Cousinette
de Jean-Claude Chambon



Le vent frais faisait danser les feuilles mortes sur le bord de la route.
Il n’entendait que le cri des corbeaux noirs planant sous le ciel gris et le bruit rythmé de sa canne au bout ferré heurtant le bitume.
La même route, la même promenade quotidienne depuis des années,
sans doute.
Le vieil homme ne regardait plus le paysage, trop connu, il marchait et rêvait ne sortant de ses pensées que pour saluer, en levant la main, le paysan qui le doublait ou le croisait sur son tracteur.
Quatre jours seulement occupaient son esprit, quatre longs jours riches de rires, de désirs, de tendresse et d’assouvissement, quatre jours comme un îlot au milieu des flots, comme un Paradis perdu, et sa main, dans la poche, froissa un peu plus le papier du destin.

Il s’appelait Jean-François mais le plus souvent on disait Jeff
Elle s’appelait Marion…

Il lui avait laissé la salle de bain et avait pris une douche rapide sous l’installation estivale du jardin puis avait passé un pantalon de toile et une chemise.
Maintenant, tout de blanc vêtu, il préparait un petit buffet froid : restes de poulet, lambeaux de jambon, cubes de gruyère... et des boissons diverses. Il était en train de placer les assiettes sur une table basse dans le salon, quand sa voix rieuse l’interpella : « Coucou ! .. .mais on ne mangera jamais tout cela !…tu me sers un jus de fruit ? »
Il se retourna et resta sans voix. Il avait devant moi une jeune personne vêtue d’une robe noire qui laissait ses épaules nues, ajustée à la taille et s’évasant jusqu’aux genoux avec deux fines bretelles pour retenir tout cela !
Elle éclata de rire devant son air ébahi et pirouetta sur ses souliers à talon. Il vit alors que cette robe était très décolletée derrière, jusqu’à la taille, et qu’elle ne cachait rien de son dos !. « Tu m’as bien invitée à un apéritif dansant, alors j’ai voulu te faire honneur. Mais je vois que toi aussi tu t’es fait tout beau ! »
Il lui prit la main qu’il retourna et posa ses lèvres sur le poignet, au creux du coude puis sur l’épaule. Il passa un bras autour de sa taille et l’attira contre lui. Mais elle se dégagea : « Et la musique ? et mon jus de fruit ? se moqua-t-elle. »
Il la servit, prit également un verre et alla s’asseoir dans le vieux « club » tandis qu’elle allait s’installer sur le canapé. Elle avait croisé les jambes et agitait son soulier à lanières comme pour le provoquer. Il se leva et enclencha le magnétophone.
« M’accorderez-vous cette danse, Mademoiselle, j’ai très envie de vous prendre dans mes bras.
• Volontiers, fit-elle en passant ses bras autour de son cou, mais arrête de
me vouvoyer, ça me gèle.
Il serra un peu plus son corps contre le sien et en réponse, elle colla sa tempe contre la joue du garçon.
• Il n’y aura que des slows, pas assez de place pour une valse ou une
polka et puis il fait trop chaud!
Marion, mon amour, je suis très jaloux ; qu’as-tu fait aujourd’hui, raconte !
(Presque immobiles, leurs corps soudés oscillaient sur la musique.)
• Ah !Ah ! Tu veux déjà ressasser le passé ! Ce matin, j’ai un peu traîné
au lit, j’avais entendu le départ des parents et j’espérais un peu que mon amoureux de la veille oserait franchir le seuil de ma chambre sous prétexte de m’apporter une tasse de café, par exemple
• Et IL est venu ?
• Eh! non, alors un peu déçue, j’ai enfilé mon short extra-court et suis
descendue au jardin et là, je L’ai trouvé, à moitié assoupi sur l’une des chaises-longues ; sans bruit je me suis approchée, armée d’un brun d’herbe cueilli là, et j’en ai caressé sa jambe nue en remontant jusqu’à l’entrebâillement du short…un peu plus haut, à vrai dire…
