Ça sent bon, hein !
de Guy Dessauges

Je suis né dans une famille fortunée. Malgré cela, j'ai fait des études poussées en chimie et en microbiologie. Je suis devenu chercheur dans l'une des plus grandes fabriques de produits chimiques de mon pays. Pour avoir la paix, personne ne se doute que je possède la majorités des actions
Ainsi je mène une vie tranquille dans mon laboratoire parfaitement équipé. Lorsque des intrigues commencent à menacer ma tranquillité je n'ai qu'un coup de téléphone à donner pour faire fiche à la porte le ou les traîtres! Cela arrive hélas trop souvent.
Je suis très bien dans ma peau, je fais ce que je veux. Je sais que je suis un privilégié, mais cela ne m'empêche pas de faire quelques découvertes utiles. Surtout sur les parfums alimentaires et les cosmétiques. Je jouis de la considération des plus grands spécialistes.
La guerre de 39-45 m'a terriblement frappé. J'ai été pris d'une véritable haine contre l'humanité en voyant jusqu'où les peuples dits civilisés peuvent aller au nom de leurs religions ou de grands principes politiques. Depuis, je me suis calmé.
Je voyage beaucoup; j'ai des condisciples dans le monde entier, je fais souvent des visites aux nombreux laboratoires que ma firme possède un peu partout.
Un jour, je reçus une lettre pathétique: un de mes anciens camarades d'étude venait d'être mis à la porte de l'un de mes laboratoires aux USA . Je fis immédiatement les démarches pour le faire réintégrer; car je le connaissais pour être un type rêveur, incapable de résister à une cabale. Il était un brillant étudiant, je pensais qu'il ferait un jour une découverte fracassante...
De toute façon, notre politique est de laisser la plus grande liberté à nos chercheurs. Peu importe qu'ils découvrent quelque chose ou pas! La clef des grandes réussites est pour un chercheur la sécurité et la liberté. C'est ainsi que notre firme est devenue la première du monde.
Au moment ou ma secrétaire sortait avec mes instructions, nommant mon ancien condisciple à un poste suffisamment élevé pour qu'il soit à l'abri des intrigues, je remarquai au bas de la lettre, écrite à la main, plutôt griffonnée, cette phrase: "Je suis sur un projet étrange, les phéromones, je serais heureux de t'expliquer cela si tu viens un jour par ici."
Etant d'un naturel éveillé, je sentis dans mon dos le frisson avertisseur qui signalait que j'étais sur une piste extraordinaire.
Je fis réserver une place sur le Concorde et donnai rendez-vous à Paul à New York. Il savait que j'avais de l'influence. Mais pas que j'étais le propriétaire de la firme!
Le lendemain je débarquai... Paul était là. Il ne cachait pas sa joie de me revoir, et d'avoir réagi rapidement. Avant toute chose, je lui proposai de faire un petit voyage ensemble. Nous irions dans l'un de mes laboratoires secrets caché dans les Montagnes Rocheuses.
Un labo réservé aux recherches sur les insecticides écologiques utilisant les parfums sexuels des insectes, ces fameuses phéromones! Paul me raconta comment il avait dû lutter contre le mobbing d'une bande de chiens enragés qui voulaient l'évincer de son labo pour des raisons obscures.
Nous prîmes l'un des avions de la firme. A peine en vol, je commençai, (par téléphone), à faire un nettoyage complet, de la fabrique qui avait si mal traité mon ami. Tout fut réglé en quelques minutes.
(Aux USA on peut flanquer les gens à la porte sans aucun problème. On appelle cela "restructuration" Pour éviter de perdre trop de monde dans cette action chirurgicale, on offre aux victimes un plan social qui consiste à leur offrir la même place à un tarif bien inférieur au précédent... On recommence à zéro avec les mêmes; ceux-ci, en état de choc, acceptent toutes les propositions comme du pain bénit!) Tout fut réglé en dix minutes.
