L'oubli
nouvelle philosophiquede Guy Dessauges



Tous les événements sont produits les uns par les autres, je l'avoue ; si le passé est accouché du présent, le présent accouche du futur ; tout a des pères, mais tout n'a pas toujours d'enfants. Il en est ici précisément comme d'un arbre généalogique : chaque maison remonte, comme on sait, à Adam, mais dans la famille il y a bien des gens qui sont morts sans laisser de postérité. »
<p.103-104>
VOLTAIRE / Dictionnaire philosophique / Garnier 1967.



On parle plus souvent de la mémoire et du souvenir, que de l’oubli… Et pour cause, la mémoire est bavarde , l’oubli est comme la mort , silencieux et avantageux !
On oublie souvent les rêves ; si l’on s’en souviens, on est parfois surpris ; l’incohérence la fantasmagorie ; comme si l’on y était ! Pendant le sommeil, il peut arriver tellement de choses ! Cela ne tire pas à conséquence, ce sont des rêves, pas de quoi s’affoler, Cela n’existe pas, c’est virtuel… Le cerveau délire…
Le passé ressemble aux rêves qui ne laissent pas de traces ou presque…Des suppositions ? ( Il me semble que…Je ne me souviens plus très bien…etc.) On reconstitue des événements passés, comme on recherche le souvenir d’un rêve…
Pourtant ces films de science fiction, où l’on vois les comparses changer de temps et d’époques, qui essayent de modifier le passé pour maîtriser l’avenir,.. tapent à côté de la plaque. Tout s’efface, comme dans les rêves, même le souvenir de ce que l’on a effacé.
On constate, découragé, ce que deviens le passé, en visitant une grande bibliothèque… Ces rayons pleins de livres poussiéreux, rangés… faux témoins du passé? On ne sait pas desquels sont justes et vrais, ceux qui mentent effrontément… Tous les jours, les journaux à peine lu, ne sont plus que maculature.
Les vérités et les mensonges s’effondrent en tas, pas moyen de s’y retrouver… Mais il reste parfois une preuve intangible d’un événement malheureux. Le résultat d’une catastrophe, une dent qui manque dans un sourire menteur. Un trou ! Par exemple… le Wold Center … Un naufrage… Nos chers disparus.
La disparition d’un objet. Mais pas le souvenir de celui-ci. Les événements vécu des êtres sont compartimentés dans un instant identique, on vit ensemble sur la même page du présent des choses différentes… à part les effets de masse… Destins ?
Morts des passagers d’un avion dans le même moment… ou bains de soleil identique sur la plage… les instants sont identiques, mais pas longtemps…Des statistiques d’accidents sont basées sur ces instants commun… Nous sommes responsable de nos destinées aussi par nos choix. Par hasard…Coïncidences… atavisme, hérédité, fatalités ?
La totalité des destinées est englouties dans ce que l’on nomme le passé. Hier est détruit par le passé comme par un bombardement… Raz se marée du présent…Tous les jours un Tsunami balaye le vécu de tout l’univers… La vague devant la plage… derrière le néant… Les coïncidences, hasards et fatalités… Le vécu est disparu. Poubelles de l’histoire… On y coupe pas… A chacun son dû !
Comment peut-on effacer un événement, un projet, qui n’a pas eu lieu ?… Pour un bâtiment, en détruisant ses plans tout simplement… Les précautions prisent avant les actions modèlent l’avenir… On peut supprimer un rendez-vous cela efface l’événement planifié… Le hic pour effacer un événement qui a eu lieu, c’est une autre affaire ! Un bâtiment… on le démoli. Les petits malins effacent les archives… Mais il reste parfois des témoignages… Effacer l’objet et le souvenir de celui-ci, serait l’idéal…Ni vu ni connu ! Mais comment savoir si les deux effacements ont été vraiment réalisé, il faudrait une preuve. Sinon où est le plaisir ? Avant l’existence, il y a l’idée de l’existence, une idée de projet, une action pensée. Même pour faire un gosse ou un bâtiment de cent étages… il y a préméditation…
Mettons que j’efface un bâtiment, les photos , les plans, les autorisations, les dossiers sont toujours là… Les gens aussi… il faut effacer tout cela sans rien oublier, ou supprimer l’idée de départ dans la tête de l’architecte… Comment savoir si son idée est un truc affreux ou un chef d’œuvre qui se love dans cette gélatine? Question lancinante…
Ne parlons pas des horribles créations des grands architectes comme Oscar Nimeyer par exemple… Il faudrait détruire la totalité de Brasilia pour être en paix avec sa conscience… Et Chandigarh du Corbusier ! Du béton pisseux partout… Max Bill l’inventeur du carré… Le Bauhaus, nid de teutons bornés… La même merde partout… La ridicule pyramide du Louvres … La mondialisation du mauvais goût… garantit d’origine… (hautes écoles !) Le spectacle le plus malheureux est à Berlin… Hansaviertel, urbanisme de névrosé… Je n’en dit pas plus… Les Germains ne l’on pas volé !…
Un seul bâtiment de valeur à Zurich en 50 ans ! La Pyramide en fer, de Dahinden sur le Seefeldquai… Pour une ville de nouveaux riches qui a démoli 17 villas Art Nouveau pour construire à la place des bureaux… c’est peu !
Avantage des villes anciennes protégées… on ne peut rien changer, voir Berne… Rien a effacer tout se tiens…Même l’ignoble fosse aux ours ! Pas de pitié. Peut être qu’il n’est pas nécessaire de détruire pour effacer ? C’est simple, on n’y pense plus, l’oreiller de paresse des intellectuels…
Si l’on a le talent d’effacer les choses qui vous déplaisent, pour soi et pour les autres, il ne faut pas se gêner. Peut être que personne ne s’en apercevra ! Et puis, après tout, c’est sans importance. Si les pyramides disparaissaient, je n’en porterai pas le deuil… Par contre, l’effacement de la tour Eiffel, me laisserai inconsolable…

Pour effacer ce qui me dérange, il n’y a pas beaucoup de solutions... Le talent… la haine de la laideur, et une faculté de concentration suffisante pour rayer la hideur de la surface de la terre, ce que les Dieux ne veulent plus…
En analysant les finesses des processus d’effacement, il s’agit de mettre en marche, ou en fonction, des forces électromécaniques concentrées sur des objets de dimension relativement modestes…
Le mécanisme est possible , pour le démontage des pyramides par exemple… Vous direz qu’il ne s’agit que de destruction, démolitions à la dynamite, des immeubles horribles aux cœur des ville, il s’agit d’intérêt publique avant tout… C’est courant et brutal !
