Journal intime du futur
de Guy Dessauges




Etrange… je comptais et recomptais les dossiers, des cahiers, aux couvertures vertes, conservés soigneusement dans le coffre de mon bureau, classés par années. Chacun de cent à cent cinquante pages. Il y en avait plus, que les dates inscrites sur les couvertures… Plus de cent en tout ! L’auteur , mon ami Tym, n’avait pas vécu cent ans… Il était mort il y a trois mois, à 80 ans…
J’ouvris celui marqué l’année suivant sa mort… donc celui de l’année prochaine ! A ma surprise, le journal intime continuait, survivant, comme si rien ne s’était passé. La première phrase, datée du mois de juillet :
« Depuis mon récent décès, je me sent plus léger pour une autre vie. Ce matin de l’an un de ma nouvelle vie j’ai quitté ma chambre mortuaire, abandonnant sans regrets ma dépouille mortelle installé, comme une praliné de luxe, dans un cercueil garnit de dentelle de papier blanc et de fleurs, attendant les condoléances attristées des survivants . Huit heures d’un matin d’été resplendissant. Je mis dans ma poche, mon portefeuille contenant ma nouvelle carte de crédit. Mes faux papiers d’identité portant mon nouveau nom : Tym Charing qui remplaçe mon ancien nom : Tym Temporel.
Mon prénom serait mon seul lien avec mon ancienne vie. Avec un compte en banque de dix millions, je pouvais voir venir. Je muais comme un serpent, mais je ne ressemblais que vaguement au vieux monsieur dans son cercueil.
Je paraissais sans âge… J’étais vraisemblable.
Mortel comme tout le monde, je mourrais sans aucun doute une nouvelle fois, sans savoir où , quand et comment. Mes femmes successives étaient mortes où gâteuses. Mes enfants bien dressés, faisaient des carrières diverses. Ils avaient des enfants, sans intérêt, je n’ai aucun sentiments pour la marmaille.
Je tournais le dos à ma vie passée, sans savoir de quoi le futur serait fait. Mon futur après ma mort…ne serait pas entourés des péchés interdit sur terre par des prêtres mafieux imbéciles, terrorisant le peuple, promettants aux naïfs croyants les délices de Las Wegas le plus grand bordel du monde… pour une fois gratis ! Comme disent les crapules, la bouffe et le cul… c’est le paradis !»
Je laissais tomber sur la table, le journal intime de Tym relatant des événements se passant dans le future proche et lointain… Me demandant si je n’étais pas victime d’une fumisterie… Si ce texte était vrais, authentique, je ne l’aurait pas entre mes mains. Tym l’avait écrit avant sa mort ? pour finir en beauté ?
Un journal intime se transformait en roman. Entre sa mort et le début de sa nouvelle vie, il y avait un trou de plusieurs mois !
Un geste artistique, gratuit, une devinette, une mystification… Excellente idée littéraire, qui, étrangement, ne cadrait pas avec le personnage de Tym Temporel ; qui était un riche avocat; travail, ordre moral et discipline. Il en existent des quantités dans cette ville consacrée au fric. Je me croyais l’un de ses amis, mais peut-on être l’ami d’un homme si riche ? Il m’avait aidé a monter ma maison d’édition, ses judicieux conseils en avait fait une réussite…
Je pensais éditer ses textes en l’honneur de sa remarquable personnalité. Je repris la lecture de ce « journal du future » avec une curiosité accrue… Où allait-il m’emmener ? Je résistais à l’envie de lire la fin des cahiers, pour ne pas tomber dans l’indifférence de celui qui sais… La fin d’un récit ne donne aucune indication sur la valeur d’un texte.
Parallèlement, je parcourais en diagonale les textes des années précédant sa mort… Espérant trouver une explication à ce journal d’outre-tombe… Les descriptions de ses jours passés étaient détaillées, assez banales, une documentation sur la vie d’un homme riche et malgré cela, intelligent. Depuis sa mort, le journal devenait plus intéressant…
« On ne meurt qu’une fois paraît-il !Peut-être qu’il y a des exceptions. Mon âge avancé ressemblait déjà à une mort. Je n’étais que l’ombre de ce que j’étais il y a trente ans…Un vague reflet de ma jeunesse. N’aimant pas mon entourage, je m’ennuyais depuis des dizaines d’années.
J’étais toujours aussi vieux, mais je me sentait mieux. La liberté rajeuni. Un goût nouveau se faisait jour. L’imprévu ? Connaissant la vie, je n’allais sans doutes, pas tarder à prendre de nouvelles habitudes .
Roulant sans but, dans une Cadillac neuve, je fus subitement pris d’une envie de partir sur la côte ouest… Je connaissais mal cet Eldorado. Deux heures après, je roulais en direction du couchant, direction la Californie…
« get your kicks on Route 66 » En route, j’achetais un bleu de mécanicien et une casquette de capitaine, ainsi je ne risquais pas d’être agressé comme un vieux en goguette, riche et solitaire…
Transformé en garagiste, je livrais bravement une Cadillac à un client… Je pouvais aller dans les motels populaire sans éveiller l’attention des voyous… Enfin je n’étais plus obligé de manger dans des restaurants de luxe histoire de faire plaisir à mon costume de chez Papol le tailleur du Pape !
Un jour je m’étais égaré dans un Fockbeef assez populaire, en voyant les têtes de la clientèle, je compris mon erreur. A coup sûr, on allait pisser dans ma bière et cracher dans mon sandwich… Je m’en sorti de justesse en posant cent dollars sur le comptoir, disant d’un air assuré : « C’est ma fête, je paye une tournée »
Les classes sont fortement marquées aux USA, pas seulement les races ! On ne se mélange pas, malgré le style exemplaire, mondial, démocratique et débonnaire de cet immense pays. Faire fortune en partant de zéro en Amérique, est aussi difficile qu’en Suisse…Ce n’est pas peu dire…
J’ai fais fortune avec l’héritage de mon père… Pour l’instant la seule chose qui me manque , c’est mon chauffeur. Aussi vieux que moi ! Il est à la retraite. Renseignement pris la N 66 est, paraît-il, en très mauvais état… Je fais un détour et roule vers le nord… Vers Chicago… une très belle ville… Je tiens à la visiter. Ensuite… j’irais peut-être au delà du cercle polaire, Je ne veux pas faire de projets. Les quelques motels populaires où j’ai passé une nuit sont bruyants et carrément horribles, je change de classe. Je met des vêtements convenables et vais loger dans un hôtel pour gens riches et préoccupés. Qui fréquente la caque, fini par sentir le hareng… En attendant ma table je sirote le Martini obligatoire au bar. Une jeune femme s’assied à mon côté… un coup d’œil… Blonde 18 ans étudiante, fille à papa, délurée et vive… Je replonge mon nez dans le Martini… « La même chose » dit-elle en montrant mon verre… La glace est rompue, j’use du privilège des vieillards : « Pour boire ça il faut montrer sa carte d’identité »
« Pour mademoiselle Stella, c’est déjà fait » dis le barman en posant le verre devant elle. Elle était tout excitée de se conduire enfin comme une adulte…Malgré son air de pouliche en liberté.
