Il y a plus de monde que l'on pense désirant se faire cloner. Ce n'est pas uniquement une technique réservée aux Dolly-moutons sur mesure.
Les vaniteux de la génétique sont séduit par l'idée de voir leur reflet, glacial et morne du miroir de la commode, se revêtir de chair et se gonfler de sang... pour finir par leur ressembler.
Pauvre de nous... qui n'avons pas remarqué que nous sommes semblables. On se régale d'individualisme, de caractères différents, les différences entre un crétin et un génie sont minimes, de l'ordre du « milligramètre »
Le clone, un « soi-même identique» é adorer. L'amour fou de sa petite personne. « Moi c'est toi et toi c'est moi... on est toujours ensemble » La rengaine d'avant guerre devient réalité... D'abord moi, ma femme, c'est moi... mon enfant, c'est moi... Ma bagnole c'est bibi...
Ce que les gens ne savent pas, c'est que le clone n'est pas plus semblable qu'un frère jumeau, il ressemble... Mais il est un autre! Sitôt nés, la nature les divise.
Se faire cloner ne reviendrait pas plus cher qu'une famille classique au grand complet, avec ma villa, ma piscine, deux ma bagnoles, et un seul splendide mon-divorce, à la clef... En un seul coup... quelle aubaine...
Si l'on peut déclarer ce clone légalement comme objet, copie conforme, où reflet, on pourrait même le tuer impunément... Il pourrait servir de réserve d'organes et de sang ! Musique d'avenir, ne rêvons pas... Avec quatre reins à disposition, en réserve... on est paré... Ce n'est pas l'objet de notre histoire...
Je suis américain, chimiste, blond, grand et beau... Employé dans un laboratoire de recherche génétique générale. Allant du grain de maïs polenta, au b&Mac254;uf miroton, en passant par toutes les formes de la vie utile et commerciale.
Des recherches « engineering » pleines d'avenir, et, surtout, de bénéfices consubstantiels... Réunissant la théologie bêlante et l'alchimie des bonnes affaires... On s'occupe, on manipule, on tripote du vivant... Sans arrière pensée. Végétal, animal, peu importe... Pourvu que ça roule.
Nous n'avons pas de buts bien défini, à part celui de ne pas faire faillite.
On cherche sur le cancer, sur les venins, sur le clonage et l'alimentation humaine... Sur la patate triomphante, tueuse de doryphore!
Tout est bon pour développer des idées nouvelles. Nous nageons dans la créativité... Puisque nous sommes bricolés à l'image de Dieu, on ne va pas se gêner pour se reproduire... c'est le moyen de faire des découvertes extraordinaires.
Le grand patron, digne vieillard aux cheveux blanc, (prix Nobel de chimie), surnommé Némésis (gr. répartition... des punitions et des récompenses...) est ouvert à toutes les idées nouvelles, même les plus paradoxales. Il ne risque pas d'être désavoué en cas d'échec, il est hors d'atteinte de la critique.
Le prix Nobel est l'antidote parfait contre les attaques des crétins médiatiques. Némésis sans être cloné, est une vache sacrée de la recherche. Avantage évident...
Notre rêve... joindre le végétal à l'animal... Utopique ? Pas si sûr... Il existe dans la nature un *champignon qui respire et s'agite comme le c&Mac254;ur d'un animal, et des algues végétales minuscules dont la queue frétille...
* Voir le film d'Alain Cuny sur les champignons. Mixomithéte
Au sujet du clonage humain il y a des interdits, des tabous religieux et juridiques, bref... nous avons un pied dans le labo et l'autre en prison. J'exagère un peu, car, allez voir une différence entre un ovule de mouton et celui de madame Machin...
Jusqu'à ce jour, les clonages n'ont donné que des résultats assez décevants. Malformation, signe de dégénérescences, fragilité, mauvaise santé... A peine adulte, vieillesse précoce! Des gènes héréditaires, dysfonctions, se retrouvent sur tous les clones ! C'est parfois décourageant.
Les végétaux sont mieux portants, mais on les boulotte avant qu'ils ne donnent des résultats néfastes.
Dans l'ensemble, pour simplifier, on cherche à fabriquer du b&Mac254;uf bourguignon, sans passer par l'animal...