Compression , décompression… La nature crée ce genre de forces dans la mer, élevant des vagues géantes de cent mètres de haut…(techniquement, trois petites de dix mètres , donnent une grande…)
C’est de la physique, ce n’est pas de la magie… Un volcan non plus… Pourtant cela fonctionne tous les jours. Physique des fluides ! Un monument n’est pas fluide, il est fait de matériaux divers… la finalité de la matière brut de toutes constructions est la poussière… Poussière retourne à la poussière. Même le béton armé deviendra poussière.
La disparition de ce que je ne veux plus voir est une création artistique, en quelque sorte… Je ne touche pas aux médiocres œuvres de médiocres barbouilleurs, qui remplissent les musées d’art-con-Temporain.
En état de demi-sommeil… je décompose l’objet de ma haine jusqu’à qu’il n’en reste rien… Mon premier objet est modeste, une fille moche avec son compagnon affreux dans une party chic et cher au centre de NY City. Sortant de ma torpeur, j’eut beau chercher ces deux affreux… je ne les trouvait plus…
Ma compagne Glawdys, un mannequin eurasiatique, de toute beauté, fit la remarque que le couple affreux s’était dissout dans la fumée du cigare de son financier préféré, stationné vers le buffet… Elle pensait que son extasy-cokaïn-opiacé qui poudrait son joli nez, lui jouait des tours ! Je me gardais de lui expliquer le truc… Un truc qui allait me donner un nouvel élan dans la vie ! Scrogneugneu… Pour un coup d’essais, c’était un coup de maître !
Pour être sûr, je fis le tour des salons de l’hôtel Causa Nostra Amen. Et son concurrent proche : le Comertabarbar… Plus trace de ces deux créatures de films d’horreurs... Plutôt si !
Le fume-cigarette dégoûtant qui achevait de fumer un truc puant, à paniquer un putois… Glawdys mon eurasienne appela un Security Service antigang, deux mètres de haut et autant de large, qui appela d’un geste impérieux un pompier qui enleva d’une main, la table et le cendrier, puis jeta le tout par la fenêtre sur la triste terrasse d’un building voisin, abandonné depuis le cinquième siècle, qui servait de dépotoir à l’honorable société… depuis la libération d’All Capon… Réjouissante nouvelle, qui ne datait pas d’hier !
Glawdys rejoint son banquier, car elle devait changer les pneus de sa RR. J’espérais qu’elle n’allait pas perdre son temps à tailler une pipe en bois de buis à un type qui ne fumait que des cigares !
Je sortis seul, pour rentrer chez moi… tout en jetant un mauvais sort, en passant… Effaçant l’affreux décor digne des Pieds Nickelés, qui trônait dans un hall, style Notre Dame, qui en avait vu d’autre…
Je quittais l’hôtel avec un sentiment de reconnaissance, l’un des rares endroits sûrs, où les fous de Dieu n’avaient pas encore posé de bombes… Probablement parce qu’il n’y avait pas suffisamment d’innocents désarmés… femmes , enfants… dans ces lieux bénis…
Je n’étais même pas surpris de mon nouveau talent d’effaceur… Je n’allais pas me casser la tête pour comprendre comment et d’où surgissait ce talent, ni s’il était réel ou une illusion perverse d’un subconscient enflammé par la haine du laid. Une chose importante pour moi, je pouvais effacer soit des objets soit des humains au choix… Seule l’image projetée comptait. Propre net et sans bavure.

Laissons les choses venir, on verra ensuite, s’il s’agit de mon cinéma personnel, ou d’un tour hélicoïdal farceur, du temps volatil électromagnétique, comme disait le grand Albert…Einstein ! A propos d’Albert que j’aime… ce grand « effaceur » réussit a paralyser toute la science dogmatique et béate, en inventant un minuscule tabou de matheux (E=Mc2) dix mille fois plus discret et modeste ( Pour l’effet produit) que le dogme de l’immaculée conception : ( Le saint esprit entre par l’oreille, pour féconder la vierge Marie, c’est plus propre prétendaient les mysogines, Isaac d’Antioche et Ephrem le Syrien. Blablabla du Ve siècle !) Quand il n’y a rien à redire, c’est comme l’eucharistie ubuesque, c’est valable…
Et puis… le dommage est faible entre les bourdes théologiques et celles de la science ! Tout le monde s’en tamponne le bourillon… Les uns regardent au ciel, les autres secouent la tête d’un air septique… La vision de la réalité est dans la tête, elle est certainement loin d’être ressemblante avec une dite réalité… Dans ce monde, tout est magie…
Puisque c’est ainsi, je vais me consacrer au rien… A l’anéantissement du moche… Le terminateur, nettoyeur du laid… L’ennemi de l’affreux,, L’effaceur des horreurs… J’ai du pain sur la planche !
Invité souvent chez n’importe qui, j’en profite pour faire le ménage, faisant disparaître les objets affreux et des meubles… A un vernissage garni de croûtes ignobles, je ne laissais que les cadres. Le prétendu artiste vendit les cadres vides, plus cher que les vomissements mono-merdiques de Klein…
Le « rien » prenait de la valeur sur le « pas grand chose » une victoire dans le monde poussifs des arts… Les médias-médiocres parlaient de sortilèges, de mauvais sort, de sorcellerie… sauf de moi, heureusement…
Les infos TV ne pouvant zoummer sur des cadavres frais dégoulinants, montraient des terrains vagues sans drames ni flaques de sangs, sans trace de quelconque disparition, fraîchement nettoyés, presque idylliques. Des enfants y jouaient déjà… Les bigots parlaient de dématérialisation, et voyaient d’un air serein s’instaurer une époque ou l’esprit triomphait sur la matière…

Avec la vision futuriste de la christianisation de l’univers de Teilhard de Chardin on avait atteint le sommet de la sottise. Pardonnez cette citation stupide, les jésuites ne dominent plus l’univers chrétien heureusement… (Depuis l’interdiction par Napoléon, du « supplice de la question » Source d’argent de poche dominicaine et bien catholique )
Au cours de mon récit , je me permet des pensées latérales… Cela éclaire ma situation entre l’effacement et le mot clef :
l’oubli.
Pendant qu’on y est ! Juste encore une monumentale sottise du catholicisme. La transsubstantiation ou eucharistie. Avant 850 le moine Radbert avait affirmé la présence réelle du Christ dans l’hostie… Mais cette énorme bourde cannibalique, ne devint officielle qu’après le concile de Rome de 1079. Je te dévore mon chouchou… Malheureusement ce genre de choses est ineffaçable… Finalement les religions et les sectes se suicident par leur extrême bêtise… Laissez faire !
En me promenant dans un monde nettoyé par mon talent d’effaceur, je jouissais du parfait bonheur … Tout en gardant prudemment à l’esprit la sagesse de Murphy, qui disait au sujet de J.C. : « Quand tout va bien, c’est que l’on a oublié quelque chose » Dans les circonstances actuelles, je devais certainement avoir oublié beaucoup de choses. Je ne suis pas malin hélas !
