centimètre seulement
- Ils ont fermé le donjon, chaque année y en avait un qui se suicidait, ça faisait tache dans la cour
- Elle a un visage innocent, on imagine mal une perfidie sarcastique
- Bourdon butineur…Ouais, quand j'ai vu ça, j'ai pensé : « c'est quoi ce gros lourd »
- Le procès de Kafka, c'est une relecture de la chèvre de Monsieur Seguin
- Loup, t'as une lecture des contes particulière
- Il faudrait trouver un dalaï-lama totalitaire
- Enfin !... C'était bien chouette !

Votre mission, si vous l'acceptez, sera de remplir les espaces entre ces phrases, exclamations, cris du cœur…
Vous aurez le droit pour cela d'utiliser autant de signes que vous le souhaitez.

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« Ji n’y comprends rien »

La boteca (restaurant brésilien) - 21h50

- Bonsoir m’sieur-dame, un apéritif ?
- Perrier-citron je vous prie, et toi, Giny ?
- Oui.
- Quoi « oui » ?
- Ben oui : un giny !
- Pfff... Excusez-là mademoiselle, c’est ma femme depuis peu, je suis pas encore habitué...
- L’écoutez pas mademoiselle, il raconte tellement de conneries lui aussi !
- Euh... Et après les apéritifs ? Notre fameuse choucroute brésilienne ?
- Ah ? Ca existe ça ? Je veux bien goûter ! Toi ?
- Ok pour moi aussi !
- Dites-moi un peu ! La choucroute, vous la mangez avec la purée ou pas ?
- Comme c’est la coutume à Sao Paulo ma belle.
- Entendu, merci, je vous apporte tout ça.
- Dis au fait, t'as rêvé de Sahkti, toi cette nuit ? J’ai cru t’entendre prononcer son nom entre tes ronflements...
- De taxi ? et pourquoi j’aurais rêvé de taxi ? Et puis, je ronfle pas, c’est toi qui...
- Pas de « taxi », bécasse ! t’es sourde en plus ! Non, de « Sahkti », la grande prêtresse. Tu sais bien, celle qui oscille sans arrêt entre ivresse et colère, et je te dis pas quand elle est ivre de colère, ça dépote ! Un vrai monstre. Pour la calmer celle-là c’est un lac plein de Guinness qu’il lui faudrait, un Loch Guinness quoi...
- Ben non, elle me fait pas rêver moi. Je préfère lire des histoires de fées et d’elfes, de korrigans et de lutins.
- C’est normal, t'as une lecture des contes particulière.
- Oui, les comptes ça me connaît. Et sur CL ils taxent les gros mots. C’est moi la trésorière et c’est madame Guinness qui surveille. En plus elle alimente bien la caisse la mégère, avec ses « de bleu » à répétition...
- Au fait, as-tu lu La chèvre de monsieur Seguin ?
- Seguin ? Je connais pas cet auteur.
- Laisse béton, j’y arriverai jamais avec toi. En fait c’est une relecture de Bourdon butineur. Tiens, pour te cultiver un peu, tu pourrais te renseigner sur Le Procès de Kafka.
- Ah oui ! J’aime bien les histoires judiciaires ! Et il a écopé de combien ce brave homme ?
- J’y crois pô ! Mais qu’est-ce que t’es inculte quand même ! Elle a un visage innocent, eh ben je comprends pourquoi...
- Eh ! Reste poli habibi ! Oui, j’ai un visage innocent, et alors ? C’est grave ?
- Non, on imagine mal une perfidie sarcastique derrière ces yeux de velours, t’inquiète pas Zizounette.
- Enfin !... C'était bien chouette de discuter avec toi ce soir. J't'en ressers un peu de la choucroute ?
- Pas besoin, ou alors : un centimètre seulement, merci ma gazelle.
- Dis, toi qui lis tellement, tu dois en avoir de l’imagination !
- Bof, oui, non, tu sais, j’ai une idée tous les quarts d’heure, alors j’en perds des fois... En fait, ma méthode: on note les phrases importantes qui sont dites au fur et à mesure de la lecture. Et après c’est une question de mémoire.
- Voilà ! Va falloir noter ça dans ma petite tête ! Tu me l’as donné le secret de la réussite ! Merci !
- Il faudrait trouver Le Quatrième Œil de Ropsang Lampa pour que tu le lises. C’est l’histoire d’un dalaï-lama totalitaire qui obligeait ses sujets à pratiquer la lévitation. Et pour s’entraîner il fallait qu’ils s’élancent du haut d’une tour du palais. Ils ont fermé le donjon, chaque année y en avait un qui se suicidait, ça faisait tache dans la cour lamassienne. Quand j'ai vu ça, j'ai pensé : « c'est quoi ce gros lourd ». Et puis finalement, sa méthode est super efficace.
- Stop ! s’il te plaît, stop ! La choucroute va remonter. Déjà que j’ai le vertige.
- Dac’ mon petit beignet au miel, tiens, choisis un dessert. Mademoiselle ?!





