Fête de la zic
de Guy Mentor


EXERCICES


« Fête de la zic »

A partir des mots : cornemuse - guimbarde - harmonica - hélicon - banjo - guitare - violon - youkoulélé
Et de ces débuts de phrases :
- Je me rappelle...
- Je ne me rappelle pas...
- J'ai toujours...
- Je n'ai jamais...
- Je vois...
- Je ne vois pas...
- Je sais...
- Je ne sais pas...
- Je veux...
- Je ne veux pas...
- Je me demande...
- Je sais que...
- Je déteste...
- J'aime...
- J'essaie de...
- Je n'essaie pas de...
Vous devez compléter les phrases comme bon vous semble en utilisant tous les instruments de musique proposés. L'idée est que l'assemblage de ces phrases forme une histoire, petite ou grande.

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Je me rappelle ce jour, ce grand jour . Ce jour où j'ai épousé Yacinthe. Le jour où ma bien-aimée m'a dit « Oui Xavier ».
Comment ne pas m'en souvenir ? Le son cristallin du youkoulélé résonne encore dans mes oreilles.
J'aime cet instrument. J'ai toujours aimé cet instrument.
Je n'ai jamais été ni musicien ni mélomane. Mais ce son pur, cette cascade de notes rafraîchissantes me consolent de ces espèces de guimbardes, cornemuses et autres hélicons lancinants et monotones.
Non, vraiment je ne vois pas d'instrument qui vaille celui-là.
Je sais, je sais que mon avis est subjectif. Je veux bien admettre que mes origines font pencher la balance. Je n'essaie pas de faire partager à tous prix ma préférence. Je ne veux pas non plus imposer mon choix.
D'ailleurs Yacinthe est d'accord, je le vois. Je ne me rappelle pas qu'elle ait été une seule fois en désaccord avec moi sur rien. Je l'aime ma Yacinthe.
Et je ne sais pas si un quelconque banjo, un sublime harmonica, ou même une guitare à 12 cordes pourraient nous faire changer d'avis.
Je me demande même si nous arriverions à trouver le moindre aléa capable de séparer nos deux cœurs.
J'essaie de m'y forcer, mais non. Rien à faire.
Et s'il y a quelque chose que je déteste c'est bien qu'on tente de me prouver que j'ai tort, que nous avons tort.
Mais nos amis le savent : dans ce cas, c'est comme s'ils pissaient dans un violon…



« Pronostics Coupe du Monde : Les Bleus »

(lendemain de la qualification pour la finale de Munich !)
On refait le match !
Première mi-temps : (1er paragraphe - typiquement 4-5 lignes)
Il s'agit de raconter un BREF moment du match, ou une chose brève qui est arrivée pendant le match (que vous ayez regardé ou pas). Typiquement quelque chose qui a duré pas plus de 5 minutes.
Il est possible d'inventer ou d'améliorer la réalité bien sûr !
Mi-temps : (typiquement 1 ligne)
Trouver une phrase (courte) de transition
Seconde mi-temps : (2nd paragraphe - typiquement 4-5 lignes)
Développer une métaphore ou une image ou une suite d'idées après le premier paragraphe.
Prolongations : (typiquement 2-3 lignes)
Dans ce court paragraphe, la tension doit monter !
Tir aux buts
5 phrases très brèves, voire 5 mots, en allant à la ligne à chaque fois (comme 5 penalties !)
La taille des paragraphes est donnée à titre indicatif ! Ne faites pas trop long...

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Un brin d'herbe plus haut que les autres ? Beaucoup plus costaud en tout cas ! Dopé au fertiligène en plus. Toujours est-il que ce bout de gazon improbable a fait trébucher le Portugais. Qui se retrouve le nez dedans. Dans l'herbe. Chute d'un naturel si évident que l'arbitre accorde un coup franc pas franc.
Les protestations, légitimes de nos chers, très chers Bleus, se perdent dans les hurlements de la foule.
Le faux agressé tire, arrache un créneau du mur d'en face. La balle veut se réfugier - violemment - dans le creux des bras du gardien chauve. Qui ne l'attendait pas. Il la repousse même, comme s'il n'en voulait pas. Une reprise adverse, ratée, le ballon sort, l'honneur est sauf…
Vestiaires, pipi, engueulades, tapes dans le dos, maillot sec sur peau moite, pschitt sous aisselles, retour dans l'arène.
Le cuir circule bien côté adverse. Les Bleus ahanent, sont peu précis, ratent leurs passes. Les autres sont réactifs, très, sur contre attaques. Ils fusent, percent, frappent. Rien à faire : un pilier antillais à roulettes décourage toute initiative. Maintenant les adversaires sont plus souvent couchés que debout. Pour que l'arbitre siffle. Il ne siffle pas. Il court. Aussi vite qu'eux. Jusqu'au bout du premier bout : la 90ème minute. Tout reste possible.
L'enjeu se limite désormais à une demi-heure pour prouver qu'on n'est pas là par hasard. Ou par protection. Le jeu devient joute, la joute tourne en lutte, la lutte en bataille, la guerre est ouverte. Les muscles obéissent aux nerfs qui réagissent à des neurones automatisés. Un gardien va même rendre visite à son vis à vis, histoire de faire nombre. Rien à faire. La fin est proche…
Premier shoot portugais sans finesse : le filet avale le cuir, le chauve aux gants hurle sa colère. L'air se déchire.
Zizou recule, petit quart de cercle d'un seul mètre en arrière, touche à peine la balle : le gardien plonge, ballon dedans. Les gradins explosent.
Boulet du droit : gardien Bleu scotché, balle au fond. Ola flamboyante.
Pichenette gallasienne en contre-pied : le portier ferme le mauvais côté, but. Foule en folie.
Le Portugais, sûr de lui, regarde Barthez au fond des yeux en frappant : l'homme en noir a choisi la droite, le ballon aussi, la rencontre homme-ballon est orgasmique. Stade en fusion. On ira à Munich !



« La chaudière infernale »

Choisissez une pièce d'un immeuble.
Dans cette pièce il va y avoir un meurtre !
Il faut décrire cette scène, en tenant compte du lieu.
De plus : Il sera question à un moment de l'AAVE (un truc que vous inventerez).
45 minutes à 1 heure pour rédiger, environ 2000 caractères.


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Il faisait chaud, bouillant, humide et je savais que ça allait être une nuit très longue...
Le sous-sol de cet immeuble sentait le moisi. Le parking était mal aéré. Seule la chaufferie ne dégageait aucun relent de salpêtre ou de pourriture.
Je m'y étais dissimulé depuis près de trois heures déjà.
Mes jambes ankylosées me faisaient mal. La sueur gouttait le long de mes joues, dans mon cou, auréolait mon tee-shirt jusqu'au nombril.
Le ronron intermittent de l'énorme brûleur rythmait l'attente.
Que n'aurais-je enduré pour cet instant de jouissance que j'attendais depuis si longtemps !
Mon plan était simple. Je l'avais mûri avec soin. Posé les pierres de l'édifice une à une, consolidé les brèches possibles. Ca ne pouvait pas rater, non, impossible.
La haine me crispait les muscles du visage, je le sentais.
Plus le moment fatidique approchait, plus mon cœur ralentissait. Comme si j'allais accomplir mon dessein avec une froideur d'automate. Sans états d'âme.
Les images tant vues et revues dans ma tête défilaient à nouveau : je voyais la porte s'ouvrir. Doucement. J'avais graissé les charnières, en prévision. Une ombre emplissait le cadre flou en contre-jour. La silhouette faisait un pas, deux, s'arrêtait, comme pour déchiffrer le silence. Broum ! Le brûleur démarrait sans prévenir dans un vrombissement brutal sourd et puissant, car j'avais branché une dérivation électrique avec un câble que je tenais en main. Pour l'actionner selon ma volonté. L'ombre reculait de frayeur, trébuchait sur le tuyau de plomb judicieusement placé au sol.
C'est cet instant précis qu'il me fallait mettre à profit ! Je bondissais en avant et portais plusieurs coups de couteau en pleine poitrine de ce salaud !
Un râle affreux interrompu par le sang qui remontait de l'œsophage et l'homme rendait son âme immonde au diable.
J'étais vengé ! Enfin. Après toutes ces années. Et toutes ces souffrances subies au sein de l'AAVE. Notre chère et vénérable Amicale des Amoureux de la Vraie Entomologie.
Cette fois je crois que ça y est ! J'ai entendu des pas dans le couloir vide. Les éclats furtifs d'une lampe-torche passent par les petites vitres situées au ras du plafond de la chaufferie, côté couloir.
Aucun doute, c'est lui ! Qui d'autre à une heure du matin ?
Je me recroqueville encore plus derrière la chaudière. Je retiens mon souffle. Mon cœur est calme, mon esprit en ébullition.
La porte s'entrouvre sans grincer. Une silhouette se découpe vaguement sur le mur gris du couloir. L'odeur de moisi pénètre les lieux.
Je ne lui laisse pas le temps de rallumer sa torche, j'actionne le brûleur en connectant mes deux fils. Broum ! L'ombre fait un pas en arrière, vacille, ne tombe pas, je bondis, jambes raides et douloureuses.
La colère m'aveugle, je frappe au jugé, je sens que je touche quelque chose, mais quoi ? Un bruit mou. Est-il tombé ? Ma colère est partie. D'un seul coup. Mes forces aussi, j'ai les membres flasques. Je suis fatigué. Sommeil. Les paupières qui piquent. Mes oreilles bourdonnent un peu.
Quelle drôle d'odeur, et de goût. J'ai la bouche brûlante, comme pleine de sirop chaud. J'essaie d'avaler, pas possible.
Des mots ouatés me parviennent du lointain.
Je suis bien.
Je veux rester comme ça. Longtemps. Toujours. Bien, je suis bien……………



« La fête à Tortor »

Exercice-jeu basé sur les pseudos ! Votre propre pseudo !
Il s'agit donc de choisir une syllabe de son pseudo, celle qu'on préfère.
Ensuite, chacun trouve au minimum 7 mots (sans maximum) comportant cette syllabe qu'il devra recaser dans le texte.
Le thème général du texte à produire sera : « La musique, la chanson, n'importe quoi qui jazze, ou qui swingue, ou qui couine... »
Une heure, 2000 caractères environ.


