Depuis un certain temps, les anges et les saints se lamentent devant la raréfaction des âmes pures au Royaume des Cieux.
Inversement, Satan se démène comme un beau diable (évidemment) pour accueillir le nombre croissant des clients, et lEnfer est en continuel agrandissement pour faire face à la surpopulation.
Cela est dû certainement au relâchement des murs. Le mensonge, le vol, la fornication, le viol, la soif jamais étanchée de plus de pouvoir ou plus de richesses matérielles, ont fait de la plupart des Terriens des damnés en puissance.
Mais il était un temps où il fallait les gagner, ces âmes. Le service de renseignements du Diable lui indiquait les proies possibles ainsi que leur point faible tel que lavarice, la gourmandise, le goût pour les plaisirs de la chair ou la cruauté. LAnge noir devait alors envoyer sur Terre incubes, succubes et autres diables tentateurs. Cest le sujet de cette histoire
Chapitre I Où nous voyons se développer la stratégie du Diable. Lours déclencheur.
Il était une fois un joli petit village en fête, comme chaque année, pour honorer son saint patron : feu dartifice, baraques foraines, bal. Hier soir, samedi, le ciel sétait illuminé à grand fracas, terrifiant toutes les bêtes des fermes, des champs et des bois, mais faisant se pâmer les spectateurs émerveillés et permettant aux jeunes gens quelques baisers volés ou caresses furtives. Un bal avait suivi, mais un autre était prévu pour ce soir.
La chaleur de laprès-midi navait pas fait reculer les badauds endimanchés qui erraient, hésitant entre les diverses attractions. Les mères attentives surveillaient leurs enfants à cheval sur un cochon ou montant et descendant dans un petit avion, les plus curieux entraient dans la baraque de la femme à barbe ou dans celle de la Parisienne pour assister à son déshabiller. Assis devant leur porte, quelques vieux et vieilles contemplaient le spectacle en évoquant les frasques de leur jeunesse : Ah ! dmon temps, on savait samuser ! Les garçons en bras de chemise et les filles en robes légères se croisaient et sinterpellaient, les premiers faisant les farauds en groupes bruyants, les secondes riant comme de petites folles en se tenant par la taille.
Le bistrot de la place ne désemplissait pas et toutes les tables, qui empiétaient même sur le trottoir, étaient occupées. Accoudé au bar, Asmodée 3004 buvait une bière en bavardant avec un jeune homme du pays dont il venait de faire connaissance. Paul était intarissable sur lhistoire et les charmes actuels de son village.
Tu as trouvé enfin un interlocuteur attentif, mon petit Paul, dit en riant une jeune fille aux longs cheveux blonds.
Les deux jeunes gens sembrassèrent.
Tu nous présentes ? ajouta-t-elle, en dévisageant ce grand jeune homme inconnu, en chemisette et pantalon noirs. Celui-ci inclina légèrement la tête :
Je mappelle Xavier.
Paul intervint :
Elle, cest Noémie. Dhabitude on se donne rendez-vous au pied des grandes balançoires quand elle y monte, mais cette année, tintin, elle a trouvé un fiancé et lui seul peut voir ses jambes, dommage !
La jeune fille lui donna une bourrade, haussa les épaules et sortit rejoindre un grand garçon à lunettes et cheveux ras qui lattendait sur le trottoir. Il passa son bras sur ses épaules et elle se haussa sur la pointe des pieds pour lembrasser. Paul enchaîna :
Sacrée Noémie ! Elle est mignonne nest-ce pas ? Et quel tempérament ! Elle a séduit tous les garçons du village et des alentours qui forment sa bande. A-t-elle couché avec beaucoup dentre eux ? Je lignore, mais ce que je sais cest quelle na pas damies chez les filles qui ne se privent pas de médire delle.
Asmodée-Xavier écoutait en silence et, en lui-même, il se disait que sa mission serait plus facile qu'il ne se l'était imaginée. Paul voulut payer la tournée mais Xavier avait déjà déposé un billet sur le comptoir et lentraînait au cur de la fête. Il cherchait Noémie et son fiancé, les aperçut près du stand de tir vers lequel il se dirigea prétextant quil voulait tester son habileté en faisant un carton. De son côté Noémie poussait son ami à tenter sa chance :
Un militaire est sûrement expert ! Vas-y, Jacques, gagne quelque chose pour moi !
