Le voyage en Californie
de Joffrey Barbet

        

Le voyage en Californie, fiction et faits réels

Je commence à me sentir plus à l’aise depuis qu’une certaine distance me sépare de Carolina. J’ai quitté Laguna depuis deux heures, deux heures pendant lesquelles j’ai appréhendé les Etats-Unis d’une toute autre façon comme un fruit dont je n’aurai connu que l’arrière goût amère, et deux heures que je suis seul.

Il est à peu près 16 h30 quand je m’éloigne à travers le métro de Los Angeles, dans les couloirs qui laissent échapper une lumière diffuse, presque artificielle comme autant de solutions possibles à mon problème.Je suis dans la station des bus « Greyhound ».Une bonne partie de la journée s’est déjà écoulé depuis que je cherche la sortie de ce labyrinthe.

Cette après-midi j’ai traversé la ville de Los Angeles et j’y ai découvert un autre monde.

J’arrive de Paris, je n’ai aucun repères, je me force à oublier la raison de ma venue ici.Ce voyage planifié depuis plusieurs mois déjà, me laisse livré à moi-même.

Ce qui va me faire avancer, c’est uniquement la certitude que je ne suis pas perdu ici mais bien que je suis venu donner vie au rêve qui me hante depuis des mois.

Je skate, j’achète de quoi manger je demande mon chemin dans un anglais laborieux, j’essaye de suivre un itinéraire sur mon plan, j’attends un bus et il n’arrive pas, je me lasse puis je repars.Mais dans quelle direction aller?

Est-ce vraiment la question approprié, cela à t’il une importance ?

Depuis mon arrivée, je n’ai pas pris le temps de me poser la question… Vivre le moment présent, ne se préoccuper de rien.

Le métro…j’idéalisait L.A parce que je m’en était fait une opinion, depuis mon petit chez moi.

Surtout en regardant des séries télé.Après avoir traversé l’océan d’un bout à l’autre à l’autre j’avais mis le pied de l’autre côté de l’écran.

L’écran Californie.Ici pour moi c’est d’abord cette gare routière, pleine de promesses et le trafic, la foule puis la chaleur et la liberté.Dans le métro c’est pareille, je regarde tout et tout le monde, j’ai l’impression que cette ville est prête à me dévoiler beaucoup de choses.Tout y est immense, personne ne va me remarquer mais j’ai peur de me faire avaler.Me faire avaler là où vont tout ces gens.

Surtout ne pas les suivre.

Sur Hollywood Boulevard, un panneau affiche « Tout à 1$ », l’uréthane polit de tout mon poids les noms illustres des enfants du cinéma.Carrière fructueuse et destins brisés.Je ne reste pas ici.

Je prends tout droit et j’achète mon billet  pour Santa Barbara.

L’année dernière alors que je vivais au Mexique j’ai fait la connaissance d’une fille en particulier, Carolina.

Ce soir je dors dans un hôtel à Venice Beach, qui figurait en haut de la page du Guide du routard dans la catégorie « Cheap ».Tout ce déroule très bien pour le moment.

Je n’ai eu aucun problèmes pour arriver jusqu’ici, il ne me reste que la crainte que l’on finisse par me demander ce que je fais là et surtout ce que je viens y chercher.Alors si tout simplement j’arrêtais de me poser la question cela pourrait devenir clair dans mon esprit.

Je suis une exception, parmis tout ces voyageurs heureux et béats.

De ma récente solitude découle un sentiment de petite honte en quelque sorte.Une part de pizza servie sur une planche de surf désuète dans un restaurant dont j’étais le seul client,

ne m’apporte pas plus de réponses, alors que je ressent cette impression de vide immense, palpant la substance du néant, avec tout ces gens autour de moi.

Venice n’a pas bonne réputation à la tombée de la nuit.Au bout de la plage qui est déserte, il y a une grande roue comme celle de la place Concorde, mais ça m’a l’air d’être un peu loin quand même.Un joint et quelques bières plus tard je rejoins le dortoir de l’auberge de jeunesse.Je consulte un peu mes mails sur l’ordinateur mis a disponibilité dans l’hôtel, et quand je pousse la porte de la chambre une forme occupe déjà  le lit à côté du mien.Je m’abstient de faire du bruit.

Pas de lumière, aucun son et je m’endors.

Y’ a tellement de chose à voir que ça me dérange d’être seul, j'aimerai partager tout ça avec quelqu'un.

Mon rêve… San Francisco.

Le beau père de ma copine, désormais ex-copine est un surfeur hippie vétéran du Vietnam d’une cinquantaine d’années. Il ne lui reste d’ailleurs plus beaucoup de dents dans sa bouche par laquelle il laisse échapper parfois des hurlements, plus rarement des bribes de phrases partiellement étouffées par ses déglutitions.

Depuis mon arrivé à Laguna, la semaine dernière j’avais passé plusieurs soirées avec la bande des copains de Carolina, les surfeurs.Une vieille guitare trainait dans l’atelier du patriarche, alors pendant que tout le monde chantait, ivres à mourir, je me confondais grâce à la musique parmis ces étrangers.Je ne tarderai pas à penser que Carolina est une totale inconnue elle aussi.Aussi étrangère, que son entourage.

Cela faisait plusieurs mois que je travaillai à économiser pour mon billet dans une usine d’assemblage depuis le fond  de la banlieue Parisienne.J’avais trop attendu, à mon goût pour vivre mon rêve.D’ailleurs à l’atelier je n’en n’avais jamais parlé de mon rêve.Là-bas je gardais ça pour moi.

Le beau père de Carolina avait vécu une bonne partie de sa vie au Mexique et après de brèves présentation, il me parlait un espagnol approximatif.Mais les obstacles de la langue ne l’empécherent pas d’apprendre qu’entre sa belle-fille et moi la situation se compliquait de jour en jour.Il me conseila alors simplement de profiter de la vie, de voir du pays.Facile à dire lorsque l’on a pas le cœur brisé.Mais j’en conclu qu’il m’apréciait malgré qu’il ne souhaitait pas non plus me voir chez lui tout les matins au réveil, durant un mois.

Il me disait qu’on pouvait traverser la Californie sans problème et même y faire du camping sauvage. 

Après m’être fait un résumé de la situation, j’avais probablement dû hésiter pendant deux longues secondes.En fait tout me poussait à partir. Voilà pour l’histoire.

Malgré le contraste évident avec le reste de mon voyage, les premiers jours passés à Laguna Beach, resteront gravés dans ma mémoire.Carolina m’avait auparavant écrit plusieurs lettres où elle s’épenchait largement sur l’amour qu’elle me portait dans son cœur.