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C'est carnaval. Plein carnaval. Plein tube, plein les oreilles, plein les yeux.
Depuis l'entrée de la ville, l'avenue principale divisée par un terre-plein central, a été débarrassée de tout véhicule, laissant libre place aux groupes qui défilent dans un tintamarre assourdissant. A l'autre bout, la statue de Félix Eboué sert de pivot au défilé qui remonte alors l'avenue dans l'autre sens. Le croisement incessant des groupes entre ceux qui montent et ceux qui descendent provoque parfois de joyeuses cacophonies. Et chacun met un point d'honneur à jouer plus fort que l'autre. Les rythmes se mélangent, s'harmonisent, se distordent, se fondent. Puis les sons s'éloignent, laissant place à un nouveau refrain lancinant. Un zouk syncopé succède à un reggae chaloupé qui fait suite à une salsa endiablée.
Chaque clique est suivie de danseurs déguisés et peinturlurés en fonction de leur origine : Antilles, Brésil, Cuba, Argentine et tant d'autres. Chacun se contorsionne, saute, se tord, fait des galipettes, des jongleries ou crache le feu avec des torches enflammées.
Le public est enthousiaste, applaudit à tout rompre, se tord de rire, hurle, siffle, mais il n'est nul besoin de le contenir par des barrières. Pas de butors, de casseurs ou de buveurs de tord-boyaux : la ferveur est là mais sans les débordements incontrôlés qu'on pourrait imaginer.
Il n'y a jamais pléthore de groupes, chaque année d'autres s'ajoutent, tous sont acceptés, plébiscités.
Mais pas de vote, pas de classement, pas de bons ou de moins bons, l'idée est de s'amuser.
Ici, le roi de la fête n'est pas Vaval, comme aux Antilles, mais Tortor. Et malgré la différence de dénomination, sa fin sera identique : il sera brûlé sous les huées en place publique le dernier jour du Carnaval en attendant sa résurrection l'année suivante.
Ils n'ont pas tout à fait tort ceux qui trouvent que ces festivités - qui durent 2 mois - sont surtout prétexte à ne pas travailler… Mais un pays qui ne festoie pas est un pays perdu.
Alors que vive la fête !



« Le dieu du stade »

Les garçons :
Vous vous placez devant votre frigo. Vous fermez les yeux, l'ouvrez et à tâtons, saisissez quelque chose. Ouvrez les yeux et retenez le nom de ce que vous avez saisi. (Vous pouvez ensuite remettre l'objet au frigo)
Les filles :
Vous faites 10 pas dans n'importe quelle direction. Vous fermez les yeux, faites trois tours sur vous même, tendez le bras en avant. Ouvrez les yeux et retenez le nom de ce que vous avez pointé (objets, éléments de déco, de construction, …)
Filles et garçons :
Chacun revient de son expédition frigo ou maison/appart avec le nom retenu et un journal, un magazine ou un bouquin.
Vous postez alors :
- le nom de ce que vous avez saisi/pointé
- la première phrase du bouquin ou du premier article du magazine ou du journal
Les mots ramenés formeront les contraintes à placer par tous.
Les premières phrases vous seront attribuées individuellement après tirage au sort par une main innocente
On dévoilera le thème en récapitulant les contraintes.
Voici les 11 objets, vous pouvez n'en choisir que 5 à placer dans votre texte :
Lait
Rouleau de papier essuie-tout
Pots de cornichons
Une peinture où sont écrits les mots « l'heure coule »
Une affiche art Kanak
Champagne
Camembert
Lunettes de soleil
Confiture
Baromètre
Une petite statue
Le thème : Discipline olympique
Taille du texte : au choix
Ligne d'arrivée : dans une heure
La phrase suivante doit être insérée dans votre texte :
« Alexis de Tocqueville, la vérité m'oblige à dire que, comme de nombreux intellectuels français, je l'ai rencontré tard. »


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Mais qu'est-ce que je fous là moi ? Ca fait bien un quart d'heure qu'on tourne en rond en petites foulées. Est-ce qu'ils se rendent compte où ça nous mène ? On serait pas mieux à faire des ronds dans l'eau sur la plage de Sainte-Anne ?
Mais qu'est-ce qui m'a pris de m'engager moi ? Et voilà qu'en plus ils veulent qu'on s'aligne aux J.O. !!!
J'avais un avenir tout tracé, sorti en juin tout bardé de diplômes, tous littéraires, avec déjà des tas de propositions d'embauche. Et voilà t-il pas que pour fêter tout ça, je me beurre la tronche pire qu'un P'tit LU et qu'un inconnu mal intentionné me fait signer un engagement pour 3 ans à l'insu de mon plein gré ?
Obligé de me pointer à la Caserne de Pointe-Noire à 6 heures du mat' un 1er août !!
Avant ça j'avais bien consulté des experts. Mais ils m'ont tous dit que j'y couperais pas. Que si je ne me présentais pas, c'était le trou et autant de rallonge au temps contractuel. Tu parles !
Alors le plan classique : coiffeur, douche, paquetage, rassemblement, tenue de sport et un petit 10 000 pour commencer ! Tout ça parce que j'ai eu 20/20 aux tests QI. J'ai copié, moi ? Et sur qui, vains dieux ?! ;-)
En plus j'ai ouvert ma gueule quand il ne fallait pas. Le Ser-pat' qui me fait : « Vous avez déjà fini ? », et je réponds : « Oui chef » alors qu'il est même pas chef ! L'avoinée que j'ai encaissée ! Ca commençait mal pour moi.
Bref, il paraît que les J.O. militaires sont dans un mois, et comme ils m'ont trouvé endurant, je suis bon pour faire mes 10 km tous les jours sur cette piste de 300 mètres. Eh, 300 mètres ! Ca fait 33,33333333 tours à chaque entraînement ! J'en viens à envier les poissons rouges et leur mémoire proverbiale…
Je boirais n'importe quoi moi, un verre de lait, ou de champagne, même dans un gobelet en plastique. Si au moins on avait droit à des lunettes de soleil !
Quand je pense que je voulais attaquer l'œuvre magnifique de ce cher Charles Alexis Henri sur les principes de la démocratie à l'américaine - pas si délectable que le homard, mais bon - Alexis de Tocqueville, la vérité m'oblige à dire que, comme de nombreux intellectuels français, je l'ai rencontré tard. Il m'aurait bien servi d'avoir lu ses écrits sur l'Ancien Régime et la Révolution pour mon mémoire de fin d'études.
Mais je pensais plus à l'été qui arrivait à grands pas. A nos escapades entre copains sur les flancs de la Soufrière ou à nos après-midi de plongée dans l'Anse Colas…
Dire que c'est à 5 km d'ici… Et qu'il me reste 5 km à courir… en rond… en ovale, plutôt.
Ils sont marrants les concepteurs de ce stade : ils ont fait une grande fresque peinte au-dessus de la tribune d'honneur où s'inscrit une phrase : « L'heure coule ». Ca je le sais, et ma sueur aussi !
Les copains sont bien à la peine. Il y en a que j'ai déjà doublés quatre fois ! Je les pousse un peu à chaque fois pendant quelques dizaines de mètres. Mais à chaque fois aussi je me prends un coup de pied au cul par le Ser'pat-chef qui me voit faire. Celui-là, en civil au Macumba un samedi soir, je lui explique comment faire les pieds au mur en rappel sans bouger pendant 3 heures, avec un camembert coulant entre les dents et un baromètre dans le c…
Encore au moins 15 tours. J'en ai marre. Il fait dans les 35°. Ce satané stade est clos, pas un brin de vent et un cagnard pas possible. Deux potes ont dû être évacués sur des civières, direction l'Infirmerie. Bon, c'étaient deux métros, pas trop habitués. N'empêche, ils ont tenu 10 et 12 tours.
Après le 10 000, il paraît qu'ils vont nous montrer un truc marrant. La girafe ça s'appelle. Et puis d'autres exercices, mais en forêt cette fois. Ca je crois que ça me plaira mieux. Surtout si c'est de la course d'orientation. M'en vais te les faire tourner en bourrique, moi, les gradés.
Poum ! Encore un coup de pied au derche. S'il savait comme il va le regretter celui-là… En plus il est gras comme un cure-dent. C'est fou comme 3 petits chevrons sur l'épaule peuvent faire gonfler les neurones des biceps.
Dernier tour. On est plus que 5 sur la cendrée. Et je crois que j'ai 3 ou 4 tours d'avance sur le meilleur des quatre autres. Combien de temps que je cours ? Ca va bien faire une demi-heure, il est temps que ça s'arrête, là, j'en peux plus.
Top !
Ouf, j'ai le droit de souffler. Le petit connard de Serpat'-chef s'approche, son chrono en main. Je vais encore prendre un dernier coup de rangers, je le sens. Qu'est-ce qu'il me dit ? 27 minutes ? Et alors ? T'aurais voulu quoi Ducon ? Peux pas mieux faire aujourd'hui, non, pas aujourd'hui. Désolé. Vais prendre une douche. Demain, ok demain. On verra ça demain…



« Pronostics Coupe du Monde : Les Bleus »

Ecrire un lipogramme en "R" et en "i" tout en parlant de football :

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Du foot, du foot, ça commence à me foot les boules tout ça !
Y a pas plus sympa comme concept, non ? Notamment en ce moment ! Je vous donne des exemples : la bande de Gaza, la bande à Saddam, Suez-GdF, le CPE, ça c'est chouette ! Là on a du costaud, c'est du tout bon, et en plus ça se passe chez nous et également dans les pays d'à côté.
Ben non, en Allemagne et dans le monde c'est que du foot. A la télé, dans les gazettes, le net ou la FM, on n'entend que ça, on ne nous balance que ça.
En plus, on me demande ce que je pense au sujet des buts du match des Bleus avec l'Espagne ! Un attaquant shoote et met le ballon au fond : ça déclenche une émeute dans le stade.
Son jeune collègue tape de même : émeute aux Champs-Élysées.
L'apothéose avec un nouveau but : émeutes chez l'ensemble des footeux, des épouses, des enfants, nés ou pas nés, des gens âgés, usagés, plus âgés, chez les mecs, les gonzesses, les douteux, les obsédés, et même les décédés.
La planète est folle. La planète est foot. Les gens sont fous, le foot est fou, les fous s'en foutent.
Ne me demandez pas ce que j'attends des Bleus avec le match de ce week-end ! Je pense juste que c'est des gens hyper-payés, tapant dans un ballon sans états d'âme.
Est-ce que le monde est plus beau sans le foot ? Même pas, je l'avoue ! Donc j'admets : le foot, ok, et svp, ne me demandez plus ce que j'en pense, vous l'avez sans doute entendu !