Après avoir effacé un quartier pourris dans Manhattan … Je me préoccupais de petites choses. D’objets affreux dans la vitrine d’un brocanteur, de gens délabrés, ruinés par l’alcool et les drogues… Je me prenais pour un Dieu destructeur, corrigeant ses erreurs, au contraire du précédent créateur… Je perdais certainement le sens des réalités… Avec un pouvoir pareil impossible d’être modeste. Ne croyant à rien, ni religions ni Dieu ni diable, je commençais à dérailler.
Je devais certainement croire en quelque chose d’absurdement théologique du genre, la création de l’univers en sept jours à la vitesse de la lumière, et le repos du dimanche… Congés payés et vacances comprises… Les imbécillités bibliques me semblaient soudainement plausibles…
Si un immeuble pouvait être éliminé en une seconde, la création bâclée devait s’accomplir à « grande » vitesse ; raisonnement boiteux… Mais « l’évolution darwiniste » qui traînait ses versions douteuses depuis des millions d’années pour aboutir à un résultat aussi minable qu’est l’être humain ! Cela ne collait pas du tout… N’importe quel singe est plus mignon.
Je me posait des questions oiseuses en oubliant que le temps ne peut pas exister dans un espace infini… Pour nous, vermine, avec notre pendule à l’heure et le mètre étalon, oui, d’accord, mais pas dans un univers sans commencement ni fin!
Mes questions n’avaient rien à faire avec une morale, ni avec la métaphysique, qui pique-nique ! Le pragmatisme régnait dans ma vie. Les gigantesques mensonges des religions , cruels et infantiles, me laissaient indifférents. Je n’allais certes pas me mêler aux primitives guerres théologiques, en les effaçant… laissons les croyants s’entre tuer au nom de leurs Dieux, cela élimine des imbéciles. Un nettoyage social est une bonne chose. Effacement esthétique mais surtout pas moral. Les épidémies et les guerres effacent les populations à la perfection. Je m’occuperai du reste. En priorité leurs bâtiments et monuments affreux, devoir sacré !
Je pensais aux tyrans religieux et guerriers qui rasaient des villes et des civilisations sans scrupule… Les chrétiens bornés et incultes, détruisants la civilisation grec ; les musulmans aussi théologiques qu’eux, contre tout ce qui résistait à leurs tabous. Pour établir une manière de vivre la plus morne et triste de la planète !
Les égyptiens de l’antiquité qui démolissaient tout ce qu’ils pouvaient, des œuvres du précédent pharaon. Effaçant les noms, les textes sacrés, les tombes, les bibliothèques, pour laisser la place libre aux nouvelles sornettes religieuses… Heureusement qu’ils n’avaient pas de dynamite !
Un effet d’autodestruction, la bêtise ancienne soigneusement remplacée copiée par la nouvelle… Mes effacements esthétiques étaient anodins à côté de leurs vaniteuses destructions… Il m’étais impossible de faire revenir quoique ce soit…
Mes effacement, se perfectionnant, étant accompagné par l’oubli, les disparitions ne faisaient pas de vagues. Ni dans la presse, ni dans la mémoire des gens… Finalement l’histoire et la mémoire de l’humanité, est pour 98 % tombée dans l’oubli…
Une génération suffit pour effacer la dernière guerre de la mémoire des allemands… En écrivant dans les livres scolaire que Hitler avait construit les autoroutes… Avec l’aide de Dieu !
Pour maintenir un semblant de souvenir, on bricole sans scrupules. Comme les contes religieux bâclés au fur et à mesure des besoins… Mais cela ne prend plus si bien, depuis que la science a trouvé sa liberté. Chez les peuples sectaires ignares, primitifs habitués aux pires mensonges religieux, cela finit dans des bains de sang, tout comprit… L’oubli est un cadeau du destin… Avantage : on n’en sais rien !
Où allaient se cacher mes effacements ? La porte à côté où au diable vert de la voie lactée… Il est des questions à ne pas poser.
Dans une boutique de bouquiniste, que je fréquentais assidûment, j’observais du coin de l’œil, un rat de bibliothèque qui prenait systématiquement les livres que je venais de feuilleter, comme s’il voulait les contrôler.
Il ressemblait vraiment à un rat, au museau pointu aux yeux noirs et luisant comme des boules de gais… Je sentis un avertissement frissonnant qui me mis en garde… Je n’ai rien contre les rats, mais celui-là, me parus magique… Des poils en touffes sur un front dégarnis lui donnait l’air d’un savant fou, cachant dans sa caboche des inventions effroyables…
Face de Rat savait que je l’observais, il jouissait de ma curiosité… Pour l’intriguer, je faisais semblant de m’intéresser à la vie du maréchal Pétain, aux Pieds Niklés et aux amours de Madona… Un jour que je reposais le bouquin ci-dessous :
[2] E. Fermi and E. Teller: The capture of negative mesotrons in matter. Phys. Rev. 72 (1947) 399
qui ne m’intéressais en rien !
Il vint vers moi et me demanda poliment :
= Vos effacements ne viennent certainement pas de la recherche scientifique… Vous devez savoir retourner votre talent comme un gant si vous voulez maîtriser vos aversions…
Il savait tout. Avant que je reprenne mes esprits, il ajouta :
= J’ai pris la liberté de faire revenir de vos effacements, que je jugeais arbitraire.
