Lorsque l'on est né dans un village de montagne, et que l'on est habitué depuis la plus tendre enfance à vivre dans un milieu hostile on deviens un dur à cuire, avec les années!...
J'ai fais mes premières études dans le village de la vallée. Un endroit sombre entre deux montagnes oppressantes. Il fallait allumer la lumière dans les classes, même pendant les plus belles journées d'été!... Je remontais sur l'alpe, le soir, soulagé de revoir une vue ouverte et le soleil...
Dès l'âge de 14 ans, mes parents m'ont permis, un peu à contre cur, d'entrer en apprentissage, chez un charpentier de la vallée. Garder les vaches et les chèvres n'avait aucun prestige pour moi. La première année fut dur. Mais j'avais appris la patience.
Dès le début je pris la décision de quitter cette vallée et de ne plus y retourner, dès mon apprentissage terminé. J'avais vu des documentaires à la télévision, sur les endroits de rêve du monde entier... Les mers du Sud me semblaient être le paradis sur terre! Sitôt Mon apprentissage terminé, j'entassais mon barda dans un sac de toile et pris congé de mes parents.
Ils avaient le cur gros, mais n'en laissaient rien paraître. A l'âge de 18 ans, le monde s'ouvrait devant moi, j'en étais bien conscient. Je n'avais jamais quitté létroite région ;l' en arrivant vers un paysage plus large, puis à un lac... puis un autre encore plus grand... J'avais la certitude davoir bien fait de partir sans me retourner.
Mon français était vacillant et l'allemand aussi... Le dialecte suisse-allemand est un lourd handicap pour nous. Le maître d'école aimait la langue française. Il m'avait favorisé dès qu'il avait constaté ma curiosité pour le monde mystérieux... Au bout d'une heure j'étais en pays inconnu.
En débarquant à la gare de Lausanne j'achetai un journal, et jallai au buffet lire les offres demplois cherchant des ouvriers qualifiés. Je trouvai quelques annonces, dateliers des villages alentours. Mais pourquoi retourner menfermer dans un bled lus
Sur Genève, je trouvai une annonce alléchante; un menuisier charpentier, pour un chantier naval! Je repris le train immédiatement, et à la fin de la journée j'avais la place !
Au bord du lac, dans une entreprise de construction de bateaux de luxe, destinés à la mer... En une seule journée j'avais obtenu exactement ce que je voulais! J'étais un veinard...
Mon patron était un bon type, il me trouva une chambre dans une petite pension tout près de la fabrique. Le lendemain, je commençai à m'initier à ce merveilleux métier.
Il n'y avait pas de bois de sapin dans cet atelier, sauf pour les échafaudages... Seulement des bois précieux. Le travail était presque un travail de sculpteur... J'aimais la précision, et je pus construire dès le début, une salle de bain en acajou, du début à la fin.
Mon contremaître était content de moi. Au bout d'un mois, j'avais déjà reçu une augmentation substantielle. Les autres ouvriers, tous plus âgés, me considéraient un peu comme leur apprenti. On me donnait de bons conseils... J'absorbais comme une éponge tous les tours de mains et les recettes, pour devenir rapidement un as.
J'aimais dessiner; l'architecte naval me donnait à faire. des esquisses. Il m'encourageait à faire des plans, mais le patron avait surtout besoin d'un bon ouvrier, travaillant bien et rapidement.
Je m'achetai au bout de quelques mois une moto anglaise, une Triumph Tigre 500. J'explorais les environs en roulant à toute vitesse au bord du lac Léeman. J'en fis souvent le tour à plein gaz histoire d'en prendre possession...
Je rencontrai d'autres motards... Ils m'accueillirent volontiers dans leur bande. Nous sommes allés un dimanche matin à Marseille par le col du Galibier, en réglant le carburateur pour avoir plus d'air... Le col est à plus de 2000 mètres... La route Napoléon... Le rêve pour un motard...
En arrivant devant la mer bleue, descendant lentement de la montagne, je me jurai de venir un jour m'installer sur la Côte d'Azur... Après avoir pris l'apéro sur le Vieux Port,... le soir, nous étions de retour à Genève.
Je gardais au fond de mon cur, le souvenir de cette échappée sauvage... Je ne pensais qu'à une chose; partir... Dès que je serais plus sûr de mon métier et de moi-même.
Le hasard fait bien les choses. Mon patron. qui connaissait mon goût pour la mer et le Sud, me proposa de prendre un poste de contremaître dans l'un de ses chantiers sur la côte d'Azur... A deux pas de Marseille! Mon rêve explosait dans ma tête...