« Machine à laver »

Thème : machine à laver
Mots imposés : Brouette - Tambour - Délicatesse - Plombier - Massage - Etagère - Agrafe - Œuf - Culotte
Temps imparti : 1 heure

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Nathalie est devant la télé.
Poivre d'Arvor ramène une mèche fantôme en arrière. Le mur d'images derrière lui est animé d'une vie propre. Le cadreur fait un plan serré sur l'un des écrans : une scène d'horreur, habituelle à 20h10. À Baghdad, à Kaboul, peu importe. Toujours est-il que ça pète. Que des trucs indéterminés jonchent le sol défoncé. Que le correspondant local a un gilet pare-balles. Bref, que du banal.
Nathalie soupire. Zappe sur « Voyages ».
Cocotiers penchés sur sable blanc, voilier de luxe en partance pour la Désirade, un autre monde.
Elle pose la zapette, se lève. Direction la buanderie. Trivial.
Le programme télé de la Une, okay, c'est bien joli, mais le programme 5 de son Arthur Martin, c'est autrement important !
D'habitude : cinq marches à descendre. Ce soir ? quatre et demi seulement ! La dernière est presque sous l'eau… Hurlement de désespoir, remontée des marches sans canne, cri :
Guyyyyyyyyyyyyy !! Descends vite ! Tout a débordé !
L'intéressé (si peu) abandonne l'exercice littéraire en cours sur Internet en bougonnant. Rejoint sa lingère préférée :
C'est pourquoi ?
Le sous-sol est noyé ! La machine a dû s'ouvrir !
Classiiiiique ! Bouge pas Nath, ne touche à rien. D'abord couper le fusible.
Il est fort ce Guy, non ? Moi je trouve… Recherche de la lampe de poche, coupure au tableau électrique, bottes caoutchouc, descente des marches avec canne. Spectacle de désolation.
Heureusement que j'ai mis le congélo sur 4 agglos ! marmonne l'électricien-égoutier-plombier amateur.
Qu'est-ce que tu dis ?
Rien. Juste que je vois flotter une petite culotte. Ouh ! Va falloir en évacuer des brouettes de saletés après ça ! J'ai bien fait de pas monter les étagères du bas trop bas. Celles du haut sont trop haut du coup. Mais on s'en fout !
Qu'est-ce que tu dis ?
Euh, qu'il faudra refaire ta lessive chérie !
Il cueille la culotte avec délicatesse, en la tenant par une agrafe. En profite pour récupérer un œuf qui passait par là, au fil de la boue.
Quelques mètres de plus et le responsable du délit est là. Bien planté sur ses agglos, il trône au-dessus de son œuvre d'un soir. Alors que des roulements de tambour annoncent un nouveau conflit ici et qu'un séisme de magnitude 8 a secoué le Tanganistan là bas, monsieur Arthur Martin se permet de tomber malade, d'avoir des nausées au point de régurgiter tout ce qui aurait dû servir à soulager Nathalie de travaux pénibles. Salaud ! Et un soir à une heure où tout dépanneur aussi serviable soit-il ne daignera pas se déplacer. Sympa !
Avec tout ça, quand ça va être dégagé et sec, je sens qu'il va me falloir encore 10 séances de massages pour atténuer mon épicondylite ! Zut de zut !
Qu'est-ce que tu dis ?
Je t'aime ! Remets le fusible, Nath ! J'ai débranché ! Voilà, j'ai débouché aussi l'ouverture du puits perdu. Encore obstrué, comme par hasard, et cette fois c'est par des noyaux de cerises ! Va comprendre !
Qu'est-ce que tu dis ?
J'ai envie d'un clafoutis !



« Mariage à Gwada »

Mots imposés :
Oublier
Nouméa
Bambou
Subrepticement
Se perdre
Thème : l'orage
1500 signes maxi
1 heure !

Yacinthe et Xavier se tiennent pas la main. Tous deux sourient largement à la petite foule qui les observe sur le parvis de la petite église de la petite localité de Goyave. Les cloches tintent joyeusement. La cérémonie vient de se terminer et le couple, uni devant Dieu, rit à la vie, au soleil, aux ibis rouges qui traversent le ciel, en formation, tout là haut.
Les amis, la famille, applaudissent en criant des compliments. Les appareils-photo crépitent. Les pétales d'hibiscus parsèment de rouge la robe immaculée de la mariée et le chemin de graviers qu'elle foule maintenant d'un pied décidé.
Xavier est aux anges. Depuis qu'il a connu Yacinthe sur le Caillou, là bas, à Nouméa, depuis qu'il a deviné en la jolie Guadeloupéenne la femme qu'il avait rêvé d'avoir à ses côtés toute sa vie, il n'a plus pensé qu'à la séduire. Sans se perdre en efforts inutiles, il n'a pas eu besoin de déployer des trésors d'ingéniosité car le cœur de Yacinthe lui avait très vite soufflé qu'elle avait là l'homme qu'elle attendait.
La jolie créole et le beau chabin s'embrassent en fermant les yeux sous les sifflets amicaux de l'assistance..
Un grondement. Le ciel, en quelques secondes, s'obscurcit à l'extrême. De grosses gouttes tièdes s'écrasent sur les capelines fleuries. Une rumeur enfle, des ombrelles s'ouvrent, quelques personnes commencent à courir vers un abri. Le clocher tintinnabule de plus belle.
Xavier et Yacinthe se regardent, rient, s'embrassent encore, se mettent à courir eux aussi.
La saison des pluies parvient toujours à surprendre les plus aguerris. Ici, le ciel le plus bleu peut se transformer en trois minutes en une réserve d'eau tiède inépuisable ! Un rideau de pluie intense ne permet plus de voir à cinq mètres ! Peut-on être à ce point inconséquent : oublier les parapluies !
Les deux amoureux se réfugient in extremis sous un toit de bambous serrés, mais ils sont mouillés comme une soupe de lambis. Ils se regardent, rient encore, s'enlacent, s'essorent, se serrent, se resserrent. C'est le bonheur total.
Ce n'est pas subrepticement que le climat de Guadeloupe aura confirmé le dicton « mariage pluvieux, etc... ».



« Miss Antilles »

Le but est de travailler le genre théâtral.
Imaginez que vous êtes sur scène, ou dans un lieu clos…, entouré « des autres »... vous n'avez pas le droit de quitter la scène.
Vous devez donc imaginer soit le monologue de votre personnage, soit ses répliques.
« Les autres » parlent mais on ne les entend pas, ou alors seulement par votre monologue.
Mentor : candidate miss Antilles
Délai : 1 heure !


Dis, Maïna, t'as vu la grognasse là bas ? Oui, la Miss Cuba. Cu-ba ! Hihihi ! Tu parles, c'est plutôt le haut qui cartonne ! Au moins du 130 E ! Tu crois qu'ils aiment les gros nénés les jurés, dis ? Alors j'ai aucune chance moi. Et la Miss Dominique… Pas possible comme elle est cambrée. T'as l'impression qu'elle est poussée dans les reins par un vent force 10 ! Enfin, moi je trouve qu'il y en a pas une pour rattraper l'autre. On a toutes nos chances nous deux, non ? Oui, tu as raison. Va falloir séduire ces dix gros porcs vicieux là. C'est ça qui compte. Regarde-les, non mais regarde-les ! Ils suent à grande eau alors qu'il fait que 32°. Tu crois que c'est parce qu'on leur fait de l'effet ? Ah ! Faut démarrer. Une toutes les 20 secondes. Tu y vas d'abord ? Okay. Attention à la planche qui dépasse un peu, tu te souviens ? Faudrait pas trébucher ! Allez ma chérie ! Va ! Bonne chance !
Qu'est-ce qu'elle est belle ma cousine de la Désirade. Un peu moins foncée que moi, mais bon, tous les ans ça change : l'an dernier ils ont élu une délavée, on aurait dit une métro ! Pourtant c'était une Jamaïcaine. Cette année elles sont toutes tip-top question couleurs. La Haïtienne est belle aussi. Dommage qu'elle ait encore son eczéma… Et celle d'Antigua ! Spéciale celle-là. Elle aurait pu choisir un string un peu plus seyant. Ah ! Ils applaudissent Maïna ! Je suis contente pour elle.
Ca y est ma chérie ? Tu as bien marché, tu étais magnifique, si si, vraiment. Regarde la Miss Barbade, elle aurait pu se faire faire le maillot par un pro, franchement ! Et la Saint-Martin ! Oooh le culot ! elle fait des clins d'œil au Président ! La saaaaaaaaaalope ! Comment ? La Miss Iles Vierges ? Ben je crois pas non. Y a longtemps qu'elle l'a perdue sa fleur, crois-moi. A mon avis elle a même dû tricher sur l'âge… Et la Haïtienne… ferait mieux de retourner faire ses ménages ! T'as vu la Montserrat ? Non, pas Caballé ! La brunette là, la planche à pain. Elle va ramasser des miettes celle-là… Tiens ! La Martiniquaise qui déboule. Comme une boule. Tu la pousses elle roule, sûr. Comment tu crois qu'elle a pu arriver jusqu'ici celle-là ? Ca me rappelle une blague : « tu viens d'où ? Je suis Martiniquaise. Et ton père ? Il est parti niq… ». Bon, je suis bête ! Arrête de rire, ils vont t'entendre ! Ca va être à moi ? Ouyouille, j'y vais, à tout de suite !
Attention à cette satanée planche. Vouaaaalà… Messieurs, je vous emmerde. Voui. Vous m'entendez pas, mais je vous le dis. Je le pense bien fort. Jamais vous aurez une fille comme nous dans vos lits, jamais ! Vous vous croyez les maîtres là, vous jouez aux petits dieux qui décident du sort des ces pauvres esclaves en strings. Vous imaginez que vous nous dominez ? Ben non ! C'est juste le contraire ! On vous tient, et pas par la barbichette ! Tant que vous aurez le moindre espoir on vous maîtrisera. Mais vous êtes bien trop bêtes pour vous en rendre compte. Allez, j'y vais. J'ai bien d'autres choses à faire moi.
Alors Maïna ? J'étais bien ? Je me suis défoulée là. Ca va mieux !
Déjà les résultats ? Voyons : tu vois, tout faux ! C'est Miss Gros Nénés qui gagne et sa dauphine c'est Miss Planche à pain ! Ils se sont pas mouillés cette année, c'est équilibré ! Allez viens, on va se descendre un ti-punch enflammé, on l'a bien mérité.