• Coquine ! va.
— IL a ouvert les yeux, m’a regardée penchée sur lui et il a posé ses deux grandes mains sur mes épaules qu’il secoua de gauche à droite et vice-versa. IL sourit alors et dit : « J’aime bien tes jolis seins qui dansent »
• Un esthète, fit Jeff en déplaçant sa main sur la chair chaude que
découvrait l’échancrure de la robe.
Elle frémit et continua :
• Malgré le « jolis » je suis allée m’allonger sur l’autre siège, boudeuse
IL s’est levé alors, a ramassé l’herbe que j’avais laissé tomber et à son tour il a caressé ma jambe jusqu’au petit short. « Cette après-midi, si tu veux bien, Marion, je t’emmènerai dans ma forêt et tu pourras garder ce mini-vêtement pour que tes pâles jambes profitent du soleil. »
• Et il t’y a amenée, victime consentante parce que tu savais que tu y
rencontrerais le loup, et même attendais-tu ce moment ? Non ?
• Je vais tout te raconter, mais quand j’aurais bu un petit peu.
• Tu L’aimes bien, hein ?
• Qui ?
• LUI, bien sûr.
Pour toute réponse Marion posa ses lèvres sur celles de Jeff, prit son verre au passage et alla s’asseoir sur le canapé.
— Je dois signaler que c’est moi qui ai fait le repas, entre autre un délicieux poulet. Bon ! IL m’a fait monter sur sa moto et je me suis bien cramponné à lui quand il a démarré. Nous sommes vite arrivés au milieu des bois et il s’est arrêté au bout d’un chemin herbu. Je mis pied à terre.
— Allons ! n’aie pas peur, ma clairière est toute proche !
— Aïe ! je me suis accrochée dans une ronce, ça pique !
IL se retourna, vint vers moi et, se baissant, il enferma mes jambes avec son bras comme un rugbyman plaque un adversaire, et me souleva comme un sac. J’essayais de me débattre mais il me remonta un peu plus et je me retrouvai cassée en deux et criant pour qu’IL me lâche. Sais-tu alors ce qu’il a fait ?
• Oui…euh ! non, je ne vois pas.
• Tu n’es qu’un vilain hypocrite, Jeff, mais je vais quand même continuer,
pour MON plaisir. Viens danser.
Il eut le temps de déposer dans son cou deux baisers rapides avant de reprendre leur danse immobile.
• J’ai senti ses doigts qui remontaient le long de mes jambes, qui
remontaient, remontaient jusqu’à se glisser sous mon short où ils me caressèrent les fesses !
• Oh ! le cochon !
• Pour être honnête, je dois avouer que je trouvais cela plutôt agréable,
malgré ma position inconfortable, surtout quand il posa ses lèvres sur ma cuisse.
• S’il n’y a que cela pour te donner un peu de plaisir…
Jeff se baissa et chargea Marion sur son épaule.
• IL a fait comme ça ?
• Oui.
• Et comme ça ? continua Jeff en lui caressant les jambes.
• Comme si tu ne le savais pas, s’indigna Marion.
• Et je peux même t’expliquer la technique, la main gauche remonte
tandis que la droite te maintient et ensuite c’est au tour de la droite de te donner ce petit plaisir. Avec ta robe c’est plus facile de caresser tes fesses… Oh ! quelle bonne surprise !
• Ah ! oui, j’ai oublié de mettre une culotte.
• Gourgandine ! et cette après-midi l’avais-tu aussi oubliée ? s’offusqua
Jeff qui fit glisser son fardeau sur le canapé.
Marion resta allongée, la robe remontée jusqu’à la taille, laissant Jeff regarder à loisir ses longues jambes, son ventre légèrement bombé, et le petit triangle velu qui disparaissait entre ses cuisses. Il sentit une onde de chaleur l’envahir mais Marion se redressa, rabattit sa robe et, mutine, posa sa main sur le pantalon où saillait le désir de son cousin.
• Non, non, il faut attendre encore un peu, jeune homme, et c’est toi qui
va raconter la fin de notre promenade, puisque toi c’est LUI, et puis ça me reposera.