Nous partirions à San Francisco, m’avait t’elle dit.Le nord c’est différent et tellement beau.Des images se formait dans mon esprit.Ces images, elles m’aidaient le matin quand à cinq heure je sortait sur mon VTT, pour me rendre à l’usine d’assemblage où plus la date de mon départ en Californie approchait plus ma productivité elle, baissait.Je me trouvais investi d’une véritable mission, et je n’acceptais pas les commentaires désabusés.J’avais choisis de me rompre à la tâche pour me permettre de retrouver cette fille qui se donnait un mal fou à faire croître des espérances dans ma tête.J’assemblais des rêves, naïf et amoureux.Opportuniste autant que mes choix manquaient de maturité.Avec Carolina, au téléphone déjà c’était moins évident, donc j’évitais.Paris-Los Angeles ça faisait cher le mot, des mots que je choissisait judicieusement et du coup j’essayai de ne pas bégayer avec mon anglais qui en était à ses balbutiements.Au début je ne sais pas lequel de nous deux avait été le plus hypocrite.En tout cas à mon arrivé, tout avait recommencé comme lorsque je l’avais quitté six mois plustôt devant la station Vaugirard.

Les illusions d’optique fréquentes à Mexico, ajoutée aux illusions sentimentales, fréquentes à Paris on sûrement du jouer entre nous.Les deux villes qui avaient vu naître notre amour étaient le théâtre d’un dernier acte pitoyable, intitulé la « Cité des Anges », et bon dieu, quels Anges !

Nous ne partagions pas les mêmes passions, et j’en remercie le ciel aujourd’hui encore.Mon seul regret fût de ne pas m’en rendre compte plus-tôt.Nos retrouvailles furent heureuses certes mais elles étaient calculées.On se préparait à se revoir depuis des semaines, Mais on ne savait pas que la suite du programme, laisserai planer sur la survie de notre couple, le doute le plus complet.

Un bus traverse Hollywood, le trajet dure approximativement quatre heures.

Jusqu’à Santa Barbara, les paysages sont magnifiques, je retrouve un peu de ma confiance, en me disant que au fond les choses ne peuvent pas être pire.

Seul dans un pays que je ne connais pas encore, je me sens libre de réaliser toutes mes ambitions.Avec un lecteur de CD portable, et un carnet de note pour seuls compagnons, pour le moment.

Me voilà donc sur la route, l’argent peut’être viendra à me manquer…je pense que ce n’est pas grave.

Effectivement déçu par le prix des chambres d’hôtel à Santa Barbara je prends un bus qui me conduit au camping municipal.Moi qui ne voulait pas m’écarter de la route, je me retrouve à des kilomètres du centre ville.Cette route qui est tout pour moi, je m’y raccroche de toute mes forces, à bout de bras.J’espère seulement que mes vœux seront exaucés.

Je me suis endormi hier soir couché à même le sol de la tente dans mes vêtements.

Ce fût une nuit atroce, une nuit passé à dormir dans le froid.Je pouvais aussi voler le linge des voisins qui sèchait sans surveillance à côté de mon emplacement.Mais non je ne l’ai pas fait.Nous ne vivons qu’une fois et ces choses n’ont pas d’importances mais j’avais surtout envie de rentrer chez moi pour me blottire contre quelque chose de chaud et ce n’était pas envisageable.Je me suis endormi dans un des compartiments de douche du camping.La ventilation expulsait de l’air chaud et je me suis effrondé de fatigue après avoir pu retourner l’absurdité de cette situation des dizaines de fois. Je n’ai jamais accueilli les premiers rayons du soleil avec autant de joie.

Ma grande préoccupation aujourd’hui, c’est de devoir m’acheter un sac de couchage pour ne pas réiterer une expérience guère enrichissante.Une dépense imprévue dans mes comptes.

Je fais la rencontre de Jesse Mayers.

Il prêche la bonne parole.Il est occupé à promener son chien seul sur la plage lorsqu’il m’aperçoit.Moi et ma dégaine de Français, mon sac à dos estampillé « années quatre-vingts ».Il me raconte que JESUS lui a sauvé la vie, il mène une existence saine, dénué de drogues et d'alcools.Je ne sais pas quoi répondre quand il me dit que la Marijuana peut détruire une vie.Ca me paraît absurde, mais cet homme a le visage d’un érudit, peut’être aussi a t’il enduré de véritables épreuves, semblables voir pires que celle que je vivais à l’instant.

Ayant reçu sa bénédiction, Jesse me donne sa carte de visite et s'en va en me souhaitant bonne chance.Il a un regard profond à ce moment là et je me suis sentit inspiré de courage plusieurs fois en n’y repensant.

Je parle assez bien anglais pour me faire comprendre mais il subsite toujours une gêne que je ne peux pas surmonter.

Je ne cherche pas à me méler d’amitié avec les gens de toute façon.Tout comme à l’usine où j’assemblai des rêves qui sont défaits maintenant.

A cause de Carolina je porte l’aura de l’échec.Mes paroles sont graves, mon itinéraire un fracas et je suis sur le point d’hurler et de pleurer à tout moment.

N’ayant rien à ésperer voir de plus à Santa Barbara, je prend un autre bus.

Aujourd’hui je me disperse dans mes idées, alors que je me promène à la péripherie de la ville.Mes poches sont plus légères, j’ai un nouveau sac de couchage sur le dos.La route est monotone.La prochaine ville étape se nomme San luis Obispo.

En fin d’après-midi je pars pour Morro Bay. Il serait idiot de ne pas profiter de cette étape de ma vie, des vertus octroyés par l’abscence de distractions inutiles.Je souhaite m’imprégner des habitudes de la solitude.

Là-bas, je m’arrête tout en bas de la grande avenue.C’est ce grand, gigantesque rocher surgissant du large, dominant l’intérieur de la baie qui m’a attiré ici.Il repose sur un amas sablonneux de désert dont les bords se confondent dans l’océan.Peu éloigné de la côte on y accède par la plage.Une presque île.Là mes petites inquiétudes que j’avais, s’estompent peu à peu.Ce soir je vais sûrement dormir au large, en mer sur cette plage pittoresque.La nuit va bientôt tomber.Au même moment, la vie me délivre ses plus grands secrets.Assis sur la terrasse d’un restaurant, je repose ma tête fatigué, dans mes mains et j’observe le coucher de soleil silencieusement.

Je traverse la ville, qui est quasiment déserte.L’avenue remonte jusqu'à ce petit bras de sable sur la mer où je vais planter ma tente.Pour cela il faut que je longe la mer.Les restaurants sur le remblai commencent à fermer et font place à une usine de pêche industrielle plus loin.Les lumières du port perchés sur les docks sont pâles, et j’avance presque dans la semi-obscurité jusqu’à ce chemin terreux qui s’ouvre entièrement sur la mer.Puis plus rien.Un talus me protège du vent sur le terrain vague et galvaudé. Au troisième plan de ce tableau étrange et fascinant, se dresse le curieux rocher de la Morro Bay qui se devine en fragements masqués par le brouillard.

Mes journées sont longues et éprouvantes, le soir je m’écroule généralement à la tombée de la nuit puisque de toute façon à part ma petite lampe de poche, les rues de la ville sont vides et obscures.

Cali, California, Carolina…

Le paysage lunaire du lendemain matin baigne dans la lumière.Je me réveil aux premières lueurs du soleil, après une bonne nuit de sommeil.La confusion, la mésentente qu’il y a eu, entre Carolina et moi m’a éloigné d’elle tellement vite.Je ne parviens pas à oublier tout ceci facilement.Mais je pense toute fois que la raison de ma présence ici est d’une nature différente.