EXERCICE

Données :

• Où : Sous un tilleul
• Quand : années 1940-1950
• Qui : trois personnages maximum dont l'un est une femme de moins de 20 ans aux cheveux rouges
• Phrases imposées :

« J'ai oublié ma tribune au home »
« Mais c'est pourtant lui que j'aime »

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« SOUS LE TILLEUL »

Sous un tilleul ils s’étaient rencontrés pour la première fois, alors que sa mère accouchait d’elle en silence, avec cette résignation des femmes du sud, et que lui, enfant, regardait avec émerveillement sortir du ventre de sa nourrice une chose minuscule, un bout d’être touchant et fragile.
Sous un tilleul ils s’étaient retrouvés dix ans plus tard, elle petite fille et lui adolescent, jouant au bord de la rivière qui jouxtait leur maison.
Sous un tilleul enfin ils s’étaient avoués leur amour, douloureux aveu qui les avait fait rire et pleurer à la fois.
Hélas, une sorte de loi non-dite rendait impensable toute concrétisation officielle d’une telle union. Aussi les deux amoureux tentaient-ils de dissimuler leur passion en se donnant comme repère ce vieux tilleul, la nuit, quand seules les étoiles auraient pu les dénoncer.
D’amoureux ils devinrent amants.
Ces transformations successives illuminaient leurs visages d’une beauté toujours plus vive et exaltée.
Yasmina était élancée, avec une courbure de reins parfaite et des attaches fines. Sa chevelure auburn encadrait un visage à l’ovale régulier et ses yeux de braise ornés de cils d’un noir de jais savaient autant faire fuir l’importun qu’amadouer le coléreux.
Marwan était beau, fier, de cette fierté légendaire qui fait la renommée des tribus bédouines sillonnant le désert aride du Sahara. A sa force se mêlaient la douceur de son aimée, le suc de ses lèvres.
Mais l’Occident arriva à leurs portes, et avec lui, son cortège de malheurs.
Au loin apparut un jour la silhouette d’un homme différent, autoritaire, arrogant et convaincu de sa supériorité. Son regard détailla la jeune bédouine, sa fraîcheur, sa candeur, ses cheveux aux reflets roux teints au henné. Il n’avait d’yeux que pour Yasmina, cette jeune pousse à peine éclose. Et il l’aurait. A tout prix.
Marwan constatait avec amertume, jour après jour, l’assiduité détestable et croissante de l’homme envers sa promise. Il en concevait une rage intérieure contenue à grand peine. Leurs rendez-vous au pied du grand tilleul s’étaient espacés. Leurs rares moments de bonheur, de solitude commune, ils les passaient dans une grotte dissimulée au pied d’une falaise du Rif, loin de tout, connue d’eux seuls et de quelques vipères cornues. Là, ils se construisaient un avenir auréolé de joie, de rires d’enfants, de moissons à venir. Là, leurs craintes s’effaçaient. Pour mieux les assaillir lorsque l’heure venait de retrouver le village asservi.
Arriva le jour où tout bascula.
- Mais c'est pourtant lui que j'aime…
- Alors Yasmina, écoute moi bien. Puisque c'est lui que tu aimes, tu ne devrais pas avoir de mal à m'oublier dans les circonvolutions de ton cerveau versatile de femme volage. Tu ignoreras ainsi le mal dont je souffre à chaque vision que j'ai de toi, à chaque pensée qui me hante lorsque ton ombre me frôle, à chaque volute de parfum qui tourbillonne dans mes narines quand tu es en face de moi.