Elle posa son sac vivement sur le bar et renversa mon verre à moitié vide… En voulant le rattraper elle renversa son sac que je saisi habilement en renversant son verre plein… « On patauge comme des canards » dis-je en souriant de mon clavier à pivots Hollywooudien de 50.000$…
J’ajoutais, pour avoir l’air moins vieux : «Je préfère le canard à l’orange » Le barman réparait les dégâts. Puis posa deux Martinis, enfin tranquilles. « C’est renversant » dit-elle en claquant des mains…
Je me réveillais complètement, elle avait de l’esprit. Je me retenait pour ne pas faire de projets. Stella se tourna vivement attrapant par le bras un grand gaillard qui arrivait en souriant : « Tu as vu nos exploits » dit Stella « Je vous présente mon père Michael, monsieur ? » Je me présentais : « Tym » dis-je, heureux qu’il ne soit pas son boyfriend ! « Oui c’était marrant » dit le Papy en me broyant les jointures… Après un diner à trois, le lendemain chacun partis de son coté…
Je me retrouvais seul, ce qui n’était pas pour me déplaire. J’étais trop vieux… Je ne pouvais plus supporter les bavardages mondains où l‘on devinait chaque phrase à l’avance. Assommant ! Je retrouvais, sans le vouloir, la nationale 66e Je laissais aller… Heureusement que la voiture avait une bonne suspension… La route était en très mauvais état… Je la perdis assez rapidement, des petits malins avaient volés les panneaux de signalisation, souvenirs…souvenirs… Je pris une route en meilleur état, direction n’importe où… Je retombe sur la 66 un morceau en bon état… Il y a quelque motos , des touristes. Qui cherchent quelque chose à voir…
Je commence a en avoir assez de tourner en rond. Je voulais aller en Californie et je glandouille dans des endroits affreux toujours à la recherche d’un lit et d’un repas…
Passant devant un aérodrome, je décide de louer un avion et un pilote. J’abandonne la voiture dans un hangar et monte dans un joli appareil bimoteurs Piper Aztec-Pa 23-250. piloté par un vieux malin barbu qui a fait toutes les guerres… Tortue (c‘est son nom) embarque de la bière et des sandwichs… L’intérieur est spacieux, il y a place pour quatre.
On va aller en direction de la Californie et admirer l’Amérique depuis le haut, c’est plus joli et moins dangereux… Je compte sur Tortue pour me signaler les paysages les plus prestigieux. Et réserver les chambres. Même mort, je conserve des goûts de luxe »
Ce récit est étrange. Tym cherche un nouveau style de vie. Il hère dans son pays, frustré de n’avoir pas eu le temps, ni la curiosité de le visiter ! Gagner de l’argent est une occupation ennuyeuse… La famille dévore la fortune et Tym trouve cela naturel…
Tout bon citoyen fait son devoir en gagnant de l’argent et en donnant autour de lui le maximum… Un vague remerciement du bout des lèvres à Noël … Tym est ému…
Il était un cornichon ! Je vais continuer a lire ce texte sans sauter les pages, je soupçonne le pauvre Tym d’être resté ce qu’ il a toujours été, un brave couillon… « La vie court, pendant qu’on la remet à plus tard » (Sénèque)
Comme chacun de nous. Généreux et bête ! Plus encore, il était prêt à donner sa vie pour sa patrie, alors qu’il devait tout à son père… Il me l’avait affirmé les larmes aux yeux ! Goth save America!
Malgré sa fortune, il a continué à courir après l’argent pour ressembler à son père… qui l’avait empêché de jouer du violon de peur qu’il ne devienne un artiste… Horreur sous merde de la bourgeoisie.
Où pour faire mieux que lui ? Cette histoire est déprimante. Cette réussite sociale un échec… Il n’est même pas mort convenablement… Ce simulacre de mort et de survie… Cela n’a aucune signification, ni morale, ni éthique, ni rien du tout…
Ce doublement de personnalité est semblable a la relation entre des jumeaux… L’un meurt, l’autre est désemparé… Je n’ai jamais entendu depuis 40 ans que je le connais, que Tym ai eu un frère jumeau ! Cela arrangerai bien cette histoire.
La farce ? Un faux mort et un vrai Tym lâché dans la nature… Du Grand Guignol au musée Grévin ! Pas le genre de Tym… Une figuration du 3e stade de méditation « le corps spirituel se détache pour constituer une existence propre » Tym s’est intéressé un temps, aux religions orientales ?
Cela n’explique rien, toutes les figures spirituelles sont symboliques…Un esprit détaché du corps, fumisterie théologique. Les fantômes, les spuks, les elfs, les 7 nains, les fées, les ogres, et quoi encore, la panoplie des histoires pour faire peur aux petits enfants ! La Mythologie au grand complet pour amuser les adultes ? Je reprend ma lecture !
« Vu d’en haut, … le paysage américain est prodigieux pas d’écriteaux pas de camions… On survole le paradis… On ne vois plus la laideur des villages, des Bouffebeef, des gens gras, plein de merde ! Tortue est heureux de montrer son pays à un vieil américain… Je suis heureux, je lui explique que je suis mort et revenu sur terre pour jeter un dernier coup d’œil avant de finir dans le néant.