Il est arrivé pour moi le moment de vivre une expérience décisive, je ne peux pas l’éviter.

Je traverse un période de ma vie où mes choix engagent pleinement ma responsabilité.De retour en ville je m’aperçois que j’ai juste assez d’argent pour manger.Profites’en ne regrette rien.

Les gadgets souvenirs seront inutiles.Je suis suffisament encombré comme ça.

Deux blondes m’abordent alors que je remonte la route du centre ville, occupé tranquillement à chercher ma route.Je leur réponds avec beaucoup de courtoisie, mais je ne souhaite pas prolonger l’entrevue.Malgré le charme de mon accent, paraît t’il…Je prends congé rapidement.Je n’ai pas trouvé le moyen de me laver depuis hier, mais puisque je n’ai toujours pas de compagnon de route pour me reprocher mon manque d’hygiène, je veille simplement à me tenir à l’écart des gens.

Je rallume mon lecteur CD, je prends un autre bus,, pour Cambria.

Une ville plus au nord encore d'environ une cinquantaines de kilomètres.Depuis Los Angeles j'ai a peu près parcours trois cents kilomètres.J’attend un miracle.Une ombre passe.Je me rapproche de mon but, ce qui reste une idée assez peu définie pour moi.J’ouvre à nouveau le carnet de mon errance vers la ville de toutes les espérances, San Francisco mon rêve.

Cambria est une magnifique petite bourgade, qui donne forme humaine à une forêt de pins.Des châlets, des enclos, des cabanons sont suintant et recouverts de cole à bois, bien disposés autour des bouquets de lavande touffus.Les autres passagers de l’autocar rentrent chez eux ou viennent passer le week end.

Quittant le bus d’une démarche assuré, je sortais posant un pied au bord de la route.

Je reste dans un camping ce soir là dont le nom malheureusement m’a échappé, la marée frappe violament la côte distante d’à peine quelques dizaines de mètres et les Pélicans n’ont pas sommeil.

21h une cigarette, je continue à écrire, ma fatigue étant plus psychologique qu’autre chose.Je connais les dangers de ce voyage pour moi, mais cette nuit il ne me servira à rien de pousser une réflexion rendue trop stérile par une évidente constatation de ma naïveté.Une inclinaison, un sentiment aussi pur soit’il ne vous protège jamais des viscisitudes de l’existence.En effet on apprend la route à tout les instants, comme on peut devenir un homme à l’âge où nos cœurs sont trop vieux pour rêver.

Les phares des voitures sont la seule lumière que j’ai puisque j’ai perdu ma lampe de poche. Il y plusieurs trous au fond de mon sac à dos.Dans la tente il fait un peu frais et je m’imagine dans ma chambre à Paris allongé dans mon grand lit chaud.Je suis tellemment loin de tout, même loin de ceux que j’étais venu voir depuis l’autre bout du monde.Je pourrai peut’être dériver des années, à la recherche d’une âme à laquelle me rattacher.Surtout si cette expérience ne change pas quelque chose en moi, quelque chose qui doit être cette volonté aveugle qui me pousse à prolonger cette aventure aussi loin que je le peux à tout prix.

Le sommeil me gagne facilement.

Il me reste dix dollars dans une poche, quand je sors de la dernière épicerie qui se recroqueville au ras, d’une escavation surmontant le contour intérieur de la Pacific Highway.Cette route qui se dessine à perte de vue, création atypique quoique pas inutile bordé d’un océan et de toutes les montagnes du pays.

Je sors pour boire mon café.Mon sac déborde de sandwichs, je suis encore fatigué.Un homme sale s’approche de moi et la lassitude m’impose un silence convenable.Je me frotte les yeux, je me racle la gorge et pour toute réponse à ses questions je pointe du doigt une grosse boule rouge qui sort à ma droite de l’écran Californie. 

-Pars là, lui dis’je.

-J’en reviens, me répond l’homme étrange.

Il à l’air de réflechir encore mais, ce n’est pas une chose facile de traverser.A vrai dire presque impossible.Cela demande beaucoup de courage et des ressources suffisantes.Il me décrit son errance en crachant chaque fois qu’il reprennait son souffle.Les gérants de l’epicerie « Seven… » sont des salopards de Républicains, qui ne lui donneront pas à manger.Il ne pourra même pas approcher la gamelle du chien.

Vers la fin son discours devient terriblement incohérent et je me sens obligé de m’éloigner de lui.Je ne ressens pas de pitié pour cet homme.Ce n’est même pas un mauvais présage, je ne suis aucunement découragé n’y entravé dans ma bonne conscience.Quand on vit misérablement on a tendance à oublier les bonne manières.On ne s’identifie pas à plus pauvre.Personne n’a envie de faire ça.On veut les plaindre et oublier.Mon sac n’est plus qu’un garde manger périssable que je ne quitte pas des yeux.Un sandwich de plus ou de moins cela à t’il une importance ?Mais j’oublie, je n’ai pas besoin d’y penser, pas pour le moment.J’ai un peu honte avec mon café qui me brûle les mains.

Ce jour là, malgré les mises en gardes qui m’avaient été données au camping, je poussais vers la route avec une volonté inqualifiable jusqu’alors.Je débutais un dialogue constant entre les deux versants de mon esprit.Comme un enfant qui chante doucement lorsque la solitude devient trop pesante, comme pour se rassurer.Les distances peuvent se calculer aisément, avec une précision des plus radicale, précisions qui ne laissent aucune place à l’imagination sur le moment.

Des chiffres comme :150 ;170 ;180.

Il n’y aurait jamais plus de 180 Km entre l’épicerie et le Camping du guide, entre un point de départ et d’arrivé.A pieds, j’aurai tout le temps de penser à ce routard sympa de la couverture du guide, celui qui fume une pipe et palabre paisiblement.

Un autre itinéraire ? Mais non, je me répète non, non et non !Je veux aller à San Francisco.J’ai que ça à faire en fait.Je décide de faire le vide dans ma tête et dans mes poches.Un nouveau départ, un nouveau voyage.Il n y’a pas d’autres itinéraires pour moi, que de voyager -comparaison extrême- dans la pénombre de mon être tourmenté.Même les lois de la nature s’érigent contre moi?Quelle genre de leçon absurde est-ce?Et puis renoncer si près du but ?

Je ne peux pas m’exclure d’une situation qui repose sur ma trop bonne volonté, par des obstacles disposé par le hasard de ce qui fait la vie elle même ?Aucun sens.D’ailleurs plus tard dans la journée, il faudra oublier la piste cyclable perdue dans le firmament, la fatigue et la faim.Donc je continue.Allez et puis je verrais bien.Je poursuis ma route.

Quelle magnifique porte celle du Big Sur qui surpasse de beauté tout ce qu’il m’a été donné de voir jusqu’à présent. En effet deux cents kilomètres d'une route escarpé où les bus ne s'aventurent même pas, m’attendent derrière des falaises abrupte encadrés par une splendide forêt de séquoias et de cyprès.

La deux voie me dévore par sa présence imposante, mais elle dévore aussi mes démons découragés devant ce spectacle dont les hommes seront toujours émus.Dorénavant je ne peux plus reculer.