- Essaie de comprendre ! Ma peau cuivrée sur la sienne, si blanche, le contraste de nos yeux, son odeur légèrement mentholée, ses regards passionnés, sa bouche si fine, si rouge, qui étouffe la mienne, tout ça je ne l'ai jamais ressenti avec toi. Toi, tu as éveillé la femme qui était en moi, tu l'as préparée à l'amour, tu as gonflé ses lèvres avec tes manières maladroites de berger. Lui, il m'a appris ce qu'était la sensualité, il m'a redessinée de ses longues mains fines.
- Miel de mes jours, mon amour pour toi est né dans la douleur, a grandi dans la tempête mais ne mourra pas dans la violence. Je m'en voudrais de faire rejaillir sur ta personne ineffable le moindre éclat issu de ma terrible colère rentrée. Sache seulement que l'objet de mon ressentiment te sera arraché sans ménagement. LUI, que tu aimes, ira rejoindre ses ancêtres sans douleurs aucune.
- Tu ne comprends pas. Tu ne peux pas comprendre ce que c'est de vouloir, d'avoir envie, de crier pour posséder quelqu'un, son corps, son âme, ses pensées. C'est mon corps que tu veux ? Vas-y, prends-le, mais sache que quoi que tu fasses, mon esprit ira toujours vers lui, parce qu’il EST, il existe à mes yeux.
- Ton enveloppe charnelle a toujours suscité en moi une attirance irrépressible, tu le sais, ne joue pas sur ce registre je t’en supplie. N’ajoute pas à une apparente indifférence pour ma peine une touche de cruauté bien inutile. A l’heure qu’il est, ton amant doit déjà être à trépas, le cou tranché net d’un coup de sabre vengeur. Ainsi auront expiré dans la même seconde les douloureuses années de notre asservissement et l’instrument qui les as engagées. Nous sommes libres, enfin. Libres de choisir notre destin. Et si le tien est de pleurer éternellement ton amant étranger, le mien se confondra désormais avec celui de notre peuple déchaîné. Toutefois je saurai garder une place pour toi au fond de mon cœur pour le temps où tu ne trouveras plus assez de larmes. Je t’attendrai.
- Non ! Oublie-moi. Bannis-moi de ta chair, de ton sang. Pour moi tu n’es qu’une ombre, un spectre, un être désincarné, une larve qui se traîne à mes pieds.
Tu n’es pas Qais, je ne suis pas Leïla, ton amour n’est qu’une illusion.
Je m’en souviens, tu écoutais avec fascination les conteurs ressasser sans cesse la légende de Majnoun Leïla, la plus belle histoire d’amour que la terre ait jamais portée. Mais nous étions enfants, et rêveurs. Laisse-moi le rejoindre à présent.
- A ta guise Yasmina, je ne peux et ne veux m’opposer à ta volonté. Le village attend maintenant mon intervention. Mais j'ai oublié ma tribune au home d’enfants orphelins. Qu’importe, je me jucherai sur un rocher pour m’adresser à la foule et lui faire comprendre que la grandeur du destin d’un peuple ne se mesure pas à l’aune d’une histoire d’amour avortée mais bien à celle de sa révolte surmontant toutes les peurs.
Je t’aime Yasmina, je t’aime, Inch’Allah !




