La couleur de l'amour
de Jean Jacques Bokay
Les étudiants se poussent, se bousculent, certains crient leur joie pendant que dautres seffondrent en larmes. Les résultats sont affichés sur de petits panneaux, par ordre alphabétique. Je bouscule deux filles qui pleurent bruyamment, lune delles me refile un coup de coude dans lestomac en me traitant de connard
Enfin, je trouve le bon tableau, je descends la liste des yeux quand
Wouha ! Je lai ! Je lève les bras en lair en signe de victoire et je répète : Je lai ! Wouha !Jai mon bac ! Je me mets à lécart, sors mon portable et annonce la nouvelle à ma mère. Je la sens aussi heureuse que le jour de la naissance de mon petit frère, elle pleure de joie et ça me fait chaud au cur. Pourtant, les études ça me gonfle ! Enfin ! Ca fait plaisir à mes parents et comme jambitionne une carrière de journaliste, jai pas dautres alternatives. Je rentre à la maison, tout souriant, ma mère me saute au cou et mon père me félicite.
Pour ta réussite au bac, ta mère et moi, on a pensé te faire un cadeau, dit mon père, quest-ce qui te ferait plaisir ?
Je les regarde lair ébahi ; les cadeaux, cest pas dans leurs habitudes ! Avec leffet de surprise jallais répondre : rien ! Mais je me ravise et réfléchis quelques secondes.
Un voyage en Afrique, dis-je. Oui ! Ca me ferait vraiment plaisir de connaître lAfrique, par exemple là où tu es aller papa, à Abidjan.
Depuis le temps que mon père nous bassine avec ses souvenirs dAfrique ! A chaque réunion de famille, à chaque fois quon parle de lAfrique à la télé ! Comme ça, je connaîtrai un peu, jaurai lair moins
!
Oui, cest ça qui me ferait vraiment plaisir ! Dis-je.
Mon père interroge ma mère du regard, je vois leurs yeux qui brillent et lamorce dun sourire. Ma mère donne son approbation dun signe de la tête.
Cest daccord, dit mon père, je vais contacter Bernard, il va te trouver un hôtel convenable ou autre chose, on verra bien
Bernard habite la Côte dIvoire depuis vingt trois ans. Mon père et lui, avaient quitté la France pour laventure africaine à la fin de leur service militaire. Après deux années passées à Abidjan, mon père est rentré en France mais Bernard est resté au pays, il a épousé une Ivoirienne et créé une société dimportation dappareils ménager. Quand Bernard vient à Paris, il ne manque jamais de venir nous rendre visite. Lui et mon père sont restés de grands amis, Ils passent des heures ensemble à raconter leur jeunesse, les packs de bières sur la table du salon.
Mercredi.
Jécoute de la musique dans ma chambre quand mon père frappe à ma porte.
Tout est réglé, tu pars demain ! Dit-il, le visage égayé dun large sourire. Bernard a insisté pour que tu tinstalles chez lui, il dit que sa maison est immense et quil nest pas question que tu ailles à lhôtel. Il a même ajouté que ses enfants se font une joie de te faire découvrir leur pays.
Jeudi.
Dix heures trente, lAirbus dAir France se pose sur laéroport Houphouët-Boigny. Je suis attendu par Guillaume, le fils de Bernard. Il est à peu près de mon âge, de corpulence plutôt fine et semble joviale et dynamique. Il me parle comme si nous nous connaissions depuis toujours. Le temps est nuageux, mais il fait déjà chaud
Toccupe pas tes bagages, dit Guillaume, le chauffeur de taxi sen charge.
Guillaume est bavard. Pendant le trajet, il me pose une quantité de questions et ne peut sempêcher de commenter chaque endroit que nous traversons. Nous roulons à lextérieur de la ville, la circulation est dense et ça klaxonne de partout. Par moment, on aperçoit la mer, la capitale économique séloigne et nous nous engageons dans une route étroite bordée de grands arbres. De chaques côtés, de magnifiques villas attirent mon attention ! Moi qui me croyais dans un pays sous-développé ! Encore une idée reçue qui tombe. Le taxi ralentit et emprunte une toute petite allée très ombragée.
Ici, cest chez nous ! Dit Guillaume, cest notre maison.