A cinq kilomètres d'ici ce trouve le « HearstCastle », ancienne demeure et oeuvre du richissime et  mégalomaniaque William Randolph Hearst.Un homme qui dans les années vingt possédait une grande fortune dans la presse.

Soit l'attraction la plus visité ici après Disney Land.

Et après plus rien....

Figurez vous donc une belle journée dont la pure clarté efface toutes les absurdités de notre monde et dont le devenir pour moi prend la forme d'une belle libellule bleue qui s'échoue à mes pieds.

Cinq minutes plus tard un gros pick-up noir s'arrête cinquante mètres devant moi.

Cette après-midi je la passe en compagnie d’Alex, mon preneur en stop, sociable et discret.

Il travail pour l'ambassade du Panama ici en Californie, profil du quarantenaire célibataire, sans enfants.Mal dans sa peau, le pauvre homme.

J'ai de la chance en tombant sur lui, en revanche je ne veux surtout pas faire toute cette route d’un seul trait et je préfère rester seul. Il me propose plusieurs fois de l'accompagner à San Francisco.Je lui fait comprendre que ça ne m'intéresse pas.

13h30 : Camping fermé.

14h00 : Camping complet dans une belle vallée au bord de la route bordé d’une plage de sable chaud.

Un peu de compagnie c’est plaisant mais il ne faut jamais abuser de la générosité de son prochain et je m'en porte beaucoup mieux ainsi.

D'ailleurs j'ai la nette impression qu'Alex n'a pas eu à qui parler depuis un peu trop longtemps.

Je descends du gros Pickup, pour découvrir Monterrey depuis la jetée du vieux port.Cette ville tiendra plus tard une place très importante dans le déroulement de mon voyage.

Mais j’en aurai deux expériences bien différentes.

Je suis coincé à Monterrey jusqu'a demain.

Je n'ai pas pu atteindre le camping qui ce trouve à l'autre bout de la ville et je suis aller dormir dans une auberge de jeunesse.

Après manger je me suis endormi sur la plage sans craindre pour mes affaires.

Peut'être par insouciance ou tout simplement comme si j'étais conscient que rien ne m'arriverais ici.Aujourd’hui Je passe l'après midi à arpenter la ville.Mais comme je n’ai nulle part où aller ni aucun ami avec qui discuter, je me laisse submerger par la mélancolie.Mes pas me conduisent donc naturellement à une cabine téléphonique, seul lien avec le monde, avec Carolina.Je compose son numéro et je lui offre l’occasion d’enfoncer plus profondément une lame encore bien chaude.Elle incarne désormais pour moi le stéréotype de la petite californienne égoïste.Cela veut dire que je ne peux pas faire marche arrière.Dans cette piquante conversation tous les masques sont tombées.Une phrase résonne encore dans ma tête " Si c'est pour moi que tu reviens, tu peux rester plus longtemps !".L’anticorps de la rupture s’avère inefficace.

Je ne peux pas payer entièrement ma chambre d'hôtel donc je suis contraint d'y laisser ma carte d'identité en gage.Mon sac déborde encore de ma provision de sandwichs de la veille.J’en fais cadeau à un clochard qui va pouvoir bénir le ciel au lieu d’injurier les passants.Alors que ce pauvre homme oublie de me remercier, je prends sans tarder la route du camping.

-God bless you! me dit une vieille femme qui croise mon chemin.

A cinq cent mètres de l’entrée s’élève un large talus et je bifurque brusquement faute de chemin, découvrant après quelques minutes une forêt où la lumière du soleil réjaillit comme à travers un lustre.Eblouit comme un enfant, je surprend une biche, qui emmène dans son sillage une famille d’écureuil.Je finis par m’égarer.Palpitant, curieux ne sachant quel chemin emprunter et voulant les connaîtres tous, je n’envie pas le touriste à l’abri de toute nécessité.Je suis le Kid, en personne celui que rien n’arrête.Profitant d’une halte dans ce paradis terrestre, je m’allonge comme le dormeur à même le sol.Je veux toujours pouvoir me rappeler ce moment.Voilà où se situe la force de l’imaginaire, dans ce bosquet, privilégié appréciant les merveilles de la nature à leurs juste valeur.Personne ne s’inquiète de mon arrivé au camping. Ils doivent être tellement occupés à boire des bières que le stand de l'accueil est fermé et qu'apparemment il suffit de laisser de l'argent dans une enveloppe et d'y inscrire son nom pour avoir le droit de planter sa tente.Ca va me permettre d'économiser une nuit ou deux et puis c'est vrai qu'ici les gens ont l'air tous respectueux des règles de citoyenneté, dans cette bonne vieille ville de Monterrey.

Je n'aurais jamais imaginé vivre toutes ces choses un jour et cela me pousse à me trouver chaque fois un peu plus humble devant les trésors que je retire de cette expérience.Dans des circonstances les plus naturelles je fais la connaissance d’un type qui campe en face de mon emplacement.Aaron.Il a un fils de huit mois et un vieux pick-up qui est en fait sa maison, il est de la région et connaît tout ici.Grand, blond et sûr de lui.Je lui trouve quelque chose d’attachant, et lui aussi confiant, me dit que je peux lui demander n’importe quoi.Il me prête une chaise de jardin et une bouteille d’eau.Enfin.La première personne qui me porte une attention sincère et dont les affinitées sont limpides dans le regard bleu.Mes vêtements sales, la barbe que je porte depuis quelques jours et mes cernes m’empêchent de cacher la lutte que j’ai entrepris depuis mon départ.Je ne suis pas venu faire la tournée des hôtels « All Inclusive ».Je suis impressioné par le calme de cet homme, qui consacre tout son temps à occuper son fils.Le courant passe tout de suite entre nous.L’ayant comme voisin je vais même pouvoir laisser ma tente ouverte pour la faire sécher. Cette journée est une bénédiction, car depuis mon départ je n’ai eu cesse d’être pensif, préoccupé et seul.Je me suis installé au camping et il me reste un peu d'argent. Aaron me propose de venir boire des bières dans la soirée mais je la passerai à faire le tour de la ville et du port.Il y a des vieilles habitudes que l’on ne change pas si facilement.Mes finances sont maigres, mais elles ne sont pas catastrophiques pour autant. Je mange et je bois à ma faim, plein d’un bonheur que je n’attendais pas.Je pense à laisser libre cour à mes élans d’esprit.

Au commencement de la grande avenue principale ce trouve le prestigieux  aquarium de Monterrey et sur les conseils de Aaron je m’y rendrai demain.En agrément.

Au passage je récupère ma carte d'identité qui m'a coûté une bonne partie de l'argent que j'ai pu retirer.

06h00 : Je me réveille très tôt malade de ma cuite de la veille, j’ai du attraper froid hier et j'essaye de vomir en vain. Je n’en profite même pas pour pour plier bagages et je me rendors.Plus tard dans la matinée, un agent du camping vient me réclamer la note de vingts dollars c'est à dire tout ce que j'ai...l’officier me laisse marchander et il m’en coûte cinq dollar.Pas assez d’argent pour visiter l'aquarium.Je retrouve Aaron imperturbable et il me propose de me déposer à la station de bus pour San Francisco.Notre discution que je croyais être la dernière nous mène à travers la ville et jusqu’à la station.Je prend le recul nécessaire à la poursuite de ma route pendant qu’il me fait visiter l’agglomération de Monterrey avant d’aller attendre mon bus.Il me dépanne même cinq dollars qui manquait au bon déroulement de mon voyage.Joint au billet il me donne un bout de papier sur lequel il écrit son numéro.Quand il remonte dans son pick up avec son fils il me répète pour la deuxième fois :

- Si t'es coincé mec appelle moi... !.