EXERCICE

Données :

Un texte d’environ 5 000 signes,
L’été est le principal protagoniste, prétexte,
Le mot “été” ne figurera pas dans le texte et,
- Soit l’action concerne l’été, mais ne se déroule pas en été,
- Soit (ou et) le récit est fait par un personnage du sexe qu’on n’a pas.

***************

« LA BOITE »

Sarah passa le seuil de sa maison et repoussa avec l’arrière de sa chaussure la porte massive qui se referma lourdement en claquant. Aussitôt les bruits du mauvais temps qui régnait à l’extérieur cessèrent, comme bloqués par la barrière que formait la porte.
La fillette posa son sac de classe dans le grand hall et passa par la cuisine pour glaner dans les placards de quoi se confectionner un goûter. Elle tenait dans sa main une petite boîte en bois patiné par les années. Pas un seul instant elle ne la posa afin de gagner en efficacité. Elle ne se servait que d’une main comme si l’autre était absente. Elle gagna ensuite sa chambre à l’étage. Les escaliers étaient larges, en bois ciré avec une rampe sculptée et sur le mur trônaient les portraits de famille, des gens aux visages fermés pour la plupart peints.
La chambre se trouvait au bout du couloir, la toute dernière. Elle passa en courant et entra à l’intérieur sans se retourner. Enfin tranquille ! Elle souleva le rideau de la fenêtre et jeta un œil dans la rue mais ne vit rien. Rassurée elle s’assit sur son lit, tenant toujours la boîte en bois.
Des bruits de pas dans l’escalier la firent froncer les sourcils de contrariété. Sa tante allait sûrement à nouveau lui reprocher d’avoir laissé des traces de boue dans l’entrée. Et lui demander ce qu’il y avait dans cette boîte dont elle ne se séparait jamais.
La porte de la chambre s’ouvrit avec force et une femme a l’air acariâtre apparut dans l’encadrement :
- Sarah ! Combien de fois faudra-t-il te le dire ? Enlève tes chaussures dès que tu entres !! Il pleut sans arrêt depuis des mois, tout est détrempé, tu ne me facilites pas le travail ! Et qu’y a –t-il donc dans cette boîte ? Montre !
La petite fille se renfrogna encore plus et cacha le coffret dans son dos en hurlant :
- N’approchez pas ma tante ! Je ferai ce que vous voulez mais ne me demandez plus ça ! C’est MON secret !
- Ton secret, ton secret ! Ce que tu peux être exaspérante avec ça ! Si ta mère était là les choses se passeraient autrement, je peux te l’assurer. Fais tes devoirs, nous mangeons dans une heure, bougonna la tante en sortant de la chambre.
Restée seule, Sarah attendit quelques minutes que les pas de sa tante se soient bien éloignés puis elle se glissa sous le lit et gagna l’angle du mur. Là elle débloqua un morceau de plinthe, dégageant un trou suffisamment grand pour recevoir la petite boîte. Elle remit la pièce de bois et sortit de sous le lit pour s’installer à son bureau afin de faire ses devoirs.
Son travail d’écolière terminé elle descendit pour le dîner qui, comme tous les soirs, se déroula lugubrement en face de sa tante et devant un repas frugal et aussi peu varié qu’à l’habitude :
« à cause de ce maudit temps qui interdit un ravitaillement normal et certains aliments qui deviennent rares et chers du fait de l’absence de soleil » comme le répétait inlassablement la vieille femme devant la moue de Sarah. Pour toutes ces raisons le dîner ne durait qu’une demi-heure et après la sacro-sainte phrase : « Ma tante, je peux regagner ma chambre ? » la petite fille mit un terme à la corvée quotidienne du repas.
Dans sa chambre elle récupéra sa boîte et se coucha aussitôt, blottie sous son édredon, serrant son trésor contre elle. Elle s’endormit en écoutant les bourrasques de vent dans les branches des arbres et le martèlement de la pluie sur les carreaux.
****
Sarah ne savait pas ce qui l’avait réveillée si brutalement : les volets de la grande maison triste qui battaient sous l’effet du vent ou les vociférations de sa tante sur le palier qui pestait contre « ce temps continuellement pourri qui fait oublier que le soleil et la chaleur avaient existé un jour ! ».
Elle se leva prestement pour éviter les premières remontrances, s’habilla très vite car le froid pinçait dans sa chambre peu chauffée, fourra sa petite boîte fétiche dans son cartable et descendit à la cuisine. La marâtre s’y trouvait et elle ne tarissait pas sur la saison exécrable et interminable que le pays vivait depuis plusieurs mois. Par chance elle parlait seule et ne sollicitait pas de réponse de Sarah qui put donc « profiter » d’un simple bol de lait trop froid accompagné d’une pomme véreuse.
La fillette se leva ensuite, reprit son cartable et courut vers la grande porte pour partir en lançant à la cantonade un « Bonne journée ma tante ! » auquel l’intéressée ne prêta même pas attention.
Dehors le temps était toujours aussi mauvais et Sarah dut tenir sa capuche pour que le souffle ne l’enlève pas. Elle marchait lentement, à contre-vent, gagnant mètre par mètre. Elle ne se rendit compte qu’à la dernière seconde qu’il y avait du monde devant elle. Elle leva la tête : c’était trois des garçons de sa classe, ceux qui ne cessaient de l’embêter. Elle resta à les fixer, n’osant prononcer un mot. L’un deux finit par dire :
- Mais c’est notre mystérieuse Sarah !
- La fille à la boîte, poursuivit le deuxième.
- Elle va nous montrer ce qu’il y a dans cette fameuse boîte, depuis le temps qu’on se pose la question.
- Non je ne peux pas, je ne dois pas ! répondit Sarah, affolée.
En parlant elle pensa faire demi-tour et essayer de leur échapper mais les garçons furent plus rapides et l’un d’eux arracha le sac de l’épaule de Sarah. Elle poussa un cri de désespoir mais ne put rien dire d’autre. Tel des chacals affamés ils se jetèrent sur le cartable, le vidant sur le chemin et se saisissant du coffret. Sans attendre plus longtemps ils firent glisser le couvercle.
Aussitôt un puissant souffle plaqua tout le monde à terre et une éclatante lumière jaillit de la boîte, les aveuglant tous. Elle fila vers le ciel en une fraction de seconde et disparut en laissant derrière elle une forte sensation de chaleur.
- C’était quoi ? demanda l’un des garçons, plus vite remis que ses camarades.
Sarah sanglotait en répondant : « C’était le dernier rayon de soleil... ».