Il existe déjà sur le marché, des ersatz horribles, le vrai tofu, horreur chinoise, mais ce n'est pas notre genre.
Adieu, veaux, vaches, cochons! De la fabrique à viande, directement dans la casserole... Sans bain de sang, sans souffrance, noble ambition !
Les paysans pourront aller se reconvertir, avec leurs subventions, bestiaux, cloches, yodle, et folklore...
Les buts de ces recherches, sont avant tout financiers, à tendance « humaniste » Pourquoi pas ! Il existe bien le « capital à but social » Notre équipe a bonne conscience, nous nous entendons bien.
Les vacances sont là... Nous n'avons aucune expérience en chantier. Je suis le dernier à quitter le labo. J'enferme les notes dans le coffre-fort. Je dois fermer le labo hermétiquement pour éviter les visites curieuses.
Notre bâtiment se trouve à l'écart, mais il est bien visible depuis le service de garde. Une de mes collaboratrices s'est fait prélever un ovule pour garder le secret absolu sur une expérience qui n'a d'ailleurs rien donné... L'éprouvette où se prélasse l'ovule, fécondé à la seringue par un gène d'Orang-outang, ne donne aucun signe de vie apparent. Nous ne détruisons les essais qu'en cas de décomposition avancée.
Juste avant de sortir, je mets un soupçon d'hormone de croissance dans l'éprouvette, juste pour voir... Comme ça, sans y penser...
Je laisse le système de chauffage en marche 37° Comme tout chercheur qui se respecte, je ne perds jamais l'espoir. Les vacances durent trois semaines, de quoi se remettre en forme complètement...
Lorsque je reviens de vacances, je suis enchanté de retrouver mon travail... La famille les enfants, ce n'est pas mon truc. Je fais semblant, mais je m'ennuie à mort.
En parquant ma voiture je remarque immédiatement que le labo est occupé par notre Némésis qui parque toujours sa voiture de travers sur les plates bandes fleuries... Il est sept heures du matin, j'entre et aperçois le grand patron penché sur un corps installé sur une table de dissection au fond du labo... Il verse une bouteille de lait dans la bouche d'un être étendu, qui boit gloutonnement sa pâtée... Némésis me regarde en souriant :
= Tenez continuez à le nourrir j'en assez de jouer les bonnes d'enfants !
Stupéfait, je prend le biberon, et je regarde l'être de plus de cinquante kilos qui a le corps d'un singe roux et le visage d'un gros bébé... Les autres collègues arrivent presque tous ensemble... Etonnement, exclamations, Laure la donneuse de l'ovule, comprend immédiatement de quoi il s'agit, elle s'écrie :
= C'est mon bébé, il est le portrait de ma grand-mère à son âge !
Elle s'empare du biberon avec l'air de la mère offensée dans Carmen de Bizet... Elle le cocole avec les gestes d'une jeune accouchée...
Elle le trouve trop gros, mais il est à moitié Orang-outang c'est indéniable... On observe avec curiosité cet être... première réussite de croisement clonesque, expérience qui dépasse toutes nos espérances les plus folles... Némésis me regarde ironiquement :
= Vous étiez le dernier à quitter le labo, au début de vacances ? Qu'avez-vous fricoté avec l'ovule de Laure !
Je lui expliquai en deux mots, la goutte de l'hormone de croissance. Et la température.
Némésis prit mon explication du bon côté... Il discourait sur les expériences à venir et les ennuis qui nous guettaient, car nous n'avions pas détruit l'embryon selon la loi...
Il y avait deux choix : détruire le gros bébé ou le laisser vivre pour analyser ses chances de survie... Son développement extrêmement rapide, anormal, pouvait nous apprendre des choses importantes pour la génétique du développement à grande vitesse... Cette accélération ressemblait au vieillissement rapide dans la maladie du gérontisme. (Progéria) qui atteint parfois des enfants dès leur naissance!
Il s'engageait maintenant, un processus de concurrence entre deux familles génétique, celle du grand singe et de l'être humain. Laquelle des deux familles allait remporter la course. La nature est sans pitié, laissons-la faire!
