La fête avait été belle. Ce nétait pourtant pas son habitude daller à une soirée festive avec cotillons et tout le tralala, mais bon, cette fois-ci, il avait fini par craquer. Et puis elle avait su lui présenter
des arguments convaincants. Un dernier truc qui lavait contrarié, juste avant de se rendre à linvitation, cétait le ciel. Un vrai temps de giboulées, en plein mois de Juillet, avec obligation denfiler limperméable ridicule, les chaussures amphibies, bref la panoplie du parfait breton engagé dans un scénario prévisible. Il avait même emporté un parapluie, au cas où
La soirée avait vraiment été une réussite. Buffet délicieux, vins fins et alcools bien choisis, musique de qualité -cétait presque le plus important pour lui- bref, que du plaisir. Il sétait même autorisé à danser, sous les exclamations étonnées de ceux qui le connaissaient bien, mais, pour elle, ce soir-là, il était capable de se surpasser, jusquà se mêler à la sempiternelle bataille de confettis qui avait fait rage dans toutes les pièces de la maison. Ils sétaient même bagarrés tous les deux comme des gamins, et leur bataille ne sétait achevée quà laube, sous une couette constellée de points de suspension multicolores
Quand il avait quitté la maison, le jour était déjà bien avancé et le soleil laccompagnait; il avait siffloté en rentrant chez lui, se retenant de faire de grands moulinets hollywoodiens avec son parapluie superflu.
Aujourdhui aussi, le temps était à la pluie. De gros nuages pointaient leurs sales museaux au dessus de lenclos. Il avait pris son pépin, toujours le même, bien quil se sentit un peu gêné par sa couleur framboise qui jurait avec les nuances de gris et de noirs dont il était entouré
Cétait à peu de chose près les mêmes personnes qui se retrouvaient là, cet après-midi, comme pour répondre à une nouvelle invitation. Mais lhôtesse leur faisait faux bond, ou du moins résiderait maintenant ici, pour longtemps, dans cette tombe sans couleur
Laverse avait commencé de couler sur la terre mais il ne sen rendait pas compte tant elle pleurait en lui depuis plusieurs jours; enfin il ouvrit son parapluie, machinalement, comme une prière désespérée. La pluie de confettis qui sen échappa ruissela sur le cercueil, mieux que tous les mots damour quil naurait, de toutes façons, jamais su lui dire.