Je restais cloué par la stupéfaction … Face de Rat en savait plus que moi, j’étais battu à plate couture ! Désemparé, ne trouvant rien à dire sur le moment… Je laissais partir Face de Rat, sans lui demander son secret… S’il ne donnait que des conseils d’initié , Face de Rat ne voulait pas me nuire… A demi rassuré, je savais bien qu’il allait refaire surface dans ma vie, j’en étais certain…
Je sentais la logique du phénomène comme une évidence ; effacer et reconstituer… Je n’étais pas le seul à me prendre pour un prodige… Il en existait d’autres, entre les inondations, les raz de marées, les tremblements de terre, les volcans et les incendies…
Je pouvais effacer, hélas sans garantie… le retour était donc possible… Il fallait vérifier cela au plus tôt. Je sortis de la librairie et allai sur le trottoir en face. Je me concentrais… et d’un coup l’immeuble disparu laissant un trou dans l’alignement des immeubles comme un sourire édenté… Derrière moi j’entendis un profond soupire, l’immeuble reparut sans une faille comme un trucage photographique… Face de Rat vint à côté de moi en ricanant…
= La preuve, hein… vous l’avez maintenant…
Rien a dire, je n’étais plus un des maîtres du monde, anonyme et raisonnable … Je hochais piteusement la tête …
= Nous n’allons pas nous disputer pour si peu… dit-il, plus rat que jamais… Je dis pensivement :
= Je me demande si je ne suis pas victime d’hallucinations et que tout cela n’est qu’illusions… Le rat me fixa dans les yeux :
= Mais oui, mon vieux, tout est illusions. La réalité du présent fuis dans le vide du passé, dans le trou de l’oubli… Comme un bon repas trois étoiles le lendemain. Peu importe où se trouve pour chacun la réalité de son présent personnels. Sur la table rutilante du trois étoiles, où dans un trou de chiotte ! Sans reprendre son souffle, il repart :
« Entre les multiples temps présents ressentis comme tels, par tous les êtres vivant, il n’y a que des gouttes de pluie pendant une averse, hors du temps… Nous sommes tous semblables… Producteurs forcenés de déchets puants…
Nous sombrons tous en même temps dans le passé desséché de l’oubli… En compagnie des bactéries et des baleines… Hors des actions disparues, ne reste que les œuvres d’art, qui ne représentent pas vraiment, surtout à notre époque malade, les instants passés, d’il y a dix minutes où un siècle »
Bavard, Face de Rat… moraliste, philosophe et puissant… Je la bouclais, j’avais tout à apprendre. Ma splendide sérénité était en déséquilibre. Je n’étais sans doute pas menacé, mais observé… cela me dérangeai…
Je cessais d’effacer pendant un certain temps. Je devais aller à Beyrouth pour affaires. En arrivant je fus surpris de voir que cette guerre de huit ans, entre trafiquants de drogues, n’avait laissé que peu de trace. Presque tout était reconstruit…
Je me demandais par où je commencerais à effacer quelques trucs immonde… Je commençais par effacer des personnes et des objets dans le hall de l’Hôtel pour ne pas perdre la main. Les immeubles étant trop dangereux, cela risquait de démarrer une nouvelle guerre entre bandes rivales, je n’avais pas envie de me trouver pris entre deux feux sans avoir le temps de les effacer tous.
Je rencontrais des hommes d’affaires riches et avides ; je leur vendis le matériel inutile des arsenaux de mon petit pays faible et trouillard, qui vivait mal le fait de n’avoir pas eu de guerre depuis 157 ans… Au poids de la ferraille cela rapportait son petit million en dix minutes de marchandages, souk et soupirs…
Au bar, je supprimais le barman à tête de SS… qui fut vite remplacé par une belle blonde platinée aux yeux bleus ciel et peau de miel !

Elle dit en souriant :
= Bienvenue au pays des disparitions… Je restais coi, pensant à une coïncidence. Pensant dissimuler ma gène, je répliquais sottement :
= Disparition et effacement sont étroitement liés… La belle regarda par dessus ma tête…
= Von Braun est de retour… dit-elle d’un air coquin…Vous avez l’air déçu monsieur l’effaceur. Vous laissez un sillage de disparitions derrière vous, mon cher… Dans cette ville, c’est assez courant…
Me sachant démasqué, je lui tendis la main et me présentais…
= XYZ à votre service… Vous savez comment rappeler les disparus je vois… Je ne maîtrise pas les réapparitions, probablement parce que je n’en ai pas envie…
= Dans la mémoire de l’effaceur, un objet pour réapparaître, ne doit pas être tombé dans l’oubli… Le souvenir garanti le retour… L’oubli efface tout définitivement ! Vous êtes sans doute oublieux… A chaque réveil on renais de ses cendres… On n’a pas le souvenir de son origine génétique. On vis avec son enveloppe sans savoir qui l’on est. Encore moins d’où nous venons.
= Votre sagesse me coupe le souffle, dis-je en tortillant un sourire. Mon égocentrisme en prenait un sacré coup… Je croyais avoir du mérite en étant autodidacte… Malgré tout je restais assez fier de mes performances.
Devant Face de Rat et Diana, j’avais à faire à forte partie, ils devaient probablement être immortels… Je pris la sage décision de ne rien effacer à Beyrouth . On est jamais assez prudent en ces circonstances. Le terrain me semblait brûlant…
Le problème le plus important semblait être mon degré d’oubli ! En second plan… où disparaissait les objets disparu ? S’il était possible de faire revenir les malheureux effacés, il devait exister une réduction atomique comprimante comme le Zip sur un computer, ou un dépôt gigantesque dans l’espace infini…
La curiosité me dévorait… L’air ironique de Diana parlant d’illusions, de rêveries et d’hallucinations, semait un doute dans mon
esprit. Simplement aveuglé par ma vanité, je prenais mes effacements pour des réalités, alors qu’ils n’étaient que les illusions d’un malade mental…Pour en avoir le cœur net je rencontrais un psychiatre,
le Doktor Faust, sitôt dans sa praxis, je le mis devant sa fenêtre et lui dit simplement :
= Doktor… je vais faire disparaître cette villa et son jardin en un clin d’œil…
= Allez-y… dit le psy en souriant avec indulgence…
Je me concentrais… à la place de la somptueuse villa orientale entourée de fontaines et de massifs fleuris apparu un terrain vague…
A ma surprise, le Doktor s’évanouis en poussant un gémissement de stupéfaction… Je le déposait avec peine sur son divan et pris héroïquement la fuite en laissant ma carte entre les mains de sa secrétaire… On ne sais jamais ! Je me sentait soulagé, mes facultés étaient authentiques et intactes… Le doute ne disparaissait pas si vite. La mise en scène de ma vie en particulier était si réaliste que tous les doutes et soupçons étaient légitimes !
En arrivant à mon hôtel, le portier me signala deux messieurs de la police qui m’attendaient au bar… Je me présentait, ils n’avaient pas l’air bien farouches.
Il paraît que j’avais fait disparaître la villa du Dr. Faust comme par enchantement… Ils n’en croyaient pas un mot, mais la villa avait vraiment disparu… Ils se demandaient toutefois comment ce phénomène, était possible par la volonté d’Allah, à mon avis ? Je sentais ma vie en danger. Quand un policier, musulman de surcroîx, pose des question idiotes, c’est toujours sérieux ! Il fallait que je retrouve Diana, la seule qui pouvait faire revenir la villa à sa place… Je prétextais un besoin pressant et sortis de l’hôtel… J’allais sur le trottoir en face et effaçait l’hôtel et les deux flics , pour gagner du temps c’était le seul moyen… Une RR blanche s’arrêta devant moi Diana au volant.
= Alors, c’est le festival des disparitions, vous avez un coup dans le nez ?
J’étais en effet sous une dizaine de Martinis extra dry… Je racontais à Diana mes mésaventure psychiques, Je me sentais honteux comme un gosse qui a fait une farce stupide… Diana se tordait de rire, elle remis tout en place en un clin d’oeil… Les femmes… quelle bénédiction !