Un peu avant de partir, il me donne un dernier conseil : arrivé à San Francisco je dois descendre dans un hostel sur Broadway.

Hostel où je me trouve actuellement chambre 24 .Le trajet à été un peu long , j'ai rencontré une fille qui s'appelle Sarah.Une heureuse circonstance, elle ne se trouve pas là par accident mais enfin elle est très jolie, blonde et comme il fait très chaud cette d’après-midi d’août elle se joint à moi les joues pleines de tâches de rousseurs.Je la connais pendant trois heures et j’ai appris qu’elle se rendait en fait à Santa Cruz, une ville à une heure plus au sud de San Francisco. Arrivé à destination, elle m’écris son numéro sur une publicité incitant à commander deux pizzas pour le prix d’une.Sans insister.

J'attends alors que le bus redémarre.Mais avant que le chauffeur ne ferme les portes, je la vois remonter avec un nouveau billet prolongant son trajet en ma compagnie.Ma stupéfaction est à son comble.Je suis surpris et flatté malgré que je ne souhaite pas vraiment entraîner une autre âme dans un voyage qui a comme destination une ville inconnue.Cependant elle ne veut pas me laisser partir.

Je me suis facilement accommodé à la situation.Car j'avais trouvé quelqu'un pour partager mes découvertes.A ce quelle dit, sa belle mère est une salope, qui à fait un scandale pour qu’elle quitte la maison de son père.Nous arrivons mains dans la mains à San Francisco où un sentiment d'immensité traduit pour moi les couleurs de l’océan qui se reflète dans l’acier de cette ville moderne et agréable.Cette après-midi je parle de mon pays à ma petite amie alors qu’au fond je n’y pense pas sincérement.Fait étrange car la cité me subjugue.Alors elle me prend la main et me regarde profondément dans les yeux.Sûrement pour apaiser un peu mes doutes, me réconforter et rétablir l’équilibre naturel des choses.Avant que l’homme ne se renferme trop sur lui même.Puis à l’angle de la rue où sans le savoir encore nous dormirions ce soir dans « la ville basse » je l’attends adossé contre un mur pendant qu’elle marche vers moi arborant un sourire qui en disait long sur son bonheur.A ce moment précis le vent de la baie s’engouffre dans ses cheveux et le souffle que je reprends à sa bouche me vaut toute les récompenses du monde.Elle veut regarder dans mon sac, grimper sur mon dos, et m’etouffer entre ses petits bras.Lorsqu’elle lit ma carte d’identité -qu’elle venait de trouver dans mon portefeuille- elle se prend d’un fou rire, puis elle me regarde avec des yeux presque couverts de larmes.Elle ne comprenait pas mon nom.Dans l’oreille elle me dit être d’origine Sicilienne.

Le caractère égoïste d’un homme ne disparaît pas aisément.A cause de la mauvaise influence de femme comme Carolina peut’être.L’énergie de Sarah qui paraît intarrisable me gêne un peu.J’aurai peur de voir la vie à sa façon.Sarah est trop curieuse, elle s’attire facilement des ennuis.

Les regrets s’impriment au premiers plan, quand la pellicule du film nous dévoile des lumières insoupçonnées.Cette fille a besoin de moi.Je n’ai besoin de personne.Malgré tout j'ai un sentiment un peu amère car elle à l'air sérieusement désespéré. Son petit corps froid se réchauffe encore auprès de moi après le lever.

Le reste de la semaine s’avale comme un comprimé.La densité du brouillard par conséquent s’accorde parfaitement avec l’épaisseur de mes conjectures.

Mon pote Aaron, ne m’avait pas menti, le quartier de Broadway est un très bon point de départ car il abrite tout les vices de cettes ville.

Club de strips, Prostitués, Touristes, monument de débits de boissons, néons blafard, supermarchés et bouffe cancérigène, clochards, flaques de pisse.Pas de drapeaux Américain.Puis la roulette Russe.Maintenant j’ai un ami.Philippe.Sarah s’endort, je la borde dans ses draps.Dehors, je me mêle à une bande de skateur sur l'Embarcadero, fréquentation décisive, qui me scotche littéralement sur l’écran Californie, le souffle coupé.Deux heures, une ébauche pour éprouver une journée passée dans les rues de cette ville de cinglé.Aveuglé par le  brouillard et essouflé, j’arrive dans le poumon central, Golden gate park.Là m’attendent mes nouveaux amis, dépendant et usagers de divers drogues et hallucinogènes accompagné d’alcools.Mais ils sont bourgeois et Fashion je finit généralement par dîner dans un restaurant Thai réputé et coûteux.Néanmoins, les fruits de mer sont remarquables, la vue imprenable sur la baie resplendissante, les lumières hypnotiques, accompagnées de sonorités New age.Tout arrive pour vivre des moments comme celui-ci.Le lendemain je conduit Sarah à la station des bus, elle pleure, je m’excuse.Je rallume mon lecteur cd.Chez Philippe, magnifique maison de type victorienne, quartier Russe, filles russes de bonnes familles au vocabulaire cosmopolitain parlant aussi le Français.Elles passent la journée à fumer de l’herbe, et moi aussi.Mon enthousiasme me pousse jusqu'à faire des commentaires sur les pseudo œuvres d’art vanté par Annia la colocatrice de Philippe.Sur la musique post punk aussi.J'ai l'impression que mon guide me plonge dans des ambiances différentes tout les soirs depuis plusieurs jours.Bourgeoisie, appéritif, rafraîchissement, parents toujours absent.La Mafia ? Pas de vulgarités.Philippe me laisse son numéro une fois m’avoir indiqué la route à prendre pour rentrer chez moi.Vivre un rêve et passer la nuit dans les rues à flâner imitant mon propre reflet absorbé par cette ville fascinante.Suivre des ombres, sourire pour rien.

Puis en ordre d’apparition : Descentes, tramway, skate, photographie, puis la chute.A mon retour le lendemain matin, Sarah était partie.Je me rappelle alors l’avoir conduit à la station des bus 24h plus-tôt.Miséricorde, douleur et mauvais anges.Elle prend son bus en pleurant et mon cœur se noye au fond de la baie où l’on ne retrouve que des épaves sur le port gelé.Je voudrais tellement la consoler.Il fait nuit et elle s’échappe.

