Nationale 7
de Guy Dessauges



Dans sa grosse voiture, démolie, Alfred réalise qu'il est encore vivant. il essaie de rentrer son bras qui sort de la portière.
En vain, son corps est coincé par quelque chose qu'il ne voit pas... Il ne sent rien, donc il n'est pas blessé, pense-t-il...
- Saleté de brouillard. dit-il en grommelant.
Il entend, loin derrière... des voitures qui carambolent les unes après les autres, cela n'en fini plus, des cris des gémissements... Le scénario habituel... Trois lignes dans le journal...
- 80 imbéciles font un carambolage sur la nationale 7. Rouler à cent vingt à l'heure dans le brouillard c'est criminel... écrivent les croniqueurs... Morts et blessés sont enchevêtrés dans leurs voitures, les secours sont arrivés rapidement, la situation est maîtrisée.
Alfred espère ne pas griller, l'odeur d'essence et la fumée des incendies derrière lui devient insistante. Un pompier surgit devant lui, muni d'une tronçonneuse, il découpe la voiture devant celle d'Alfred pour se frayer un passage.
- Êtes-vous blessé, demande-t-il, jovial... devant... tout le monde est mort »
Alfred se sent rassuré, il répond du même ton...
- Tout va bien, mais je ne peux pas bouger »
- Patience, on va arranger ça. répond le pompier... En tronçonnant de plus belle...
Le brouillard s'est levé, il fait beau... Un cauchemar pense Alfred... Le pompier est tout prés...
- Je crois que je dois vous couper le bras, si vous ne pouvez pas le retirer. dit le pompier jovial... Alfred se sent mal...
- Non ne faites pas ça, hurle-t-il...
- Je dois avoir la place pour dégager les corps qui sont dans la voiture dessous...
- Sont-ils vivants ? demande Alfred d'une voix tremblante... Il se demandait sérieusement comment il allait se sortire vivant des mains de ce sauveteur enragé... Pour se rassurer, il constatait qu'il n'avait pas vu sa vie se dérouler devant ses yeux, en culbutant l'arrière de la voiture devant lui... Les occupants étaient tous mort...
- Je n'en sais rien répondit le pompier, il faut que je contrôle ça.
Un type en blouse blanche maculée de sang surgit de nul part avec une seringue à la main... «
- Je suis le docteur Elend... Puis-je vous faire une piqûre, c'est mieux pour l'amputation. dit le carabin d'une voix rassurante.
Alfred se senti mal.. l'amputation à la tronçonneuse ? On se croit chez le dentiste, ma parole... Alfred rassembla ses forces, pour hurler...
- Si vous me touchez, je vous fais un procès qui vous fera regretter d'être né sur cette planète... Les secours commencent mal pensait-il en se mordant les lèvres, pour ne pas pleurer...
- Arrachez la porte, non de Dieu. cria Alfred
- Pas possible... dit le pompier, elle soutien le camion qui est posé sur le toit de votre voiture.
- Un camion sur le dos, c'est le bouquet... pense Alfred... Il faut que je m'en sorte... Ces deux compères veulent ma peau.
- Vous connaissez la dernière ?
- Non, dites donc vous avez le moral... dis le carabin en essuyant l'aiguille de sa seringue avec un chiffon ensanglanté...
- Toute urgence se présente quand vous commencer à manger, à n'importe quelle heure,
Corollaire 1 : Il y aurait moins d'accident si le personnel des urgences ne mangeait jamais..
Corollaire 2 : Prévoyez uniquement de la nourriture à emporter... C'est une vérité profonde de Murphy ! Ajouta Alfred...
Les deux copains se marrent...
- Vous en avez d'autres ? demande le pompier... Encouragé Alfred continue...
- Sur un accident , si vous ne trouvez pas d'ivrogne, cherchez il n'est pas loin... Alfred tente un sourire...
- Ca pourrait bien être le cas ici, dit le pompier impressionné...
- Si un accidenté est blessé au ventre le médecin des urgence sera oculiste.
- Ah, c'est marrant dit le carabin, je suis nez gorge oreille.. Vous en avez encore demande-t-il. J'ai une idée, pour éviter l'amputation, je vous casse le bras et je le plie contre la portière ainsi on vous le remettra en place dans le plâtre, un bras cassé ce n'est pas la mer à boire.
Avant qu'Alfred ne refuse, désespéré par la situation, on entend un grand bruit... le camion posé sur le toit de la voiture s'écroule de côté dans de formidable gémissement de ferrailles froissées et craquements nauséabonds... Soulagé de ce poids énorme la voiture d'Alfred saute en l'air, dégageant en même temps son bras, et faisant tomber le pistolet qu'il tenait de l'autre main le canon posé sur la tempe de son associé, celui-ci mort la nuque brisée, l'arme est enraillée... Le pistolet tombe dans l'autre voiture...
- C'est mon jour de chance. murmura Alfred en s'ébrouant et en regardant les corps du pompier et du nez gorge oreille, gisant trois mètres plus bas... les têtes à angle droit ne laissant aucun doute sur leur état...
D'après la loi de Murphy : - Quand les choses vont bien, quelque chose ira mal, Quand les choses semblent aller mieux, c'est que vous oubliez quelque chose.
Sacré Murphy, on sûr de rien avec ce type, dit Alfred accroché à la portière, en tombant la tête la première dans une mare de sang et de fumier de poule, cargaison écologique du camion tamponneurs.
- Livrées à elles-mêmes, toutes choses tendent à évoluer du mal vers le pire, dirait Murphy
FIN




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