Lallée est droite, le sol de couleur rouge et les arbres de chaques côtés sont immenses. Les murs blancs de la villa se découpent sur un ciel couleur ardoise. Ce décor me rappelle les contes qui ont meublé limaginaire de mon enfance. Tout me semble féerique. Le taxi sarrête aux pieds des marches de la grande porte dentrée, juste entre deux palmiers.
Viens ! Dit Guillaume, je vais te présenter à ma famille.
Je le suis, il mentraîne dans le salon. Je reconnais immédiatement sa sur, un foulard aux couleurs chatoyantes cache en partie ses longs cheveux ébène. Elle porte un jeans délavé et un T-shirt blanc. Elle maccueille avec un franc sourire et me prie de masseoir. Métisse comme Guillaume, elle est dune beauté à couper le souffle !
Je mappelle Sabrina dit-elle. Bienvenue chez nous !
Sa Mère arrive, suivie dune jeune fille portant un plateau avec des rafraîchissements et des fruits. Je me sens un peu mal à laise, je ne suis pas habitué à autant de luxe. Malia, la mère de Guillaume et de Sabrina est impressionnante, au premier regard, on devine une personne de caractère. Je sais par mon père quelle a une quarantaine dannées, elle est encore très séduisante et ne fait pas son âge.
Cest donc toi le fils de Jean-Marc ? Dit Malia, jai bien connu ton père tu sais
mon marri et lui formaient un sacré duo.
La discussion sinstalle et sanime dans une atmosphère simple et chaleureuse, je me sens vite à laise, jai limpression davoir découvert une nouvelle famille. Après le repas, Guillaume vient vers moi.
Tes daccord pour faire un tour ? Me dit-il en me désignant le pick up rouge garé près dune énorme touffe de bambou.
OK, dis-je, jai hâte de découvrir votre pays, on part quand tu veux.
Sabrina sinstalle au volant, je massieds sur le siège avant, Guillaume à larrière, et nous partons. La route est en mauvaise état et limposant véhicule saute à chaque trou. De plus, la clim est hors dusage et nous roulons toutes vitres baissées.
Putain de poussière ! Dit Guillaume.
On parle pas comme ça ! Répond Sabrina.
Bah ! Ca na pas dimportance, dis-je.
La conversation sengage, je leur fais part du dépaysement que je ressens en Afrique et ils me posent des questions sur Paris. Je regarde Sabrina, son foulard et ses cheveux bouclés ondulent et volent au vent, son profile se découpe sur le défilement de la végétation. Je lobserve, elle me fait penser à une photo de dépliant touristique. A intervalle irrégulier la mer se montre, comme un puzzle, elle est tranquille et semble écrasée sous le soleil. A lhorizon, de gros bateaux aux couleurs pastel paraissent immobiles. Je me laisse aller à la rêverie lorsque soudain, Sabrina donne un coup de volant à droite et sengage dans un petit chemin en forte pente qui conduit à la mer. De chaques côtés, des habitations précaires, faites de bois et de tôles, sont disposées au hasard. Des enfants courent en tout sens. Sabrina arrête le pick up près dun amoncellement de grosses pierres noires et lisses. Nous descendons.
Allez ! Tous à leau dit Guillaume !
La mer est à trois cents mètres, nous enfilons nos maillots de bain et nous courons en direction des vagues. Leau est chaude, cest agréable. Guillaume fend les vagues de son corps fin et élancé, Sabrina mattrape, mentraîne dans les vagues et me projette dans le prochain rouleau. A mon tour, je la saisis et la balance de toutes mes forces dans le bouillon décume. Et nous recommençons, encore et encore jusquà épuisement.
On remonte ? Dit Guillaume, vous navez pas soif ?
Je sors de leau et courre vers la voiture. Après quelques mètres, je me rends compte que je tiens toujours la main de Sabrina, je la regarde, elle me sourit mais ne lâche pas ma main. Nous atteignons le Pick up, une ribambelle de gamins déguerpit du plateau arrière à notre arrivée. Le sable est brûlant, nous nous installons à lombre, sous de petits palmiers. Sabrina sallonge tout près de moi, sa peau brune aux reflets ambrés tranche avec la mienne. Elle se tourne vers moi, se met sur son côté, sa main ouverte soutenant sa tête. Je lui fais face dans la même position et nous parlons, études, musiques, cinéma, bref un peu de tout entrecoupées déclats de rires. Tout en parlant, je lui prends la main et nous parlons et rions encore.