Tortue approuve il connaît ça ! Il est mort plusieurs fois, il est content de m’avoir rencontré. Il m’offre un rabais… Un prix fixe par mois… J’accepte, J’ai les moyens. On va d’aérodromes en Club privés de Palace en Hôtel 4 étoiles… Je verse les frais d’avance , on ne sais jamais avec un cadavre en goguette… Tortue rayonne… il est sur un bon filon… Il me bichonne, il fait des programmes de vol… Le Mexique, la Cordillère des Andes jusqu’à la Terre de Feu…
J’apprends a piloter, c’est plus facile que de conduire une voiture…Si j’avais su ! Que de choses j’ai manqué de mon vivant. »
Ce texte est la tentative de revanche d’un frustré. Où , il s’agit de la libération d’un talent caché… Un talent étouffé qui se fait jour… Comme Xavier de Maistre qui fait le tour du monde autour de sa chambre ! Pour Tym, un voyage en zig-zag qui compense sa ligne de vie, droite raide et morale…
Au détour d’une page, je fais une découverte qui fit chuter toutes mes critiques dans un sac poubelle, ma belle ! Pour la première fois une date ! Depuis cet instant, dans trois mois un tremblement de terre en Californie…Sa description paraît réelle...
« En survolant la Californie , mon pilote, devenu ami, Tortue, fit une remarque au sujet de la boussole qui perdait le Nord… En effet elle tournait sur elle-même dans un sens puis dans l’autre… D’après lui c’était un signe de panne où l’annonce d’un tremblement de terre… Il avait vécu cela en Asie pendant la guerre…
Heureusement qu’il avait fait le plein , on avait 600 km de réserve de vol dans les réservoirs… Il appela l’aérodrome proche qui confirma des perturbations électroniques… Tortue les averti de son expérience ; le contrôleur répondit qu’il avait déjà entendu cette blague…
Tortue fit un demi-tour les dents serrées : « C’est pour tout de suite » dit-il : « On fout le camp en vitesse, direction l’Est » Il ajouta pour le contrôleur, qu’il ferait bien de sortir de sa tour, par l’escalier d’incendie… Le dernier mot du contrôleur fut « Humpf » Puis silence de mort !
Tortue sourit en ouvrant la radio… Alarme partout , un tremblement de terre venait de se produire sur la Californie. On demandais aux pilotes de se présenter volontairement à certains aéroports pour porter des secours immédiats aux victimes…
Le calme étrange régnant dans la cabine contrastait avec les nouvelles de la radio. Tortue me demanda s’il devait répondre aux demandes d’aides… « Allons-y » dis-je. Une nouvelle aventure pourquoi pas ! »
Tout à coup, on est dans un avenir proche… ce tremblement de terre est daté pour le dix Juin . Pour le début des vacances… J’ai ma fille et ses trois enfants qui vivent au milieu de l’épicentre. A San Diego ! Je lui donne un coup de téléphone pour l’inviter chez moi, je lui prépare une surprise! Ce n’est pas mon style mais elle accepte immédiatement. Par chance elle viendra avec son mari qui est libre, ils viendrons en voiture…
J’ai une villa de 15 chambres. La surprise est un pur-sang arabe de grande valeur. Je ne pipe pas mot du tremblement de terre prévu, pour ne pas l’effaroucher… Ouf , j’ai sauvé ma famille ! Au fond, j’y crois à cet étrange journal, je me moque un peu, mais je suis pris ! Tym a gagné… Je souhaite ardemment qu’il n’y ai pas de séisme… Je me sent manipulé. Il existe trois temps le passé le présent et l’avenir. Je naviguait entre eux… Seul le passé était le moins terrifiant, le présent entrait les yeux fermés dans l’avenir, et dans ce temps incertain, tout pouvait arriver… On prévois beaucoup de choses pour l’avenir, sauf l’imprévu, dirait Monsieur de La Palice…
Ma famille à l’abris chez moi, je risquais timidement une réflexion sur les risques de tremblements de terre prévu pour bientôt en Californie… Je n’ouvrais plus le journal de Tym… Curieusement personne ne se fichait de moi. Enhardis je fixais la date du 10 juin :
Des sourires ironiques, certes ; histoires de vieux bonhomme, mais tout le monde savait que la Californie est imprévisible… Je promettais à Tym une épitaphe de haut niveau sur sa tombe… Le matin du 10 juin, au petit déjeuner, ma fille me demanda en souriant :
« C’est pour quelle heure le tremblement de terre » Je répondis comme en état de somnambulisme :
« Ouvrez la radio c’est dans dix minutes » Rien, puis la voix du speaker changea…
« On nous annonce un grave tremblement de terre en Californie… Magnitude 7 sur l’échelle de Richter… On attend des précisions »
La famille, bouche ouverte me regardait comme le messie… Ma fille éclata en sanglots…
« Notre belle maison » répétait-elle… Je la pris dans mes bras :
« Dis merci à Papa, après tout je vous ai sauvé la vie » Mon beau fils au téléphone cherchait à joindre sa firme…Quel sang-froid pensai-je.
Mes petits enfants voulaient retourner en Californie pour jouer dans les décombres… Ils étaient habitués aux monstrueux désastres répandus par des programmes de TV immondes, genre Horrybel Bob, créés spécialement pour nos chers petits…
Je ne dis pas un mot au sujet du « journal du future » de mon ami Tym. Qui sait comment cette histoire pourrait tourner.
La tyrannie commençât immédiatement… « La prochaine catastrophe c’est pour quand ? Le résultat des courses du dimanche ? »
Bonne idée… Je devais reprendre la lecture du journal de Tym au plus vite, pour faire fortune… On n’en a jamais assez ! Si je dénichais un filon, je ne dirait rien à personne ! Tym ne jouais pas aux courses, pas de tuyaux a attendre. Je continue ma lecture sans tricher.
« Tortue atterris à San Diego, sur un aérodrome militaire. A deux cents km. de Los Angeles, ville la plus touchée. Il n’étais pas seul. Le terrain fourmillait de volontaires… Il y avait beaucoup de victimes… la priorité était de dégager les personnes non blessées pour les diriger soit sur des abris provisoires, soit en dehors du territoire du séisme chez des parents ou des amis. Par miracle, l’aérodrome de Los Angeles était utilisable. Le grand hôpital aussi ! Cela facilitais les secours.
