Marianne et Corentin
de Jean-Claude Chambon



– Entrez vite, à cause des courants d’air !
Non seulement la porte s’était ouverte quand il avait sonné mais encore cette voix musicale appartenait à une jolie femme souriante qui referma la porte derrière lui.
Il se présenta … venant de Thiers …coutellerie …, mais elle ne l’écoutait pas, toute occupée à regarder cet homme au visage de jeune premier.
Je suis folle, il voit bien que je suis plus vieille que lui et si je suis trop gentille, il va croire que je cherche un gigolo !
Elle n’a pas l’air d’être très intéressée. Dommage, je la trouve bien attirante avec ce léger peignoir qu’elle a du enfiler en catastrophe quand j’ai sonné. Et puis elle est aimable et m’a proposé de quitter ma veste … avec cette chaleur, ce n’est pas de refus !
Je lui ai expliqué que dans mon métier le costume cravate était une nécessité, mais j’acceptais son offre avec plaisir.
Il a posé sa valise, a ôté sa veste et sa cravate et retroussé les manches de la chemise dont il a ouvert le col. Avec sa mèche de cheveux sur le front, sa bouche un peu charnue, c’est vraiment un bel homme.
J’aime bien son visage à l’ovale régulier, ses longs cheveux noirs ondulant jusque aux épaules et ce regard plein de douceur qui croise le mien sans ciller. Elle a pris ma veste et l’a posée sur le dossier d’une chaise puis elle est allée s’asseoir sur la banquette les deux mains posées sur ses genoux serrés. Je lui ai raconté un peu de mon travail du matin, les portes qui ne s’ouvrent pas ou qui s’ouvrent avec, dans l’entrebâillement, la triste apparition d’un visage renfrogné, de bigoudis multicolores ou d’une énorme poitrine qui s’affaisse.
Il parle avec esprit et quand j’ai ouvert la porte, il a cru – dit-il – qu’il arrivait au paradis ; Il s’est tu un moment en me dévisageant, mais il a dû se rendre compte de mon inquiétude devant cet examen car il a ajouté :
– Vous êtes belle comme une princesse prisonnière tout en haut de la
tour !
– Nous voici en plein Moyen Age !
– Et si vous le voulez bien, je suis le Prince qui vient vous délivrer.
– Le Prince Charmant, alors.
Elle m’a répondu en riant, ce qui a fait naître deux fossettes au creux de ses joues. Elle est attirante, je n’ai plus envie de vanter les couteaux de ma valise, je préfère continuer le jeu …on verra bien.
Il s’est avancé, a mis un genou au sol a posé ses mains sur les miennes :
– Voulez-vous, Princesse, que je vous dise un poème comme Gille devant Anne dans « Les Visiteurs du soir » ?
Et le visage tendu vers le mien, il m’a dit un bout du poème d’Aragon :
« Mon bel amour, mon cher amour, ma déchirure,
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
… »
Il y met le ton comme s’il voulait me convaincre de sa sincérité … et je sens que mon cœur bat un peu plus vite. Tout en parlant, il caresse légèrement mes mains et mes poignets, et je ne les retire pas ! Ses mains sont plus grandes que les miennes et le bout de ses doigts glissent aussi sur mon peignoir, sur mes cuisses ! En est-il conscient ? … et mon corps frémit, et je laisse faire.
Elle a de petites mains très douces que j’enferme dans les miennes en remontant légèrement sous les manches évasées du peignoir, et je laisse déborder mes caresses sur ses cuisses nues sous le tissu. Elle a un visage sérieux mais semble accepter mon audace.
Il faut que je réagisse sinon il va me prendre pour une betterave.
– Relevez-vous, mon Prince, et prenez place à côté de moi
– Aimez-vous les caresses, celles qu’on reçoit mais aussi celles qu’on donne ?
Je lui souris, en effleurant sa joue du bout de mes ongles, me penche soudain et mes lèvres effleurent les siennes. Je pensais qu’il allait se précipiter sur ma bouche. Mais non, il prend seulement mes mains et les pose sur sa nuque.
– Alors, à vous de jouer, ma Princesse, et il s’allonge sur la banquette, la tête sur mes genoux, et si les boutons vous gênent dégrafez-les !
Depuis combien de mois, d’années, n’avais-je eu l’occasion d’exprimer le trop plein de ma tendresse ? Un homme semblait désirer mon corps et m’abandonnait le sien ! un homme-enfant qui s’offre à mes caresses en toute ingénuité Mes doigts explorent son visage, son cou, s’aventurent sous la chemise sur les épaules, la poitrine imberbe ; ils font maladroitement sauter les boutons jusqu’à la ceinture du pantalon, découvrant le torse musclé dont mes yeux se repaissent. Sa main gauche, qui s’était posée sur mon genou, remonte le long de ma cuisse et mon trouble s’accentue ; l’a-t-il perçu ? Il se retourne, me regarde et se redresse. Son bras entoure mon cou, nos deux visages se touchent, il prend mes lèvres entre les siennes, les relâche pour les reprendre encore, sa bouche brûlante brutalise la mienne qui s’abandonne, nos langues se mêlent. Le temps s’est arrêté.
– J’aime quand tu caresses mes seins et je rêve des tiens.
J’ai écarté son peignoir dont j’ai défait la ceinture. Ses épaules frémissent quand je les embrasse, et sa poitrine qui tend la nuisette transparente semble m’appeler. A nouveau je pose ma tête sur ses cuisses découvertes, mais j’ai changé de côté, ma main droite, sous la courte chemise, monte jusqu’à ses seins qu’elle enveloppe tour à tour, redescend sur le ventre bombé où elle s’arrête. Je sens ses mains à elle qui parcourent mon corps dénudé jusqu’à la taille.
– Tu as quand même plus de facilités que moi !
Alors il a dégrafé sa ceinture, descendu le zip de son pantalon et ses doigts viennent à nouveau jouer avec les poils de mon pubis tandis que sa bouche se colle au creux de l’aine. Répondant à sa muette invitation, j’écarte l’élastique du slip, redresse sa verge que je sens durcir le long de mon bras quand je m’aventure jusqu’au deux petits sacs de velours si doux au creux de ma paume. Sensible à mon toucher, il se redresse, écarte mes cuisses et ses mains pétrissent mon sexe, écartent les lèvres humides de ma vulve et l’excitent par un lent mouvement de va-et-vient. Je sens que je ne tiendrai pas longtemps.
Elle a interrompu sa caresse, a enfermé mes mains dans les siennes et m’a obligé à me redresser. Sa respiration s’est accélérée comme si elle avait couru. Elle a pris ma tête entre ses mains, et bouche contre bouche avec une voix un peu rauque :
– Veux-tu faire l’amour avec moi ?
Je l’ai embrassée, nos lèvres écrasées, et quand, à bout de souffle, nous nous sommes séparés, j’ai murmuré à son oreille :
– Je vais te baiser, Princesse, je vais te baiser, je vais te baiser, maintenant,
où tu voudras, là sur le canapé, ou sur une chaise, debout si tu préfères…
Il quitte ses derniers vêtements, tandis que je me lève et me débarrasse du peignoir.
– Garde ta nuisette, elle ne cache rien et tu es plus érotique encore avec
elle !
Il m’attire contre son corps nu et presse mes fesses pour me coller à lui ; je sens son sexe tendu contre mon ventre.
Elle passe un bras autour de mon cou et m’entraîne vers la chambre, vers le lit…
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– Je m’appelle Marianne.
– Et moi c’est Corentin.


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