« Un objet dans l'espace »

Principe de l'exercice :
Le jeu consiste à écrire un texte à partir d'une dépêche AFP réelle.
Attention, il ne s'agit pas de ré-écrire l'histoire racontée dans le court texte mais plutôt :
- Imaginer ce qui s'est passé avant ou après
- Imaginer le point de vue d'un témoin de la scène en question
Bref, tout ce que vous pouvez imaginer qui tourne autour de cette brève.
Une entreprise japonaise va proposer un service de lancement d'objets dans l'espace accessible à tous, ou du moins à ceux qui accepteront de payer 100 millions de yens.


Je viens de lire un article dans V.E.
V.E. c'est le journal du collège. Ca veut dire « Votre Ecole ». C'est fait par des copains de sixièmes. Les autres là bas, ceux de l'autre côté de la clôture. Faut voir comme ils se la pètent ceux-là !
Mais bon, j'avoue que leur gazette, elle est pas mal faite. Il y a toujours une revue de presse internationale. C'est ça qui m'intéresse moi. Parce que quand on vit dans une île loin de tout, on aime bien savoir ce qui se passe ailleurs.
Alors voilà ce que j'ai lu : « Une entreprise japonaise va proposer un service de lancement d'objets dans l'espace accessible à tous, ou du moins à ceux qui accepteront de payer 100 millions de yens ». Fantastique ! Depuis le temps que j'attends ce genre de nouvelle ! Je me disais bien que ça se produirait de mon vivant. C'est vrai quoi, pratiquement tous les pays riches ont des fusées maintenant, et ils se font une concurrence de plus en plus dure. Donc de moins en moins de satellites à balancer pour chacun… Logique. Alors il y en a enfin qui ont trouvé le moyen de gagner des sous tout en gardant leurs pétards en service ! Et au moins là ils serviront pas à se faire la guerre, c'est déjà ça.
Chouette ! Je m'en vais prévenir tous les copains. On va commencer à économiser. Je vais dire à maman de faire une montagne de Tourments d'Amour qu'on va vendre tous les matins à la sortie de l'école. Les autres aussi, il faudra qu'ils trouvent des idées. Je sais pas moi, des loteries avec comme lots des jeux ou des trucs qu'on veut plus. Oui, c'est vraiment l'occasion à saisir !
J'ai toujours rêvé de ça. Pouvoir envoyer dans l'espace quelque chose qui soit personnel mais qui puisse servir à tout le monde dans le futur. On ne sait jamais : si la Terre explosait, à cause d'une bombe atomique ou d'une énorme météorite qu'on n'aurait pas vu venir, ou autre chose. Qui raconterait l'île émeraude en forme de papillon sur un océan saphir ? Qui témoignerait du passage des caravelles de Colomb ? Qui parlerait du parfum du rhum, de l'ombre fraîche des bananiers et de la douceur des cocos ?
Je crois bien que le yen, ça vaut pour ainsi dire rien du tout, pas mieux qu'un liard, qu'une lire romaine, de la roupie de sansonnet, du sous-kopeck. Ca doit pas être bien difficile de trouver la somme. En trois mois c'est réglé cette affaire !
Et alors on rassemblera tous nos petits trésors personnels, nos chaudoudoux, nos photos préférées, nos contes et légendes de Gwada, on les enfermera chacun dans une boîte en fer sans serrure et on les enverra à Tokyo. Et moi, en secret, dans un petit sac en plastique, j'ajouterai une poignée de sable de Basse-Terre et une de Grande-Terre.
C'est loin Tokyo il paraît. Paraît aussi que c'est une île. C'est normal qu'ils aient pensé à ça, les îliens du Soleil Levant. Je les ai toujours trouvés sympas, mais alors là, encore plus.
Oui, dans trois mois on fait ça. Je me le jure.



« Quand je serai grand… »

Thème :
« Quand je serai grand moi je voudrais faire… maintenant… »
Une couleur : mauve
Une météo : venteux
Un lieu : une île
Temps imparti : une heure !



Quand je serai grand, moi je voudrais être guide.
Oh, pas guide de haute montagne, là où ça caille à moins 30° quand on est à 2000 (mètres). Là où on s'entend pas, rien qu'à cause du blizzard.
Pas guide dans un musée non plus. Là où il fait plus + 30° quand on est à 2000 (personnes). Là où on s'entend pas, rien qu'à cause du monde.
Non, je voudrais être guide sur mon île.
Mais un guide spécial.
Un guide qui choisit ses clients.
Un guide qui parle un peu, fait parler beaucoup, qui aime et fait aimer.
Pas un moulin à parole monocorde qui attend que cinq heures arrivent pour compter les piécettes de bonus.
Je saurai faire admirer la cascade aux écrevisses, mais pas juste l'instant d'une photo. Le temps aussi d'enfiler un maillot pour glisser derrière le voile de brume qui cache de si beaux rochers capitonnés de mousse verte et mauve.
Les plus aguerris me suivront jusqu'à la première des trois Chutes du Carbet, là haut, sous 110 mètres de dénivelés d'un seul jet tiède et soufré.
On glissera doucement entre les Mamelles qui délimitent à ravir le versant montagneux de Basse-Terre d'avec la descente vers l'Anse Colas et Pointe-Noire.
Chacun comprendra pourquoi le sable de la plage de Malendure est noir de jais. Pourquoi l'îlet Pigeon est peuplé de « grands gousiers ». Où, quand et comment Colomb a débarqué, croyant découvrir les Indes, avant de pousser plus loin, aux Amériques. On saura les traces laissées par les Arawaks sur les Roches Gravées de Trois-Rivières. Je dirai l'histoire de la canne, des esclaves qui l'ont travaillée, des « habitations », toutes ruinées aujourd'hui. J'expliquerai la genèse du rhum du Père Labbat, le pourquoi de ces bananeraies splendides.
Je taillerai dans une branche de bois-caca pour faire « ressentir » la différence avec un bois-bandé ou un simple wacapou.
Je montrerai le figuier-étrangleur qui vit aux dépends de celui qui a le malheur de l'héberger.
A cinq heures le matin, en parlant de la canopée, je désignerai là bas l'envol d'ibis rouges au levant.
Sur la crique Moustique je ferai voir les morphos bleus et les planeurs grands comme la main qui virevoltent au gré des alizés.
Et l'on se contentera d'imaginer ce qui ne se dévoile qu'à la nuit tombée : crapauds-buffles au beuglement profond, jaguar au feulement doux, singes rouges au goitre hyper-développé et cigales électriques au sifflement strident.
Les nuits en hamac dans la forêt seront nos étapes 1000 étoiles sans supplément.
Nos pas nous mèneront vers le trou de madame Coco, celui du souffleur et jusqu'à la Porte d'Enfer, au pied de ces immenses falaises verticales qui tombent dans une eau bleu de méthylène.
La Pointe des Châteaux aux fausses allures de Pointe du Raz balayée de vents du nord permettra une dernière vision grandiose des contrées traversées, et une baignade à Sainte-Anne caressera des peaux déjà cuivrées avant de devoir penser au retour vers un quotidien tout autre.
Oui, je serai guide sur mon île, je n'en doute pas.
Un jour.
Demain.
Aujourd'hui. La preuve…



« Le stylotomatic »

Mots imposés : un objet et un adjectif
Mentor : stylo/affriolant
Nath : fourchette/poussif
Vous devez démontrer aux gens pourquoi ils ne peuvent pas vivre sans l'objet qui vous est attribué (genre propagande publicitaire ou autre).
Vous devez également glisser l'adjectif dans le texte.
Longueur: 2000 signes maximum
Temps : une heure


De Mentor :

Chère madame,
Merci des quelques instants d'attention que vous voudrez bien porter au présent courrier.
En ma qualité de directeur commercial France des établissements POMPAENKRE, je vous présente ci-dessous la maquette de notre toute dernière nouveauté en matière d'écriture :
LE STYLOTOMATIC
Il s'agit d'une véritable révolution dans la technologie écritoriale ! Mais la presse n'en a pas fait état à ce jour pour une raison simple : le secret en a été précieusement conservé pour que VOUS ! madame KILIS - 18 impasse Tiche - 03003 à TROYES - puissiez le découvrir en avant-première !!!
Oui ! Notre jury indépendant contrôlé par Maître CHIEN, huissier à CAEN vous a désignée comme la grande gagnante de notre tombola exceptionnelle. Et c'est votre nom, madame KILIS - 18 impasse Tiche - 03003 à TROYES qui est sorti de l'urne !
Vous avez donc remporté le droit de posséder cet objet merveilleux et unique en contrepartie d'un modeste versement de 499,90 euros (payable en 3 petites mensualités : la première de 166,63 euros, la deuxième de 166,64 euros et la dernière de 166,63 euros).
Oui madame KILIS - 18 impasse Tiche - 03003 à TROYES, vous allez recevoir cet objet à peine 5 jours après réception de votre paiement ! Rendez-vous compte madame KILIS - 18 impasse Tiche - 03003 à TROYES de la chance qui vous sourit !
Car cet affriolant marqueur a la propriété extraordinaire d'écrire selon vos désirs les plus cachés, les plus refoulés… Comment est-ce possible ? Nos ingénieurs, après 9 longues années d'études et de mise au point, ont réussi l'exploit insigne de provoquer l'écriture quasi automatique d'un mot ou d'une phrase complète qui correspond EXACTEMENT à ce que vous voulez exprimer sans avoir à chercher les mots justes ou à hésiter sur le vocabulaire !
La base de données intégrée se met en action dès que vos doigts se saisissent de l'objet, et le flux électromagnétique que vous dégagez naturellement se transmet au corps de STYLOTOMATIC qui obéit à vos désirs instantanément !
Vous n'êtes pas encore totalement convaincue madame KILIS - 18 impasse Tiche - 03003 à TROYES ?
Je vous offre une semaine d'essai gratuit contre le versement du tiers du prix de l'objet qui sera accompagné d'un étui de luxe tout cuir de vachette retournée.
Voilà, madame KILIS - 18 impasse Tiche - 03003 à TROYES, je vous laisse à votre joie et vous souhaite tout le plaisir possible grâce à STYLOTOMATIC, l'invention la plus aboutie depuis le velcro.
Recevez chère madame KILIS - 18 impasse Tiche - 03003 à TROYES l'assurance de ma respectueuse considération.
Sébastien VOALADUBOUDIN
Directeur Commercial France
POMPAENKRE
De Nath :