A la fin du discours de Némésis, nous avons applaudi de tout c&Mac254;ur... sachant que le « bébé » de Laure resterait en vie. Des savants avaient déjà créé des êtres hybrides de souris ayant une oreille humaine poussant sur le dos.
Nous pensions qu'il s'agissait d'une farce de généticiens pour se fiche de la presse, avide de nouvelles immondes. Nous étions loin de la fabrication de Dolly le mouton cloné anglais... Je constatais que le bébé avait deux sexes, il était androgyne!
Némésis pensait que cela avait une grande importance pour l'avenir de ce clone « anihomme » (Nouveau mot : animal+humain)
La tête était déjà grosse, comme celle d'un adulte, il devait avoir un cerveau déjà formé... Ses besoins puaient, comme ceux d'un enfant. Il acceptait la purée de banane et le lait comme les enfants singes et les bébés humains.
Némésis pensait que cette croissance grande vitesse pourrait être néfaste. Si ce développement ne s'arrêtait pas, il serait rapidement en état de sénilité avancée...
On ne pouvait pas le garder dans le labo... Laure possédait une maison assez grande, on allait continuer les observations chez elle, elle était sa mère après tout! Une infirmière qui en avait vu d'autres s'en occuperait. Le bébé fut nommé Laurent ce qui paraissait logique, on avait placé le sexe mâle en priorité... Je récapitule : un corps de singe gracieux, sans queue, de la fourrure rousse, des pieds préhensibles, assez fins, un visage de femme, joli minois, de grands yeux bleu comme ceux de Laure... Une chevelure abondante, rousse. L'ensemble fait une excellente impression... Nous sommes au dixième jour depuis son « expansion »
On ne peut pas dire autrement! Il bouffe cinq kilos de nourriture variée par jour... Il mesure un mètre huitante, et pèse septante kilos. Il est adroit comme un vrai singe.
A l'âge de 15 jours, à notre grande surprise, il se mit à parler... Il apprend si rapidement, nous sommes complètement dépassés... Laure ne le quitte plus... Elle en est folle.
Dans les autres labos ne se doute de rien, cela tient sans doute du miracle. Il est propre trois jours plus tard, et tire la chasse des toilettes! Pendant quelque temps, il y a comme un arrêt. Laurent rassemble ses forces, visiblement...
Plus personne de notre groupe, (qui compte douze spécialistes,) ne s'occupait d'autre chose. Némésis nous laisse faire, il reste attentif et bien-veillant comme d'habitude... Il se contente d'observer... Laure désirait le promener dans le parc, pour lui montrer le vaste monde, mais nous attendions que Laurent démontre un bon sens relatif...
Habillé, il ressemblait à une géante de foire... Avec son visage féminin et sa stature de lutteur.
Laurent faisait de tels progrès que nous faisions déjà des projets pour qu'il travaille avec nous... Il s'intéressait aux beaux-arts et dessinait comme un enfant prodige!
Laurent cessa de grandir, il était devenu un adulte en six semaines... âge mental entre quinze et dix-huit ans. Laure lui avait appris à lire et écrire... Laurent n'oubliait jamais rien. Son corps, sa taille restent stabilisés, mais son cerveau fonctionnait comme une machine à mémoriser... L'héritage génétique était vaste, il comprenait la parole et la pensée adulte, il portait la science des ancêtres dans son cerveau...
La maison de Laure était sens dessus dessous. L'avidité de connaissances de Laurent couvrait tous les domaines. encyclopédiques! On avait installé des caméras dans toute la maison comme pour la « Stars mon chou » on recueillait ainsi une documentation précieuse sur son développement foudroyant. Nos méthodes scientifiques étaient trop lentes pour suivre les paramètres de ce phénomène qu'était Laurent.
Toutes les deux heures on prélevait son sang, sans résultat valable. Les excréments étaient analysés, tout était normal... La clef du phénomène nous échappait. L'amalgame des gènes était si parfait que nous étions mis en face de mille nouvelles questions à chaque analyse.
Le comportement était aussi physique qu'intellectuel, c'est à dire que Laurent avait les qualités corporelles du singe pour grimper, et le cerveau d'un humain surdoué.
Nous étions plus fascinés par le développement ultra- rapide de Laurent, que par la réussite de l'amalgame génétique.