Jacques prit la carabine que lui tendait le forain et essaya de toucher des animaux en carton qui passaient sur un praticable: il réussit seulement à abattre léléphant. Xavier sapprocha, posa de largent sur la table dappui, épaula (visa-t-il seulement ?) , sa première balle fit sauter une pipe et, avec la même aisance, il abattit toute la rangée : le patron de la baraque avait juste le temps de recharger larme.
Eh ! bien, fit-il, admiratif, heureusement que tous mes clients nont pas votre adresse ! Choisissez ce que vous voulez !
Luc hésita, prit un gros ours en peluche, alla à Noémie et le lui offrit en disant :
Pour vous tenir compagnie quand votre militaire de mari sera de service.
Puis prenant le coude de Jacques et sécartant de la baraque de tir :
Vous avez remarqué que jai utilisé la carabine dont vous veniez de vous servir : jai constaté que votre balle frappait toujours à cinq centimètres environ à gauche de la cible. Jai donc visé à cinq centimètres à droite
et voilà. Le système de visée est généralement faussé : cest leur truc habituel !
Merci, de le présenter comme cela. Javoue que jétais un peu vexé davoir été aussi maladroit devant ma fiancée.
Et moi je ne sais comment vous remercier pour ce magnifique nounours, intervint Noémie qui les avait rejoints
Vous venez au bal ce soir ?
Bien sûr !
Alors, je vous demanderai de maccorder une danse, si toutefois votre fiancé le permet.
Oh ! Jacques veut tout ce que je veux, nest-ce pas ? fit-elle, mutine, en lembrassant sur le menton. A ce soir, donc !
Chapitre II Première tentation en musique. Où la vérité nest pas toujours plausible. La partie de cartes : Asmodée marque des points
sous la table.
Quand Xavier arriva près du parquet , salle de bal mobile que lon retrouvait dans toutes les fêtes de village, il se heurta presque à Paul qui linvita au bar voisin.
Noémie nest pas encore arrivée, nous avons le temps de prendre un rafraîchissement.
Xavier accepta : ce garçon bavard lui était sympathique. Il apprit ainsi que Paul poursuivait ses études à Paris où il préparait une licence dhistoire-géo et quil ne revenait ici que pour les vacances, que la mère de Noémie était veuve et travaillait à la poste de la ville proche où elle avait inscrit sa fille dans un cours privé de comptabilité et dactylographie, croyait-il, que la jolie brunette quils apercevaient près de lentrée du bal habitait dans une ferme et quelle avait la réputation dêtre sage
Ce fut un prétexte pour Xavier déchapper aux bavardages de Paul.
Eh ! bien je vais tenter ma chance !
Il sarrêta juste derrière la jeune fille qui, sentant sa présence, tourna vers lui un visage étonné : il lui sourit en plongeant son regard métallique dans ses yeux noirs. Comme envoûtée, elle accepta son invitation et le précéda sur la piste. Laccordéon asthmatique attaquait un tango. Elle dansait légèrement, se laissant conduire par son cavalier, obéissant à la moindre pression pour exécuter les divers pas quil proposait et se retrouva tout contre lui, la joue du garçon inconnu contre sa tempe. Xavier aperçut soudain Noémie qui venait darriver. Les épaules nues barrées de deux bretelles minuscules pour soutenir une robe à fleurs très ajustée quant à la partie haute puis plus ample jusquaux genoux, elle était ravissante ? En passant devant elle, il dissimula un sourire et serra un peu plus sa cavalière. La danse se termina. Jouant des coudes, il rejoignit Noémie.
Daccord pour cette valse ? fit-il en la prenant par la taille. Ils firent quelques tours en silence sur la piste encore libre, conscients des regards qui les détaillaient, lui linconnu mystérieux, elle, avec ses cheveux comme une auréole et sa jupe en corolle
Et puis, le nombre des couples augmentant, ils marchèrent un peu.
Vous avez perdu votre fiancé ? demanda-t-il.
Oh ! non, il est resté avec Paul : ils naiment pas beaucoup ce sport, ni lun ni lautre. Par contre, vous
je vous ai vu danser un tango torride avec Ginette.
Torride ?
Un vrai corps à corps.