- Chéri passe-moi le sel veux-tu ?
- Hop !
- Dis, tu pourrais être un peu plus délicat non? T'en a mis partout!
- Excuses! Pas grave, ça va boire la tache de pinard que j'ai renversé là.
- Incorrigible ! Un vrai éléphant dans un magasin de…
- De porcelaine, je sais !
- Et puis bon c'est pas parce qu'on est en vacances que tu dois manger avec les doigts quoi !
- Mais c'est dix fois mieux ! Regarde: le couscous, comment ils font, hein ?
- C'est parce que c'est leur coutume, mais toi on t'a pas élevé comme ça !
- On m'a pas élevé du tout oui ! Enfin si, un peu, pas trop, tu sais, chez nous, c'était pas le grand luxe.
- C'est pas une raison. Je t'ai montré plein de trucs depuis qu'on se connaît alors maintenant tu es prié de plus faire comme Tarzan, je suis pas Jane et tu te tiens bien à table, dac ?
- Ouais, si tu veux…
- Tu te souviens que demain soir on a des invités. Promets moi de te servir de ta fourchette comme je t'ai montré. S'il te plaît ! Tu feras l'effort ?
- Pour toi oui Jane… euh Nath, promis. Faut juste que tu me rappelles si on la prend par ce bout ou par celui là. Aie ! Pas taper ! Pas avec la louche !
- T'es poussif des fois je trouve, d'ailleurs je suis pas la seule à le dire, tes copains aussi là bas, ceux de VE ton club de voile.
- Oh ceux la, font tout rien qu'à se moquer ! N'empêche, y en a un qui a écrit un bouquin ! Et tu sais quoi ? Il m'a aussi dit que chez lui, en Nouvelle Calédonie, y mangeaient pas avec des fourchettes non plus !!! Alors hein ??



« Super, ce marché ! »

Sujet : Bière
Temps de l'action : moins d'une heure
Forme : épistolaire
Lieu : l'étranger
Temps : au présent et en "Je"
Doit se produire : un événement inexpliqué
Moins de 2000 signes
30 minutes


Maman chérie,
J'espère que tu te portes bien ainsi que toute la petite famille. Et aussi que mon île est toujours aussi belle.
Vous me manquez terriblement depuis le premier jour, d'autant plus que le temps de se revoir s'éloigne.
Tu sais, en Métropole tout est bizarre. Je le savais un peu, maintenant j'en suis sûr !
Et ça commence avec le temps : ici ils ont 4 saisons et pas 2 comme nous. Et le passage de l'une à l'autre est terriblement marqué. Lorsque l'été s'est terminé, il s'est mis à faire froid dès le lendemain matin !
Pour la nourriture c'est pareil : ils adaptent tout à la saison. Par exemple en saison sèche, pardon ! en été, ils boivent de la bière à profusion ainsi qu'une multitude d'autres saletés avec des glaçons dedans. Alors que nous, c'est le rhum, juste le rhum. Que ce soit pour se désaltérer ou pour se soigner. Qui a raison ?
En parlant de bière il faut que je te raconte ce que j'ai observé pas plus tard que ce matin.
J'étais au supermarché en train de feuilleter des revues lorsque je vois un bonhomme avec un gros ventre passer à côté de moi, une canette de bière ouverte à la main. Il pousse son caddie tranquille tout en grappillant ici et là des paquets de chips, des bonbons, des snickers et j'en passe. Il pose tout ça à chaque fois à l'emplacement du siège enfant et il ouvre les paquets ! Je le suis discrètement et je le vois qui fait ses courses en même temps qu'il règle le problème de son repas ! Il a hésité un moment devant une boîte de pâté, tu sais, ces trucs qui s'ouvrent avec un anneau, comme les bières. Et il la prend aussi ! Comme il avait embarqué un petit pain au stand de la boulangerie il s'est enfilé tout ça vite fait avec une 2ème cannette de bière qu'il avait déjà dans le chariot…
Je n'en reviens encore pas. Il est passé en caisse avec 2 ou 3 bricoles sans importance mais un tour de taille plus imposant qu'une heure avant.
Tu le crois ça ?
Outré je suis, et pas prêt d'oublier cette image d'un monsieur tout-le-monde, bien mis, à l'évidence aisé - car je l'ai vu ranger le coffre de son 4-4 tout neuf… - un monsieur qui se permet sans l'ombre d'un scrupule de venir déjeuner gratuitement au super-marché. Peut-être fait-il ça 2 fois par jour dans des magasins différents ?
Voilà Maman, tu vois, ici c'est les « gens bien » qui montrent le mauvais exemple.
C'est pas pour ça que je vais me mettre à boire de la bière, même de la Guiniiiissss, non, même pas.
Gros bisous Maman.
Guy



« Le tableau »

Le but est ici de faire un texte à partir d'un tableau/peinture... c'est à dire ce que l'on image à partir de cette peinture, ce que l'on ressent.
Attention : la consigne n'est pas de dire dans quelle circonstances vous avez vu la toile, mais bien d'« entrer dedans », c'est à dire l'exprimer, la décrire, la ressentir, la traduire, tout ce que vous voulez...
- Eugène Delacroix - Femmes d'Alger dans leur appartement


Qu'elles sont belles ces femmes ! Laïla, ma maîtresse, est la plus resplendissante, je trouve. Elle semble rêveuse aujourd'hui. Pas dans la conversation de ses amies. Elle est encore plus lumineuse que Naïma. Pourtant celle-ci veille jalousement à conserver une peau diaphane. Je sais qu'elle évite toujours le soleil de la mi-journée. Elle a raison. Particulièrement aujourd'hui avec cette chaleur étouffante.
Tiens, je vais chercher de quoi remplir le narguilé, je crois qu'il est vide. Il reste des olives. C'est Nadia qui fume le plus, comme toujours. Elle donne rarement le tuyau à Naïma.
J'aime cette famille. J'aime cette maison. J'aime ce pays. La ville est blanche, des premières rues près du port jusqu'aux derniers chemins des souks, les maisons sont immaculées. Eblouissantes éclaboussées de soleil. C'est ce qui permet de garder l'intérieur un peu frais.
La pièce où se trouvent ma maîtresse et ses deux amies est en réalité le patio. A ciel ouvert. Sur ma droite, on ne la voit pas, une fontaine de mosaïque circulaire fait entendre ses petits glouglous discrets. Les rayons du soleil ne parviennent que difficilement jusqu'au sol couvert en partie de tapis berbères.
Les tomettes beiges du sol restent fraîches sous les pieds nus.
Laïla, Naïma et Nadia portent des caftans légers et des sarouals de couleurs neutres. C'est sûr, elles ne sortiront pas dans la médina aujourd'hui. Et puis, elles ont l'air trop bien là, à deviser sur leurs jeunes enfants, leurs maris, la dernière pièce de Kateb Yacine vue au théâtre dernièrement.
Laïla est toujours dans ses pensées lorsque je rapporte de quoi alimenter le narguilé. Sa coiffure lui va très bien je trouve. Nadia, quant à elle, a caché ses cheveux sous un fichu noir dans lequel elle a planté un œillet rose. Naïma a entouré son cou d'un léger fichu abricot malgré la chaleur. Sans doute est-elle sensible de la gorge aujourd'hui. Je vais lui demander si elle veut que je lui prépare un thé à la menthe.
Tiens, la porte du placard est mal fermée. Je vais la repousser, les mouches sont envahissantes ces derniers temps.
Le miroir, à gauche du placard, est mal orienté, je trouve. Il doit être trop penché. Il faudra que je dise à Karim de le déplacer un peu. Laïla n'arrive pas très bien à se voir je crois.
Malgré le fait que le riyad soit en pleine ville, on perçoit très peu les bruits extérieurs. Ah, je crois que j'ai entendu le heurtoir de la grande entrée. Sans doute les enfants qui rentrent de l'école. Je vais leur ouvrir.

http://site.voila.fr/lacart/peintres/delacroix/femmesdalgerdansleurappartement.htm



« Affreux bébé »

L'exercice consiste, à partir du texte d'une petite annonce (véridique et pêchée au hasard dans un canard local), à imaginer une courte histoire. Disons un maxi de 2500/3000 signes (env. 1 page).
Le ton du texte devra obligatoirement être humoristique / ironique / comique / désopilant, pas triste quoi !
« Urgent cède aff. bébé peu servi, unisexe. Gratuit si enlevé au domicile »
Temps imparti : 1 heure