Tortue devait parachuter des colis de premiers secours. Je pouvais l’aider en balançant les paquets de l’une des fenêtres de l’avion… A San Diego, l’organisation était parfaite… A l’américaine ! Les dépôts de l’armée étaient formidablement bourrés de tout ce qu’il fallait. Dans ces endroits à risque, on avait tout prévu.
Tortue démonta une porte de l’avion , ce serait plus facile pour moi, j’étais attaché pour ne pas être aspiré par le vent… Malgré mes 80 ans, j’étais encore assez en forme… Deux voyages suffiraient pour semer les secours en urgences, Puis les hélicoptères prendraient le relais. Vue d’en haut le paysage ressemblait à un bombardement… des incendies partout et des bornes à eaux giclant dans toutes les directions, un gâchis déprimant.
Au premier passage on renonçât. Un paquet toucha un aileron de la queue de l’avion sans dommages apparent ; mais Tortue reprit immédiatement le chemin du retour, son avion n’était pas construit pour ce genre d’opération, inutile de courir des risques ! Je proposais de se tirer de là, il y avait assez de monde pour les secours qui venaient de tout le pays… Sitôt dit, sitôt fait, on pris la direction du Mexique. Pays de la misère et du crime, disent les mexicains eux-mêmes »
Cela ne me surprend pas de Tym. Vivant ou mort, il pense avant tout à lui ! Il a raison, il et vieux et mort. Aider les gens n’est plus de son ressort. Après le séisme, je suis impressionné par ce journal d’outre tombe… Ce tremblement de terre n’est pas un hasard.
Tym est parti dans l’avenir, il y est peut-être encore… Il est hors d’atteinte. Je tiens sa relation écrite entre mes mains, je sait où il est, ce qu’il vit… Mais je ne suis que le spectateur impuissant, de sa vie minuscule…
Moi qui ne crois pas en la destinée ! La destinée biologique d’accord, mais pas celle des événements écrits à l’avance, style karma !
Je n’ai heureusement pas été infesté par la théosophie Indoue, ni écrasé par le rouleau compresseur, destructeur de culture, qu’est le Christianisme ; Tym non plus, je le sais ! Nous sommes des libres penseurs. Qu’il y ai plusieurs plans de conscience entre l’instinct et le subconscient, c’est possible… mais n’en rajoutons pas…
La totalité de la vie sur terre ( de la bactérie au cachalot) est un prodigieux miracle. Inexplicable, ni par la naïve théologie, ni par la science, qui classe tout, et qui sait en partie le comment des choses… sans comprendre le pourquoi !
Dans le cas de Tym, n’existe ni comment, ni pourquoi. Seulement hasard et coïncidences ! Je ne serais pas étonné de le voir entrer dans mon bureau dans la minute qui suit !
Je lui tenais un peu rancune de ne pas prendre contact avec moi, il savait que j’étais le seul qui lisais son journal… Peut être qu’il ne pouvait pas me joindre dans le passé, son passé qui est mon présent .
Je ne verrais clair qu’en avançant dans la lecture. Le texte allant en avant, s’éloignait de moi rapidement. Je respectais la lecture dans sa suite logique et chaotique, je n’ouvrais pas le dernier cahier… Même pour guigner le mot de la fin… Pour ne pas émietter l’émerveillement… Je devais jouer le jeu honnêtement . Un jeu très simple, même primitif ! Il n’y a pas de gagnant ni de perdant, évidemment. Le hasard est la loi.
Quelle est la part du hasard dans l’histoire de Tym ?.Avant tout : sa mort… puis sa survie réelle, ou son texte ?
On ne sais rien de la mort ni d’une survie quelconque ! On nage dans les présomptions…
Sur une masse de billes, que l’on ajoute ou enlève une bille à un nombre pair, on aura toujours un résultat impaire ! Ce n’est pas une preuve, ce n’est que la démonstration de la vaine poursuite d’une vérité par l’effet du hasard. Je dois me résigner et accepter une fois pour toute que Tym est hors d’atteinte.
Il est là et aussi pas là. Un peu comme le chat de Schrödinger… Un chat dans une boîte avec une soucoupe pleine de lait empoisonné. Tant que l’on n’ouvre pas la boîte le chat est théoriquement vivant et mort. Les théories de la physique sont ouvertes ou fermées.
Tant qu’on ne sait rien, on est sécurité dans le mystère. Je ne peut pas ouvrir la boîte. Entre nous, la science n’arrivera jamais a expliquer le pourquoi et le comment de l’existence de l’univers !
Le passé… est la somme des actions, événements modifiables mais figés ! (archives mécanique)
Le présent… est la perception causale immédiate, il fige le passé et partiellement les événements de l’avenir avec la chance et le hasard.
L’avenir… est relativement prévisible en tenant compte des témoins principaux : le hasard et la causalité, avec en plus les événements archivés du passé.
Malgré tout, nous ne sommes pas condamnés au présent, qui est un point de jonction. Sans espace ! Les gens qui affirment vivre pleinement le présent, vivent deux choses : le passé… ( partie morte de la vie) qui vous amène au présent, devant le foie gras, comme entrée, et l’attente du future, ( Le présent) porteur des délices de l’avenir , dessert et petits fours ! Et folles nuits , mon gentil lapin !
Voltaire dit mieux et clair : si le passé est accouché du présent, le présent accouche du futur… Je ne vais pas continuer a encombrer cette histoire banale, mais étrange, de commentaires fumeux et sans preuves.
Tym est dans sa boîte, ( son univers privé !) Pour moi, il est vivant et mort à la fois , c’est déjà quelque chose ! La boîte reste fermée. Je me garde d’en savoir davantage ! Sinon je serais « un couteau sans lame auquel il manque le manche » (G.C.Lichtenberg)
« En arrivant au Mexique, Tortue pensait que le mieux est de rester en l’air. Il avait vécu des aventures désagréables dans la ville de Mexico. Je n’aimais pas les villes ni les gens… On fit le plein et l’on repri notre envol pour le Brésil… Les pays d’Amériques du sud sont si vastes que 600 km. est peu de chose. Les paysages sont moins variés que ceux de mon pays. Au ciel l’ennuis… Au sol, ennuis et corruption!