Némésis ne voulait pas concentrer les recherches, il voulait laisser faire la nature, observer et prendre des notes.
La découverte de l'accélérateur génétique était la grande affaire. La clef de la nourriture du futur était là. La viande avec toutes ses qualités, sans l'élevage du bétail... Le secret de la vitesse de fabrication génétique était dans Laurent... Il s'agissait peut-être d'une enzyme... ou d'un gène du développement rapide, stimulé par l'hormone de croissance. Nous avons aussi examiné l'Orang-outang (Alfred) qui avait donné un millimètre de sa peau pour féconder l'ovule de Laure. De ce côté rien à signaler.
Nous avons répété l'expérience sans scrupule: ovule de Laure plus gène du même Orang plus hormone de croissance... plus température 37°
Résultat: développement incohérent, mort des cellules au bout de trois jours... Il était arrivé quelque chose de plus, de différent, au cours du développement des premières cellules, mais quoi ?
Tout était possible... le champ magnétique d'une machine dans le labo, une poussière catalyseuse, un orage! C'était à devenir fou. Nos recherches ressemblaient plus à des investigations criminelles, qu'à des recherches scientifiques!
Laurent devenait un savant plein de fantaisie, il répondait à toutes les questions. Il comprenait nos recherches sur ses origines, mais il ne pouvait pas répondre à ce sujet. Son intérêt principal était l'art...
Il avait des papiers d'identités, faux évidement, Némésis l'avait engagé officiellement comme assistant. Il surgissait de n'importe où.
En réalité, Laurent était plus intelligent et réveillé que nous tous. L'assistant velu allait nous surprendre encore... Némésis l'impassible était inquiet, il se demandait comment cette aventure allait continuer.
La génétique avait fait un pas de géant et nous ne pouvions rien dire, rien faire. De peur de finir nos jours en prison pour crime contre l'humanité, perversion scientifique... et dieu sait quelle sornette morale! Nous mesurions notre ignorance. Il est quantité d'individus qui parlent au nom de Dieu, dès qu'il s'agit de contrer la science.
Je ne crois pas que les généticiens puissent faire pire que Dieu avec son cortège de malheurs, de maladies, de monstres, de destructions, de morts violente, de folie et de destins affreux.
Nous sommes laissés à nous-mêmes, nous avons l'ambition de corriger les erreurs de la création. Notre ambition est honorable malgré les critiques et les condamnations des jocrisses. Finalement on comprenait que le mystère de la création restait entier malgré nos progrès dans le domaine de la génétique. Nous savons comment cela fonctionne, ( plus ou moins) mais pas pourquoi! Les programmes microscopiques donnant naissance aux espèces, de la bactéries à l'éléphant...
Laurent avait tout appris, très vite, très bien ! Il jouissait d'un grand discernement, ce qui l'empêchait de se déstabiliser.
Il restait parfaitement indifférent aux questions sexuelles... Il était un neutron! « Il ou elle » disait : « Je saurai choisir quand le temps sera venu »
Personne n'osait se mêler de ses questions intimes. Cela ne nous regardait pas... On était intimidés. Même au nom de la science Laurent était un accident scientifique, il semblait être sur la voie qui allait expliquer cet accident. Les prodiges sont toujours inquiétants.
Moi, le responsable de cette situation, n'en tirais aucune fierté. Némésis donnait sa langue au chat. Nous étions sous observation et nous devions nous soumettre aux règles qui nous obligeaient de détruire les embryons avant que Dieu n'y place une âme selon les théologiens. Le secret était bien gardé, pas un d'entre nous ne l'aurai trahi, ne serais-ce que pour garder notre boulot.
Dans notre labo, la priorité était donnée aux expériences végétales. Nous avions 30 hectares de serres, où régnaient tous les climats. Dans certaines parties régnaient différents climats tropicaux, de véritables forêts vierges, où nous allions volontiers.
Laurent y passait des journées entières. Sous un arbre gigantesque, il avait installé une table, un microscope et un computer, il observait sans se lasser, les minuscules semences de ce géant... Il notai ses observations sur un CD qu'il emportait partout avec lui.