Vous me trouvez plus réservé avec vous ?
Pour une valse viennoise, ce serait parfait.
Mais comme cest une valse musette
vous permettez ? et il attira son corps tout contre le sien. Elle sourit et ne résista pas. Ventres soudés, ils tournèrent pratiquement sur place, leurs jambes emmêlées. Elle sentait son souffle sur sa tempe et sa main largement ouverte qui pressait ses reins. A nouveau, ils marchèrent. Elle se cambra un peu pour le regarder bien en face:
Vous êtes remarquablement bronzé, remarqua-t-elle.
Votre peau est plus dorée, mais cest normal pour une blonde.
Et en disant cela, il faisait glisser un doigt sur lépaule nue de sa cavalière jusquà léchancrure de la robe qui découvrait la naissance des seins. Le regard de la jeune fille se troubla, elle reprit la main de son cavalier et ils se remirent à valser. La musique cessa et leurs corps se séparèrent.
Avec cette danse, vous ai-je assez remercié pour la jolie peluche ?
Je suis prêt à dévaliser la baraque de tir, pour avoir le plaisir de danser avec vous toute la nuit. Mais je pense quil faudrait retrouver Paul et votre fiancé.
Ceux-ci étaient toujours attablés à la buvette et firent une place aux danseurs. Noémie sassit près de Jacques et lui mit un bras autour du cou.
Quelle chaleur !
Tu comprends pourquoi jai préféré rester avec Paul, à prendre le frais.
Et il posa ses lèvres sur le bout des doigts de sa fiancée.
Que voulez-vous boire ? demanda Xavier. Bières pour les garçons et une menthe à leau pour la demoiselle ?
Quand il revint, Paul sadressa à lui, mais les deux autres jeunes gens avaient levé la tête et le regardaient.
Nous parlions de vous, oh ! rassurez-vous, ce nétait pas pour médire, bien au contraire, vous nous êtes à tous très sympathique, mais nous sommes étonnés. Voici un jeune homme apparemment bien sous tous les rapports comme on dit, qui nest pas un ours fuyant le monde et qui vient, seul, dans notre village perdu, alors que la France et le monde débordent de sites plus accueillants. Suis-je trop curieux, ou même indiscret
?
Bon, je sens quil va me falloir tout avouer (petit silence) : je suis un dangereux criminel recherché par la police.
Jacques traduisit le scepticisme apparent de ses amis :
Nous ne croyons pas trop à cette version dramatique, en avez-vous une autre ?
Je vivais avec une jeune fille que jaimais beaucoup, mais elle ma trompé avec celui que je considérais comme mon ami, il paraît que cest classique. Alors, jessaie doublier, en fuyant les hommes et les femmes bien sûr.
Et vous voici avec nous qui sommes des deux sexes, ce nest vraiment pas de chance, dit Noémie, dailleurs, dans votre cas, il vaudrait mieux retrouver une autre belle
un clou chasse lautre , interrompit Paul en riant, ou bien une de perdue, dix de retrouvées.
Vous ne me croyez pas encore ? Alors, voilà : je suis un diable à la chasse aux âmes.
Un éclat de rire accueillit cette affirmation.
Cest bon, je ne plaisante plus, je travaille dans le comité de Direction dune entreprise parisienne et pour me reposer, jai décidé de faire un grand périple dans la campagne profonde.
Hélas, vous y êtes, en plein dedans, ironisa Paul.
Je me déplace à moto et fait du camping sauvage, là où ça me plaît.. Je vous laisse maintenant choisir votre vérité.
Il but une gorgée de bière et les regarda en souriant
Il est diablement coriace, notre criminel qui soigne ses peines de cur dans les solitudes agrestes ! sexclama Paul, mais je pencherai pour la dernière version
si je vois la moto.
Et moi la tente, ajouta Noémie.
Jacques tapa sur la table pour réclamer le silence.
Vous savez que je suis militaire de carrière , comme on dit, et mardi je dois regagner ma garnison pour quelques jours. Alors, revoyons-nous demain, après la sieste, chez Noémie : japporterai une bonne bouteille. Nous jouerons aux cartes puisque nous sommes quatre et nous bavarderons entre amis. Et jespère que Xavier viendra à moto pour satisfaire la curiosité de Paul
Le lendemain, Jacques et Noémie accueillaient Paul quand le bruit dun moteur devant la maison les fit ressortir : cétait Xavier sur une grosse moto noire.