Et si on allait ailleurs ? Dit Guillaume en se relevant.
OK dit Sabrina, je vous emmène dans mon petit paradis. Vous allez découvrir la plus belle vue de toute la côte dIvoire
Sabrina na pas exagéré, cet endroit est dune rare beauté. Au premier plan, des palmiers qui descendent vers la mer, puis cette eau turquoise rayée dune multitude de traînées décume dun blanc pur. Cest magnifique.
Quand nous rentrons à la villa, il fait nuit. Bernard, confortablement installé dans son fauteuil, lit le journal. Il maccueille très chaleureusement et me demande mon impression sur cette première journée. Il va chercher un pack de bière au frigo, en ouvre deux, pose le reste sur la table et commence à me raconter son arrivée en Côte dIvoire avec mon père. Jai limpression davoir pris la place de mon père. Toutes leurs histoires, je les connais, je les ai entendues mainte et mainte fois, mais par politesse, je simule létonnement et lémerveillement. Malia me sauve de cette situation.
Laisse un peu ce garçon tranquille, dit-elle, tu vois pas que tu le fatigues ! Allez, passez à table.
Après le repas, Guillaume suggère une sortie en boite. Sabrina vient aussi, cest vrai que cest elle qui conduit alors
Cest un petit local entièrement décoré de bois et de filets de pèche. Lambiance est sympathique, jai limpression que tout le monde se connaît. jai dansé avec Sabrina toute la soirée, uniquement avec elle. Jamais je ne me suis senti aussi bien avec une fille et en aussi peu de temps. Jen ai la tête toute retournée. Quand, vers deux heures du matin, nous rentrons à la villa, je tiens Sabrina par le cou, je nage en plein bonheur!
Guillaume pénètre le premier dans la maison, Il y a encore de la lumière à lintérieur. Je le suis et mengage dans le vaste salon en serrant Sabrina tout contre moi. Malia nest pas couchée, elle regarde la télévision. A peine nous a-t-elle vu, Sabrina et moi, quelle nous lance un regard féroce et sadresse à sa fille sur un ton autoritaire, presque méchant.
Vient, faut que je te parle ! Dit-elle à sa fille.
Je reste avec Guillaume et je lui demande ce qui ce passe.
Jen sais rien, dit-il, jai jamais vu ma mère dans cet état.
Je monte dans ma chambre et me mets au lit rapidement. Je ne comprends pas lattitude de Malia ! Est-ce parce que je tenais sa fille par le cou ? Mais enfin, Sabrina à vingt ans ! Je me dis que cest peut-être dans leurs coutumes ? Je passe une très mauvaise nuit.
Le lendemain matin, au petit déjeuné, lambiance est crispée.
Alors les jeunes ! Vous avez passé une bonne soirée ? Demande Bernard.
Il nobtient quun vague « wouai » et tente de briser le silence par quelques banalités, puis quitte la table. Je comprends de moins en moins ? Sabrina mange tête baissée comme si elle était honteuse ou punie, Guillaume ouvre enfin la bouche.
Ten fait une tête Sab ? Cest parce quon est rentré trop tard hier soir, maman a crié ?
Non, dit Sabrina, cest pour autre chose, mais je ne peux rien dire, cest entre maman et moi.
Ah, vous en faites des mystères, vous les femmes ! Dit Guillaume.
Je nose pas intervenir, mais jai limpression dêtre directement lié à ce brusque changement dattitude. Pourquoi ils me font la gueule aujourdhui alors quhier ils maccueillaient très chaleureusement ? Je veux en avoir le cur net. Je rejoins Sabrina qui prend lair dans le jardin.
Quest-ce qui se passe Sabrina ? Hier tout allait bien, et aujourdhui, vous faites tous la gueule ?
Ma mère ne veut pas que tu me prennes par le cou comme ça ! Elle ma dit quelle minterdisait absolument davoir une relation avec toi.
Elle tas dit ça ! Elle est quand même pas raciste ! Elle aime pas les blancs ?
Mais non, elle nest pas raciste du tout, dhabitude elle ne me demande même pas qui sont mes copains, je ne comprends pas son attitude.