En regardant la tête de mon ami qui venait de comprendre qu'il ne risquait plus rien pour son job; je savais que j'avais fait une bonne action et une bonne affaire! Dans mon milieu, cela va sans dire. Avant de passer aux choses sérieuses nous avons fait un délicieux repas d'affaire à dix mille mètres d'altitude. En allumant nos cigares et en dégustant un bon café, je le priais de me raconter cette histoire de phéromones... Paul l’air sérieux commença son histoire:
- J'ai découvert par hasard... un effet imprévu sur l'action d'une phéromone de synthèse destinée aux parasites du coton.
Affalé dans un fauteuil, j'ouvrais mes oreilles toutes grandes... Paul continua:
- Désirant contrôler sur le terrain l'action de cette phéromone particulière sur une plantation de coton, je partis pour la Louisiane en compagnie de deux stagiaires et de deux laborantines. Dans le coffre de la grosse voiture, nous avions, avec nos affaires, une malle en aluminium contenant nos produits chimiques, diverses phéromones de synthèse, et l'équipement d'un labo portable...
Nous étions heureux de faire une sortie dans la nature, nous avions l'impression d'aller en vacances.
J'ai une femme ravissante et deux enfants; mes deux étudiants ont des amies superbes; les laborantines sont des braves filles, assez moches, genre Américaines prudes et timides, tu vois le genre!... Ces détails ont leur importance, tu vas voir.
Nous roulions les fenêtres ouvertes, l'air chaud s'engouffrait dans la voiture... Un orage nous obligea à fermer les vitres, nous avons dû nous arrêter au bord de la route. L'eau ruisselait autour de nous, un vrai déluge... Finalement nous sommes repartis, lentement sous la pluie. Une des laborantines dit tout à coup:
- Ca sent bon, hein!... En effet, ça sentait vraiment très bon, dans la moiteur de la voiture! On se demandait lequel d'entre nous utilisait un after-shave ou un parfum si suave. On ouvrit les fenêtres pour évacuer la vapeur et nous avons continué notre route, oubliant cet incident.
Le soir nous nous sommes arrêtés à un hôtel. Nous avons pris des chambres. Les assistants étaient dans une chambre, les laborantines dans une autre. La caisse d'alu contenant le labo et les produits chimiques était dans la chambre des laborantines. Elles ont invité les stagiaires à boire un verre. J'étais trop fatigué et suis allé me coucher.
Je dormis très bien en faisant des rêves intensément érotiques, ce qui ne m'était pas arrivé depuis des années. Au petit déjeuner, je restai longtemps seul dans la salle à manger. Je me demandais si je devais aller réveiller mes collaborateurs ou les laisser dormir. Nous avions le temps, rien ne pressait!
Finalement au bout d'une heure, je décidai de sortir mon petit monde du lit. J'entrai dans la chambre des garçons ... Elle était vide, peut-être avaient-ils été faire du jogging. Je frappai à la porte des laborantines; n'ayant pas de réponse, j'ouvris timidement la porte...
Là, je faillis tomber à la renverse... Dans un incroyable désordre , comme une mêlée de rugby, mes étudiants et les laborantines dormaient à poings fermés dans les bras les uns des autres!... Mélangé à celui des corps, un étrange parfum flottait dans l'air confiné. Etrangement, je n'étais pas choqué, je sentais qu'avec ce parfum on pouvait avoir envie de tirer un coup comme on dit à l'école enfantine!... C'était un parfum très érotique...
Au moment où j'atteignais la fenêtre pour aérer, l'une des laborantines ouvrit les yeux, m'agrippant par la jambe, elle m'attira contre elle...
Pris d'une subite langueur, je me laissais aller. En deux secondes nous étions en train de nous envoyer en l'air, sans gêne, devant les autres qui s'éveillaient, et qui ont commencé à baiser comme des fous!... Nous étions comme envoûtés, subitement il me vint à l'esprit que le parfum des phéromones pouvait être la cause de cette folie érotique... Je m'écriai:
- Attention, c'est la caisse des phéromones qui est mal fermée...
Le mot Phéromone ramena tout le monde à la réalité... notre esprit scientifique n'était pas complètement obnubilé par la fornication!...