EXERCICE

Données :

Un texte d’environ 5 000 signes,
Écrit à 2, 4, ou plus de mains, comme on veut,
L’été est le principal protagoniste, prétexte,
Le mot “été” ne figurera pas dans le texte et,
- Soit l’action concerne l’été, mais ne se déroule pas en été,
- Soit (ou et) le récit est fait par un personnage du sexe qu’on n’a pas.

**********

« L’ETE »

L’homme progressait avec assurance sur l’épaisse couche de neige. Les pieds enchâssés dans des raquettes, il encaissait les rafales de vent chargé de lourds flocons sans que son allure n’en soit affectée. Tout, autour de lui, était blanc ; par endroit quelques monticules plus ou moins hauts cassaient la ligne d’horizon. Il marchait en s’aidant de deux grands bâtons sur lesquels il prenait appui afin de lutter plus efficacement contre les bourrasques.
Au bout de quelques heures il s’arrêta au pied d’un important amas de neige et s’accroupit. A l’aide d’un morceau de glace plat qu’il venait de sortir de son sac, il creusa durant quelques minutes ; jusqu’à ce qu’il dégage ce qui semblait être une entrée. Il s’engouffra à l’intérieur en tirant son sac derrière lui.
Il progressa ainsi à quatre pattes jusqu’à gagner une salle où la hauteur lui permit de se mettre debout. Il secoua ses vêtements de la neige qui les recouvrait et fit face au petit groupe de personnes qui se trouvaient devant lui. Après avoir ôté sa capuche il leva la main droite et dit :

- Que la chaleur vous conserve tous !