Donc, elle existe, déclara Paul.
Je nen ai jamais vu daussi belle, sextasia Noémie.
Xavier arrêta le moteur et mit son engin sur sa béquille. Il salua ses nouveaux amis et pour satisfaire leur curiosité expliqua rapidement quil sagissait dun nouveau modèle, presque un prototype, avec un moteur circulaire sans piston, ce qui avait permis dabaisser le réservoir et de réduire le bruit. Mais ils ne sattardèrent pas devant la porte à cause de la chaleur caniculaire et entrèrent dans la maison. Après la lumière éblouissante de lextérieur, Xavier fut surpris par la pénombre qui régnait dans la pièce où il venait de pénétrer.
En été, ma mère ferme toutes les fenêtres et les volets itou, pour conserver un peu de fraîcheur ; par contre, le matin de quatre à sept heures, tout est ouvert, fit Noémie, mais, comme je dors, je ne men aperçois même pas.
Au bout dune longue table rectangulaire qui pouvait accueillir une bonne douzaine de convives, une vieille nappe pliée avait été installée en guise de tapis. Xavier sy dirigea et commença de battre les cartes.
Il me semble que vous boiter, remarqua Paul.
Oh ! rien de grave. Ce matin, au démarrage ma moto a dérapé sur lherbe humide et sest couchée
sur ma jambe gauche ! Le genou est à peine enflé et la douleur est très modérée.
Asseyez-vous, et je vais me mettre à votre gauche pour protéger la jambe malade, plaisanta Noémie
Une belote, ça vous dit ? proposa Jacques qui sassit à son tour.
Daccord, je vais tirer les rois.
Et il distribua avec dextérité : comme par magie les deux rois noirs furent pour Paul et lui-même. Les joueurs étaient ainsi placés : Noémie avec Xavier à sa droite, et de lautre côté de la table, Paul et Jaques. Tout en jouant les jeunes gens bavardèrent, Paul en premier bien sûr, qui se félicitait davoir trouvé la vraie occupation de leur nouvel ami.
Oui, fit Jacques, mais tu y avais mis une condition qui exprimait ton doute: voir la moto.
Xavier sadressa à la jeune fille :
Si jai bonne mémoire, vous ne devez pas encore être convaincue : vous vouliez voir aussi la tente, hélas ! je nai pas eu le courage de la démonter.
La première partie sacheva sur la courte victoire des fiancés. Xavier massa son genou douloureux et en retirant sa main il effleura celui de Noémie quil ne pensait pas si proche. Il se tourna vers elle, leurs regards se croisèrent un court instant, mais ni lun ni lautre ne dirent mot.
Cest à vous de jouer, fit Paul.
Comme se parlant à lui-même, il répéta :
Cest à moi de jouer.. cest à moi de jouer...
Il jeta une carte sur le tapis et en même temps il écarta son pied vers la gauche jusquà ce quil touchât celui de sa voisine qui ne refusa pas le contact quand il appliqua son genou contre le sien. Cest Paul et lui qui gagnèrent la seconde manche. Jacques se leva pour aller chercher la bouteille promise.
Du champagne !sexclama Paul.
Cela nous changera de la bière. Patience je vais chercher les verres qui conviennent.
Paul le suivit :
Attends, je vais taider.
Sous la table, la main de Xavier effleura le genou de Noémie puis, lentement, remonta le long de la cuisse nue en repoussant la jupe. Comme hypnotisée, elle resta sans réaction sous la caresse , et ne répondit pas quand le garçon lui murmura :
Si vous avez envie de voir mon campement, soyez demain, à quinze heures, au premier croisement après le petit pont sur la rivière.
La voix de Jacques se fit entendre.
Je ne trouve rien dans le buffet, Noémie ! Viens, ma chérie, nous montrer où ta mère cache les coupes !
Ils burent au départ de Jacques et Xavier en profita pour annoncer le sien, mercredi ou jeudi.
Je vais continuer mon périple
à travers la France profonde, enchaîna Paul en riant. Noémie le regardait et Xavier crut lire dans son regard comme un reproche muet.
Il bavarda encore un moment avec ses hôtes et apprit ainsi que le mariage avait été fixé au deuxième samedi du mois prochain.