Nous nous sommes précipités, les uns vers la caisse, les autres vers la fenêtre, l'air frais envahissait la chambre, nous réveillant complètement. Nous étions gênés, mais ravis, car nous comprîmes immédiatement que nous avions fait une grande découverte! Mais nous étions encore dans le doute, après une courte conférence nous avons décidé de faire l'expérience au plus vite sur d'autres personnes. Ensuite, si c'était positif, retour immédiat au labo. pour découvrir le vecteur chimique responsable de l'effet "éros" sur l'être humain.
Tant pis pour la mouche du coton!...Qu'elle aille se faire pendre! Nous sommes descendus dans la salle du motel où il y avait déjà beaucoup de monde.
Il y avait de tout, des jeunes des vieux des enfants un échantillonnage de toutes les classes de la société américaine. Une chance, pour notre expérience!
Je plaçai un coton imbibé de la phéromone en question dans l'entrebâillement d'une fenêtre. Et nous sommes sortis nous placer devant une autre fenêtre pour surveiller les effets du produit!
Nous étions tendus, j'avais sortis ma caméra super DD pour enregistrer les réactions des gens... Nous n'avons pas attendu longtemps! En quelques minutes, toute la salle fut prise de folie!
A la table devant nous deux vieux étaient en train de trousser deux jeunes filles, qui se laissaient faire en riant, pas le moindre sentiment de gêne ni de dégoût n'était visible...
Comme une tempête, la phéromone faisait son effet... Une dame digne et guindée se laissait faire des trucs étranges par un chauffeur de camion... Dans une explosion de pop-, de café, de glaces à la fraise... On pouvait constater que l'effet principal était un arrêt des affinités sexuelles, les couples étaient presque tous mal assortis... Prend qui tu peux!...
Il ne restait de place que pour l'instinct, le pur instinct, comme les amas de papillons au temps de la reproduction...
L'acte de la reproduction générale finit par se calmer, sans doute par évaporation de la phéromone. Les gens commençaient à s'endormir, probablement par épuisement.
Toute l'expérience dura 27 minutes 45 secondes... Nous avons immédiatement pris la fuite, en direction du labo. J'avais toutes mes notes sur cette composition dans le tiroir de mon bureau, j'avais hâte de comprendre le phénomène.
Le voyage nous parut long, nous étions silencieux au début, pas seulement parce que nous avions forniqué en toute quiétude mais par l'énormité des conséquences possibles... Petit à petit nous prenions conscience de l'importance de la découverte la plus importante du siècle.
Le moyen d'arrêter les guerres... de faire régner la paix et l'harmonie sur la terre, un "aimez-vous les uns les autres" chimique, mille fois plus efficace que celui d'origine... qui était resté lettre morte depuis deux mille ans! Répandre l'amour sur terre sans avoir besoin de commencer cette histoire dans un bain de sang! Avec de meilleures chances de réussite cette fois...
L'effondrement de la théologie basée sur le mal et le pire!... Plus d'accidents de chasse! Plus de père de famille saoul tuant femme et enfants pour avoir la paix du samedi soir! Le paradis sur terre tout en faisant du bien partout.
Plus besoin de subir le noir de la vie, tout sera blanc et parfait. Plus de persécutions... Plus besoin de se faire remonter les seins et de s'étirer la peau des couilles pour pouvoir tirer encore un dernier coup, avant le long chemin de la résignation! Adieu Viagra mortel! Vive la vie.
On deviendra végétarien... Enfin le bonheur, sans dieux punisseurs et désespérants. Le monde sera virtuellement appétissant. Plus de belles filles assaillies par des propositions non équivoques... Plus de filles moches frustrées et moroses... à qui l'on ne demande jamais rien!
Tout le monde aura son compte, égalité et fraternité, au lit comme dans le métro! Enfin la vraie démocratie!
Pendant le voyage du retour, on s'agitait beaucoup derrière moi dans la grosse voiture, la phéromone avait des résurgences.
Le plus drôle c'est que les produits chimiques de base n'étaient pas chers... Une aubaine pour nous... si cette découverte tenait ses promesses!
Enfin en arrivant au labo nous étions complètement épuisés. Je donnai congé à mon équipe et fonçais dans mon bureau...