Puis j’essaye d’appeler à l’aide mais en vain c'est bien ma décision et personne ne répond à l’appel.J’avais provoqué son départ.Pour me rassurer je laisse un court message sur son téléphone écrit en grosse lettre sur la réclame de pizza, lui proposant de la retrouver sur cette plage de Santa Cruz.C’était son refuge m’avait elle dit, donc dans l’état où je l’avais laissé j’aurai probablement dû la retrouver là-bas.Me pardonnerai t’elle ? ...même après l'avoir laisser tomber?Ce sentiment de culpabilité n’était pour moi qu’une faible compensation au regard des peines que je lui avais causé. Peut’être ne l’aimais’je pas encore assez, néanmoins le mal que j’éprouvais, je le savais, n’était rien en comparaison des vaines espérances que j’avais donnés à cette pauvre fille.Carolina tu es un démon.

J’ai de gros problèmes, je n’ai plus les moyens de me payer une chambre d’hôtel.Ce soir je quitte  Broadway, sans me retourner.Je change mes objectifs pour Santa Cruz…la sainte croix est le symbole idéal.Dans mes divagations, c’est une preuve suffisante pour moi que j’y retrouverai Sarah.Plus que ça même, j’y retrouverai mon cœur et la foi en dieu.

Depuis la 1ère avenue je fais une balade impressionante le long de la baie.Je ne suis plus en possesion de tout mes moyens et au moment même où j’expérimente un certain degré de détachement entre mon corps et cet esprit qui tente de dépasser les limites inhérente à cette épreuve purificatrice, une main puissante actionne soudainement le lever du rideau.Le brouillard qui se dégage un peu me dévoile un Golden Gate Bridge aussi terrible qu’il est devenu en l’espace d’un quart de seconde ; une chose bien réelle et dont je n’avais pas eu conscience néanmoins.J’étais grimpé jusqu’à la hauteur de l’entrée du pont sur une centaine de mètre, sans m’être rendu compte de l’immensité de la forme qui se tenait à mes cotés.Je dois me libérer absolument, sur le champ si je veux surpasser ce trop plein d’émotivité.Pour cette mer profondément opaque sur laquelle repose le monstre, cette mer dont l’écume est ténèbreuse et silencieuse.Je m’enfonce dans la baie, je m’enfonce toujours plus profondément.

Cette nuit un bus sort de nulle part, pas plus fréquenté qu’un cortège funèbre.Il me permet d’alonger les derniers kilomètres et d’aller languir sur une plage humide.Pas d’autre choix.Et oui  Carolina.Est-ce que tu pense à moi au moins dans des moments pareilles ? C’est pourtant romantique de dormir à la belle étoile.Mais tu n’aime pas le romantisme.J’endure le froid comme mes ancêtres.La plage est déserte quand la police me réveille " Que faites vous ici? " ... Un peu trop long à expliquer pour l’officier.Je sais que je dois partir dès le lever du soleil.

Mon réveil est un des plus difficiles depuis le commencement de ce qui, pour moi en tout cas est une véritable aventure, rebondissant comme une balle de flipper aux quatres coins de Frisco.Mes poches sont de plus en plus vides et la nuit passé à Ocean atteste que le confort n’est plus une priorité, et que je dois survivre pour revenir entier à Laguna.

C’est tellement loin Laguna,maintenant.A force d’honnêté exacerbé j’ai quitté Sarah, c’est aussi à elle que je pense.Ca ne me dérangerai pas de cracher sur une photo de Carolina pour 20$.Personne ne le saurai maintenant que la solitude à refait sa place perdant au passage tout son intérêt.Face à mes doutes, il n’y avait rien d’excitant à être seul.Envahi d’une trop grande liberté d’agir, je regrettait presque la gêne que j’éprouvai au début.Je rêvais tellement de boire un café que dès l’ouverture de la superette de la plage, je foncais y dépenser mes derniers dollars.Je devais compter sur la caféine pour monter dans le bus qui me ramenait au centre ville.La force d’esprit vient alors à manquer.

L’aurore a trempé tout les vœux que j’avais déposé avant de m’endormir.

Maintenant la pluie m’est insupportable.

10h00 : Epais brouillard et le bus prend un chemin que je ne connais pas.. Le plaisir n’est plus un moteur dans le récit de ces journées.Je voudrais poser un instant ce cahier, y mettre le mot fin puis signer SOS.Alors j’emballerai tout et je remettrai le paquet à un inconnu.Et puis je n’aurai plus qu’à attendre les secours.

Le billet que je sers dans ma main doit me permettre de quitter cette ville au plus vite et retrouver Sarah.Je finit par retourner dans le parc ou quelques jours plustôt elle me prenait par le bras pour m’entrainer dans un concert de rue.Face à un groupe de Tai-chi métronimique, mon amour propre semble rejeter cette cohérence allant à l’encontre du chaos anarchique qui me déchire dans l’instant.Cet excès d’harmonie me brise le coeur, brisé je plonge dans un trouble méditatif.Mon Yang se laisse dévorer pendant que les nerfs à feux je perds le contrôle de moi.

Il faut se priver encore un peu, il me restera peut’être quelques dollars une fois que j’aurai acheté mon billet.Qui m’a laissé partir ? Et depuis la nuit passé à Chinatown vivant pour la futilité de me contenter de rien.D’être vivant.J’ai fait une chute du dernière étage pour me réveiller sur le dos d’un dragon sacré.J'ai désormais une idée fixe...Partir à tout prix.La fumée d’une cigarette.. Le temps qui passe.Vite.Premier Vertige.Je parle seul sur un banc.Depuis des heures peut’être ?

Je me suis rendu à la station des bus où j'attendais patiemment l'heure de partir.L'endroit me remémore immédiatement le jour ou j'ai abandonné Sarah à son destin. Comme un mauvais présage trop évident.J’était aux aguets en vue d’une tromperie fomentée par des forces malfaisantes, et je n’ai pas assez prêté attention aux signes.Désespéré j’était donc une proie et c'est à ce moment là que lui est venu vers moi. Il m’a demandé si j'avais des problèmes

et je lui ai répondu que non.Mais qui m’aurai cru, j'avais un bus à prendre, cet étranger voulait stopper le train en marche.San Francisco-Santa Cruz : 25$, j’ai 20$.Je suis coincé, cela à t’il une importance?Oui.A mon niveau demander 5$ à un inconnu, c’est mendier.Et pour ce truand je devais représenter un proie à 500$ au moins, sans compter le cash.Apparences trompeuses.Je suis tellement loin de chez moi, j’ai tellement peur soudainement.Il me propose de l’aide, je l’accompagne. Il me dit alors qu'il connait un distributeur ou l'on peut retirer de l'argent sans problème.Affamé je ne souhaite pas écouter la petite voix en moi qui me supplie de rester à ma place, mais j’était déjà dehors au moment oui il me tendit une cigarette que j’eu du mal à ajuster sur ma bouche du bout de mes doigts tremblants.Le reste n’est plus qu’un fragement d’images dont le chronologie est difficile à établir.

Tout ce confond dans mes souvenirs, l’écran se brouille violamment mon champ de vision se rétrecit, et alors que je coure à travers le quartier des affaires à la recherche d’une cabine téléphonique je me branche sur un canal à très haute fréquence, impliquant un dérèglement aigu de tout mes sens.A un moment j’aperçois même cette lueur qui semble jaillir du bout du tunnel.Mais pour moi ce n’est qu’un début.Le monde c’est enfin écroulé totalement, et pour de bon.Mais je n’ai pas pour le moment la lucidité du survivant qui déambule parmis les décombres de la ville, remerciant le ciel de lui avoir laissé la vie.