Sur le chemin du retour, Asmodée se mit à rire en pensant quil avait diablement bien manuvré.
Chapitre III Où Noémie succombe une première fois.
Noémie pédalait dans la côte qui suivait le petit pont. Elle savait quelle allait vers son destin, pourtant elle aurait pu ne pas venir et puisque le garçon sen allait le lendemain
Mais justement, cette rencontre serait sans lendemain, alors pourquoi se priver dun plaisir que son corps espérait, réclamait ?
Lair brûlant pesait sur la campagne immobile et malgré sa tenue légère marinière ample et légère, short blanc elle sentait la sueur couler dans son dos, entre ses seins. Encore quelques mètres avant le croisement qui paraissait désert.
Elle mit pied à terre, essoufflée. Bonjour, exacte au rendez-vous, malgré la chaleur. Elle laperçut et cette réflexion lui traversa lesprit : Comment se fait-il que je nai pas vu plus tôt sa chemise rouge et son short noir ? Il sapprocha, souleva le menton de Noémie et posa un baiser rapide sur ses lèvres moites. Cest pour vous remercier de votre courage. Donnez moi votre vélo. Il le conduisit jusquà un abri en planches, dans le pré voisin, puis revint vers elle et lentraîna vers la moto quil avait laissée au bord du fossé.
Je nai ni tan-sad, ni cale-pieds supplémentaires, expliqua-t-il en enfourchant son engin. Vous allez devoir vous installer devant moi: jespère que ce sera confortable. Allez, passer votre jambe, non, face à moi, voilà ! Maintenant croisez vos pieds sur le porte-bagages. Très bien, cramponnez-vous à moi, vous êtes entre mes bras et ne risquez pas de tomber. La jeune fille, muette de surprise devant tant daudace, obéissait, sans protester.. Elle se retrouva assise à califourchon sur le haut des cuisses du garçon dont elle enserrait les hanches entre ses jambes et le torse avec ses bras, le visage sur son épaule. Xavier posa ses lèvres brûlantes sur le cou de Noémie, juste à la naissance des cheveux, et doucement démarra.
Le chemin sinuait entre des éteules et des prés roussis clôturés de fil de fer barbelé. Il se rétrécit soudain et la moto longea une sapinière avant de ralentir puis de sarrêter. Le moteur se tut. Noémie laissa retomber ses jambes et sécarta légèrement du jeune homme. Celui-ci avait lâché le guidon. Ses mains se posèrent sur les cuisses nues de sa passagère et, lentement, remontèrent jusquau petit short blanc sous lequel elles saventurèrent. Dix doigts agiles écartèrent le mini-slip, explorèrent le ventre rond avant de redescendre par le doux chemin des aines vers le sexe humide quils effleuraient à peine, pour remonter et redescendre, encore, et encore
Lents et brûlants passages qui faisaient de Noémie une proie consentante. Leurs regards se croisaient, immobiles. Soudain, elle attira le visage de Xavier et posa sa bouche entrouverte sur la sienne ; leurs lèvres sécrasèrent et leurs langues se mêlèrent dans un baiser dont la violence leur fit oublier que ce nétait quun jeu démoniaque pour lun, la première trahison pour lautre.
Il retira ses mains et repoussa doucement la jeune fille qui semblait revenir dun autre monde. Allons, descendez, Mademoiselle, et venez découvrir mon installation ! Pendant quil installait la béquille de sa machine, elle fit quelques pas dans un petit pré au milieu duquel se dressait une tente. Deux bras entourèrent sa taille, deux bras dominateurs quelle caressa en se laissant aller contre lui. Il avait glissé ses mains sous la marinière et pétrissait les seins libres. Continuant sa progression, il fit passer le vêtement par-dessus sa tête ; elle avait levé les bras pour laider. Se retournant, elle plaqua son torse nu contre le sien et lui mit les bras autour du cou
Et si quelquun passait par-là ? fit-elle dans un dernier sursaut de pudeur.
Aucun risque ? Depuis mon arrivée ici, je nai vu âme qui vive, railla-t-il
sauf toi, maintenant, et la plus jolie qui soit.
