Glose du roman japonais
de Guy Dessauges




Connaissez-vous la délicatesse du roman japonais ? J’ai reçu un roman japonais entièrement basé sur la beauté d’une coupe en porcelaine servant à boire du thé ! Cela ressemblait au style du nouveau roman...
Une manière d’écrire des choses ennuyeuses à crever, grammaticalement impeccable, sans une faute de frappe...
De quoi entrer à l’académie française sans les visites d’usages, comme ça, d’un coup ! Je me suis dit que ce style me convenait parfaitement, car je n’ai ni fantaisie ni imagination... Je vais me régaler de mots creux et de phrases poétiques sucrées comme un lokoum !
« « Ce matin embrumé, baigné des prémices d’un été lumineux et parfumé ; je suis assis vêtu d’un voile de soie rose devant la table de bois polis, placé devant la fenêtre donnant sur le jardin Zen, fait de graviers blanc mêlé de gris, entourant de ses volutes deux rochers symbolisant la paix de l’âme au lever du soleil brillant...
Ce jardin dessiné par Confucius le poète de la brume légère dorée sur la rosée du printemps écarlate de bonheur étatique et guerrier...
Tan Fai Pas, le jardinier l’a ratissé dans la fraîcheur de l’aube rose et bleue... Avant d’aller au bureau je rêvais, me demandant comment les araignées savaient compter avant de naître.
Quand je vis, à contre jour dans la lumière dorée, un moustique en train de se ronger les ongles !...
Étonné, je me retournai vers ma mère agenouillée, qui cirait mes bottes en pleurant d'attendrissement: — Mère, dis-je la voix tremblante d’émotion ; savais-tu Mère, que les moustiques se rongent les ongles ? Répond, je t’y autorise... Ma mère répondit à genoux touchant de son front le sol luisant... (humble servante d’une paire de couilles montées sur deux courtes pattes... moi !)
— Mon honoré fils, pour lequel j’ai le privilège de soigner son ménage, les moustiques ne peuvent pas se ronger les ongles, ils n’ont pas de dents, ils piquent !... Cette sotte réponse troublait à peine mon âme sereine comme la brise du matin sur la surface du lac enchanteur et profond... Je sus que le moment était venu de prendre femme. Je me levais lentement dans la lumière irisée couleur du chant du rossignol à la nuit tombante... Je pris le sabre de la paix et de l’honneur, accroché au mur, forgé par le Gengis Kan de la troisième porte au fond du couloir à gauche et sortant à droite...
Je levais le sabre exactement au-dessus de la tête de ma mère, au-dessus de sa nuque en croissant de lune coupé par le nuage gris perle d’un jet en partance pour les voyages classe Business...
Et d’un seul coup je remerciais ma mère de ses bons et loyaux services... Sa tête les yeux battants de reconnaissance, roula dans la piscine. Le ruisseau de sang s’écoulât en glougloutant sur le parquet ciré formant un lac légèrement attristé, dans lequel se reflétait le soleil levant... Dont les rayons réchauffaient déjà mon front...
Maintenant, calmé, je savais que j’avais raison, comme le Samouraï éternel, les prêtres Incas, et Gengis Kan...
La maison était trop petite pour y vivre dans l’harmonie étincelante des reflets de la rivière nacrée, sur les larmes perlées de la jeune mariée attendant son élu dans l’ombre propice de la chambre nuptiale...
Je reconnais volontiers que les moustiques ne se rongent pas les ongles, ce n’était qu’un subterfuge !...
Si vous aimez les romans japonais, c’est votre affaire ; moi je leur préfère les Contes Drolatiques de Balzac...

FIN



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