Elle se pencha sur le fauteuil en retenant son souffle.
La tête appuyée au grand dossier et un peu penchée sur lépaule, la bouche entrouverte, apparemment il dormait. Avachi dans « son » fauteuil, il faisait sa sieste quotidienne devant le téléviseur dont il avait baissé le son : ne pas larrêter surtout, cela le réveillerait plus sûrement que la sonnerie du téléphone !
Elle sourit, revint vers le fond de la pièce et se laissa choir sur le canapé. Comme il tournait vers elle un visage interrogateur, elle déposa un petit baiser au coin de ses lèvres.
Ne tinquiète pas, il dort comme un sonneur.
Leurs mains se joignirent dans le faible espace qui les séparait. Leurs doigts glissant vers la cuisse de lautre, essayaient de presser la chair à travers létoffe de la jupe ou du short.
La chaleur était accablante, au loin le tonnerre grondait. Il aurait bien aimé essuyer la sueur sur son visage.
Il entrouvrit les paupières. Sur le mur, un peu à droite, il y avait, encadrée, leur photo de mariage. Combien de temps déjà ? cinq ans bientôt. Souriants, serrés lun contre lautre, les mains enlacées
comme les deux autres, là, derrière, dont le jeu se superposait à la photo, et elle cétait sa femme !
Il sefforça de conserver une respiration régulière, la respiration un peu rauque du sommeil.
Elle se leva et fit tourner sa jupe pour que le zip soit sur le côté ; elle louvrit, reprit sa place et saisissant la main du garçon, elle la glissa dans louverture.
Immobile dans son fauteuil, il eut un sourire crispé.
Au début de leur relation, avant le mariage, donc avant la photo qui lui souriait derrière le verre protecteur, ils étaient allés au cinéma. Et de la même façon, elle lavait invité à la caresser intimement au milieu des spectateurs qui suivaient laction du film et elle avait posé « innocemment » sa main sur sa braguette
Combien de fois avait-elle renouvelé ce manège provocateur, et avec combien dhommes divers ? Le reflet de leurs visages qui effaçait le sourire du cadre, lui racontait la montée du plaisir et du désir. Allaient-ils faire lamour sur le canapé, dans la pièce même où le mari était censé dormir ?
Je ne vais pas tenir longtemps, lui souffla-t-elle haletante.
Tu veux que jarrête ?
Oh !non ! Suis-moi !
Ils se levèrent et sortirent sur la pointe des pieds.
Malgré le roulement sourd de lorage qui se rapprochait, il entendit le léger grincement de la porte qui se refermait : il aurait dû graisser les gonds, mais chaque jour il oubliait ou remettait au lendemain.
Il se leva, alla décrocher le fusil au-dessus de la porte, prit en passant deux cartouches dans le tiroir du buffet et chargea son arme.
Silencieusement, il sortit dans le couloir ; la porte dentrée que le vent faisait battre lui indiqua le chemin. En passant devant la grange, il entendit un murmure de voix et son rire à elle. Il entra.
Ils étaient couchés sur le vieux matelas de la grand-mère qui navait pas encore été jeté. La jupe relevée jusquaux hanches, elle lenfermait de ses jambes nues : lui avait descendu short et slip sur les chevilles et, les fesses ridiculement pâles, il allait et venait en elle au rythme de leur plaisir.
Il savança, épaula : elle avait tourné la tête et ses yeux sagrandirent, sa bouche souvrit pour crier sa peur.
Les deux détonations se succédèrent.
Dans le silence qui suivit, on entendit un chien hurler à la mort.
Et les premières gouttes tambourinèrent le toit de tôle