Il sempara de ses lèvres. Ce fut encore un long baiser quils ninterrompaient que pour reprendre leur respiration. Il caressait son dos nu dune main tandis que lautre sétait glissé sous lélastique du short et pressait les globes de ses fesses. Suivant son exemple, elle avait soulevé la chemisette de Xavier et promenait ses doigts sur le dos musculeux. Sans interrompre leur baiser, elle déboutonna la chemisette et la fit glisser sur lherbe à côté de sa marinière.
Il la contemplait, si belle sous le soleil qui jouait dans ses cheveux et sur ses seins, offerte et impatiente. Une sorte de mélancolie embruma son esprit et une fraction de seconde il rêva dêtre un simple humain qui aime.
Mais il se reprit. Continue ! jaime tes mains qui me déshabillent. Il les avait prises dans les siennes, embrassées, puis posées sur la ceinture de son short. Non ? tu me laisses linitiative ? Il sagenouilla devant Noémie et descendit dun coup ses derniers vêtements jusquaux pieds quils entravèrent. Il se pencha et ses lèvres se posèrent sur celles du sexe découvert. Puis il se releva et, à son tour, se dénuda : dans ce nouvel Eden au bord du ruisseau, le Diable, cette fois, tenait le rôle dAdam face à limprudente Eve.
Il passa un bras sous les aisselles, lautre sous les genoux et allongea la jeune fille sur lherbe à lombre dun grand peuplier.
La tente est une étuve, alors
Elle avait fermé les yeux et laissait le garçon parcourir son corps. Elle sentait ses mains et ses lèvres qui tour à tour frôlaient son visage, ses seins, son ventre, son sexe
Elle gémit et lattira vers elle. Alors, il sinstalla entre ses cuisses et lentement la pénétra. Au fur et à mesure que le va-et-vient saccélérait, le corps de Noémie se tendait, arqué, jusquà la brûlure finale qui la fit retomber sur le sol comme une poupée sans vie. Ils restèrent un moment, allongés sur le dos à retrouver leur souffle.
Xavier se redressa et entraîna sa compagne vers le ruisseau. A cette époque de lannée, son niveau était au plus bas, mais en aval dun grand rocher, sétait formée une sorte de cuvette assez profonde pour prendre un bain.
A condition de sy asseoir : cest ma baignoire-sabot. Juge un peu du confort, jai leau courante !
Noémie saventura en poussant de petits cris à cause des cailloux qui lui meurtrissaient les pieds. Leau lui arrivait à peine aux fesses.
Viens donc, au lieu de faire le voyeur ! Elle est délicieusement fraîche.
Il la rejoignit et ils séclaboussèrent en poussant des cris comme des enfants innocents. Mais rien nétait moins innocent que le jeu de leurs mains sur leurs corps, lemmêlement de leurs membres, les contacts provoqués de leurs corps nus. Rien nétait plus dramatique, en réalité, que cette attirance charnelle feinte par lun et vécue animalement par lautre, que cette tromperie continuelle et naturelle du premier vis-à-vis de la seconde qui, pour sa part, trahissait la confiance de labsent.
Xavier le premier, mit fin à leurs ébats, et alla sétendre sur un rocher plat bien exposé au soleil, mais que leau devait recouvrir dès lautomne. La baigneuse en avait profité pour simmerger jusquau cou.
Comme ça, personne ne peut savoir que je nai pas de maillot.
Sauf moi, puisque cest moi qui tai déshabillée, et tu ne tes pas débattue, que je sache.
Ne crie pas comme ça ! toutes les bêtes du coin, les arbres, les nuages vont le répéter.
Il saccouda pour la contempler tandis quelle sortait de leau et tordait ses cheveux pour les égoutter.
Tu es la naïade de ce ruisseau et cest toi qui commandes aux bêtes et aux arbres, lui déclara-t-il en sallongeant à nouveau sur la pierre.
Noémie sétait approchée et regardait lanatomie du garçon. Elle sassit dune fesse sur la pierre et posa la main sur une jambe poilue, remonta doucement jusquau genou.
Tu ne souffres plus ?
Non. Hier jai un peu exagéré, mais cela ma donné un bon prétexte pour aller te chercher sous la table.
Hypocrite !
Sa main continua jusquau sexe recroquevillé sur la cuisse quelle évita, pour prendre dans sa main les testicules comme si elle voulait les soupeser.