Jeff lui prit la main et, s‘asseyant dans le fauteuil, il l’attira sur ses genoux et enchaîna :
• IL la coucha sur le dos. ELLE avait fermé les yeux et avait l’air
mécontent.
• ELLE feignait, seulement.
• IL s’allongea près d’ELLE, plongea ses doigts dans les cheveux bouclés,
caressa son front ses joues, son cou, mordilla une oreille et posa ses lèvres sur les siennes.
Tout en parlant, Jeff rejouait la scène et Marion, heureuse laissait doigts et lèvres courir sur son visage, n’intervenant dans leur histoire que pour donner une précision.
• Enfin, IL se décidait mais il ne fallait pas qu’IL s’arrêtât en si bon
chemin, voilà ce qu’ELLE pensait. Alors ELLE dit d’un ton geignard :
— Tu m’as fait mal.
— Je t’ai fait mal ? cousinette chérie, où cela ?
— Là, murmura-t-ELLE en montrant son ventre. IL écarta la petite main et se mit à masser l’endroit douloureux à travers le tissu du short.
• J’adore quand tu dis « cousinette chérie », mais tu traînes, raconte donc
qu’IL a tiré la fermeture éclair et ouvert le short, qu’IL a posé ses lèvres sur mon ventre tandis que sa main droite parcourait mes jambes et que la gauche remontait sous le débardeur jusqu’à mes seins. Jeff, je te signale deux choses en passant, je n’avais pas de soutien-gorge mais une culotte, à vrai dire un string, et dis, tu oublies de me caresser comme IL le faisait…si bien.
Jeff s’empressa d’obtempérer et sa main pétrit les cuisses chaudes, s’aventura sur le ventre duveteux en effleurant le sexe, pour revenir par le même chemin. Marion soupira d’aise, heureuse prisonnière des bras du garçon et du fauteuil sur l’accoudoir duquel elle avait allongé ses jambes.
• Continue, veux-tu ?
• IL se redressa légèrement et, découvrant ses seins, IL les embrassa en
agaça les pointes avec sa langue, tandis que sa main glissait sous le string pour masser le sexe humide et ouvert.
Jeff s’arrêta soudain :
• Lève-toi !
• Pourquoi ? fit Marion étonnée.
• Il me manque quelque chose pour jouer la scène. Tiens ! tu as juste le
droit degarder tes souliers!
Il dégrafa la robe, fit glisser les bretelles et la « cousinette » se retrouva intégralement nue, les pieds pris dans le tissu.
• Alors, là ! tu improvises, parce que cela ne s’est pas passé ainsi, fit-elle
en reprenant sa place dans les bras de Jeff.
• Je sais, je n’ai pas eu le temps. Tu m’as renversé et à ton tour tu m’as
caressé et cela m’était agréable. Tu avais déboutonné ma chemise et promenais tes menottes sur ma poitrine, puis sur mes jambes ; tu les glissas même sous mon short et caressas mon sexe à travers le slip.
• Et il était tout raide … comme maintenant d’ailleurs fit-elle en se
soulevant un peu pour chercher sous elle avec sa main
.
Il passa son bras entre les jambes de Marion qu’il écarta, remonta entre les fesses comme un serpent: sa main arrivait au bas du dos et il sentait les lèvres mouillées de son sexe au creux de son coude. Elle avait fermé les yeux. Il se pencha et leurs langues se mêlèrent dans un long baiser.
Marion passa ses bras autour du cou de Jeff, nicha sa tête dans son cou et lui murmura :
• Ne me laisse plus attendre…! supplia-t-elle et elle commença
à défaire les boutons de la chemise.
Il passa son bras sous les genoux de sa cousine accrochée à son cou, sortit du salon, monta l’escalier jusqu’à sa chambre et la déposa sur le lit. Il arracha ses vêtements, se débarrassa de ses souliers et rejoignit la jeune femme. Il écarta en les soulevant les jambes qui se refermèrent sur sons dos et, d’un coup, s’enfonça, raide de tout son désir, dans le chaud fourreau élastique.