Je proposais d’aller faire un tour en Floride où j’avais, de mon vivant, une résidence, je pourrais y jouer au fantôme ! Tortue fut enchanté… Un détail… Je ne pouvais signer des chèques et faire des contrats qu’à mon nouveau nom, Tym Charing ! Les affaires du monde se contentent de peu. Pourvu que la banque paye ! Je m’arrangeais pour que Tortue soit couvert sur son compte on ne sais jamais ce qu’il peut arriver à un mort-vivant en goguette !
L’avion avait besoin d’une révision. Je m’installais dans ma résidence, qui était en parfait état… sous la surveillance d’une agence convenable. L’un des employés me reconnu et s’écria : « On raconte de ces histoires… que vous étiez mort par exemple »
Je lui murmurai que j’étais mort pour des raisons fiscales. Genre d’arguments accepté sans problèmes éthiques par les hommes d’affaires… Dans la foulée, pour écarter mes héritiers, j’antidatais un contrat de location-vente chez un avocat, au nom de Tortue. Ils penseraient que ces dispositions avaient été prises de mon vivant. Personne de ma famille ne tenait à cette villa, construite dans une réserve de luxe pour vieilles personnes un pied dans la tombe.
Malgré ma nouvelle vie, je sentais la fatigue. Preuve que je n’étais pas un ectoplasme subtil et infatigable… Peut-être le premier fantôme en chair et en os, étrange destin. Un jour, je devrais mourir une seconde fois! Je me laissait ballotter au grès des vents. Tortue a été marié plusieurs fois, pour l’instant il se contentait de brèves rencontres. Je ne le mis pas au courant des dispositions que j’avais prises au sujet de la villa. Par prudence , méfiance où pour qu’il ai une surprise après ma nouvelle mort… Après trois semaines de séjour, dans cet endroit délicieux, je voulais aller voir la Californie la partie non touchée par le séisme… Le célèbre parc Yellowstone et les montagnes rocheuses… Tortue fut très heureux, il ne connaissait pas cette partie des USA… « Juste à l’instant où nous survolions le Parc Yellowstone Tortue me fit signe de prendre les écouteurs… Une nouvelle fracassante, on peut le dire…
Un attentat suicide au cœur de New-York en plein jour, contre les tours du Wold Trade Center … Tortue ouvre la TV du bord, sous nos yeux effarés
on passe et repasse le film du désastre »
Le Journal de Tym me tombe des mains. Tym n’était pas type a inventer des trucs pareils… Il donne la date et l’heure c’est terrifiant… J’ai beaucoup de clients qui travaillent dans ces tours, Ils sont assurés chez moi, pour tous les risques possibles. Je prenais cette histoire au sérieux. Je me souvins qu’un bon client, rabbin très respecté, avait apprit ma prévision du tremblement de terre. Il avait avoué timidement croire aux grands rêves ! Je lui lançais un coup de téléphone pour lui raconter mon nouveau « grand rêve » Adel écouta attentivement, et demanda pour quand la catastrophe… Je lui donnais la date et l’heure… Le Rabbin Adel me remercia chaleureusement, il allait avertir ses coreligionnaires. Il ne mis pas en doute mon soi-disant grand rêve… Le coup du tremblement de terre probablement … Il ajouta qu’il prétendrait avoir eu ce rêve, car les juifs ne faisaient aucune confiance aux Goy… ( on s’en doute !) Nos intérêts coïncidaient… S’il réussissait à sauver les milliers de juifs qui travaillaient dans les tours , j’épargnais des millions en ne payant pas les assurances sur la vie ! On avait trois mois devant nous… Tym méritait un mausolée en marbre… J’allais m’en occuper… Adel aura sa commission, pour ses bonnes œuvres. Inutile d’avertir tout le monde, les autres employés se ficheraient de nous sans pitié. On pouvait risquer une alarme d’incendie en fichant le feu à une corbeille a papier… On mettrait des pompiers innocents dans la catastrophe ! Tym ne donnait pas de détail sur les dégâts, ni sur le nombre des victimes. (3 034)
Les deux tours en feu s’étaient effondrées complètement jusqu’au sol, comme un château de cartes … Pour un ingénieur c’est une chose invraisemblable… Pensez-vous, des constructions en acier ! Ce n’est pas fragile ! Nous allons être condamnés à assister à cette horreur impuissant et désespérés… Je ne dis rien à ma famille, pour éviter ma mise à l’asile.
Malgré tout, un coup dans le nez, je murmurais un soir, que le 11 septembre à New-York serait une date historique dans l’histoire des USA… Sourires entendu et ironiques, la famille pensait que je radotais ! Au fond, j’espérais ardemment que c’était une fausse nouvelle de Tym, une sinistre farce. Ce 11septembre noir, me semblait surréaliste ! Je lis !
« Je ne comprend pas le pourquoi de cette attentat… Juste le truc à ne pas faire . Sur le territoire Américain ! Caractéristique arabe du syndrome de Sardanapale de Guy Dessauges ! Les USA vont en profiter pour entrer en guerre. Où et quand… c’est une question de morale politique.
Cela ne tarde pas ! Le Président Bush , au lieu de fiche en l’air l’Arabie saoudite d’où venait l’argent du crime et les criminels, les USA vont délivrer de la tyrannie… l’Irak de Saddam Hussein … Incompréhensible tactique, il y a une raison morale , presque religieuse… pas trace de stratégie… On se demande le pourquoi de cette croisade. Pas le pétrole , en tous cas…Notre pays en a à revendre ! Probablement en montrant ses muscles aux saoudiens les USA ont plus à gagner qu’a les mettre en pièces ! Les 3000 victimes du 11 septembre nous offre un pays arabe, le plus riche du monde, réduit en ennemis impuissant et docile à la puissante Amérique. C’est une bonne affaire… Les Ben Laden font un cadeau empoisonné à leur pays de jean foutre…Pas de guerre, d’accord… mais un esclavage politique sous la coupe américaine, en plus des privilèges huileux ! Qui sait si les saoudiens n’ont pas pris les frais de la guerre en Irak à leur compte, ils en on les moyens ! Aucune guerre n’est morale, il ne s’agit que de gros sous… Un bon mariage… l’armée américaine et l’argent du pétrole… Qui va faire la petite bouche !