Tu joues avec le feu, fillette, menaça-t-il.
Oh ! non, je ne risque rien.
Elle saisit dans sa main fermée la verge au repos, ce qui eut pour effet de lui rendre vie.
Tiens, je lai réveillée, fit-elle en se mettant à la presser entre ses deux mains, elle grossit ! elle grandit ! elle bouge toute seule ! Au secours !
Xavier excité, sassit. Noémie, feignant la terreur, gagna la berge en hâte et se mit à courir dans le pré. Lui, sétait lancé à sa poursuite en la menaçant de mille supplices et leut vite rejointe. Il plongea et accrocha sa cheville, ce qui la fit sétaler le nez dans lherbe. Il posa la main sur le dos pour lempêcher de se retourner et, de la droite, il se mit à pétrir les fesses charnues.
Tu as un joli petit cul, sais-tu ?
Le visage plaqué au sol, elle émit un grognement
Sa main glissa plus bas, entre les jambes qui sécartèrent docilement et massa alors la vulve gonflée et humide. Quand il la sentit incapable dattendre plus longtemps, il crocheta ses hanches et elle se retrouva à quatre pattes devant lui. Alors dun coup, comme un cerf sur la biche, il entra en elle.
Quand ils eurent pris leur plaisir, il sallongèrent sur lherbe, un moment silencieux.
Il demanda :
Pendant nos ébats, as-tu pensé une seule fois à ton fiancé ?
Sans répondre, elle se redressa vivement, alla chercher ses vêtements et commença à se rhabiller.
A son tour, il se leva et la rejoignit.
Tu vas lépouser, le mois prochain ?
Elle le défia du regard.
Pourquoi pas ?
Chapitre IV Où Asmodée termine son travail.
Elle nen croyait pas ses yeux. Ce jeune homme en blouson qui savançait vers elle en souriant, mais oui, cétait bien Xavier; il ny avait pas de doute malgré le pâle éclairage du hall de la gare. Dailleurs, lui aussi lavait reconnue semblait-il puisquil venait à sa rencontre.
Par quel hasard ..?
Bonsoir, Noémie. Vous ne maviez pas invité à votre noce et je nai pas pu féliciter les jeunes mariés alors
alors vous êtes venu à la gare en pleine nuit nous présenter vos civilités, seulement vous avez un peu de retard, le train de Jacques a quitté le quai il y a au moins cinq minutes.
Ne vous fâchez pas, cest le hasard seul en effet qui me donne le plaisir de vous retrouver. Javais à faire dans cette ville et comme je nai pas réussi à avoir une chambre, je comptais profiter de la salle dattente pour my reposer. Mais vous regagniez votre hôtel ? Alors je vous raccompagne.
Et sans attendre sa réponse, il glissa sa main sous le coude de la jeune femme. Comme ils passaient près dun réverbère, Lucien sarrêta et se penchant vers elle il murmura :
Vous êtes très jolie, vous me rappelez une jeune fille que javais emmenée sur ma moto jusquà une charmante clairière
Elle sarrêta et lui fit face.
Cette jeune fille sest mariée depuis.
Ils sétaient remis à marcher
Et elle a tout oublié ? Moi, pas. Je la revois nue dans le soleil avec, sur sa peau, les gouttes irisées comme de petites pierres précieuses.
Noémie frissonna.
Vous avez froid ?
Cest la fatigue, et il est tard.
Il lâcha son coude et mit son bras sur ses épaules, lattirant un peu contre lui.
Je vous remmène.
Ils étaient arrivés devant lhôtel du Cheval Blanc où toutes les lumières étaient éteintes.
Cest donc là que lon va se quitter, Noémie. Dans ma salle dattente, je rêverai de cette jeune fille qui se serrait dans mes bras, cette jeune fille dont je vous parlais tout à lheure et qui vous ressemblait tant.
Elle avait levé son visage vers le sien et lui sourit.
Dans ma chambre, je crois avoir vu un grand fauteuil, ce sera plus confortable quun banc et si vous me promettez dêtre sage
Elle lui tendit la main et ils entrèrent dans lhôtel.
Impression de chaleur moite dans la chambre quéclairait par intermittence lenseigne clignotante dun magasin proche. Noémie navait pas voulu quon allume. Elle lui avait montré le fauteuil dont elle avait parlé, elle avait rapidement quitté son imperméable et sétait glissée dans le grand lit.