En un an, il était devenu un scientifique émérite... à rendre jaloux Némésis! Mais celui-ci n'était pas jaloux, il était bien trop fasciné par Laurent. Un jour il avoua que la nature allait probablement nous battre, une fois de plus. L'interaction entre les gènes était trop complexe pour nos cerveaux sommaires. Des milliards de combinaisons possibles pour une réussite! Nous étions victime des lois de probabilité.
Mais contrairement aux mathématiciens nous ne pouvons pas nous asseoir sur une théorie élégante ou une équation adéquate, en attendant le prix Nobel... On attendait de nous des résultats. Nous avions fait des greffes d'orangers sur des pommiers et d'autres gadgets stupides pour faire patienter les actionnaires...
Augmenter la vitesse de croissance des animaux domestiques, était possible... Laurent en était une preuve, à condition que nous trouvions le truc. Un cochon adulte en une semaine... à vous dégoûter du jambon... la production excessive conduit à la ruine.
Dans un sens, je trouvais ces soucis de péquenauds, répugnants, mercantiles et sans le haut niveau que l'on attendrait des chercheurs.
Enrichir le marché de la bidoche manquait d'élégance. Nous avions choisi le métier de biologiste, pour de plus belles ambitions...
Améliorer une crème de beauté, à la rigueur, mais analyser des crottes de moutons pendant trente ans comme un chimiste de ma connaissance, c'est bien payé, mais pas formidablement motivant.
Je me réjouissais de nos échecs successifs pour renouveler l'expérience. La thèse de l'orage créant des champs magnétiques favorisant la création, même si elle était juste, ne pourrait jamais être utile. On ne maîtrise pas un orage. Dans un orage, il n'y a pas que la foudre!
Pour l'instant Laurent était unique. Mais ce secret tombant entre les mains des militaires ? Des armées de culture rapide, directement dans des casernes... prêtes à l'action en un an, permettraient à ces gens de faire durer les guerres indéfiniment.
On ne soignerait plus les blessés, cela reviendrai moins cher de cultiver un nouveau combattant. Finalement, la vie sur terre deviendrait un enfer. Pour l'instant le secret était bien gardé. Mes collègues me surveillaient de près, ils pensaient probablement que je cachais quelque chose.
Heureusement que je ne savais rien. Laure ne voulait plus donner ses ovules pour des expériences ineptes. Elle sentait la fausseté de ces expériences génétiques destinées à produire de la bidoche et des graines surgonflées aux hormones de croissance...
Laurent restait dans les forêts de la serre tropicale. Il dormait parfois dans les hautes branches d'un arbre. On ne trouvait rien dans le disque dur de son computer, il enregistrait tout sur un CD qu'il ne lâchait jamais.
Némésis était convaincu que Laurent ferait une découverte importante un jour où l'autre.
Il paraissait impossible pour l'instant de répéter l'expérience de Laurent, ce qui lui enlevait toute valeur scientifique. Il s'agissait d'un hasard ou d'un miracle suivant ses superstitions...
Pour trouver des ovules, on s'adressait aux pays asiatiques. On utilisait les cellules d'Alfred l'orang-outang. Sans résultat. Laurent aimait bien son père singe Alfred...
Parfois, il naissait dans le monde, des enfants poilus comme des singes, ils étaient humains. Laurent possédait des cellules animales, compatibles avec les cellules humaines. C'est là qu'il y avait quelque chose.
Les barrages génétiques entre les différentes races de singes étaient probablement le problème primordial. Ce fut un aide de labo qui suggéra une expérience possible. Il avait une cassette interdite... de copulation de femmes avec des animaux. Pourquoi ne pas faire un essais avec Laurent ! On retrouva les producteurs du film... Ensuite sans problème... au nom de la science et de la discrétion, les adresses de femmes aimant les animaux... Laurent était intéressé.
Les choses furent menées rapidement dans le plus grand secret. Les deux femmes, plutôt appétissantes, se mirent à la disposition de Laurent, qui s'en donna à c&Mac254;ur joie. Il fallut plus de trois mois pour avoir une grossesse. Je ne vais pas décrire les détails, de cette expérience scientifique, reportez-vous à vos cassettes préférées.