Je propose à Tortue de retourner en Floride… Renseignements pris, un cyclone se prépare dans les caraïbes, ce n’est pas le bon moment ni le bon endroit ! Adieu la Floride …Le continent américain me semble la cible du malheur , d’un côté les tremblements de terre de l’autre les attentats, au milieu la mafia…Le tout dominé par l’archange des déboires ! Je me demande si l’Europe ne serait pas plus tranquille…Mes multiples voyages de noce ont été accomplit en Italie, ce serait un changement de décors d’aller y faire un tour, les hôtels y sont mieux qu’aux USA. Tortue a formé des pilotes en Angleterre il y a bien longtemps… Il est d’accord…Il laisse son avion aux USA, on en louera un en Angleterre, il est membre d’honneur d’un club de pilotes de Westminster ! Tout marche bien. On embarque dans un avion français. Vive l’aventure dans l’Europe des patries comme disait De Gaule »
Un pas de plus, Tym mort et heureux ferait envie … Le temps passe vite… La veille du 11 septembre 2001 je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, au fond je savais que cette attaque arriverait exactement selon la description de Tym…
J’ouvris la Télé… à 10 heures et quelque… Le premier avion arrivait en plein dans le haut de l’une des tours… On aurait dit un film d’horreur en image directe. Quel curieux hasard. Juste une caméra au bon endroit, au bon moment, cela paraissait invraisemblable… Ma famille vaquait à ses occupations, j’étais seul… heureusement, car les larmes coulaient à flot sur mon visage… On n’avait pas mérité ça !
Le téléphone sonna… Mon ami Adel, le Rabbin, m’annonça d’une voix tremblante, que la plupart de ses coreligionnaires étaient restés chez eux sous tous les prétextes possibles et imaginables…
L’histoire du grand rêve avait fonctionné… Sa vie tranquille et pépère était terminée pour un bout de temps ! Le brave Rabbin allait être submergé par des demandes de prédictions… Moi, j’épargnais des millions de prîmes !
Ma famille était subjuguée, au petit soins, j’étais gâté et respecté comme un tyran oriental… Je repris les cahiers de Tym… me demandant comment tournaient les choses . Etrange, lui, dans l’avenir ne savait pas , moi son passé, non plus ! Je devais guigner dans ses cahiers pour savoir. Malheureusement son journal était écrasant de banalité… Il était resté le petit juriste bourgeois enrichi qu’il avait été toute sa vie.
Par le plus grand des hasard, il s’était glissé dans un plis du temps sans que cela n’influence ni son caractère ni sa personnalité… comme un pauvre type qui gagne au sport-toto, sans aucun mérite. Une chose , comment avait-il su qu’il survivrait en double de lui-même. Il avait fait des réserves de capitaux et fait faire des faux papiers. Là était le grand secret escamoté dans son journal ! Tout compte fait, il pouvait avoir pris de simples précautions en cas de problèmes fiscaux, avec ses affaires de la mafia. Aux USA ces choses sont prisent au sérieux. Cela n’expliquai rien. Tym le malin, savait…
Après sa mort, sa famille, (trois enfants ) s’était disloquée. Sa maison vendue. Il ne restait aucune trace du Tym Temporel. La seule preuve de son existence, était son journal intime, et moi son vieil ami, un témoin. Le bureau juridique avait changé de mains. Seule une photo de Tym dans un cadre de bois précieux trônait dans la salle de conférences parmi une dizaine d’autres illustres juristes. Qui pourrait se douter que ce monsieur sérieux , jovial et mort, vadrouillait en avion dans le monde future selon sa fantaisie.
De toutes les manières si cette histoire était une énorme farce uniquement à moi destinée, c’était une réussite ! Les descriptions des deux catastrophes ne sont pas tombées du ciel ? Je refuse toujours et obstinément de croire à une destinée inscrite dans un avenir prévu, implacable, planifié par avance… Le hasard est, pour moi, plus rassurant ; on peut diriger sa vie selon ses quatre volontés. Le « c’était écrit » des saintes-écritures est une fumisterie déprimante. Préjugés sans preuves. On efface le mérite… Condamné d’avance dès la naissance ! C’est pas ma faute !
Un avenir biologiquement est prévisible, d’accord. On le sait… Les naissances de fous, d’idiots, de monstres, de débiles…Aucune chance ! Par la volonté de Dieu ?
On soigne ces déchets avec précaution, on connais leur avenir affreux. Mais l’on envoie à l’abattoir, ceux qui sont en parfaite santé, au nom de l’honneur dans la culotte de ma sœur , ou de vagues et cruelles théories terroristes… théologie punitive inventée par des religieux illuminés très dangereux… Puisque que Dieu n’existe pas, on peut lui mettre tout sur le dos, impunément. Heureusement la vie n’est pas un roman, où tout est prévu. On ne sais rien de l’avenir, sauf Tym qui s’y promène… Je continue ma lecture !
« Le hasard de nouveau ! A Londres je rencontre un de mes bons clients qui me saute au cou chaleureusement… Il est heureux que je ne sois pas mort comme la presse l’a annoncé… Je suis surpris, car il me semble que le passé me rattrape dans l‘avenir où je me croyais hors d’atteinte pour toujours ! Il prend mes explications de cadavre vivant, pour de l’excellent humour anglais et ne me lâche plus…
Je trouve un moyen de me débarrasser de lui en lui confiant que je suis sur une grosse affaire qui doit rester secrète… Chance de plus, il est prit d’un accès de goutte, spécialité anglo-saxonne, qui le cloue chez lui… Un type d’avenir comme moi, ne doit certainement pas se laisser aller à fréquenter des gens du passé… J’ai eu chaud. Tortue étonné de ma chance, trouve a louer un avion américain bimoteurs, assez vaste . On va aller à Paris qu’il connaît… Il me servira de guide, me faisant visiter cette ville, parmi les plus joyeusement mystérieuses du monde ; après Londres, New-York, Pully-nord, et Zürich ! Je compris vite que Tortue montrait ce que les guides culturels ne signalent pas.