Je rentrais à l’hôtel, Diana à mon bras, rejoindre les deux flics au bar, qui ne s’étaient aperçu de rien… On téléphona au Dr Faust qui certifia que sa villa et son contenu ( La Mercédes, les chiens , le chat, Mamma, bébé, piscine, robinets en or, et dix domestiques non payé , logés tout confort , en travers , sur les pas de portes.) était de retour. Frétillant de bonne volonté.
Le bon Dr Faust avait eu une hallucination et s’excusait auprès de moi, pour le dérangement ! Ben voyons ! Dans un pays ruisselant d’héroïsme et d’héroïne, c’était normal… (lire le texte de Bertrand C. Bellaigue sur le Liban!)
Les flics connaissaient cela. Ils partirent à regret en lançants des regards concupiscent vers Diana…
Avec ça, je ne savais toujours pas comment récupérer mes effacements . Je demandais timidement un tuyau , Diana répliqua gentiment que j’étais trop stupide, je devrais apprendre à jouer au Bridge ou au Backgamon! Au lieu de jouer dans la cour des grands… Son ironie égratignait ma paranoïa, je pensais arriver tout seul à trouver la clé de la récupération des effacés… Confiance et optimisme ! Après tout j’avais trouvé seul l’effacement ! Le hic était d’échapper aux maîtres dominant l’oubli, qui m’observaient avec suspicion. Diana et Face de Rat n’étaient certainement pas les seuls.
Pour ne pas laisser derrière moi un sillage d’effacements trop visible, je parti pour un long voyage de détente et de concentration sans effacement spectaculaires, discrètement. Je désirais faire des essais de mémorisation, je supposais que la clef du rappel des objets effacés devait accéder logiquement à la suppression de l’oubli.
J’allais consulter un artiste peintre Hindous New-Yorkais qui maîtrisait la mémoire visuelle à un point extraordinaire. Je ne lui parlais pas de mon talent d’effacer. Je prétextais la curiosité artistique. Il m’accepta comme élève, pour un stage de concentration et de mémoire visuelle. Je constatais rapidement, qu’il n’était pas un fumiste.
Je pensais que si je mémorisais le mieux possible, un objet effacé je le ferais revenir. Le truc était de ne pas laisser agir l’oubli.
Apparemment une bonne photo devait suffire, j’avais essayé sans succès… L’image devait être projetée par ma concentration , sans aide extérieur.
En réalité, je ne pensait pas faire revenir mes effacements, je voulais relever un défit ! Me débrouiller tout seul, pour montrer aux maîtres, que je pouvais arriver aussi à leur niveau . En sachant, finalement, que je suis insignifiant, et qu’il ne restera rien de moi dix jours après ma mort, que quelques notes et de misérable photos de terrains vagues…
S’ils existent, je plains les «Maîtres immortels » esclaves d’une survie éternelle soumise aux imbéciles. Ils peuvent dormir dit-on. Je n’en crois rien , ils restent éveillés pour toujours, un œil ouvert sur la vie et l’autre sur la mort…Comme des totems africains…
Tout n’est qu’écroulement. Il ne reste rien de l’esprit qui se dissout comme la chaleur dans le vent… Prétendre que l’esprit est indépendant du corps n’est que superstition. Destinée et fatalité aussi. Admettons que dans une certaine mesure il existe des fonctions génétiques prévues comme l’espèce, la race, la nage le vol et la marche…
Mais en examinant les variétés de la vie, de la bactérie à la baleine bleue, on pense que ces objets vivants sont fabriqués par des êtres techniciens super doués comme dans la nouvelle « Génèse » de Guy Dessauges sur 1000 Nouvelles ! En étant hors du temps dans un espace infini , on possède tous les pouvoirs.
A ce niveau on agit autrement. On se permet des pauses de millions d’années terrestres, cela se passe ailleurs… En marge des événements. Un orage magnétique détruisant par des explosions atomiques, une galaxie, ne remue pas même un grain de poussière sur notre planète… La loi est : espace, chaleur, plasma , indifférence et instabilité dans tout l’entourage des astres . Les vents magnétiques sont invisibles. L’effacement n’est qu’un jeu de miroir . Magie de foire ?
L’oubli n’est qu’une illusion , comme la perspective, le temps et la distance. Avec nos raisonnements simplistes de sapin de Noël au ciel étoilé, on tente d’expliquer le monde matériel du vivant et son épiphénomène, l’esprit…
Il ne manque pas de surprises sous nos équations infantiles, on n’y trouve des constatations primitives qui tiennent comme des noix sur un bâton… Le big bang et les trous noirs théologiques, solides comme les tartes à la crème dogmatiques des physiciens... Big-Bang fait à son image & çie… (Opportunisme prudent… pour vivre en paix avec le clergé !)
Je me sentais ignorant et impuissant, devant les mystères du passé et son oubli poubelle sans fond… Malgré mon talent, je gardais la tête froide, le sens de la relativité, restreinte, bien sûr. Une curiosité intense me tourmentait. Je voulais savoir, même sans preuves ; seule une certitude intérieur, me suffirait… Poursuivre un rêve… Pouvant se transformer en cauchemar ! XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
Un chose me donnait des doutes, le dit écoulement du temps ? Le retour des objets effacés démontrait un mouvement semblable à l’écoulement du courant électrique. Un phénomène électromagnétique devait être à la source de nos tours de magie.
Si c’était le cas , il n’était pas impossible que tout ce qui avait disparut puisse revenir…Même l’électricité ? Pour le plus grand bonheur des historiens et des maîtresses de maisons… Le mouvement perpétuel malédiction pour les industriess et les taxes !
Il serait possible, dans le futur, de taxer le temps qui passe, avec un impôt sur la durée… Comme une communication téléphonique, ou les heures de travail. Il y aurait des taxes sur les bons mots, sur la bêtise, sur l’âge … Sur les discussions stupides du temps qu’il fait… Sur les cancans… Sur le bla-bla-bla des critiques d’art peinture musique et merde contemporaine de toutes origines.
Seuls les discours politiques et patriotiques, seraient exonérés pour service utile au peuple. Les sermons aussi pour pieux mensonges rassurant et menaces infernales… Dans les groupuscules des rapports bancaires… Argent fraîchement lavé, de paradis fiscaux… La paix et la justice régnerait enfin. Je lance des idée au vent en sachant que cela ne sert à rien, heureusement.
Je passais mes examens de mémoire visuelles avec de bonnes notes. Je me retirais dans une villa au bord de la mer pour faire des essais d’effacement et de rappel d’objets léger de dimensions modestes…
Finalement, l’oubli total commence à chaque génération, les parents emportent les souvenirs avec eux dans la tombe, les enfants viennent au monde l’esprit vierge et nette, sans souvenirs, si ce n’est les leurs, tous neufs. Ils doivent apprendre l’histoire des générations précédentes, par cœur, inscrite sur du papier, s’ils en sont curieux.