Voilà, c'est rédigé, ouf ! M'en vais déposer ça dans la boîte du gratuit local. Ca paraîtra demain matin à 10 heures.
- LA FEEEERME !
Y m'énerve, j'en peux plus. Je vais lui mettre un coussin sur la tête et appuyer. Jusqu'à ce que mort s'ensuive. Mais qu'est-ce qui m'a pris ?! J'aurais pu aussi bien continuer à dévaliser des banques, le Lyonnais d'à côté. Ou braquer le pharmacien.
Je sais pas si je tiendrai la nuit. Il me reste du whisky ? Oui, à peine. Ah, y a une demi-vodka. Et un fond de rhum blanc. Ca devrait aller.
En plus, avec cette chaleur, obligé de laisser tout fermer pour que personne l'entende hurler… Quelle engeance !
Je sais, j'aurais dû bosser à l'école. Pour avoir des diplômes. Pour pouvoir encore bosser. Pour me payer mes cotisations. Pour pouvoir arrêter de bosser.
Non ! Je peux pas être d'accord avec un système comme ça, je peux pas ! Qui c'est qui a dit que « le travail c'est pas naturel, la preuve c'est que ça fatigue » ?
Alors j'ai juste fait mat sup, maternelle supérieure, parce que ma mère me traînait au jardin d'enfants. Et dès que j'ai pu, je sais pas, vers 6-7 ans, j'ai rencontré des potes, des vrais, des plus grands. Ils m'aimaient bien. On s'aimait tellement qu'on a tout fait ensemble. J'entre pas dans les détails.
- Ta gueeeeuuuuuuuuule !
Oui, on a tout fait. Ils m'ont tout appris. Sauf que c'était que des mecs. J'ai jamais rien fait avec une fille moi. Remarque, ça m'a jamais manqué.
Et c'est avec tout ça que j'en suis resté à adorer les gosses. Les petits. Et quand je dis adorer, c'est ça, hein, j'adore, je vénère. Je vénérais !
Parce que là, je hais. C'est la première fois. D'habitude ils sont gentils. On se comprend. Ils sourient, ils rient, ils sont bien avec moi et moi avec eux.
Mais évidemment, avec la vie que je mène, pas possible d'en avoir un à moi. Quoi ? Celui qui braille là bas au fond ? C'est mon petit dernier. Un démon. Jamais vu ça.
Déjà pour l'emmener, quand je l'ai soulevé de sa poussette il s'est accroché à la ceinture comme un noyé à une bouée, j'ai dû emporter le tout ! Tu parles d'une course ! Les gens me regardaient bizarrement. Je criais que j'allais louper mon train et j'ai fini par arriver jusqu'ici.
J'ai téléphoné aux parents avec mon portable. C'était tout à l'heure, y a à peine 2 heures. Ils n'ont même pas eu l'air épouvantés ou détruits. Non. Ils ont juste dit : pensez à son goûter… N'importe quoi. Où est la fibre maternelle, je vous le demande.
Maintenant j'ai compris…
J'abandonne tout.
Mon appart, mes orchidées, le gosse : tout.
Demain, après-demain, dès que j'ai une réponse à l'annonce, je donne l'adresse et je me tire. On m'y reprendra plus.
Qu'est-ce que je fais pour le texte ? Je laisse « Urgent cède aff. bébé » et caetera, ou bien je mets en toutes lettres « urgent cède AFFREUX bébé » ??



« Al Capone »

Ecrire un texte autour de ce fait divers :
14 février 1929
Massacre de la Saint-Valentin
Les hommes d'Al Capone exécutent sept membres d'un gang rival à Chicago, le gang de Buggs Morane ou "gang des Irlandais". La tuerie a lieu dans un local clandestin de consommation de bière. Déguisés en policiers, les sbires de Capone ont berné leurs ennemis. Al Capone était en Floride au moment des faits. Depuis le milieu des années 20, il contrôle le commerce clandestin de l'alcool. Son organisation mafieuse compte une centaine de membres.
Au choix : raconter la scène, prendre un point de vue particulier, raconter l'avant, l'après, ce que vous voulez…
Recaser les mots : Capaccio - Maureen - Vent - Taïaut ! - La danse de Saint Guy - Saperlipopette - Cyclone - Ecureuil
Délai : 1 heure



Bien fait pour lui ! Buggs avait qu'à être d'accord avec moi. C'est vrai quoi ! Elle était bonne son idée d'ouvrir ce clandé d'alcool en sous-sol. Mais refuser d'y stocker de la Guinness, la meilleure bière du vieux continent, ça, je suis pas prête à l'oublier.
Peut-on être aussi bête !
Pourtant il m'avait à la bonne depuis que je l'avais tuyauté sur l'Ecureuil. Ce type était le trésorier occulte de Buggs Morane et j'avais remarqué des trucs bizarres depuis un moment. Alors je l'ai fait suivre. Et j'ai bien vu qu'il s'en mettait plein les poches avant que le fric des rackets sur les cigarettes soit enregistré dans le coffre. Saperlipopette, il portait bien son surnom ! Eh ben mon Buggs l'a dézingué lui-même, sans vérifier ce que je lui disais. Deux bastos dans les genoux, trois dans le buffet, il a amorcé quelques pas de la danse de Saint-Guy et il est tombé raide pour le compte. Depuis, c'est moi qui tiens la caisse… Bien joué non ?
Mais le coup de la Guinness, ça non, je pouvais pas laisser faire.
J'ai pris la Bentley du dimanche et j'ai fait un aller-retour à Chicago-city, pour rencontrer Al.
A ma grande surprise, j'ai été reçue par le grand Capone soi-même ! Sans chichis. Il m'a pas posé une seule question, j'avais bien préparé mon speech. Il a juste pris quelques notes, commandé deux Guinness mousseuses à souhait, et on a trinqué comme de vieux amis de 30 ans.
Ah c'est pas du vent ce qu'on raconte sur Al. C'est un type qui sait vivre !
Quatre jours après, douze faux-flics se pointaient au clandé et en moins de trois minutes, taïaut ! c'est comme si un cyclone avait balayé la cave, son bar et la salle de jeux.
Un carpaccio de truands en rouge et noir, hachés menus.
Maintenant je suis avec Al.
Je suis la financière de la mafia. Je brasse des millions en billets verts et en lingots purs.
Il m'appelle d'Or, Maureen d'Or.



« Aspirine »

Il s'agit de réécrire un texte comme bon vous semble, en prose ou en vers, de manière à détourner un peu les idées mais en gardant l'esprit d'origine.
Par exemple, si je donnais une recette de cuisine, on pourrait la réécrire pour inventer un tout autre plat ou un symbole de plat, le tout étant que ça reste au final une recette de cuisine.
Texte à ré-écrire :
« Aspirine
Indications thérapeutiques :
Affection rhumatismales aiguës et chroniques.
Douleurs d'étiologie diverses : céphalées, migraines, névralgies, lumbagos, douleurs dentaires. Courbature fébriles, état grippal, états infectieux bénins, en complément du traitement spécifique.
Contre-indications :
Maladies ulcéreuses duodénales, accidents d'hypersensibilité antérieurs aux salicylés, toute maladie hémorragique constitutionnelle ou acquise. Risques hémorragiques. Dernier trimestre de la grossesse »

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Oh la soirée ! D'abord : sorti en retard du boulot.
Le coiffeur : il me refile son stagiaire débutant. Résultat : coupe Zidane, plus moyen de rattraper le coup. Mal au crâne, déjà.
Avec un rhume carabiné, putain de clim.
Téléphone à Nathalie : « Aïe ! parle pas si fort Nath, j'ai la grosse tête. Oui ? au Club 1900 dans une heure ? Ben ok. ».
Le Club. Le videur. Même pas entré il me sort !! Quoi ? Manque la cravate ? T'en veux une de cravate, dis ?!
P'tain cette grosse caisse que j'ai sous le scalp. T'as pas un Aspro ?
Un copain qui arrive, bon ça, y va me faire entrer lui.
Eh ! Qui c'est qu'est à son bras ? Naaaaath ! Ma tête ! En plus elle me reconnaît pas au premier coup d'œil ! « Ouissont mes ch'veux ? Chais pas, regarde voir sous mes bras. Allez viens Nath, on rentre, j'ai soif ».
Pas encore de courbatures fébriles mais le rhume m'attise.
J'ai des fuites ou quoi ? Suis plus étanche on dirait. Trois ti-punchs à la suite et j'en reveux.
Nathalie surveille-moi steuplé. Je t'aime Nath. Me laisse pas faire. Tu sais Nath, je sais bien, ça fait un moment que tu le reluques çui-là. Chuis pas né de la dernière pluie. Mais toi, je me te tiens, je te me tiens, je tiens à toi, merde !
L'hémorragie me guette. Pas bon ça, l'hypersensibilité aux accidents de l'amour. C'est contre indiqué pour mon cas. Ma tête…
Nath, regarde-moi. C'est toi qui m'as dit de venir ici. Tchine ! Ouais, sa ka maché, tu parles ! Ca marche plus du tout ! Y a que le fond du verre qui m'intéresse. J'y vois ton reflet. Tes yeux. Arrête-moi Nath, si tu m'aimes un peu. Embrasse-moi. Regarde-moi au moins. Nath. Je t'aime, tu entends ? Je-t'ai-meu ! Nath ! Reviens ! Oh ma tête !