Ce a quoi les autres répondirent :

- Qu’il en soit de même pour toi, Evan.

Le petit groupe qui comportait un vieillard, deux femmes, trois enfants et un adolescent était déjà installé sur les peaux afin de passer la nuit. Seules éclairaient la pièce des coupelles en os pleines d’une huile qui se consumait lentement en produisant une lumière à peine suffisante pour entrevoir les visages.

Tandis que l’arrivant préparait lui aussi sa couche, l’un des trois enfants, les yeux brillants dans la pénombre, s’adressa à lui :

- Evan, tu nous racontes encore la légende de l’ère chaude ?
- Encore ?! s’exclama l’intéressé en éclatant de rire. Vous allez finir par y croire à force de l’entendre... Bon, je veux bien mais pas longtemps.

Et Evan s’assit en tailleur alors que sept paires d’yeux attentifs le fixaient intensément.

- Il y a de cela plusieurs milliers de lunes, des hommes qui nous ressemblaient vivaient presque nus. Je dis bien NUS ! De jour comme de nuit, en plein air ou dans leurs habitations, ils ne portaient que quelques centimètres carrés de tissu qui ne dissimulaient que leur sexe. D’ailleurs personne ne sait encore pourquoi cet endroit là plutôt qu’un autre restait invisible... Il était courant que la température atteigne et même dépasse les 30° et les hommes devaient faire preuve d’une grande ingéniosité pour produire du froid ! Rendez-vous compte ! Ils utilisaient l’énergie fournie par le soleil pour obtenir des frigories par évaporation ! Leur souci constant était de conserver les aliments au frais, de boire le plus possible pour compenser leur continuelle transpiration ! Et ils n’étaient pas heureux !...

L’un des plus jeunes demanda :

- Evan, pourquoi ils n’étaient pas heureux ?!

L’une des femmes, la plus âgée, interrompit la discussion. Elle s’adressa directement à Evan :

- Ils ont arrêté un étranger ce matin.
- Ah ! Pour quelles raisons ? demanda Evan
- Il racontait des choses à qui voulait bien l’écouter
- Quels genres de choses ?
- Tu sais bien…sur le soleil, la chaleur, enfin toutes ces fadaises que nous entendons régulièrement et qui nous causent tant de problèmes.
- Si cela à si peu d’importance à tes yeux pourquoi est-ce que tu m’en parles ?
- Ils attendaient ton retour. Il voudrait que tu assures sa défense.
- Mais à quoi bon ? N’importe comment le jugement est déjà fait, ils n’ont qu’à le tuer tout de suite.
- Tu fais ce que tu veux, tu sais ce que je pense de ces gens. N’empêche qu’il à droit à être défendu, comme les autres…
- … Et comme les autres il sera exécuté.
- Tu fais comme tu veux, tu as ta conscience.
- Oui, c’est vrai. J’ai MA conscience. J’irai les voir demain.

L’échange à peine terminé la femme retourna se coucher, laissant Evan à son histoire. Il regarda le petit dans les yeux, lui sourit et lui dit :

- Je pense qu’il est temps que tu dormes maintenant, je poursuivrai demain. Il est l’heure de dormir pour tout le monde. Que la chaleur veille sur votre nuit à tous.

L’enfant regagna sa peau et s’enroula dedans sans un mot. Les autres firent de même.
Evan quant à lui fixa ses mains d’un blanc presque transparent et soupira comme si l’air tout à coup pesait d’un poids énorme sur ses épaules. Au bout de quelques minutes il finit pas se coucher à son tour. Demain serait un autre jour, mais sûrement pas le meilleur, si tant est qu’il pût y en avoir de meilleurs.