Puis-je fumer sans vous déranger ? Cela maide à dormir.
Elle ne répondit pas mais entrouvrit les paupières. Il avait quitté son blouson et son polo et se détachait sur le rectangle plus clair de la fenêtre ouverte. De temps en temps le néon rougissait son visage et ses épaules nues. Elle sentit lodeur du tabac blond et se retourna sur lautre côté.
Il alla sasseoir sur le fauteuil et attendit. Il lentendait remuer sous le drap, à la recherche dun sommeil qui ne venait pas ou dont elle ne voulait pas inconsciemment. Elle nétait plus que désir. Elle attendait, elle lattendait.
Alors, quittant le reste de ses vêtements, il sapprocha du lit et sassit sur le bord. Il glissa ses doigts dans les cheveux épars, parvint au visage quil redessina dun doigt, yeux frémissants, bouche humide. Les bras de Noémie lenserrèrent soudain, lattirèrent et leurs lèvres sunirent. Dun pied rageur, elle avait rejeté les draps, offrant son corps aux caresses. Son bras était retombé sur les cuisses de Xavier qui navait pas bougé, sa main tâtonnante avait trouvé la verge raidie quelle pressait de tous ses doigts.
Tu nen as plus peur maintenant, ironisa-t-il.
Elle souleva sa tête, lavança et il sentit ses lèvres envelopper son sexe et toute sa bouche laspirer. Il sallongea sur le côté et enfouit son visage entre les jambes ouvertes
Le temps sétait arrêté pour eux. Glissant, rampant, se hissant, roulant, tanguant, leurs corps montaient à lassaut lun de lautre, membres emmêlés, dénoués, écartelés. Et quand, les cheveux collés par la sueur, les seins meurtris, les lèvres douloureuses, les cuisses poisseuses, Noémie, haletante, essayait de reprendre son souffle et de calmer les battements de son cur, les mains de son compagnon couraient à nouveau sur sa peau pour y faire renaître le désir comme on attise un feu, et des braises rougeoyantes séchappent des étincelles, et de petites flammes bleuâtres naissent, vacillantes pour devenir langues dévorantes.
La clarté blanchâtre de laube laissait deviner le corps nu la jeune femme dans le lit saccagé et penché sur elle, comme une ombre noire, Xavier. Il posa la main sur son épaule. Elle gémit sans ouvrir les yeux et se recroquevilla, cherchant à se couvrir du drap dune main tâtonnante. Il laida.
Noémie, je vais te quitter et jamais plus tu ne me reverras.
Tu es un petit animal sensuel, un joli petit animal qui ne réagit que dans linstant pour le plaisir de sa chair. Et pour la satisfaction de ce besoin, tu vivras dans le mensonge, mais jamais tu ne connaîtras lamour.
Epouse infidèle, tu pourrais te séparer de Jacques, ce qui serait honnête, mais je pense que tu le garderas comme couverture sociale pour le choix de tes amants et comme source de revenus.
Tu vieilliras, ton corps et ton cur se dessécheront et pour survivre tu continueras à te mentir avec assurance, sans remords. Quant à ton âme racornie, sans reconnaissance et sans repentir, il lui restera léternité de lEnfer.
Et tandis que Noémie sombrait dans le sommeil, Xavier-Asmodée disparut.
Les contes, en général, ont une fin heureuse. Celui-ci se termine sur une note sombre et lon peut regretter de quitter sa lecture sur un avenir aussi désespéré.
Les pêcheurs savent que pour ne pas revenir bredouille, il faut appâter le poisson, cest à dire linciter à venir près de lhameçon en lui proposant ce quil préfère. Hélas ! Ils savent aussi que cela ne suffit pas et que beaucoup dautres facteurs interviennent : température de leau, direction du vent, habileté du pêcheur, expérience du poisson qui sest peut-être déjà fait piquer
Laissons donc à Noémie quelques chances déchapper à son sort. Avec un corps maîtrisé et la reconnaissance de ses erreurs, elle peut espérer le pardon des autres et la ruine des efforts dAsmodée.
Même les ronces donnent des fruits. Au jour dernier, tu apporteras des brassées de mûres sauvages et les anges voleront devant toi.