Perdu dans ses souvenirs, le vieux Jeff était arrivé devant la porte de sa maison, la même qui avait servi de cadre à leur amour. Il quitta son manteau et le suspendit à l’une des patères de l’entrée. Puis il se dirigea vers la cuisine et s’assit devant la grande table.

Il était encore en retard pour le repas. Il passa rapidement ses doigts sous le robinet et se hâta vers la cuisine. Les parents levèrent la tête et son père, oubliant de lui reprocher son habituelle inexactitude lui dit :
• Avant de t’asseoir, tu pourrais saluer ta cousine Marion.
Ah ! la cousine, il savait qu’elle devait passer quelques jours à la maison : son mari, militaire d’active, changeait d’affectation et en attendant son nouveau point de chute... Elle était là, la fourchette à la main qui le regardait avec un petit sourire.
• Bonjour, Jeff. Maintenant, je connais tout le monde.
• Bonjour, ma vieille cousine, plaisanta-t-il.
Sa mère intervint en posant devant lui une assiette bien remplie.
• Tu parles, si elle a deux ou trois ans de plus que toi !…Tu ferais mieux
d’aller l’embrasser, Ça se fait, entre cousins.
Il s’approcha : elle était bouclée comme un agneau et elle le regardait de ses grands yeux sombres, avec un petit sourire moqueur.
• Ne te lève pas, donne-moi seulement tes joues. Tu as un joli minois,
sais-tu ?
• J’aime mieux ça, fit le père, ta mère et moi, nous ne serons pas là samedi
et dimanche, au moins une partie de la journée, alors, autant que vous vous entendiez bien.

Il se leva et marcha jusqu’à la fenêtre : premier baiser, si chaste !

Après le repas il l’invita à faire un tour de moto.
• Tiens –moi bien ! si ça ne va pas, pince-moi et crie.
Elle l’avait entouré de ses bras. Le vent de la vitesse faisait danser ses
boucles et troussait sa jupe. Enfin, il s’arrêta devant la maison, et coupa le moteur.
• Tu as aussi une jolie cuisse droite et une adorable petite culotte blanche
avec de la dentelle.
• Comment sais-tu tout cela ?
• Un vieux truc, j’ai « bidouillé » mon rétro. à droite, et je n’avais pas
besoin de me retourner pour...
• …te rincer l’œil, acheva-t-elle en le menaçant du doigt.
• Allons ! je t’emmène jusqu’à notre chef-lieu de canton Mets un
pantalon, quant à moi, je vais réparer mon rétro, promis.
• Mais avant d’aller enfiler un jean je veux te prouver que ma cuisse
gauche n’a rien à envier à la droite, et elle remonta sa jupette du côté gauche, jusqu’à la hanche, en éclatant de rire devant son air ahuri.
Le trajet était assez court. Il gara sa moto devant l’église et esquissa un sourire à l’intention de sa cousine.
• J’étais très bien entre tes bras et tes cuisses.
• Me ferais-tu la cour ?
• Tout le monde me connaît ici, et les gens vont penser que j’ai fait une
nouvelle conquête.
• Ah ! bon ! Alors, tant pis pour ta petite amie, nous allons leur donner le
spectacle de deux amoureux.
Et elle glissa son bras sous celui de Jeff en se serrant contre lui.
Tout l’après-midi, ils jouèrent à ce jeu troublant. Ils déambulèrent sur les trottoirs, la main dans la main. A la terrasse du Grand Café, il passa son bras sur les épaules de Marion et embrassa même les boucles dorées, « pour faire plus réaliste », prétexta-t-il
• Avez-vous passé un bon après-midi, demanda la mère et Jeff n’a-t-il pas
été trop désagréable ?
• Oh ! une très bonne promenade, ma tante, et Jeff a été adorable.
• Adorable? Eh ! bien tu dois être une magicienne !

Il revint s’appuyer à la table, trop grande pour lui sans les
parents, partis il y avait peu de temps, sans elle, moqueuse, mutine, câline et qu’il n’arrêtait pas d’évoquer.
Les années étaient passées sans que le hasard les fit à nouveau se rencontrer. Ils avaient vieilli chacun de leur côté et avaient ainsi échappé au spectacle de la dégradation de leurs jeunes corps : les rides sournoises, les cheveux blancs, la peau qui se fripe et se tache, les seins flasques pour elle, l’embonpoint pour lui…
Jeff sortit de sa poche le faire-part froissé et le mit sur les braises de la cheminée. Une langue de feu jaillit, tordant la feuille : il distingua quelques mots :…Marion…décéd…ième année.
Il pensa :
« Même si parfois ils s’imposent, les souvenirs sont là, à notre disposition, comme des fleurs qu’il nous suffit de cueillir pour en faire un bouquet. Ils font partie de notre réalité et le souvenir du rire de Marion, de son jeune corps liane, est aussi vrai que le vent qui fait battre le volet ».
Il sourit en se redressant et décida d’aller chercher quelques bûches.


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