Je n’effaçait que des objets affreux, des traces immobilières, affreuses termitières grouillantes du termite humain puant, aveugle, cruel et laid… Destructeur de la laideur , je trouvai de bonnes raisons presque morales, pour continuer mes expériences… N’étant pas le seul, je restais sur le qui-vive. Sans trop de soucis.
S’ils me voulaient du mal… Face de Rat et Diana , auraient pu me supprimer depuis longtemps. Je les amusait probablement. Je favorisais l’oubli, phase terminale, eux pas du tout .
Ils devaient conserver le souvenir exacte des objets disparu, s’ils voulaient faire revenir leurs effacements . Pour me situer à mes effacements. un détecteur de vibrations, d’épicentres… Comme pour les tremblements de terre , sans doute !
Si je n’effaçais que de petits objets comme des personnes où des camions je n’étais pas repérable… une villa provoquait des ondes de résonances… Comment faisaient-ils pour faire revenir des objets qu’ils n’avaient jamais vu ?
Ils avaient un truc… un lecteur de pensées en quelque sorte. Cela me dérangeai autant qu’une trépanation, qu’on puisse lire dans mon cerveau à livre ouvert… Violation de l’intimité…
Je ne pouvais pas lutter avec Face de Rat et Diana, ils étaient trop fort. Pour me rassurer je fis une liste des effacements dont je gardais encore un souvenir…
La majorité des effacements étaient des monuments et des immeubles vides… Les personnes effacées ?… Des gens horribles, bêtes et méchants… Tous comptes fait une liste honorable de justicier de bonne famille, sens de l’éthique et sens de la morale environnante… Pas de quoi fouetter un chat, en comparaison avec les crimes politiques ou religieux !
Je me classait, sans tricher, dans le groupe des « inoffensifs » Toutefois je ne pouvais pas contrôler d’autres effaceurs plus qualifiés que moi. Je ne pouvais même pas les repérer !
Pendant mon apprentissage de rappel d’objets effacés, je ne devais surtout pas effacer quoique ce soit de grande dimension qui laisserait un sillage dénonciateur indiquant ma position géographique.
Je ne peux pas expliquer le mécanisme de la relativité du grand Albert. Il s’agit simplement de relations entre l’action du temps de la vitesse de l’espace et des objets soumis à leur loi… Ce n’est pas plus compliqué que mettre de l’ordre dans la bibliothèque… Ceux qui lisent beaucoup me comprendrons…
Expliquer l’infini à un être fini est absurde comme la foi … Expliquer l’effacement ne peut pas s’expliquer sans tenir compte que l’explication modifie l’objet disparut. ( Théorie quantique)
Même pour un matheux ce n’est pas clair.
Disons pour rire, que l’on efface un immeuble, et qu’il revient sous la forme d’un camion… Il y a un risque de transformation de matière bouffonnerie scientifique… Mais finalement, en réponse à la genèse, il ne restera que de l’énergie, ordre de grandeur pour un centimètre cube de métal 20 billions de calories ! On en vois la démonstration par l’explosion d’une bombe atomique… Je me demandais quel aspect avait le garde meuble des effacements, un gigantesque hangar une brocante hétéroclite.
De retour de l’Afrique du sud où je vendais de la ferraille, je survolais le désert du Sahara, lorsque le pilote du jet privé de location me fis comprendre qu’au sol il y avait quelque chose d’anormal. Il fit un grand virage et l’on pu voir au sol des milliers d’immeubles plus affreux les uns des autres… Il ne s’agissait pas d’un dépôt mais d’un retour en masse de civilisations disparues, Grâce a un tremblement de terre… tous les accessoires des religions englouties des dites antiques civilisations réduites en poussière, qui renaissaient de leurs cendres…
Dans le désert immense, ces monuments de grandeur civilisatrice paraissaient des chiures de mouche sur un espace infini…Le paradis des archéologues… Extrêmement surréaliste… J’en avais le souffle coupé… Le pilote aussi. On devait continuer la route car la consommation d’essence ne nous permettait pas de nous attarder… Sitôt arrivé à Tunis, bien informé par la presse mondiale, je frétais un camion spécial tout confort et un véhicule de ravitaillement pour assurer une vie en toute sécurité dans le désert… Avec un petit autogire démontable on pouvait voir un vaste territoire d’en haut…
Les satellites avaient déjà repéré cette invasion du passé, lorsque je pris le départ, je n’étais pas seul sur le sable…
J’étais accompagné d’une très belle archéologue soudanaise noir comme du charbon. Mala parlait les dialectes des pays environnants, très utile en cas de rencontres surprises…
Notre caravane était composée , à part les deux camions, de deux cars pour y dormir tout confort, et de quatre spécialistes d’expéditions du désert, armés jusqu’aux dents, qui connaissaient tous les points d’eau et surtout les endroits à éviter… Ce désert était mal fréquenté…
J’avais les indications de position géographiques de l’étrange endroit données par le pilote. Confirmé par les images satellitte.
L’on partis de bon matin, dans la direction du Sud. Ces apparitions subites surgissant du sable, n’étaient certes pas l’ouvrage de Face de Rat ni de Diana, il y avait autre chose… plus étrange encore…
Le pilote avait parlé d’orage électromagnétiques anormaux dans cette partie du monde, perturbant compas et radio… Il était arrivé à Tunis grâce aux repères naturels , dunes géantes, montagnes et position du soleil ! A peine en route nous fûmes survolés par des avions de la presse internationale, un cirque d’enfer… A mis chemin nous avons reçu des informations inquiétantes… Des champs magnétiques intenses venant du sol et du ciel, dérangeaient tous les systèmes électronique de la presse et des avions… Les satellites donnaient de bonnes images, mais on ne pouvais les recevoir qu’à 600 kilomètres de notre but… Cela ne valait pas la peine de continuer a marcher en aveugle…
Nos véhicules modernes dépendaient de systèmes électroniques ; sans parler de nos appareils de prises de vues, mesures etc. Avant d’être immobilisé par d’inévitables pannes, nous fîmes demis tour… Je suis riche, mais cette expédition m’avais coûté plus d’un million de dollars… Quel gâchis.
L’un des chauffeurs proposa de louer un GMC de la dernière guerre qui était en parfait état et sans système électronique . Tous compte fait, cela ne valait pas le coup, il aurait fallu une armée pour transporter l’essence et les pièces de rechange… Bloqué, arrêté devant un grand mystère uniquement à cause de notre perfection technique, c’était paradoxale…
Les images des satellites n’étaient pas mal, les USA en avaient certainement des meilleures ! Mais elles étaient Top Secret ! L‘orage magnétique s’arrêta subitement par un nouveau tremblement de terre.. Le désert du Sahara s’effondra de prés de cents mètres. les ruines avec…
Une fissure traversa les rivages de l’Algérie, une rivière y fit son lit…. Le Sahara allait se remplir d’eau de la Méditerranée, quelques centaines d’années et le désert serait une mer intérieure… Les pays voisins commençaient a tirer des plans sur la commet et rêvaient de guerres navales et juteuses…
J’allais gagner de l’argent en leur fourguant des navires guerre en pièces détachées, une nouvelle hère commençait… Les desseins des Dieux sont insondables… Je pensais souvent à l’équation paradoxale de Bodjick, je la site car elle vaut son poids de cacahouètes relativiste!