On livrait un yacht de luxe. J'embarquai la moto sur le camion multiroues, et nous sommes partis, de nuit, pour le long voyage de Genève à Marseille. Le convoi était exceptionnel... Le voyage dura deux nuits. En arrivant, j'eus un mauvais pressentiment. Le soleil s'assombrit, je voyais tout en noir. J'avais peur d'un échec... Tout avait trop bien marché. Un montagnard se méfie de tout, même de son ombre.
En livrant le bateau, à peine avais-je le dos tourné... quon m'a volé la moto... Curieusement je fus soulagé. Le coup dur... si ce n'était que ça!... Mais je restais sur le qui-vive. On m'avait averti que certaines villes sont voleuses, comme d'autres sont braves et honnêtes. Le yacht était surveillé nuit et jour jusqu'à ce qu'il soit livré et payé... L'assurance était énorme, mais ce n'est pas une bonne réclame, si l'on se fait piquer un yacht de dix millions de francs... Heureusement le client arabe prit possession de son bateau assez rapidement.
Je commençai mon travail avec des sentiments mitigés. appréhension et joie, tout à la fois. Dès le début, je fis la connaissance avec les syndicats... Ils existent aussi en Suisse, mais ils ne font pas une guerre sans merci aux ouvriers étrangers, on s'arrange presque toujours. Cette fois j'étais menacé.
Au bout d'une semaine, juste avant d'être arrêté pour travail au noir, je dus rentrer en Suisse, pour régler ma situation!
Le vol de la moto et les chicanes des syndicats avaient assombri ma belle humeur.
Je pris quelques jours de congés et allai voir mes parents dans leurs montagnes. Je leur avais envoyé un peu d'argent pour acheter un petit tracteur.
Je fus reçu avec la joie profonde et discrète des humbles, qui s'exprime par des regards et des sourires. Je n'avais pas osé demander à mon amie de m'accompagner. Elle était une fille de la ville. Je pensais bêtement qu'elle serait choquée par la vie fruste de mes parents, qui ne parlaient d'ailleurs que le dialecte. Je n'avais pas honte d'eux, mais je sentais qu'il ne faut pas mélanger les genres!...
Le silence de la montagne me remits le cur en place. Mes parents habitaient un autre monde. Ils savaient par la TV ce qu'était la vie ailleurs. Ils n'éprouvaient aucune envie d'aller voir!
J'avais 22 ans et l'avenir devant moi comme on dit... Pour échapper aux syndicats français, je fus bombardé directeur. La guerre syndicaliste étant surtout destinée aux ouvriers, je travaillais en paix.
Un matin je reçus la visite d'un Aarabe très distingué. Il venait me demander de venir réparer un yYacht qui était ancien et presque en ruines. Le propriétaire était un ami de notre client... Ils espéraient que je viendrais ouvrir un chantier dans leur pays... Il fallait aller au Koweït.
Mon patron saisit l'affaire au bond et je devint son associé. A 25 ans j'étais un homme riche. Je formais facilement des ouvriers venant de tous les pays arabes. Ils sont très doués, minutçieux et des travailleurs infatigables.
Pour chaque yacht livré, je touchais un million de dollars! Mon patron associé autant. J'habitais un palais et mon amie devenue ma femme vivait comme une princesse. Elle allait chaque mois, avec le jet privé d'une vraie princesse de ses amies, faire ses emplettes à Genève ou Paris.
Mes parents continuaient leur vie spartiate malgré l'argent que je leur envoyais... Il était impossible de les faire venir ne seraits-ce que pour quelques jours. Ils étaient enracinés.
Les affaires marchaient toutes seules. J'avais du temps. C'est à cette époque que je fus pris par un coup de mal du pays foudroyant. C'est indescriptible... Je courus me cacher dans un coin du palais. Je me sentais comme un bâtiment qui s'effondre sur lui-même, comme dans un tremblement de terreun mille feuilles... Je restais écrasé par le désespoir, perdant mes facultés l'une après l'autre comme un arbre ses feuilles en automne. Dans ma tête je faisais défiler des images positives, qui s'en allaient en fumée... Je passais en revue les moments heureux de mon existence, mais ils étaient imprécis et jaunis comme de vieilles photos n'ayant plus aucun sens...
Ma femme était à Paris avec sa riche amie... Les domestiques ne me servaient à rien, mes amis encore moins... Je n'avais heureusement aucune arme dans le palais...
Je sortis en vacillant sur mes jambes, avec une seule idée dans la tête, rentrer à la maison... La montagne de mon enfance, énorme inerte et dure me rappelait à l'ordre...