Mes tiroirs étaient vides! Je fouillais le labo... Rien; finalement j'allai à la direction, en gardant mon calme du mieux possible, je demandai ce qu'il était arrivé à mes notes... On me répondit avec hauteur qu'on n'attendait pas mon retour si vite. Mes notes étaient entre de bonnes mains, et qu'il faudrait que je cherche un nouveau job si je continuais ainsi à faire ce que je voulais sans en informer la direction!
Je sentis l'entourloupette; je restai impassible, je devais cacher l'importance de ces notes pour moi. Je tournai les talons avec l'air humilié de circonstance, pour ne pas éveiller de soupçons.
Je pouvais me passer de ces notes, mais je craignais que quelques imbéciles de bureaucrates les laissent traîner sous les yeux d'un spécialiste, qui ne manquerait pas d'en comprendre l'importance. C'est à ce moment que je t'ai écrit," termina Paul...
Je restai sous le coup! Paul m'observait d'un air faussement modeste... Je le regardai froidement:
- Mon cher Paul, tu es un homme riche maintenant. On va faire un contrat entre ta firme et la mienne, car tu as une firme à partir d'aujourd'hui. On va faire de grandes choses, nous deux!
Je communiquai immédiatement par télex la création de la nouvelle firme: Nom: Phénomène S.A. Rien de plus c'était suffisant!...
- Tes notes? et les produits? où sont-ils? Paul me rassura...
- Ils sont dans le coffre d'une banque, personne ne se doute de leur importance, les bureaucrates me méprisent heureusement...
Je réfléchissais à toute vitesse. On allait s'assurer les brevets pour le monde entier. Pour la Russie qui ne connaît aucune protection, on s'en fiche, ils sont encore préoccupés par les pesticides!
Nous avons longuement parlé des possibilités d'application...
Je ne sais plus qui parla de la guerre du Vietnam... Nous avions trouvé le terrain des opérations! Arrêter cette guerre, voilà l'occasion de faire d'une pierre deux coups! Semer l'amour sur la terre et faire le grand coup médiatique... Dieu va s'en frotter les mains.
Je voyais déjà la tête des militaires, la queue en l'air et l'envie d'embrasser l'adversaire... Plus moyen d'en découdre sous prétexte de paix américaine. Tout le "vocabulaire viril " de l'armée allait enfin se justifier... Cette salade de mots directement liée aux affaires de cul...
Dès notre arrivée nous nous sommes calfeutrés dans un labo. Nous avons pris toutes les mesures de sécurité, comme lorsque l'on manipule des produits très virulents. Personne n'avait envie de nous visiter!
Un panneau: "Recherches stratégiques pour l'armée" était accroché à la porte. Nous avons trouvé le produit qui fixe les parfums sur la peau pendant un certain temps... Une série d'expériences devaient être faites, pour éviter les chocs psychologiques sur des soldats dressés pour tuer et qui allaient subitement se mettre à fêter le grand Pan...
Je voulais essayer le produit sur moi. Pour cela nous avons engagé une ingénieur chimiste blonde, prude, jolie et glaciale... Elle ne me connaissait pas.
Déguisé en garçon de laboratoire, je lavais des éprouvettes dans un coin, elle étudiait un dossier, assise devant une table. Elle ne m'accorda pas un regard, elle lisait les notes attentivement. Nous étions seuls, Paul était dissimulé dans un cabinet, il pouvait voir sans être vu.
A part le bruit de l'eau qui coulait dans le bac où je lavais les bocaux, il régnait un silence complet. Je vint vers elle un flacon contenant la phéromone très diluée et le posai devant elle en lui demandant ce que je devais faire avec ça? Elle ne leva même pas la tête, et dit d'un ton sec:
- Laissez ça là, et retournez à votre vaisselle!
Puis, comme je ne bougeais pas, elle leva la tête et me foudroya d'un regard à vous donner le frisson dans le dos. Un dragon de vertu... Je pensais que c'était peine perdue avec une femme pareille.... Mais elle fit un geste typique de chimiste, elle renifla le flacon, et dit d'une voix sans timbre:
- Ca sent bon, hein?... Ses yeux se révulsèrent comme ceux d'une Vierge du 15e siècle... Je sentis cette odeur musquée et printanière; la phéromone de la paix sur la terre et aux hommes de bonne volonté... On allait avoir de la bonne volonté sans peine!