Il évitait soigneusement les musées , aux files d’attentes infinies , pour voir la Joconde du grand Léonardo … bien moins belle que la Claudia Schiffer du grand Karl ! Evitant aussi les monuments vantards de luttes des classes… de victoires militaires… de collaboration pour la paix…d’un passé récent…
On rôdait toutes les nuits dans des quartiers louches et dangereux… Je n’étais jamais allé dans des endroits pareils… C’était passionnant. Un seule fois, nous fûmes en danger à deux heures du matin … Tortue tira avec son revolver deux coups en l’air… la rue fut déserte en un clin d’œil…Comme dans « la rue sans nom » de Charlie Chaplin ! On crevait de rire ! Tortue connaissait tous les trucs . Il ne transportait jamais une arme à travers les frontières, il achetait sur place et il revendait en partant… Aux USA c’est plus simple. Ancien combattant, décoré, membre d’un club de tir chauvin, race blanche, pas de problèmes, sauf dans certains états à éviter soigneusement…Par fois je lis un journal américains qui est publié en Europe, un jour je lis la nouvelle étrange d’une bonne femme, la bien nommée « Fortuna » qui a gagné le gros lot dans un loto européen. en faisant le numéro 12345678 juste deux jours avant le tirage. Elle a empoché 200 millions d’euros ! Le tirage s’était fait le 13 septembre, le jour de son anniversaire de 36 ans… qui est le total de l’addition des chiffres gagnants ! Ce genre de combinaison est fascinant… une succession de hasard heureux, c’est presque monstrueux… statistiquement c’est impossible… »
Je suis stupéfait… je tiens la clef d’une fortune entre mes mains, Tym me fait un cadeau ! Dans un an, j’écrirais le chiffre sur le talon du Loto et passer à la caisse ! J’irais à Paris que je connais mal et reviendrais triomphant avec une fortune… Je suis aisé mais pas si riche…
Un an pour réfléchir sur ma chance et aussi sur la malchance de la brave femme gagnante dont je ne connais même pas le nom… Je ne sais pas trop… Je me demande si mon intervention va effacer les événements, ou si nous seront deux à partager le magot ? Je vais donner mon talon plus tôt qu’elle, histoire de me mettre en position favorable!
Peut être que la date joue un rôle légal pour départager les deux gagnants… si c’est le cas, je m’engage à lui donner la moitié de mon gain ! Histoire de me calmer et pouvoir dormir en paix ! Promis…
Tranquillisé par mes bonnes résolutions, je met mon avidité en veilleuse pour tenir un an ! Malgré les deux succès de prévisions, je n’y crois pas. Peut-être que l’on ne peut prédire que des catastrophes ? Comme les statistiques d’accidents pour calculer les primes. Et les prédictions religieuses…
(Je ne raconte ici qu’une petite partie du journal de Tym, car il est carrément ennuyeux. Il note tout. C’est assommant. Je respecte l’ordre et la suite de la lecture, sans tricher, méticuleusement… Une promesse d’honneur.)
Si les prévisions de Tym sont justes l’idée qu’un destin écrit à l’avance peut sembler réel, ne m’empêche pas de continuer a penser que le destin est le résultat du hasard. Si l’on étudie la pétrochimie on ne crois pas au destin. Les destins de chaque substances sont prédestinées, mais leurs manipulations par le chimiste en modifie les ou la destinée.
De cette saleté innommable qu’est le pétrole on tire des produits très divers et précieux pour l’usage courant. Dans la banale vie de tous les jours on apprend a respecter les petites choses, comme par exemple qu’une seule allumette peut fiche le feu à un pays entier…
Un virus peut tuer plus de monde qu’une guerre mondiale ! Il existe des événements cycliques qui sont donc prévisible, mais cela reste dissimulé dans les grands nombres.
Une vie continuelle, comme celle de Tym échappe aux théories à la mode. (Résurrection, métempsycose, réincarnation, transmigration et autres primitives superstitions) La chance est un pur produit du hasard.
De par mon scepticisme, il m’est impossible de qualifier la situation de Tym. Je n’essaie pas ! En conséquence il est, pour moi, toujours vivant. Hors d’atteinte certes, mais plus présent que jamais à travers son journal. En le lisant lentement, je m’étais habitué à cette situation ambiguë. Je ne ressentais aucune envie de lire le dernier cahier. Je ressentais presque de l’appréhension en y pensant…
Au fond de moi j’avais peur de cette fortune du Lotto Européen … Un contact entre un destin et le mien… intrus qui allait se mettre en travers. Qui allait l’emporter. La femme gagnante légitime ou moi ?… Son nom Fortuna me donnais froid dans le dos…
Une question métaphysique me tourneboulait, mon intervention allait-elle modifier le cours de l’avenir ou ne sera-t-elle qu’un ajustement… Une bousculade locale en quelque sorte. L’irruption du passé dans l’avenir est quotidienne, on traîne toujours un débris de passé avec soit… Une question se posait, si Fortuna gagnait sans problèmes, le destin était fixé…
Si je gagnais, le destin n’était donc pas fixé dans l’avenir… Les événements restaient en partie flottants , comme par exemple la date du tirage prévisible de la loterie, seul le numéro sortant, imprévisible, serait du au hasard ?
Nous sommes ballotté entre deux sortes de destins, celui fixé, prévisible… et celui momentané, du au hasard, imprévu, surprenant…
Je tenais les deux possibilités, le moment du tirage, et le numéro sortant ! Pour moi pas de hasard. Je pourrais me glisser dans un espace temps très court. J’en reste là, tout autre raisonnement serait du charabia ! Je crois que je me déréalisait sans même m’en apercevoir !
« Mais dans ce monde rien n’est impossible à qui sait voyager dans des espaces différents… Je sent que je ne suis pas le seul à vivre ma mort si réellement… La discrétion est de mise mais qui sait si au cours de mes pérégrinations je ne rencontrerais pas une âme en vadrouille comme la mienne… Les prémonitions sont plus courantes que l’on pense. Tout compte fait j’ai plus d’occupation mort… que lorsque j’étais vivant.
Pas le temps de m’ennuyer. J’ai été invité par une connaissance de bar à visiter sa maison en Provence… La décoration laisse à désirer paraît-il… il a l’ait très riche… Je lui avais fait croire que je donnais des conseils en décoration intérieur.