« Deux photons se croisent chacun à la vitesse de la lumière ( 390.000 Km à la seconde) Au moment où ils s’éloignent l’un de l’autre, la distance entre eux augmente au carré de la vitesse maximum de la lumière…C’est à dire en une seconde de 780.000 Km… Hors cela est impossible car en quelques heures on atteint une distance grotesque entre les deux, dépassant toutes les vitesses imaginables… Depuis le point du croisement la distance entre les deux photons augmente à l’infini…. Hors la distance ne peut pas avoir d’existence dans un univers infini. C’est une donnée au pifomètre, une relation, sans valeur, on ne peut pas la mettre dans un sac, mais elle prouve que l’univers est infini. En considérant que les photons partent depuis le point de croisement ils vont toujours à la vitesse de la lumière, chacun pour soi, seulement cette sacrée distance entre eux, double à chaque seconde »
Après avoir tourné le problème dans tous les sens, on reste sur sa faim ! Il en est de même pour l’effacement réversible… Cela marche, comme l’électricité négative, mais l’on ne sait ni pourquoi ni comment ! Les théories mathématiques sont relatives. Au fond toute la matière est formée de courants électromagnétiques, de l’atome aux galaxies.
Le monde entier était en ébullition. On parlait d’une nouvelle genèse ? De fin du monde, divine ou diabolique ? De sabotage marxiste… De mondialisation génétique qui tique… Le pôle magnétique avait encore changé de place… Il était au centre du Sahara, à Regane , le cul au chaud ! Un régal de Pieds Nikelés… On réunissais des fonds pour les braves tribus qui, terrifiées, fuyaient leur bain de sable, contrée du rien.
Mon expédition avait foiré, mais je n’oubliais pas qu’en Afrique il y a le gros fric ! Le continent le plus riche de la planète…
La partie effondrée en cercle, mesurait environ 1400 kilomètres de diamètre…L’épicentre était à Regane… au centre du Sahara…Un bled englouti dans les sables en compagnie de tous les monuments et objets disparu puis reparu rapidement, puis à nouveau noyé dans les sables… Peu de chose pour ce continent. Pour moi, un sacré morceau !
Peut-être que je tenais à portée de la main, la clef des effacements et des retours possible, l’énergie maximum ! Je devais aller voir. Pour ne pas dépendre de mécaniques électroniques faillibles, je louais cent chameaux. L’orage magnétique s’était apaisé. Mais je ne voulais pas rester en plan entre deux dunes, entouré de machines électroniques super modernes et inutilisables !
Les spécialistes prévoyaient des nouveaux tremblements de terre. Une seconde caravane se joignis à la notre, composée de techniciens et de beaucoup d’appareils de mesures. On avait des ballons, Montgolfières à air chaud, des réserves de gaz et un petit autogire fonctionnant au gaz.
Mon espoir était la réapparitions des monuments engloutis. Je ne sais pourquoi, je sentais qu’il allait se produire une événement qui me donnerai la clef des réapparitions… Une certitude intérieure.
L’on m’avais prévenu que des bandes de pillards rodaient un peu partout, je devais engager des gardes bien armés…
Connaissant la réputation des gens de ces régions, je préférais me passer de cette petite armée, en cas de menaces, je pouvais effacer des bandits sans problèmes… sans espoir de retour !
Nos guides arabes ne retrouvaient plus leurs chemins habituels, le tremblement de terre avait bouleversé leurs repères traditionnels. Un beau matin le chef vint m’annoncer qu’il voulait revenir en arrière, il ne sentait pas cette expédition… Contre un argument pareil, il n’y a rien à dire. La débâcle sans dégâts… C’est positif, mais cela coûte cher.
Je n’insistais pas, cette fois c’était la dernière… Quand tout va contre soi, il ne faut pas insister. Une semaine pour le retour. Je surveillais les photos du satellite sur mon computer, avec l’espoir qu’il se passerai quelque chose. Nous étions en dehors de la zone des orages magnétiques, c’est à dire à mille kilomètres !
Une nuit la terre trembla… J’ouvris le site du satellite… La réapparition dans toute sa beauté. Les images étaient clairs et nettes, Un immense dépôt de monuments de la préhistoire à nos jours…
Cela ressemblait à un dépôt de réquisits dans un studio de cinéma… Je compris que Diana et Face de Rat étaient à l’oeuvre… Une démonstration de force ou une farce ?
Je me méfiais des autres et de moi-même. Chez les humains, l’esprit, la matière, les fantasmes , les vérités relatives sont comme le temps et l’infini, pas trace de relation, pas plus qu’entre la cocotte minute et le soleil…
Les pensées doctorales et philosophiques décorent l’esprit, Suppositions brillantes , rien d’autre. Les peuples adorent les illusions et les illusionnistes. Le désert était bien là…
Pour la géologie du Sahara… Lire le texte sur Internet La géologie du Sahara par le bien nommé François Soleilhavoup Il a reconstitué le passé la mémoire du Sahara. On comprendra mieux les modifications aux cours des siècles de ce satané désert ! Son aspect actuel éternel est provisoire, tout peut arriver, dans cet endroit de la planète, même une mer salée et des volcans fumants…
Pour l’instant les effaceurs étaient là !.. Le pôle Nord vagabond, ne bougeait plus, Regane était devenu le centre magnétique du monde…
Le Chef de la caravane vint à l’aube vers moi et m’annonça tranquillement que l’on pouvait repartir , il sentais le bon vent et la chance… On repartis sur le champs… Droit sur le pôle de Regane…
Les camions fonctionnaient bien, sans problèmes électroniques… Ils transportaient plus d’essence qu’autre choses… Je m’installais devant la colonne, à côté d’un chauffeur noir comme du charbon… Je me frottais les mains , attendant notre arrivée devant les monuments historiques sortis de l’oubli… Garnis probablement avec quelques horreurs, effacées aux cours de mes pérégrinations…L’image satellite restait stable, je restais le nez dessus.
Pour me calmer, je lisais des textes de «Philosophie pataphysiques » sur Internet… On pouvait constater que les humains sont vraiment les inventeurs de la connerie universelle… Le lent voyage me forçai a réviser mes concepts et mes rêveries de puissance.