Une certitude, les trois complices ne se quittaient plus. Laurent hermaphrodite était un chaud lapin à fortes tendances masculines. Pendant la grossesse de Maria, la belle blonde, on examinait régulièrement le f&Mac254;tus, pour déceler des défauts majeurs. Inutile de cultiver un monstre. Némésis regardait ce remue-ménage avec scepticisme, il disait que nous étions en train de fabriquer un mulet... Laurent haussait les épaules...
Je crois qu'il avait raison, le vrai problème, le grand mystère, était la vitesse de croissance. Autre catégorie !
Comme des darwiniens on courait après le pithécanthrope... Maria accoucha d'un garçon complètement normal...
Impossible de séparer Laurent de ses deux « femelles » elles étaient très heureuses avec lui dans la grande villa avec piscine qui leur plaisait beaucoup.
Heureusement que nous n'étions pas soumis à un contrôle quelconque, car la situation scabreuse dans laquelle nous nous trouvions, aurait fait les choux gras d'une certaine presse pisseuse et bien pensante.
En réalité Némésis payait tous les frais. Grand patron riche et seul... Situation inattaquable. Laurent était sans scrupules, il avait décidé de jouer l'irresponsable... victime de scientifiques pervers ! Il avait raison.
Il pensait que le prochain enfant pourrait bien être un orang-outang à cent pour cent! Il n'y avait aucune certitude. Une expérience réussie qui ne peut être répétée n'a aucune valeur. Le hasard n'est pas scientifique! La nature invente sans arrêt. Nous trouvons des explications à toutes les étrangetés, car notre prétention et notre arrogance sont sans limites.
Nous avons regardé plus de dix films de science fiction sur le clonage et ses dérivés. A part les exagérations délirantes habituelles à la science fiction, rien de nouveau.
Notre génie Laurent, donnait aussi sa langue au chat. Lorsque l'on calculait la quantité de nourriture (des tonnes!) pour amener un bébé à un âge adulte de 20 ans, il y avait un problème de transformation de l'énergie vitale qui se posait.
Les hormones et les éléments nutritifs n'expliquaient rien. L'accélération du développement physique était totalement inexplicable. Un croyant parlerait d'un miracle prodigieux.
Rien dans la nature n'est simple, on ne sait pas pourquoi un gène contient le programme complet et détaillé d'une fourmi ou d'un éléphant. On devine comment cela se passe, mais pourquoi de cette façon?
Il me semblait que le grand patron Némésis freinait sournoisement nos recherches, il avouait en termes prudents qu'il ne voyait pas d'intérêt à donner une recette pour sur-développer la production de viande, à des producteurs de bouffe sans scrupules. Le mythe était épatant, mais en pratique, cette mainmise des humains, sur un secret de la nature, ne pourrait qu'apporter des catastrophes. La disparition de tous les animaux domestiques, la ruine des éleveurs. L'effondrement des prix. Je ne sais plus quoi, encore.
En étant honnêtes, cette découverte qui nous échappait, devrait disparaître. Le hasard nous donnait une chance de réfléchir aux conséquences de l'accélération de la croissance protéique. Rien ne vient de rien, un oeuf fécondé commence à dévorer des produits convenant à sa survie. Le phénomène de Laurent était anormal. Un rendement pouvant utiliser la totalité des protéines nutritionnelles était un accident de parcours. Pas une recette!
Nous étions assez intelligents pour comprendre que nous allions droit dans un mur. Laurent était avant tout un être humain, sa supériorité dans tous les domaines lui montait à la tête. Un matin on le trouva mort, au pied de son arbre. Une chute de 15 mètres. On peut s'imaginer notre tristesse. Même des singes se tuent en tombant d'un arbre. Némésis parut soulagé, il murmura :
« Il n'y a plus de problèmes. Il y a des limites à la recherche, pour des questions surtout commerciales.
Il est des découvertes dangereuses, une fois tombées entre des mains irresponsables.
La nature se détruit elle-même, ne nous en mêlons pas. Qu'ajouter à cela...
(Peut de temps après, nous avons amélioré des graminées qui produisent dix fois plus. Mais nous ne savons pas si cela supprimera la faim dans le monde.)
Dans un frigo j'ai une réserve de cellules de Laurent, sait-on jamais...
FIN .................................................................................................