Et puis…

Survolant la cité à une hauteur de cents pieds et dès fois plus, il n’avait pas conscience de moi ni de vous.Aucune pensée n’entravait le vol de ce puissant monarque.Surtout lorsque, depuis les massifs montagneux du grand nord, il quittait son nid déployant majestueusement ses ailes à la conquète d’un royaume qui lui appartenait déjà.Deité de la chasse, allégorie de la puissante colère des dieux, il était craint de tout ces semblables, assumant sa supériorité sur tout les terrains.La pluspart mourrait bien avant d’avoir pu seulement esquisser le moindre changement de comportement.Lui alors fonçait à une vitesse qui le rendait admirable au regard de ceux qui sont sensible au miracle de la vie.Ses yeux noir, qui conservait la même expression tout au long de sa vie, scrutaient l’horizon, avec la précision d’une machine complexe qui recherchait sans cesse de nouvelles proies.Mais dans un respect qui égalait toujours celui octroyé par son rang royal.Une fois que sa volonté indicible le projetait au plus haut dans les airs il se laissait retomber pour planer sur des vents qui le hissait inlassablement sur son trône.Sa grande taille lui assurait la stabilité adéquate pour que soit respectée sa terrible loi dans un univers qui ne souffrait pas de limites.Alors qu’il empruntait consciemment les mêmes chemins depuis la nuit des temps, le cou fièrement porté vers l’horizon du firmament, l’homme avait finit par le prendre comme modèle, par l’adopter comme symbole de courage, de noblesse, et de dévouement.Reproduisant à l’infini son éfigie sur des étandards de guerre, il cristallisait les rêves d’accomplissement humain.Personnification utopique il était le symbole d’une nation et le fut de tant d’autres par le passé.Par conséquent dans l’absurdité de nos existences, soudainement nos destins coincidaient.

L’aigle royale heurta le dernier étage d’un building  pour venir à la vitesse d’une balle s’écraser à mes pieds, dans un sifflement rauque qui se termina par un choc terrible brisant le cœur des cent âmes qui se trouvait là.Le silence était accablant sur le parterre de Financial street.Le monde autour de moi était comme figé.Je cherchai de l’aide quand une femme d’une quarantaine d’années me rattrapa sur l’avenue.Elle m’avait vu depuis le trottoir, interpeler un policier factice qui participait au tournage d’un film en plein centre ville.J’avais avalé l’histoire du faux flic.Elle avait remarqué quelque chose d’étrange dans mon comportement pendant que je lui parlais.Abrègeant les présentations, je lui explique mon cas et elle me conduit rapidement au comissariat.Je déclare la perte de ma carte bleue, je bois un verre d’eau.Elle me laisse entre les mains de l’agent Rylk.L’agent ne m’écoute pas lorsque je lui fait une description de mon agresseur.Mais je n’ai pas de marques de coups pour appuyer mon histoire.D’ailleurs j’ai une allure suspecte.Là dessus il finit ma déposition et mets un point final à notre discussion.Outré, je fais retentir la plus forte de toute mes colères, avec l’appui psychologique des sensations démantielles qui m’habitaient et me compremettaient.Après avoir esquivé cette première attaque il me questionna avec un air préoccupé :

-Connaît tu quelqu’un susceptible de t’aider ?

Soudainement alors que je n'y avais pas pensé une minute auparavant je lui dit:

Bien sûr! J'ai un ami qui s'appelle Aaron il vit à Monterrey... j'ai son numéro dans mon sac.

-Vous le voulez ? 

On s'est vu deux fois mais je lui suis redevable de dix dollars qui m’on servit à prendre le bus qui m’a conduit dans cette ville de cinglé… donc il est réglo. Là je lui donne le numéro et il me conduit dans un petit bureau sans fenêtres.Le plus incroyable c'est que je trouve  toujours un côté ludique à cette mascarade.Oui, il se pourrait très bien que l’agent Rylke soit un faux agent, et que mes hallucinations m’entraînent dans une rêverie aux effets exagérés.J’appelle Aaron.Sa réaction est intimement lié à mes doutes.Il rêvet le rôle du bon samaritain comme si il s’agisait du costume de Superman.En l’espace de deux minutes, tout est decidé.

-       Pas de problème, frère je viens te chercher, c'est moche ce qui t'es arrivé mais bon on va arranger ça."

Je commence à réaliser la fébrilité de ce plan...Et si Aaron ne venait jamais me chercher?

Mais je me réveille à l’arrière de son camion, et alors que je regarde autour de moi, je retrouve toutes mes affaires éparpillés, mais dont la vue me rassure.J’ai dormis comme je le pouvais dans le désordre des jouets et sur des sacs en vrac.La tête m’en tourne encore, mes jambes sont deux ancres épaisses que j’arrive à peine à déplacer. Hier soir nous faisions route en direction de Monterrey, nous nous sommes arrêtés pour manger dans un fast-food qui avait une petite terrasse, ajustée sur un promontoire et nous regardions la mer, nous distinguant à peine, dans la nuit faiblement éclairé.Quelques heures plus-tôt, ma situation était des plus désespérée.

Après des heures d’attentes pendant les quelles, je m’était retenu de pleurer car s’était inutile, et après avoir longement douté de l’intervention d’Aaron, il surgit miraculeusement.Je m’en voulais presque d’avoir douté…Mais ceci dit je n’avais eu qu’une après-midi et une matinée pour le connaître.Mes inquiétudes étaient fondées.Foudroyé par l’effet du PCP je me mortifie de froid, je me plaint.Aaron me trouva vivant.Blanc, livide mais vivant.Après avoir parcouru trois cents kilomètres en sachant pertinement que je courais un grave danger, sont attention se reporta immédiatement sur son fils.Alors qu’il l’installe sur une serviette de plage en plein milieu de ce parc mémorable, je suis chargé de distraire le banbin, pendant que mon Sauveur se désaltère brièvement dans un Pub.Enfin je suis sauvé. Dix minutes après nous partons, je m’assois sur le siège passager et je ne me retourne pas.Sur le trajet Aaron tente de maintenir le contact avec moi, je parle peu je suis profondément anéanti.Les effets de la drogue sont épuisants.Pour faire la conversation donc, Aaron me raconte son enfance dans sa ville natale, San Francisco.J’ai vu dans son regard qu’il n’aimait pas ou plus la ville.Quelque chose lui était arrivé probablement, et ce serait une mésaventure semblable à la mienne.Il parlait de Frisco comme d’un homme que l’on craint pour sa méchanceté et son jugement aveugle.