Ma médiocre personne avait besoin d’une bouée de sauvetage. L’absurdité de la vie limitée par la vieillesse débilitante et la mort me calmait… Ce schéma prouve que la vie est une mauvaise plaisanterie, la plaisanterie de l’instant, dont on ne se délivre que grâce à l’humour et la mort.
En arrivant au bord du gigantesque effondrement, une falaise de cent à trois cents mètre de profondeur nous arrêta. Le paysage n’avait pas changé cette partie du désert était descendue comme un monte charge … L’ensemble n’avait rien qui ressemblait à la grandeur formidable du canion du Colorado… Dans le lointain on apercevait des objets ou monuments étranges ressemblant aux photos satellite… Le plus grand musée historique du monde était sous nos yeux…
Très haut dans le ciel des traînées de vapeur blanche, d’un avion à réaction démontrait que les courants électromagnétiques avaient cessés. Nous avons attendu le reste de la caravane pendant deux jours puis nous sommes descendu prudemment dans les sables dense comme du gravier noir.
Je redoutais et mourrais d’envie de rencontrer ma première découverte…
Ce fut un sphinx… Intacte… de même dimension que le célèbre gueule cassée d’Egypte, abîmé par des Pharaons jaloux ou des tempêtes cruelles… Ruisselant encore des sables souterrains surgissant du royaume d’Adès… Intacte et brillant… Grandiose et secret comme une légende. Que faisait-il à des milliers de kilomètres de l’Egypte ?. Probablement qu’il datait d’avant celui de l’Egypte.
Je savais qu’il y aurait plus de questions que de réponses dans cette expédition . Nous étions en bordure de l’affaissement à environ 1400 Km de Regane… On disait qu’il n’y avait plus de radioactivité ( essais de bombes atomique) dans cette région. Depuis 40 ans ! Mais je n’avais pas envie d’y aller !
Lorsque la caravane fut rassemblée, nous avons installé un camp de base régulièrement ravitaillé par avion. Ainsi l’on pouvait continuer l’exploration sans soucis de survie…
Je regardais ces monuments créé par des états totalitaires avec méfiance, Les longues périodes de terreurs de tyrannies exposées là dans ce désert engloutis surgissant à nouveau de l’oubli, je me demandais subitement si cela valait le coup de les conserver comme des témoins de l’histoire du passé… Des faux témoins plutôt ! Si l’on veux être objectif on doit reconnaître que tous ces temples ces œuvre d’art ces gravures dans la pierre, sont carrément moches, lourds et écrasants… La glorification de l’épouvante et de la terreur totalitaire. Les tours des églises ne sont que des réclames pour des religions laveuses de cerveaux, écrasantes et dominatrices…
Je me promenais dans ce dédale de monuments cruels lourds et laid en me demandant sincèrement si je n’allai pas renvoyer ces horreurs dans l’oubli…
Mon instinct d’effaceur se réveillait. Je me tenais à carreau , je savais que Diana et Face de rat m’observait… Ils étaient certainement quelque part sur le terrain. En train de contrôler leur ouvrage. Il ne faisait aucun doute que leurs effacements étaient dissimulés sous les sables du Sahara…Le séisme les avait surpris, ainsi que le monde entier…
L’endroit devint rapidement un enfer… Le rendez-vous de la presse et des savants ! Pas encore de touristes, les pays avoisinants du Sahara , Algérie, Maroc… ne les laissaient pas entrer sans certains aménagements ; logement, ravitaillements et surtout l’eau !
Cela bourdonnait partout dans l‘air et sur terre… Entre deux temples indéfinissables, bâtis en 100 ans par dix mille esclaves, je découvris un Disney-Land bâti en un an et beaucoup de plastique… triste, sans personne… Il ne manquait qu’un Macdo…
Je ne résistait pas, j’effaçais la triste foire de Mickey… Avant qu’un idiot ne rétablisse l’électricité à l’aide des électrogènes de la presse… Je réalisais que ce musée miraculeux deviendrait rapidement un spectacle Walter Disney, avec les Macdo et des poupées en matière plastique, sans compter le stand de saucisses aux curry délicatessen « Deutchland Uber Ales »… garantis pur arien . Avec la « Musac » hurlant du Tchaicovski-Kachadourian… le célèbre compositeur anglais.... la totale… La foire du trône en ferait une jaunisse…
Mon rêve s’envolait à tire d’aile sous un soleil de plomb. Je sentais des désirs Mousollinien Staliniste et Hitlerien envahir mon âme
d’amateur d’art, destructeur d’horribles civilisations …
L’avenir me semblai virer du rose culture au noir néfaste… Lorsque j’entendis derrière moi un rire très particulier, celui de Diana… Suivi du ricanement cultivé d’un rat de bibliothèque… Je me sentis soulagé… Je n’étais plus seul… Deux êtres mythiques… me souriaient gentiment… ma seule famille.
= Vous êtes déçus, mais la nature fait bien les choses, la mer va noyer tout ce fatras ; regardez l’image satellite… dit-elle en me tendant son Laptop… On voyait clairement la cassure qui s’était élargie, dans laquelle coulait une rivière venant de la mer Méditerranée,à travers l’Algérie allant directement en direction du sud… Diana murmura doucement :
=Vous voyez il n’est pas utile de rappeler les objets effacé, l’oubli a des qualités plus grandes que les cultes imbéciles du passé… Bientôt des enfants ramasserons des coquillages. Ici à vos pieds… il y aura une forêt tropicale riche et pleine de vie… Elle sera plus belle que les monuments écrasant et boursouflés de la vantardise et de la brutalité des dites civilisations antiques… Religieuses et menteuses …
Dans le temps, les peuples nomades grands destructeurs de civilisations savaient instinctivement que ces monuments n’avaient aucunes autres valeurs que celles d’épater le bourgeois. Ils remettaient les compteurs à zéro…
L’histoire extrêmement courte des civilisations, même pas dix mille ans, démontre qu’il n’y à rien de valable qui mérite du respect dans les musées de la guerre et palais ridicules…
On continue a construire des horreurs vaticanes dans des goûts arabes (sans jeu de mots) pour attirer des gens pires qu’eux… Capables de dépenser des fortunes pour dormir avec vue sur la mer… Les rêveries épouvantables des canailles sont toujours hors de prix…
La nature arrange les choses selon des règles éternelles et efficaces ! Diana me regardai souriante, lisant mes pensées. Nous étions d’accord…
Face de Rat pissait tranquillement sur une patte du Sphinx… La nuit allait tomber sur le théâtre historique et ses réquisits…
Je me résignais à ne pas apprendre à récupérer mes effacements, qu’ils restent où ils sont, dans l’oubli, en effet cela ne valait pas le coup…
L’oubli est le moyen de jouir du présent, en espérant qu’aujourd’hui sera mieux que hier… et demain meilleur qu’aujourd’hui… Ainsi soit-il…

FIN………………………………………………………………………..


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