Elle me regarda d'un air gourmand et désespéré, quelque chose cédait en elle... En moi aussi, c'était foudroyant, comme une grippe, mais délicieux, bien sûr!
Dans un état second, je la pris dans mes bras... Le reste vous le trouverez dans les Mille et une nuits et les Rubbayât (Quatrains...) d'Omar Khayyâm... Les délires d'un astronome! Version non expurgée! (carpe diem).
Paul observait la scène de deux chats en prise avec la réalité, sans le frein moral lié à la chose défendue! Ouf... Difficile de s'en sortir, sans sombrer dans la vulgarité. Finalement, Paul, qui en avait vu d'autre, nous calma avec du peroxyde d'azote... Les genoux tremblants nous étions assis sagement; nous nous regardions stupéfaits. Elle finit par dire.
- Je ne comprends rien à ce qui s'est passé... Je lui expliquais en souriant, (elle était vraiment ravissante) qu'elle était l'heureuse victime de l'expérience réussie d'un phéromone miracle... Elle fut emballée (on le serait à moins) et elle se mit immédiatement à notre service pour toute autre expérience. Sa "curiosité scientifique" devait être plus forte que sa pudeur et son rigorisme.
C'est elle qui créa la phrase célèbre: "Faites l'amour, pas la guerre!" Slogan aux conséquences immenses, qui donna de nouvelles forces aux hippies fatigués par la marijuhana... Elle avait fait partie de cette secte pour laquelle les choses du sexe étaient choses du démon... Mais elle reconnaissait que le sexe valait mieux que la guerre. Gladys pensait qu'une période fornicatrice pouvait avoir des effets bienfaisants sur notre violente civilisation. Pas besoin de convaincre et de discourir pour amener les gens à la "raison" une goutte de phéromone suffisait. Gladys désirait faire partie de notre team. En tout bien tout honneur.
Nous avons commencé une série d'expériences avec des eaux de toilette, des parfums, des crèmes de beauté. Nous avons trouvé les doses idéales. Puis nous avons fait des expériences sur des sujets aussi disparates que les pacifistes et les gardes mobiles...
On découvrait d'étranges vertus à notre produit... Il supprimait la honte et la jalousie. Ainsi que les sept péchés capitaux! On battait à plate couture, le Christ et les 12 apôtres... Dans le labo rodait un parfum de paradis terrestre. Il ne manquait plus qu'il nous pousse des ailes et une auréole! Une chose nous chiffonnait, la fatigue! Mais dans le paradis, on n'a pas besoin d'énergie! Gladys qui avait pris goût à la chose faisait du prosélytisme dans la fabrique et les garçons ne s'en plaignaient pas. Elle avait eu une excellente idée, elle recrutait du personnel parmi les membres... si l'on peut dire, de sa secte. Ils étaient dévoués et avaient un grand sens moral. On pouvait compter sur eux, c'était très important.
Pour fabriquer une quantité suffisante de produit, il fallait faire d'énormes investissements. J'obtins l'argent par des crédits de la défense nationale. Je fabriquais quelque part, dans l'une de mes fabriques, je ne sais quel poison destiné à l'armée, on piocherait dans les crédits sans scrupules.
J'avais de très bonnes relations avec l'armée. Arrêter une guerre est aussi un problème de défense nationale. Je parlai de calmants, provoquant une euphorie passagère suffisante pour ramasser les adversaires se tortillant joyeusement sur le sol comme des vacanciers sur une plage !
Je proposai une expérience avec une troupe mixte de l'armée de terre. La bataille expérimentale devrait en principe s'arrêter faute de combattants! Pour éviter les surprises, on avait sur le terrain autant de femmes que d'hommes. Les militaires se frottaient les mains.
J'étais dans l'hélicoptère qui allait vaporiser le produit, très dilué; sur un territoire assez réduit pour éviter une trop grande propagation. Le produit était coloré pour voir exactement où il tombait.
Cela se passa très vite. Aussitôt après l'arrosage, nous sommes allés voir les réactions des soldates et soldats... Avec une dilution de un pour "ppm" qui est une dilution presque homéopathique, les résultats étaient probants... Cela grouillait tous azimuts... La fornication militaire est du plus haut comique!