Mes villas ont été des réussites. Dans le style américain, évidemment ! Il possédait une piste d’atterrissage privée. Cela ne posait pas de problèmes pour nous. Il vivait presque seul et portait le beau nom d’Adonis Lesoiseaux . Un nom mythologique proche des métamorphoses d’Ovide…Un type vraiment curieux… Qui sait où se cache une Aphrodite dans ce paradis qu’est la Provence »
Je constate que Tym m’était inconnu, les relations d’affaire et l’amitié sont deux choses… Tym était certainement plus cultivé que moi, mais qu’il sache quelque chose de la mythologie grecque m’étonnais grandement…Il ne s’intéressait comme moi, qu’à l’histoire américaine. Je vais m’informer sur cette mythologie, qui, paraît-il, est très drôle. J’avance lentement en terre inconnue à tous points de vue. Une lecture d’une ou deux pages par jour du journal de Tym. En regardant la pile de cahiers qui m’attend, j’en ai encore pour longtemps .
Je me demande parfois pourquoi je joue ce jeu, dont j’ai inventé la règle, en ne lisant pas le dernier cahier… J’ai peur d’une déception ? Où de bousculer ma vie de rentier pépère en cherchant à rejoindre Tym… Pour cela je devrais mourir ! Plus jeune j’aurais risqué le coup…
Mais maintenant, à huitante ans, je savoure les épisodes de ma vie et ceux de Tym comme des dessert réussit. Je crains d’effacer la magie ! Ma famille est aux petits soins, avec moi, depuis mes deux « prédictions » Je suis content ainsi… A mon âge je n’en ai plus pour longtemps…
Après mûre réflexion je décide de ne rien dire sur cette loterie. Si je gagne… je pourrais disparaître avec la fortune, sous un faux nom, exactement comme Tym… Si je meurt définitivement, l’argent ira à Fortuna, j’en fais le serment. Si je survis, je rejoins Tym… Nous serons les morts vivants les plus riche du monde avec Paul Guetty et Rockefeller, c’est assez marrant.
Mais comment apprendre le truc de Tym qui laisse son cadavre derrière soi et file tranquillement ailleurs … Je n’en dort plus… Pourtant je ne risque rien. Je vais vivre un instant entre deux espaces temps, le mien et celui de Fortuna… Juste le temps de remplir mon bulletin. Ensuite le temps du tirage ! Le tout doit durer cinq minutes.
Je continue à lire le cahier citant l’histoire du lotto, sans trouver trace de mon irruption dans la vie de Tym.
Soit… je n’ai pas trouvé le contacte avec lui… soit je suis vraiment mort et Fortuna ramasse le magot. Chacun reste à sa place !
Après que Tym ait lu cette histoire dans un journal, il est parti en Provence, invité par Adonis Lesoiseaux…
Le noeud du problème est le passage parfaitement conscient de la mort à cette continuation de la vie… Tym savait , il s’est échappé sans hésitation en ayant tout prévu pour survivre dans les meilleures conditions possible. Comment trouver le passage ?
Une chose certaine, Tym ne croyait en rien de religieux. « Ni Dieu , ni maître » disait-il en riant comme un pirate… Rien a attendre de ce côté, ni théologique, ni philosophique, ni théosophique, ni ésotérique… Pas subit de lavage de cerveau hurleur, du dressage des US marines… Le simple bon sens du bon citoyen moyen américain. Le subconscient naïf , encore en bon état. Exactement comme moi.
s’agissait sans doute de pseudonymes… Il effaçait ses traces… Peut-être avait-il écrit ce journal intime avant sa mort. Un vision prémonitoire, pour me calmer un peu je fis le schéma suivant Il avait vu en rêve la date du tremblement de terre et celle du 11 septembre . Il avait brodé un roman sur ses visions… Il était donc bien mort en me faisait une farce post Mortem du plus bel effet… Il battais Nostradamus ! Mon dernier atout Fortuna! J’allais jouer sur les numéros gagnants choisis par Fortuna. Je n’avais plus rien d’autre à faire ! Si l’on gagnais le mystère restait entier… Une vie sans mystère est sans intérêt. Je continuais à lire quelques pages par jours du journal de Tym… La date approchait à laquelle j’allais remplir mon billet de Lotto… Jusqu’à cet instant, tout collait à la perfection… Selon les prévisions de Tym la somme était énorme
Je pris mon ticket et inscrivit les numéros de Fortuna… Puis j’attendit le tirage, retenant mon souffle ! Ce soir là. Seul dans mon bureau… Je vis sortir les numéros gagnants et deux heures plus tard on proclamait qu’il y avait deux gagnants ayant les mêmes numéros Une femme habitant en Californie et un homme habitant NY Par soucis de justice et d’égalité, selon la loi du 14 juillet 1850 , on allait partager les deux cents millions de dollars entre les deux gagnants, sans tenir compte des dates. Ces chiffres étant d’une telle complexité que même les Dieux ne s’y retrouveraient pas… A cet instant je savais que Tym était vivant ! Mon action était entrée dans le passé de Tym sans accident normalement ! Fortuna ne comprenait pas comment un joueur pouvait sortir ces chiffres qui lui étaient si intimement personnels… une coïncidence de un sur un milliard… Elle aurait bien voulu connaître le type… Je ne bougeais pas, et encaissait l’argent et le plaçais sur un nom d’emprunt… A mon âge on n’a plus rien a perdre, je décidais de faire comme Tym…
Me défiler à ma mort et disparaître dans l’avenir… Je préparais des papiers d’identité , un compte en banque sur une banque Suisse, et attendis ma dernière heure, l’âme en paix .
En cas de coup dur ( non réclamation de la fortune pendant un an ) je léguais l’argent à une organisation humanitaire, honnête… ( Il y en existent)
Je continuais, dans la solitude de mon bureau la lecture lente et respectueuse des cahiers de Tym. Je savais ne jamais rencontrer Tym, qui avait un an d’avance dans l’avenir, un avenir qui lui appartenait à lui seul, comme le long rêve qu’était sa vie.
Mais qui sais… si dans un plis du temps, il me rejoindra un jour. Un photon transporte son message électromagnétique dans l’espace temps infini, sans prendre en chemin un message autre. Même une luciole sait cela.
En bas de page aux chiens écrasés dans le journal régional, cette annonce : Juste un jour après le décès de l’éditeur célèbre Martin London , habitant notre région, un passant lui ressemblant étrangement comme un frère jumeaux, à été trouvé mort écrasé par un camion devant la villa de l’éditeur… Cette victime Jack Eden habitant un hôtel de Genève était très riche… L’on fait appel à sa famille, le corps est la morgue du district où l’on attend son identification …
Morale de cette histoire : On ne saurait penser à tout.
FIN…………………………………………………………………………..


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