Lorsque lon se sent mal dans sa peau, on va voir un médecin. Lui seul sait si lon est vraiment malade ou souffrant dun bobo passager. Mon cas était particulier, je navais jamais été malade. Mon état de faiblesse était anormal, car je jouissais dune endurance et dune force hors du commun.
Le médecin, le Dr. X. était sympathique. Il sourit dun air entendu, me pria de masseoir et dit subitement :
« Que pensez-vous de la robotique »
Je lui répondis que je nen savais pas grand chose, je travaillais dans la banque, mon domaine était le placement des capitaux de clients riches qui navaient pas envie de perdre leur argent . Il minterrompit dun geste, en me regardant dans les yeux avec attention, il lâcha :
« Monsieur, vous êtes un robot » Curieusement, je ne fus pas surpris... Je répondis du tac au tac :
« Nous sommes tous des robots »
« Dans un certain sens cest vrai »
dit pensivement le docteur qui cessa de sourire. Je me demandai si ce doc. nétait pas un farceur... Il avait son cabinet dans le quartier des banques, et une réputation saisissante, daprès mes collègues... Rien de farfelu... Il ajouta aussitôt :
« Il existe plusieurs catégories de robots ; les biologiques et les électroniques-mécaniques. Puis des sous-catégories électromagnétiques. Cela sarrête à la chimie des virus » Il sourit bienveillant :
« Avez-vous des souvenirs de jeunesse »
« Comme tout le monde » répondis-je, rassuré...
« Vos parents... frères et surs... Vos études, où et quand? »
Un interrogatoire en règle ! Mes parents étaient encore vivants , chercheurs dans un laboratoire de cybernétiques aux USA... Là je marrêtais
songeur, la cybernétique est la science des robots... Non ? Jattaquai :
« Daprès-vous, suis-je un robot biologique où un électronique » Le doc. se leva et mit en marche un écran sur le mur...
« Voici votre schéma » dit-il dun air triomphant!
Limage simplifiée dun être humain rempli de fils de couleurs et de boîtiers minuscules répartis dans tout le corps apparut ; comme les relais dune explication électronique, pour étudiants avancés. Dans lensemble, cétait assez joli. Le bon Doc. continuait, un rayon laser à la main.
« Dans lenvironnement proche de chaque croisement nerveux, il y a un relais composé de cellules transistors (10 milliards par millimètre carré) qui dirige le système biologique, sans défaillance aucune, pour optimiser votre vie biologique, si bien et aussi longtemps que vous le désirez... Le réseau se nomme : Plexus zéro. Vous avez 137 jonctions électroniques. C'est pour cela, que vous nêtes jamais malade »
Je restais coi, assommé par ces révélations. Imperturbable, le Doc. continue :
« Je vais faire un électroencéphalogramme » Votre fatigue vient sans doute dune baisse de tension électrique. Votre peau est trop sèche. » Atterré, je réalisais que jétais un robot bricolé par mon père et ma mère, il y a des années en Amérique...
Je devais être un poupon, lorsque Papa et Maman, chercheurs enragés de connaissances tous azimuts, navaient pas hésité à mutiliser comme un cobaye...
Je sentais monter en moi un sentiment de dégoût et de haine, sans raison profonde, purement émotionnel...
« Vos parents sont des passionnés de biologie, ils ont cherché en vous, lamélioration des fonctions de lévolution, de la philosophie, de la religion, et de la politique. En deux mots : perfectionnement, protection »
Je repris mes esprits :
« Vous voulez dire le citoyen parfait. Cest de leugénisme »
Le bon Doc, sursauta :
« Pas du tout. Cest thérapeutique... Mieux vaut prévenir que guérir.
La nature nest pas morale, elle est un mouvement aveugle qui va de lavant et ne soccupe pas des laissés pour compte, des ratés et de la disparition des espèces. Elle na pas de sentiments. Seulement des forces magnétiques orientables à souhait. Biologiquement elle ne porte pas le deuil de la mort de 200 millions de spermatozoïdes pour un coup tiré...
Un volcan na pas détats dâme. Un orage, une inondation ne regardent pas les effets produits. Les catastrophes naturelles ne doivent pas être considérées comme des fatalités obligatoires.
Nous devons lutter contre les effets néfastes de la nature pour continuer à exister.
Si nous pouvons intervenir, dans notre intérêt direct, nous devons le faire. Il y a des préjugés contre leugénisme à cause des abus nazis.
Mais lhumanité na pas intérêt à collectionner les fous, idiots, et monstres de toutes sortes. En prétendant que cest la volonté de Dieu et la fatalité.
Des parents attentionnés doivent prendre toutes les mesures pour que leur descendance puisse sépanouir dans les meilleures conditions. Par exemple, la vaccination est une précaution ! Elle nest pas un crime contre lhumanité »
Jécoutais ce beau discours sans répondre. Le Doc. avait raison sur tous les points. Ardent défenseur de lintervention parentale pour le développement positif du rejeton aimé... Rien à dire contre ça !