« Azziz »

La demi-heure qui a précédé ceci, selon l'angle qui vous plaît :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-813373@51-813225,0.html


"LÉGITIME DÉFENSE"
« Lorsque les policiers du RAID ont pénétré dans les bureaux de la Poste de Limay (Yvelines) et se sont trouvés face à Azziz Ouahmane, jeudi 14 septembre, le braqueur était assis, le Colt 8 mm à la main, et semblait prier. Les hommes de l'unité d'intervention lui ont demandé de lâcher son arme et de lever les mains. Azziz Ouahmane, 24 ans, a préféré en faire usage, tirant à deux reprises dans leur direction, en lançant un bref "Allah Akhbar !" d'adieu. Les policiers ont répliqué. Le braqueur est tombé, a essayé de faire feu à nouveau. Une nouvelle salve lui a été fatale. Ainsi s'est achevé vers 19 heures, selon le récit de la police, le braquage d'un bureau de poste à Limay par un homme au passé de délinquant notoire, qui tenait en otage cinq personnes dans le bâtiment. Il avait fait irruption, dans l'après-midi, vers 15 h 30, le visage recouvert d'une cagoule. Il voulait se faire remettre l'argent de la caisse. Les gendarmes, dont la brigade est installée juste en face du bureau de poste, ont été très vite alertés. Ils ont essuyé les premiers coups de feu. Les balles ont atteint les portes et les murs de la Poste. "Je n'ai rien à perdre" aurait crié à plusieurs reprises le malfaiteur, qui selon un témoin, "semblait très excité". Des tentatives de négociation ont suivi, par l'intermédiaire d'un mégaphone, mais elles ont tourné court. L'homme qui s'était fait livrer un sandwich vers 17 heures, a ensuite refusé toute discussion. Il a tiré plusieurs coups de feu qui n'ont touché personne et s'est réfugié dans un mutisme total. »
Le RAID est arrivé peu après 18 heures, alors que de la fumée s'échappait de la Poste. Comme l'apprendront les policiers par la suite, Azziz Ouahmane avait allumé un incendie afin de faire sortir deux personnes, enfermées dans une pièce contiguë à la salle des coffres. Le négociateur du RAID lui a demandé immédiatement d'éteindre le feu, les émanations pouvant provoquer l'asphyxie des otages. Ces derniers ont réussi à avoir un contact téléphonique avec la police vers 18 h 30 et ont exprimé leur peur.
Alors que la fumée semblait légèrement baisser d'intensité, le braqueur ne donnait plus signe de vie. Dès lors, le RAID se trouvait confronté à un problème classique de prise d'otages. Il a fallu rassembler les plans des lieux, essayer de situer les personnes retenues, mettre en place un dispositif d'assaut.
Selon un représentant de la préfecture des Yvelines, les policiers du RAID sont passés à l'action vers 19 heures "en situation de légitime de défense." "C'est pour préserver leur sécurité que les hommes du RAID sont intervenus" a assuré un représentant de la police.
Il n'a pas été question de procéder à un "assaut d'urgence", consistant à briser les portes et fondre sur le braqueur, selon le RAID. Jean-Louis Fiamenghi, le patron de l'unité présent sur place, a choisi une voie médiane, en demandant à trois équipes de casser les portes, puis de s'arrêter, afin que le négociateur ramène Azziz Ouhamane à la raison. Mais de reddition, il n'y eut point. " C'est dramatique, car il y a mort d'hommes. Mais c'était une démarche salvatrice, car les cinq otages sont sains et saufs" a commenté Jean-Michel Desset, le procureur adjoint de Versailles.
Les otages ont été brièvement hospitalisés, mais n'ont pas été blessés dans l'assaut. L'un d'eux souffrait d'une intoxication due aux émanations de fumée.
Mots imposés : Monde - Bavette - Cliquetis - Volet - Bonsoir - Minestrone - Jouet


Azziz avait froid, ou du moins il semblait grelotter à se tenir les cotes de ses 2 bras croisés, la tête enfoncée dans les épaules. Pourtant le ciel était limpide et le soleil radieux au dessus du square Alphonse Daudet. Il était assis sur un banc. De l'autre côté de l'allée, une jeune maman, assise également, la main sur la poignée d'un berceau d'où provenait un gazouillis de bébé.
Azziz ne regardait pas la femme. La femme ne le regardait pas. Des promeneurs passaient, indifférents, entre leurs deux bancs. Trois pigeons picoraient sans peur à quelques centimètres des pieds d'Azziz. Il ne les voyait pas. D'un âge incertain la trentaine tout au plus. Une barbe de trois jours, les cheveux ébouriffés, des pommettes saillantes au dessus de joues assez creuses, une chemise froissée, rien de vraiment engageant. Mais des yeux extraordinaires. D'un noir de jais où iris et pupilles ne se différenciaient pas. Un regard d'une fixité effrayante. Une vie intérieure intense semblait habiter l'homme. Sa nervosité extrême le fit bondir de son banc, effrayant quelque peu la jeune femme au landau et provoquant aussitôt l'envol des oiseaux.
Il se mit à arpenter l'allée de terre battue à grandes enjambées, murmurant des paroles incompréhensibles, suscitant les regards de quelques passants qui cessaient de tailler une bavette pour l'observer un instant avec curiosité. La femme observait son manège, soudain intéressée par l'individu et ses va-et-vient. Azziz marchait à pas vifs, regardant le sol, les bras toujours serrés croisés autour de sa taille, comme s'il tentait de se réchauffer.
Un son sortit d'une poche du jean de l'homme. Il réussit à grand peine à en extraire un portable qu'il se colla à l'oreille. S'ensuivit une conversation bizarre où des mots en français se mélangeaient à une autre langue, assez gutturale. La femme crut comprendre qu'il était question d'une fillette, d'argent, de docteur, de loyer, de papiers importants, et d'autre chose encore en rapport avec une situation familiale dramatique.
Lorsque l'homme remit son téléphone en poche, elle ne put s'empêcher de se lever pour lui adresser la parole :
- Excusez-moi, je peux faire quelque chose pour vous aider ? Il vous faut un médicament ? Je vous ai entendu parler d'une petite fille. Vous pouvez me parler vous savez, je travaille au service social de la mairie, si je peux…
- Merci madame, répondit-il dans un français parfait et sans aucun accent. Merci, non, ça ira, ce n'est rien. De toute façon c'est trop tard. Personne ne changera plus rien.
- Ne dites pas ça, il n'est jamais trop tard !
- N'insistez pas, je vous en prie, ma décision est prise, c'est irréversible. Ca passe ou ça casse. Mais personne n'en souffrira. Si je réussis tout ira mieux, si je rate, il n'y aura que moi qui serai puni. Personne d'autre. Puni par les hommes, mais pas par Dieu. Allah Akhbar ! Le monde est mal fait. Bonsoir madame.
- Mais !…
L'homme enfonça ses mains dans ses poches, un cliquetis infime se fit entendre que la femme remarqua mais sans y prêter plus d'attention. Il s'éloignait déjà, marchant d'un pas rapide vers le petit portail du square. Elle le vit traverser la rue Lamartine où les volets commençaient à se fermer les uns après les autres. Il s'engouffra dans le bureau de Poste du XIIème arrondissement qui allait fermer cinq minutes plus tard. Elle pensa qu'il allait peut-être demander si un mandat était enfin arrivé pour lui, de son pays, de sa famille, pour que sa petite fille puisse être soignée et manger à sa faim - du minestrone ? et pourquoi pas ? - avoir des jouets, pour que leur situation soit régularisée, pour que… Elle pensa que… deux coups de feu brisèrent la suite de ses pensées…



« Boom in London »

Composer un texte de moins de 2500 caractères avec les contraintes suivantes :
le thème : une boom
le lieu : une cave londonienne
un des persos : un tuteur légal
un objet insolite : des clous
un animal : un scarabée
un sentiment : la jalousie
une couleur imposée : le violet
une expression imposée : "Noir c'est noir"
En cas de bloquage, possibilité de ne pas tenir une (et une seule) des contraintes ci-dessus.
Une heure !


Yacinthe et Xavier avaient décidé de passer leur lune de miel en Europe.
On se souvient de l'orage mémorable qui égailla les invités le jour de leur mariage en Guadeloupe à la sortie de l'église de Goyave.
Le jeune couple était peu enclin à la morosité et plutôt réjoui de confirmer l'adage sur le bonheur attaché aux mariages pluvieux. Ils avaient donc traversé l'Atlantique pour affronter le climat humide de Londres pendant 2 semaines et se trouvaient alors sur la piste de danse d'une discothèque branchée de Picadilly.
La sono - assourdissante, comme il se doit - emplissait la cave londonienne aux murs violets qui servait de défouloir aux hurluberlus de tout poils s'y trémoussant à qui mieux mieux.
Yacinthe distinguait dans les flashes du stroboscope l'éclat des clous argentés qui parsemaient les vestes noires des jeunes aux allures de cockneys.
Xavier tentait de suivre le rythme endiablé d'une techno d'enfer, regrettant déjà les ondulations lascives des zouks collés-serrés qu'il dansait avec sa fiancée à Basseterre.
Le DJ enchaînait sans réel enthousiasme.
Pour tout dire, Xavier s'inquiétait plutôt des regards appuyés qu'un jeune passablement allumé jetait à Yacinthe depuis quelques minutes. Le garçon titubait plus qu'il ne dansait mais se rapprochait insensiblement de la jeune femme qui n'avait rien remarqué, semblait-il... Xavier amorça un mouvement pour former écran entre Yacinthe et l'autre lorsque l'éclairage et la sono s'arrêtèrent sans préavis.
Le silence fut si brutal qu'il parut assourdissant.
Xavier murmura, comme pour lui-même : « P... ! Noir c'est noir ! ».
Moins d'une seconde plus tard, ce fut la panique. Des hurlements de femmes, des bruits de meubles renversés, de bouteilles brisées jaillirent de tous côtés.
Yacinthe et Xavier hurlèrent aussi leurs prénoms respectifs. Le garçon tendit le bras dans la direction de la jeune femme, saisit une chevelure, prit un coup à l'estomac, lâcha prise, glissa, se retrouva au sol, à moitié piétiné par des gens affolés.
Quelques éclats de briquets lui permirent enfin de distinguer des ombres et il vit Yacinthe, les yeux écarquillés, à moins d'un mètre de lui, au sol également. Il rampa vers elle et agrippa sa jupe en se jurant de ne pas la lâcher.
Le désordre et la panique étaient indescriptibles dans le grand local. Aucune affichette lumineuse du genre « Exit » ne signalait la sortie de secours que Xavier avait pourtant repérée derrière le bar, à son arrivée sur les lieux. Le DJ avait déserté sa cabine, sans doute, micro devenu muet.
Xavier serrait maintenant Yacinthe de toutes ses forces et tentait de ramper pour s'approcher d'une cloison afin de ne plus se faire marcher sur le corps. Tout à coup il eut l'illumination ! Fouillant ses poches, sa main trouva le fétiche qui ne le quittait jamais depuis que son tuteur le lui avait offert 10 ans auparavant : un megasoma acteon, reproduction fidèle des énormes scarabées volants noirs qui hantent les forêts tropicales la nuit avec un bruit de bombardier. Celui-ci était un gadget qui lui avait déjà servi plus d'une fois dans des circonstances délicates. Cette fois encore il allait lui sauver la mise...
Un déclic et la bestiole métallique émit un puissant faisceau lumineux. La pile était encore bonne ! Les deux jeunes gens se redressèrent et, mètre après mètre, gagnèrent l'issue derrière le bar. Xavier actionna la barre de sécurité et le double-battant s'ouvrit aussitôt, libérant le couple.
La discothèque vomit alors dans la ruelle aux pavés luisants une foule hagarde et hurlante qui s'égailla sans demander son reste.
Yacinthe se jeta dans les bras de Xavier qui la couvrit de baisers et l'entraîna vers les lumières du boulevard qu'on apercevait là bas, tout au bout. Les lumières de la ville.