Nous avions décidé que ce produit ne devait être utilisé que sur l'armée ennemie! Ainsi nos troupes n'auraient plus qu'à ramasser les ennemis et les fourrer dans des cages... La bataille serait propre. Pas de violences, ni de sang.
Je triomphais... entouré de hauts gradés qui se congratulaient et riaient en faisant les habituelles plaisanteries militaires qui sont, on le sait, pleines de finesses et d'humour! Les militaires trépignaient d'impatience.
On allait essayer sur le champ de bataille Tchyouipopote. Il y avait des semaines que la bataille durait, il fallait en finir...
Le temps était beau et sec, pas de vent; toutes les conditions étaient remplies pour un succès militaire sans précédent! L'armée américaine allait faire un cadeau à ses adversaires.
Au sol des équipes de caméramans de l'armée équipés de masques à gaz devaient filmer tous les détails de la bataille. Les images étaient envoyées à un centre de contrôle pour voir comment les choses allaient se passer.
Après le premier arrosage, les troupes en présence étaient si bien camouflées que l'on ne voyait rien. Au bout d'un long moment des mouvements furent visibles, des soldats se levaient... ils allaient sans se cacher, droit devant eux, directement à l'ennemi. Et... là commença une empoignade incroyable, à découvert sans un coup de feu. Il y avait pas mal de femmes du côté Viêt...
Il se produisit les mêmes réactions qu'aux essais... Vu de loin cela ressemblait à des corps à corps, mais nous savions qu'il n'en était rien. Le slogan de Gladys " Faite l'amour pas la guerre" était passé de la théorie à la pratique! L'instinct de base débordait les autres. Normalement c'était la soif, la faim, et la peur.
A mesure que les nouvelles arrivaient, les mines de l'état major s'allongeaient, ce n'était pas tout à fait dans la tradition militaire. Dans une armée normale, on prenait du galon en raison directe des "pertes douloureuses que nous avons à déplorer"...
Plus aucune montagne de cadavres. Adieu les cimetières militaires! Terminés les hôpitaux militaires pleins de héros. Finis les saluts aux morts!
Si c'est cela la guerre... Autant rester à la maison et baiser bobonne... Je sentais que l'on dérangeait...
Compter sur une armée pour arrêter une guerre était d'une grande naïveté. Je sautai dans mon jet privé accompagné de mes chers collaborateurs et quittai les lieux de manière précipitée.
Heureusement les dieux de la guerre étaient occupés dans un coin éloigné de l'univers, la chance nous souriait!
Un avion chargé de phéromones de quoi faire forniquer l'Asie entière, tomba entre les mains des Viêts.
Un court télégramme suffit pour arrêter ce gâchis de sperme. Impossible de continuer une guerre où les combattants pensaient à tout autre chose qu'à s'entre-tuer... Même la CIA et ses grandes gueules ne réussit pas à convaincre le peuple américain de continuer à financer l'immense partouse asiatique...
On assistait les larmes aux yeux à l'effondrement des valeurs morales, tel que l'héroïsme, la lutte des classes, la honte judéo-chrétienne, la guerre sainte, l'exclusivité prioritaires du père de famille, les crimes passionnels...
Même notre bonne religion chrétienne, enferrée dans ses contradictions, se hâtait de trouver une raison divine à tous ces débordements, qui cadraient trop bien avec les vertus préconisées.
Les églises étaient le théâtre de scènes illustrant à la lettre le Cantique des cantiques... On n'en finissait plus de s'embrasser. J'espère qu'un jour on pourra s'aimer sans chimie! Je vous souhaite une nuit hormonale tropicale et chaude.
P-S:
Les produits suivants sont très convenables pour encourager l'instinct primordial à s'épanouir au soleil : Le céleri, la mouche de cantharide, les graines de courge, le blanc d'œuf, les pistaches. La corne de rhinocéros ne fonctionne pas du tout, c'est une entourloupette! Finalement une belle fille est parfaitement efficace pour encourager l'instinct basique! Essayez vous verrez!
FIN


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