La cérémonie allait commencer. Les enfants étaient restés dans les igloos tandis que les 47 habitants adultes du village de glace formaient un cercle autour de l’étranger. Celui-ci était debout, le dos contre une sorte de totem à tête d’ours, les mains liées derrière lui. Il ne cessait de vociférer avec un accent bizarre en parlant de soleil, de chaleur éternelle, de saisons torrides. Il utilisait parfois des mot inconnus : bronzer, ambre solaire, uvée (U.V. ?)...

Evans prit la parole d’une voix forte pour se faire entendre de l’illuminé :

- Etranger ! Je te donne deux minutes pour nous prouver ta bonne foi, comme à tous ceux qui t’ont précédé. Je te préviens : tous ont été exécutés ensuite afin que notre civilisation reste préservée de ces légendes subversives. Nous t’écoutons.
- Ne soyez pas bornés mes frères ! s’écria le pauvre homme. Soyez certains que je suis de votre race. Ma peau est blanche mais brunie par le soleil qui inonde mon continent du matin au soir ! La seule façon de me croire est de faire le même trajet que moi à l’envers ! Je suis prêt à vous guider. C’est tout ce que je puis vous dire pour vous convaincre.

Et il se tut.

Le discours de l’étranger ne réussit bien sûr pas à persuader l’assemblée et la condamnation tomba. La sentence était exécutable immédiatement et les hommes chargés de la sécurité s’avancèrent vers l’étranger afin de lui enlever ses vêtements. Les condamnés étaient ici laissés nus afin qu’ils meurent de froid.

L’homme prit la parole :

- Laissez ! Je vais le faire moi-même.

Et il se débarrassa de ses habits un à un. Lorsqu’il n’eut plus rien sur lui un murmure parcourut l’assistance. Non seulement l’étranger n’avait presque pas de poils mais sa peau était brune. Sauf la paume de ses mains, ses aisselles et la plante de ses pieds... Bronzée ?...










Poème « à la manière de » : Rostand
Mes pas tranquilles, réguliers, mesurés,
Décidaient seuls de ma destination
Sur ce sentier même pas balisé.
(Sentier qui n’était peut-être qu’un layon).

Mon esprit vagabond se réjouissait.
J’allais seul, heureux, le regard au loin,
Vers un avenir radieux et parfait.
(Avenir peut-être sans lendemain).

Une Vahiné là bas m’attendait,
Hamac tendu entre deux cocotiers.
O Malvina ma si douce îlienne !
(Ilienne, mais peut-être une Aliène).

Ma belle Créole ambrée, nous allions,
Fruits de la passion, passer à l’action,
Jouissant de force corossols et mangues.
(Corossols peut-être un peu exsangues).

Forêt traversée, lagon immaculé,
Je ralentis, cours, puis le pied je lève.
Rien : pas de hamac, point de Vahiné.
(Hamac qui n’était peut-être qu’un rêve).

Aérofreins, brutal atterrissage.
J’en suis sûr : elle n’a pas été sage.
Une de perdue, voilà, je suis foutu.
(Une de perdue, peut-être une de perdue).

Dix pas plus loin, dix divines naïades
Me sautent au cou et disposent de moi.
Mon corps est à elles si l’esprit est malade.
(Corps peut-être pas vraiment fait pour toi).

Voilà : dix ans passés, oubliée tu es.
Dix ans, dix enfants et dix fois cocu.
Mais pourquoi ne pas m’avoir attendu ?
(Pourquoi ? Peut-être m’avais-tu deviné).