J'avais un bateau à moteur, très puissant... Je montai à bord, sans bien savoir ce que je voulais... En me penchant sur les cartes j'entendis une puissante détonation derrière moi, immédiatement suivie d'une autre... Je mis les moteurs en marche, et m'élançait vers le large. En faisant un virage vers l'ouest, je vis le port en feu... J'ouvris la radio, L'Irak venait de bombarder le Kuwait...
Je mis le cap sur l'Arabie sSaoudite où j'avais beaucoup de relations. Je téléphonais à ma femme à son hôtel parisien, et lui expliquait la situation. On allait se retrouver à Genève. Son amie la princesse y avait une propriété au bord du lac...
Toute ma fortune se trouvait dans une banque en Suisse, aucun soucis de ce côté. Mon mal du pays s'était estompé. J'allais retrouver la montagne, et avec elle le moral!... L'histoire m'avait donné une leçon.
A peine arrivé en Suisse, je me sentis mieux. Je savais ce qu'était le mal du pays, cette déprime insupportable. Mes parents nous reçurent les bras ouverts, ils parlaient plus aisément et plus ouvertement... La TV leur avait ouvert l'esprit. Il n' y a pas que des choses négatives à la TV. Cette ouverture sur le monde étaitest un bienfait. J'achetais un chalet dans les environs.
Je pensais que ma femme s'habituerait à la montagne. Mais hélas elle ne supportait pas la solitude, la ville lui manquait. Elle restait silencieuse dans son coin. Elle allait chaque semaine visiter son amie la princesse Arabe dans la villa du bord du lac... Je sentais que cela finirait malallait mal tourner. Elle ne voulait pas avoir d'enfants dans cet environnement de montagnes fermées et brutales.
Je décidais d'aller vivre sur la côte d'azur. J'irais à la montagne en vacances. Cela me permettrait de conserver mon équilibre.
Mon ex- patron et associé était devenu un ami. Il réussit à me convaincre de reprendre le travail. Je proposais d'explorer le marché américain. Je fis le voyage pour la Floride sur l'un de nos plus beau yachts. Je m'installais dans le port le plus huppé des Bahamas. Il y avait une collection de yachts plus beaux et plus chics les uns que des autres! La vraie élégance et le bon goût manquaient.
Je jouais le riche touriste, et ne donnais l'adresse de notre atelier que si l'on me suppliait. Les gens riches ne sont pas discrets aux USA. Il y avait tous les jours des fêtes ruineuses, histoire d'épater les riches copains qui pouvaient en faire autant... Le plus riche de tous venait aux parties en barque à rames, juste pour énerver les maîtresses de maison.
Ma femme aimait ce genre de vie. Je souffrais en silence. Je recommençais encore une fois, à me sentir mal dans ma peau. Pensant qu'une montagne en vaut une autre, j'allais visiter les montagnes rocheuses. Je comparais ma montagne à celles de l'Amérique... J'avais de nouveau le mal du pays. Je voyais tout en noir... Des nuages sombres obscurcissaient mon âme...
Laissant ma femme à sa vie mondainees parties. Je rentrais en Suisse et me précipitais chez mes parents... Sitôt arrivé, je voyais la vie en rose. Je souffrais sans nul doute du syndrome de Heidi !... Ce qui fut confirmé par le Prof. Dr. Spyri petit-fils de Hiohanna Spyri. Comme c'était la deuxième fois que je souffrais de cette dépression. Le docteur baptisa mon mal "Encore Heidi" Ce qui expliquait tout ! Encouragé par un diagnostique si pertinent ; je me sentis immédiatement beaucoup mieux.
Il faut peu de chose pour se guérir d'une grave maladie... Un bon diagnostique et vous êtes à moitié guéri. C'est étrange qu'un malade ait une maladie ! Toutes les maladies sont au féminin, comme la peste, la tuberculose et la grippe... J'avais un syndrome... bien masculin, pas de quoi fouetter un chat. Je repris l'avion pour Hello Bitch Flotting et réussis à conclure plusieurs marchés fructueux. Je vais construire une station de sports d'hiver sur ma montagne...
En alternant la mer et la montagne on peut très bien survivre sans souffrire du mal du pays...
Heidi-fiantes nouvelles... Notre petite fille s'appelle Heidi. Le garçon Edouard, (Edi pour les dames) cest lui qui construira un jour un Heidi-Land sur le modèle de Disney-Land ! Tout est bien qui fini bien...!
PS: Je crois que la fin précipitée de cette nouvelle est un peu tirée par les tifs!... Pardonnez-moi..., j'en avais assez de ce nouveau riche!
FIN