Cest dommage, dis-je, je ressens pour toi une attirance que jarrive pas à expliquer. Jamais je ne me suis senti aussi bien quhier !
Cest étrange, dit-elle, je ressens la même chose. jai limpression de tavoir toujours connu, que nous nous connaissons depuis lenfance
Et ma mère qui nous interdit de sortir ensemble ! De quel droit ! Cest elle qui est responsable si je ne suis rien ! Non rien ! Je ne suis ni africaine, ni européenne, ni noir, ni blanche, et cette peau à la couleur bizarre, dun blanc sale ou dun noir délavé !
Sabrina ! Tu délires ! Jamais je nai vu une peau aussi belle que la tienne ! Ta peau a la couleur de lamour ! Tu es le fruit de deux êtres qui se sont aimés malgré toutes leurs différences.
Alors pourquoi cette interdiction ? Dit Sabrina. Comment ma mère peut-elle minterdire dentretenir une relation avec un Français alors quelle en a épousé un et qui lui a donné deux enfants ?
Je suis révolté par lattitude de Malia dont la première conséquence est de renforcer lattirance que nous éprouvons lun pour lautre. En effet, sa prise de position extrême aboutit au résultat inverse à celui quelle espérait. Ce refus catégorique de sa part ne fait que renforcer notre attirance. Je suis décidé à voir Malia et à lui demander des explications ! Elle doit me les donner.
La situation se présente dans la matinée, Malia est seule dans le salon. Je lui demande si elle mautorise à lui poser une question.
Ah ! jattendais cette question, dit Malia. Je suppose que Sabrina tas parlé ?
Oui, elle ma parlé. Mais ni Sabrina ni moi ne comprenons ce qui motive votre décision !
Je comprends que vous soyez choqués tous les deux, mais je ne reviendrais pas sur ma décision.
Je sens la colère monter en moi et jinterroge Malia sur un ton ferme, presque agressif.
Je ne suis pas assez bien pour votre fille ? Ou alors vous préférez quelle épouse un africain ?
Non, calme-toi, dit-elle, cest simplement pour des raisons personnelles.
Mais Sabrina à vingt ans, elle a le droit de choisir avec qui elle veut sortir !
Avec qui elle veut, mais pas avec toi ! Cest impossible.
Malia en a dit trop ou pas assez, maintenant elle doit justifier ses propos.
Tu nas pas une idée ? Dit-elle. Tu ne vois pas à quoi je fais allusion ?
Non ! Je ne vois pas, dis-je étonné.
Malia me regarde fixement, lexpression de son visage change, son regard se fige.
Je vais te confier un secret, dit-elle, mais tu me jures de ne le dire à personne. Sabrina est ta sur ! Enfin ta demi sur si tu préfères. Sabrina a été conçu au moment où jai quitté ton père pour Bernard. Tu comprends maintenant ? Je ne lai jamais dit à personne. Tu es le seul à savoir, même Bernard ne sait pas.
Quelle douche froide ! Jai une sur ! jai une sur depuis toujours et je lapprends seulement maintenant, à dix-huit ans ! Et en plus, Malia minterdit de lui dire que je suis son frère ! Tout ça me tombe dun coup. Moi qui étais venu ici pour passer deux ou trois semaines tranquilles, je suis servi !
Je promets à Malia de ne rien dire à personne, mais ses propos ne mont pas totalement convaincu. Comment est-elle certaine que Sabrina est la fille de mon père ? Bernard aussi peut être son père. Jaborde de nouveau le sujet avec Malia. A présent, elle semble moins certaine, je lai amené à se poser des questions, jai soulevé un doute et je la sens tourmenté. Elle enfouit sa tête dans ses mains, la relève en grimaçant, puis se redresse dun air décidé.
Tu as raison, me dit-elle, cette incertitude me tourmente et me ronge, je dois savoir, je dois marranger pour faire pratiquer un test, mais à leur insu naturellement.
Oui, ce serait une décision courageuse dis-je, mais comment allez-vous procéder ?
Oh ! Rien de plus simple, dit-elle, je vais dire à Sabrina que vous et elle devez faire un test pour rechercher le virus du sida. Pour Bernard, je dirais quil a lair fatigué et quune prise de sang est indispensable. Après, je marrangerai avec le patron du labo, cest un ami.