« Chat borgne au Tibet »

Rédiger un texte en se mettant dans la peau d'un animal en prenant en compte le lieu précisé (l'histoire peut s'y passer ou bien on peut aussi y faire juste référence).
Signes : libre
Temps : 1 heure


Maou ? Je fais quoi là ? Pourquoi ce silence ? J'ai dormi ? Sûrement, la légende veut que les chats dorment 20 heures sur 24. J'ai dû dépasser la légende. Mais qu'est-ce que j'ai donc fait hier soir ?? Voyons… mon dernier souvenir c'est l'aéroport Pôle Caraïbes, évidemment. Mon port d'attache. Mon univers. Voyons, rassemblons les idées… C'est là que je suis né, dans un hangar de maintenance d'avions à Gwada. Mon père je sais pas, mais ma mère fréquente les cuisines du restau. Elle nous a montré les meilleurs coins, avec les poubelles. J'ai dû manger un peu trop, encore une fois. Faut dire que les restes de langoustes avec de la mayonnaise, je résiste pas. Et je m'en lasse pas. Quoique… Une fricassée de cabri sauce chasseur c'est pas mal aussi. Ah si ! Je me souviens que Mistinoir m'a entraîné vers le hangar 7 après dîner. Il paraît que les copains préparaient une sauterie avec Garfield, Rominet, Minounette et toute la bande. Oui, c'est là que j'ai dû fumer un truc pas clair. Ca m'était déjà arrivé, mais là, on a forcé sur la dose… Heureusement que j'ai eu le temps de faire sa fête à Chatounette. Depuis le temps que je la reluque celle-là avec sa petite queue bien droite qui se met à la verticale parfaite chaque fois qu'elle me frôle !… Quel troufignard adorable… Après je me souviens vaguement qu'ils m'ont transporté à plusieurs vers la piste. Je sais pas s'il voulaient me faire une blague, me fiche la trouille ou quoi, mais ils m'ont hissé dans la soute d'un zinc sur le tarmac. Et après : le trou noir. J'ai rêvé que j'avais vachement froid, un peu faim, et surtout ce bruit infernal pendant des heures. J'ai rêvé. Oui, ça doit être ça. Mais alors où je suis là ? C'est une pièce immense, nue à part une sorte de banquette tout le long des quatre murs. En plein milieu, c'est là que je me trouve. Sur une espèce de guéridon, avec un coussin rouge, confortable ma foi. Je trône. La grande porte de bois ajouré est ouverte sur une terrasse ensoleillée. On voit loin là bas des belles montagnes aux sommets enneigés. C'est beau. Mais ça ressemble pas aux pentes de la Soufrière ça, pas du tout même ! Ouh ! Je vois deux ombres sur le sol de la terrasse. Elles approchent. Qu'est-ce que je fais ? Bah, je risque pas grand chose, la porte est large et ils ne sont que deux.

- Tu vas voir Tchiane, je vais te montrer la Merveille.
- Oui Grand Bonze mon Maître.
- Elle doit être encore endormie. C'est vraiment un événement incroyable auquel nous avons pu tous assister. Un cadeau de Bouddha.
- Oui Maître.
- Tu aurais dû être là Tchiane. La méditation c'est bien, mais l'expérience et la pratique alliées à la théorie, c'est mieux.
- Oui Maître.
- La prochaine fois que tu répètes « Oui Maître » je te fais faire 150 fois l'exercice Huan Tsao Pong Haïe, tibia contre poteau béton sans protection, compris ?
- Bien Maître…
- Voilà Tchiane ! Regarde, la Merveille est éveillée. Son œil unique regroupe toutes les forces vitales et mystérieuses réparties dans le regard du Dalaï Lama dont Ropsang Lampa a si bien parlé dans son recueil « Le Troisième Œil ». Et ce Siamois borgne nous rappelle aussi cet autre ouvrage majeur du Maître : « Vivre avec le Lama ». Tout concorde. Une réincarnation synthétique parfaite nous est offerte en ce jour béni.
- Il est beau Maître.

Attends, c'est qui ces deux clowns en djellabas safran ? C'est de moi qu'ils parlent là ! Ben oui, y a que moi ! Moi, beau ? Sont pas bien. Même ma mère m'a jamais dit ça, même Chatounette me l'a pas dit quand je lui ai fait son affaire hier soir. Et qu'est-ce qu'il a mon œil, hein ? C'est pas ma faute si l'autre m'a été arraché par plus fort que moi. Mais… Qu'est-ce qu'y font ? Ils s'assoient en tailleur devant moi et me regardent fixement. Qu'est-ce qu'ils veulent ? Héééé ! Je me sens hyper léger tout d'un coup ! Comme si j'allais m'endormir ! Ils m'hypnotisent ou quoi ?? Mais… Je vole là ? Je m'envole ? A l'aide ! Je passe la porte à deux mètres du sol ! La terrasse ! La rambarde, les jardins, je survole tout sans pouvoir freiner ! Même pas le vertige ! Le paysage défile à toute vitesse, j'ai la larme à l'œil à cause du vent qui siffle. La vitesse augmente. C'est trop, je manque d'air, j'en peux plus, je vais m'évanouiiiiiiir !…

- Ben ? Fifi ? Fifi ! Tu te réveilles oui ? Tu nous as fait peur dis. On savait plus où t'étais et on a fini par te retrouver au bord du tarmac, là bas, en bout de piste. Tu viens d'où ?
- Euh… J'ai rêvé les gars… Un chouette rêve. Je sais pas, j'étais un petit Dieu, un little Bouddha, j'ai lévité, voilà ce que j'ai fait, lévité, télépathé. Du pâté ! J'ai faiiiiim !!



« L'épreuve »

Imaginez la suite de ce texte :
"Il faisait chaud, bouillant, humide et je savais que ça allait être une journée très longue..."
(exercice tiré du livre l'« Agenda de l'apprenti écrivain », date du 22 juillet)
Titre : Il faisait chaud + votre intitulé
Délai : pour le 1er mai au plus tard (ou avant, si jamais)
Contraintes :
- une couleur doit être présente dans le texte
- Longueur : maximum 5000 signes


Il faisait chaud, bouillant, humide et je savais que ça allait être une journée très longue...
Et je me morfondais sur ma couche.
Je savais aussi que le sort m'avait attribué le dernier numéro dans l'ordre de passage. Ce qui me ferait sans doute intervenir vers 17 heures. 17 heures ! Encore 8 heures de patience…
Hier soir j'ai eu un peu de mal à trouver le sommeil. Normal avant une telle échéance. Les dates sont fixées une année à l'avance. On n'y prête pas attention car la notion de temps, à cette distance, ne touche pas notre sensibilité. Il n'empêche que plus le jour J approche, plus on est stressé. Même si on a conscience tranquille et esprit clair. Même si on a bien répété et révisé, comme tout candidat qui se respecte. Comme tout élève studieux et appliqué. Au taux d'absentéisme nul. Aux « résultats intermédiaires très encourageants » comme il est noté sur mes bulletins.
Ce matin, sans doute à cause du calmant qu'on a ajouté à mon dîner, je me suis réveillé un peu ensuqué. Mais la dose était sans doute bien calculée car une heure après mon réveil je me sens très bien.
Pourtant je sais bien que dehors, il fait déjà très chaud. Les murs blancs ne réfléchissent pas toute l'ardeur du soleil. Ma petite fenêtre sans rideaux projette au sol un losange lumineux.
J'ai beau me redresser du mieux que je peux, impossible de voir au dehors.
En revanche tous les bruits me parviennent. Je connais ça. Cette ambiance électrique. Cette rumeur diffuse d'attente lourde. Puis ces applaudissements spontanés, ces hourras soudains à la sortie d'un candidat gagnant. Ou ce grondement de désapprobation lorsque l'épreuve est ratée.
Je sue déjà légèrement, alors même que je ne bouge pas d'un poil.
Le trac ? Je ne pense pas. J'ai déjà affronté des jurys dans ma courte carrière sportive. Personne ne m'a jamais fait peur. Ca ne va pas commencer aujourd'hui. D'un autre côté, je sais qu'on n'est jamais à l'abri d'une défaillance. Physique ou intellectuelle. Aujourd'hui pour moi, ce sera 80% physique et 20% tactique. J'y suis prêt. J'ai repassé dans mon crâne toutes les figures qui allaient sans doute m'être imposées. L'essentiel est de ne pas céder à la panique. Car la peur nous fait agir sans discernement. Et je me connais : la peur me met en colère. Ce qui ne peut qu'empirer la situation et m'être fatal.
Garder mon sang froid pour que mon sang chaud n'éclabousse pas mes bourreaux ! J'exagère ? A peine. C'est comme ça que je regarde mes examinateurs, comme des tortionnaires payés pour faire souffrir la bête, la pousser à bout, quitte à la voir s'affaler et demander grâce. Nous vivons dans un monde de brutes, il s'agit d'être la brute la plus forte.
En attendant le temps passe.
Et la température monte. La moiteur de l'air aussi. J'ai hâte maintenant de voir s'ouvrir la porte pour surgir en plein air, inspirer profondément, toiser ces gens de mon regard méprisant et attendre la première attaque.
Car moi je me bats sans autre arme que ma force et ma conviction. Alors que les autres, là, en face, ils sont caparaçonnés dans leurs certitudes, bardés des protections que leur confère leur statut.
Nous ne jouons pas à armes égales. Mais c'est ainsi dans toute épreuve, surtout lorsque le jury s'auto-proclame et que les candidats sont élevés et nourris dans le but ultime de satisfaire le peuple.
C'est l'heure, la lourde porte de bois s'ouvre avec fracas, quelques cris aigus me vrillent les tympans, je suis poussé vers la sortie, le soleil m'aveugle quelques secondes, le sable vole sous mes pas, la foule hurle en se levant : la corrida peut commencer ! Olé !



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