EXERCICE

Nous devons donc composer une fable dont les rimes seront :

matelot
écornée
javelot
abonnée
fabuleux
nébuleux
girouette
pirouette
détergent
affligeant
fragile
évangile
pigeon
figeons
frère
pierre

Que peut faire à terre ce tout jeune matelot ?
Loin de son bord sa joie de vivre est écornée.
Son beau bateau n’est qu’à un jet de javelot,
Mais il le sait : il ne pourra l’abandonner.
De tempêtes affrontées en pays fabuleux,
De jours azuréens en brouillards nébuleux,
Toujours il a pu, telle la girouette,
Retomber sur ses pieds d’une simple pirouette.
Du pont encaustiqué après moult détergents,
Jusqu’à d’autres travaux encore plus affligeants,
Il a su mêler idées et force fragile
Pour obéir à son frère, parole d’évangile.
Pourquoi ne pas imiter ce libre pigeon ?
Nous, couards et pusillanimes, nous nous figeons.
Lui, respectant la parole donnée à son frère,
Repartira sur sa nef, à un jet de pierre.

Moralité :
Tant va le marin à terre, qu’à la fin il se casse en mer




Rédiger 3 strophes de 6 vers (d’un nombre égal de pieds) dont les rimes seront :

Vitamine
amphétamine
fauteuil
nature
rature
cerfeuil

clinique
ethnique
chacun
fille
quille
embruns

morte
cloporte
médecin
déjantée
argentée
assassin


Qu’il soit rempli de vitamines,
Enrichi aux amphétamines,
Servi dans un bon fauteuil,
Préparé aux herbes de la nature,
C’est clair, net et sans rature :
Le meilleur potage est au cerfeuil.

Vous ne verrez jamais en clinique,
Quelle que soit son origine ethnique,
Lui, elle, moi, chacune ou chacun,
Jeune, vieux, grand, petit, garçon ou fille,
Malade d’aimer les coquilles
De ce nectar mangé sous embruns.

Pourtant un jour une fille en est morte.
(Normal, elle était pleine de cloportes)
Malgré les bons soins du médecin.
Le fille était bien trop déjantée
Et en plus totalement désargentée.
Mais personne ne cria « A l’assassin ! »




Rédiger un « Pantoum » à partir des mots suivants :

fragrance
paravent
engoulevent
outrance

Paravent
Apparence
outrance
On avance : moi devant.

Apparence
levant
devant
errance

levant
Espérance !
errance
enfants…


La ressens-tu cette douce fragrance
Enroulée dans les volutes du vent
A hauteur d'un majestueux engoulevent
La haut, si haut, au plus haut des outrances?

Enroulé dans les volutes du vent
Parfum unique au delà des apparences
La haut, si haut, au plus haut des outrances
Il est toi, il est moi, il est de vent.

Parfum unique au delà des apparences
Il est subtil du ponant au levant
Il est toi, il est moi, il est de vent
Nul ne peut en éviter l'errance

Il est subtil du ponant au levant
Je ne saurais y voir que l'espérance
Nul ne peut en éviter l'errance
Ses senteurs nous unissent mon enfant.






Composer un sonnet dont les rimes seront :

Calé
Psychiatre
Acariâtre
Décalé

Gelé
Opiniâtre
Idolâtre
Reculé

Fermière
Dernière
Abandon

Gaie
Pagaie
Amidon


Constatant que son cerveau trop souvent calait,
La fermière se rendit chez un psychiatre.
Celui-ci écouta la femme acariâtre
Et diagnostiqua : « névrose décalée ».

Adieu veaux, vaches, cochons, et couvées gelées.
Malgré son caractère très opiniâtre
Et son fermier, pour elle, fort idolâtre,
Elle ne pouvait ni avancer ni reculer.

Pauvre fermier, pauvre ferme, pauvre fermière,
Tout fut vendu, les vaches, jusqu’à la dernière.
Ce labeur de 30 ans resta à l’abandon.

Les repreneurs ne furent pas non plus très gais,
Plus d’outils ni de baratte, c’est à la pagaie
Qu’ils durent battre l’orge pour faire leur amidon.



Les textes ci-dessus sont libres de tous droits et mis à disposition du site « 1000 NOUVELLES » pour mise en ligne et lecture ou télé-chargements libres.
Guy MENTOR
12/09/2005


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