On mavait donné les meilleures chances. Le doc. regardait avec intérêt les résultats de mon électroencéphalogramme : « Javais raison, vous avez 137 stimulateurs. Daprès Pauli, le chiffre entier pur constante de structure fine, valable dans tout lunivers. Votre fatigue vient dune exposition à des rayonnements solaires trop intenses. Protégez votre peau et arrêtez les bains de soleil. Simplement un bobo sans importance » Le Doc cherchait quelque chose sur Internet... Il sexclama :
« Voilà, vous êtes le N° 137 USA.NY. vos parents vous surveillent depuis des années... En lisant votre état de santé transmis par votre computer, (car vous émettez des informations codées sur votre santé...) Je vous signale que vous nêtes pas le seul robot dans votre banque, il y en a une bonne dizaine. Je ne peux divulguer leur identité, car je suis soumis au secret professionnel »
Explication inutile sur 137:
(numériquement, la probabilité d'émission est gouvernée par la constante de structure fine (a = e2/2[epsiv ]0hc ~ 1/137, où e est la charge de l'électron, h la constante de Planck, c la vitesse de la lumière et [epsiv ]0 la permitivité du vide), si bien que ces processus contribuent à l'observable avec un coefficient égal à a2tandis que la première étape du calcul a un coefficient égal à a.)Voilà qui est clair ! Comme une soupe aux légumes. Un jeu de mathématiciens aussi confus que la « masse infinie » de Einstein... Nimporte quoi !
Coup sur coup... javais limpression davoir été grugé... Le ton joyeux et optimiste du Doc, me tapait sur le système...
Il ressemblait à ces prédicateurs du dimanche, toujours prêt et content de semer le doute et la bonne parole sur le peuple crédule et avachi.
Il ne manquait que la phrase inévitable : Réveillez-vous ! Dieu vous aime...
Et un cantique de scout pour repartir gonflé à bloc vers une semaine de B.A. ( Bonne action) heureuse et positive. Amen...
Résistant à lenvie de lui tordre le cou, je me levai brusquement, et pris la fuite, sans dire un mot...
Au bureau, jouvris Internet, et jenvoyais un mail à mes parents. Je leur reprochais leurs sournoises expériences, et leurs cachotteries. Ils avaient truqué ma personne. Je ne devais ma brillante réussite quà des systèmes électroniques, pervers et automatiques... Des protections artificielles, dont je me serais bien passé. On aurait pu minjecter la constitution fédérale, pendant quils y étaient ! Ma fatigue avait disparu...
Je reçus un mail de mon père : « Tu ne ten souviens pas, mais je tai tout expliqué lorsque tu avais 15 ans... mais à cette heureuse époque, tu ne pensais quaux filles, ce qui est bien légitime ! Les implants électroniques ont été installés parce que tu étais toujours malade... Ils nont pas plus dinfluences sur ta personnalité quune aspirine... Tu ne dois ta brillante carrière quà ton talent naturel et aux gènes hérités de tes parents qui taiment, mon cher fiston »
Ils allaient venir en Europe pour des vacances culturelles. Calmé, je men réjouis. Je navais heureusement pas parlé à ma femme de mes soucis électroniques. Elle maurait couvert de quolibets...
Je commençai immédiatement à chercher, à repérer, les « robots » travaillant autour de moi... Je cherchais au niveau le plus haut. Ceux dont le chiffre de bénéfices dépassait les dix millions par an... Je navais pas de clef, ni assez dinfos pour déceler quoique ce soit. Tout ce monde paraissait normal, des spécialistes, sans talent particulier. Point commun : la réussite.
Je me demandais si le bon doc. ne mavait pas raconté des histoires, avec ses robots partout!
Jattendais larrivée de mon père avec impatience. Il allait me donner des tuyaux.
Ayant retrouvé mon énergie, sans y comprendre grand chose ; je pris la décision de monter mon entreprise. Un office de conseils financier, pour gros investisseurs. Du genre, caisses de pension... Et capitaux occultes ultra-mobiles... Pour ne pas dire, fuyant dans la direction opposée aux contrôles fiscaux... Top secret et silence obligatoire.
Lorsque mon père fit son apparition. Il vint admirer mon office de filou, annonciateur de bénéfices juteux. Il sexcusa pour tout et fut enchanté par ma bonne mine.
Mais il fini par avouer que larmée avait utilisé son système dimplants électroniques pour doper les soldats angoissés sur le théâtre des opérations. En activant le sens civique et la mentalité du héros sans peur, venant en aide aux victimes de leurs propre crétinerie.
On assainissait, sans tambour ni trompettes, les civilisations... ron et ron petit patapon... Je protestai, à mon avis, il y avait certainement une manipulation.
Mon père me rassura, le dressage des jeunes recrues, par des gaudrioles, hurlements et insultes militaires, était plus maléfique que des petits coups de pouce électroniques par-ci par-là...