Impatient de connaître la vérité, je décide de poursuivre mon séjour en côte dIvoire... Je ne sais pas encore si Jaime Sabrina, cest trop tôt pour le dire, mais je ressens une très forte attirance pour elle, ça jen suis sûr. Comment dois-je la regarder ? Comme ma sur ou différemment ? La réponse à cette question dépendrait donc du résultat des tests ? Tout cela est surréaliste ! Malia me dit quil faut deux à trois jours pour avoir les résultats.
En attendant, jai trouvé à moccuper, je fais de la photo. Je me lève tôt le matin et parts à Abidjan avec Bernard. Je parcoure la ville en tous sens, je vais dans les endroits les plus retirés et je mitraille. Les rues, les marchés, les gens, tout me passionne. Cette ville renferme un véritable trésor pour qui aime la photo. Le soir, je me rends à lentrepôt et je reviens avec Bernard.
Aujourdhui, je reste à la villa, Malia attend les résultats des tests quelle a demandés. Nous sommes les seuls à connaître le véritable motif de ces analyses.
Guillaume et Sabrina sont partis avec des amis, moi je reste à la villa avec Malia. Pour tuer le temps, Malia me raconte ses années de jeunesse avec mon père, Bernard et la bande de copains. La sonnerie du téléphone vient interrompre le récit de ses souvenirs. Malia se lève dun bon, décroche.
Oui, cest moi, dit-elle
Moi, je suis tendu comme je ne lai jamais été. Tout mon corps sest brusquement figé, paralysé. Malia reste sereine, son visage ne trahit aucune expression.
Je vous remercie, madame ! Dit-elle, au revoir.
Malia repose le combiné
Non, Sabrina nest pas ta sur, dit-elle simplement.
Je saute de joie, je prends Malia dans mes bras et lui dis combien je suis heureux. Elle sourit, mais rien de plus. Je pense quelle ressent une certaine gène de navoir pas su avec certitude qui est le père de sa fille. A présent, limage de Sabrina mapparaît, comme une photo, là, devant moi, autour de moi, dans mon esprit, partout. Et je vois les portes de lamour souvrir en grand. Nous avons donc le droit de nous aimer ! jai du mal à y croire.
Je vais appeler Sabrina sur son portable et je lui dirais quelle peut se tranquilliser, que ni elle ni toi nêtes séropositif, dit Malia.
Une heure plus tard, Sabrina rentre avec Guillaume, elle saute du Pick-up et court dans mes bras.
Cest merveilleux, dit-elle, mais comment ma mère a-t-elle pu penser que tu pouvais être porteur du virus ?
Ah ! Les Mères tu sais, elles sont toutes pareilles, elles simaginent toujours le pire pour leurs enfants.
Chaque jour est un nouveau bonheur, notre entente est parfaite et nous élaborons des plans pour un avenir que nous voulons bâtir ensemble. Sabrina envisage même de sinscrire à la fac à Paris. Parfois, un éclair de lucidité traverse mon esprit, je me dis que tout va trop vite, hier je me découvre une sur, quelques jours après, je découvre lamour ! Jamais je nai passé de vacances aussi tourmentés !
Mon séjour sachève, je pensais rester une quinzaine de jours, il y a plus dun mois que je suis ici et je nai aucune envie de partir. Sabrina va me manquer terriblement, nous avons décidé de laisser passer quelques semaines, voir quelques mois et de faire le point ensuite. Tout cela est arrivé tellement vite. Le taxi descend mes bagages devant laéroport dAbidjan, Sabrina essaie de rester gaie et sefforce de ne pas pleurer. Elle a insisté pour porter un de mes bagages, cest un peu comme si on partait ensemble, dit-elle. Guillaume ne nous a pas accompagné : « Je vous laisse tous les deux, a-t-il dit, cette journée est à vous seul ». Sabrina a mis sa robe rouge, celle que je préfère car je trouve quelle met en valeur la couleur ambrée de sa peau.
Maintenant, jen suis certain, dis-je, ta peau à vraiment la couleur de lamour.
cest la dernière phrase que jai prononcée.
Rentré à Paris, mon père me demande mon impression sur lAfrique.
Tas certainement passé un séjour au calme, dit mon père, lAfrique cest pas comme ici et à la longue, on finit par sennuyer !
BOKAY
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