Lère de la guerre douce avait commencé. Les verts et la gauche sentimentale, qui fonctionnaient aux bonnes paroles, naurait rien à redire !
Enfin, une guerre fonctionnant aux anti-dépresseurs... Bombes au Valium... Balles au Librium... et des sauces au haschich pour endormir le sens moral. Comme disait papa, il y en aura pour tout le monde et plus !
Je renâclais encore, mais je commençais à espérer un monde meilleur, nouveau, respectant les vieilles traditions :
La politique tranquille, la santé contrôlée, la guerre molle, la religion modeste, les revenus garantis, les gens endormis, les enfants électroniques pétant de santé.
La disparition de la médecine, qui va se dissoudre dans lélectronique. Pour soigner aussi la nature, des pilules contre les tremblements de terre, les inondations et les volcans... Liberté, Egalité, Fraternité... Sur la terre et aux cieux... Je navais rien de mieux à proposer, la pilule était amère. Je lavalais virtuellement avec une grimace. Mauvaise affaire. javais échangé mon vélo écologique contre un 4x4 puant... On ne lutte pas contre le progrès. Je gardais en réserve une résistance contre la robotique protectrice. Je devenais attentif à mes pensées, venaient-elles de moi ou bien dailleurs ? Javais 137 Big Brothers protecteurs dans le corps, il fallait faire avec...
Mes parents étaient invités dans une suite de congrès électromagnétiques dans toute lEurope, je les aimais bien, mais bon débarras. Ils étaient contents deux, en me voyant dans une si belle forme. Ils travaillaient sur une puce du savoir, évitant les longues et coûteuses années décole...
Je voyais la scène ; une armée de petits robots sachant tous les mêmes textes par cur, comme les pauvres enfants des écoles coraniques...
Ou le « nos ancêtres les Gaulois, avaient les yeux bleus, et les cheveux blonds » des écoles chrétiennes en Afrique. Résigné je continuais à placer largent des riches caisses de retraites dans des affaires fructueuses.
Du cent pour cent en dix ans ! Je devenais une star dans ces affaires, ce qui faussait le marché. A cause des suiveurs, qui augmentaient la mise pour des valeurs moyennes, dans des proportions imbéciles. Dans lensemble, si je perdais un million, cela ne jouait aucun rôle, mais les petits suiveurs ruinés devaient sauter par la fenêtre...
Je faisais les affaires sans risque avec mon propre argent, jachetais systématiquement des immeubles en ruines, placés justement là où lon allait assainir un quartier, je cédais lobstacle le double de sa valeur aux promoteurs qui en étaient ravis ! Le truc était de ne jamais se trouver sur le chemin de lEtat, car ces gens ont le droit dexpropriation.
Un jour ma femme lut dans une revue féminine, un article flatteur sur mes parent...
Le journaliste bien informé, sous-entendait que la réussite de leur fiston ( Moi !) était due probablement aux implants électroniques pleins davenir, dont jétais bourré...
Ma modestie naturelle faisait que je continuais à penser que je devais ma robuste santé et ma réussite matérielle aux implants de mes parents... Je consultai un chirurgien américain spécialiste de microchirurgie. il fit une radio et découvrit que je navais quune dizaine dimplants, il supposait que les autre sétaient dissous depuis belle lurette dans lacidité de mon sang.
Il mis en doute lefficacité de ces trucs électroniques, quil traita de fumisterie... Il me conseilla de prendre patience, le reste allait disparaître prochainement dans les pissoirs sans laisser dadresse...
Je ne dis rien à personne de ma rassurante consultation. Je suppose que ceux qui se font implanter des placebos doivent en être satisfaits...
Beaucoup de guérisons miraculeuses viennent de lautosugestion. Tant mieux si cela marche. Ce qui compte, cest de se sentir bien dans sa peau.
Personne navait pensé à un contrôle radiographique. Cela allait probablement arriver, mes parents allaient en prendre pour leur grade. Pour mettre fin à cette mascarade scientifique, un article sur une radioactivité possible, suffirait à faire sécrouler le château de cartes.
Il existe des choses plus délirantes... à la limite de lescroquerie, qui coûtent des milliards aux peuples crédules ; cest la conquête de lespace. Cest vraiment jeter largent par la fenêtre.
Lespace proche est déjà une poubelle, un milliard de déchets métalliques se baladent dans lespace pour des centaines dannées. Aucun moyen de sen débarrasser !
Partout où lêtre humain passe, il laisse derrière lui une montagne de déchets. Après moi le déluge. Je me sentais mieux que jamais, je sortais dun cauchemar. Par bonheur lavion où se trouvaient mes parents, (qui allaient recevoir un prix de génie génétique) explosa en plein vol... Je versai quelques larmes de crocodile, en pensant, que peut-être, il existait quelque chose comme une providence. Mais comme dit Murphy, quand tout va bien, cest que vous avez oublié quelque chose... (Cherchez bien !)
FIN