Plus tard chez Aaron…

Je ne peux pas m’empêcher de repenser avec enthousiasme à San Francisco sachant que je ne retournerai pas sur la baie pendant des années.Mais je me suis brûlé.En quelque sorte je me suis sentit invincible et j’ai voulu me prouver que c’était le cas.Toute ma vie j’avais cherché à vivre de pareille instants.Une vie comme celle dont je viens de me réveiller à l’aube.Des moments qui sont aujourd’hui des souvenirs bien vivants.Mon corps courbaturé me le rappelle sans cesse.J’ai traversé la ville aussi vite que j’avais traversé la Californie.Sarah, Philippe avaient été mes hôtes d’un moment.J’ai choisi de ne pas m’accrocher à leurs destins.Plus incertain que le mien sans doute.Si l’on ne mettait pas venu en aide, je ne pourrai pas parler de tout ça aujourd’hui, mon journal n’aurait jamais abouti.Ici pourtant la vie recommence à avoir un sens.J’ai dormi deux jours, je n’ai mangé qu’une seule fois depuis mon réveil.Après cette overdose d’insouciance, de jouissances et de douleurs, je pénetrai un havre de serennité.J’ai passé ces dernières heures dans l’obscurité et le silence du van de mon sauveur.Le paradoxe semble résider dans le fait que si je n’avais pas basculé et perdu le contrôle de la situation, je n’aurais pas vraiment connu Aaron qui est devenu un vrai ami, avec le temps.

Il n’y a pas de lit mais je vais dormir sur un matelas gonflable tant que je resterais chez lui.

Monterrey étend ses longs bras pour m’acceuillir à nouveau.Je m’étais trompé sur le but de mon voyage.Ici je me reposais plus surement que dans aucun autre endroit au monde.Quand je me promène à nouveau en ville cela fait trois jours que je n’ai pas mis un pied dehors.

La mer m’a frappé, elle était étonnante et je l’aimais.J’étais à ma place ici.Tout ce qui m’environnait, à mesure que j’en prenais plus nettement conscience, devenais plus beau.

Je refais le monde de Aaron et lui le mien.Nos discutions n’ont pas de fin, elle ont un sens mais on ne se rappellai jamais pourquoi.Aaron est à un tournant de sa vie.Pour la première fois depuis sa naissance, il peut offrir un toit à son fils.J’essaye de m’inspirer de ce bonheur.La vie peut se montrer clémente parfois, et Aaron profite de cette chance avec le recul et l’air désabusé d’un homme à qui l’on vient d’offrir une seconde chance. A part moi, il n’a pas de véritable amis.Nous avons récupéré une vieille télé pour le salon.Mais nous ne la regardons jamais, mieux nous reprenons de plus belle nos discutions passionantes.

Après, avant la tombée de la nuit on se retrouve devant chez lui pour vider le coffre du van et boire quelques bières dans son jardin.

-C’est une bonne ville pour que grandisse mon fils.Me dit’il,

San Francisco est une muse, belle et implacable.Le fils d’Aaron grandira à Monterrey à l’écart du tumulte de la grande ville qui est synonyme de rêve brisés pour son père.

Hier soir on a passé la nuit à discuter, sa vie est un vrai bordel.J’ai moi aussi mes problèmes.Là où son discours est le plus rassurant, c’est dans l’exemple qu’il est d’une réussite sur le plan humain.Aaron n’a jamais connu la réussite sociale et ne la peut’être jamais recherché.Avancant dans la vie en sachant pertinement où réside l’essentiel d’une énergie qui l’encourage à ne jamais baisser les bras.Il avait toujours vécu simplement et il en était même fier, dans un pays où l’on doit avoir des dollars pour exister socialement. Ses parents avaient divorcé très tôt et son beau père, lui avait pourri l’exitence.En voulait‘il à sa pauvre mère ? Je ne le crois pas.Son rêve à lui était de devenir maître nageur.On l’avait poussé vers la porte, et il du s’engager faute de mieux dans la marine Américaine.

Je parle longuement du Mexique, mon ami qui a voyagé en Asie, me décrit la Chine.Ces paroles on une tonalité profondément humaine et touchante.Je n’ai jamais connu aucun homme qui, ayant souffert autant d’injustice, ne ce soit devenu un peu pessimiste, voir associable ou carrément méfiant.Les deux plus grande qualités d’un voyageur sont la curiosité et le respect.Le monde qui est si grand à mes yeux –et encore plus aujourd’hui- à aussi des lois qui ne sont pas écrites dans un code civil.Je n’essaye pas de me comparer à Aaron, le pauvre ayant été bien malchanceux dans son enfance.J’exprimmai juste de la colère pour toute les personnes qui m’avaient abandonné jusqu'à présent.Mais pendant les explications d’Aaron je ressentai cet apaisement, et je m’aperçevais aussi qu’il ne connaissait pas la rancœur.Alors je me tut.

Pendant que nous avions cette discusion des ratons laveurs faisaient le tour de la maison.

On ne peut à peine les approcher.

Ce matin je quitte Monterrey, pour Santa Cruz.Avant nous passons par Carmel.Sarah !Je passe la journée à la chercher, où est elle ? Remonter la plage de long en large devient une obsession.Il me semble que j’habite l’esprit de cette fille.J’essaye de l’imaginer arrivant à la station des bus.Avec cette même pluie insoutenable, qui m’avait percé la peau et le moral à Frisco.Quel chemin avait’elle pris ? Cela faisait bientôt une semaine qu’elle avait du traverser ce grand hall dont la blancheur ne masquait pas les drames qui pouvaient s’y dérouler, et puis comment l’aurais’je retrouvé? Vers quel ami que je ne connaissais pas s’était elle tourné pour demander de l’aide ?Comment pourrai-je le savoir ?Son téléphone est coupé depuis que je l’ai quitté.Je décide de faire le vide.Vidanger ce vide autour de moi.Je reprends finalement la route, pas vraiment déterminé et franchement découragé.Plein de désillusions.Quand j’étais allongé chez Aaron, incapable de me déplacer au début, je parlais beaucoup de Sarah.Il m’avait semblé qu’une fois remis sur pieds, je me rendrais à Santa Cruz où elle m’apparaiterai comme un ange miséricordieux et surtout pas rancunier.

J’ai énormément besoin de rester seul maintenant.Avant de partir j’avais eu droit aux conseils fraternels de Aaron.Lui repart avec une expression changé mais avec le même air d’insouciance qu’il affichait le jour de notre rencontre.

Et voilà que maintenant je suis dans l’eau avec ma combinaison obligé de nager jusqu’aux vagues.Le meilleur me disait Aaron c’est qu’ont à l’impression que les pélicans attendent le dernier moment pour prendre leur envol, surfant majestuesement un océan, théâtre ouvert de leur prouesse gymnastique.Inutile de préciser que je suis couvert d’algues et que j’essaye en vain de prendre ma premier vague.

Dehors je récupère mon skate laissé deux heures auparavent en caution du surf que j’avais loué.Mais au moment de reprendre la route vers la ville j’hésite, je marche à reculons, enfin je me rétracte.

De toute manières ma carte d’identité est resté à l’arrière du van.Je ne pouvais donc pas trouver de chambre à moins de 100$.Ce n’est pas ce soir que j’allais pouvoir dormir dans un bon lit.

J’allume mon lecteur CD et je me dirige à l’autre bout de la plage.

C’est au moment où je traverse la ville à la tombée de la nuit que je ressent de la nostalgie pour la première fois depuis le début de mon voyage.Cet enchevêtrement de péripeties.Puis je longe la route au bord de la mer qui jalonne une succession de criques où l’océan s’engouffre jusqu’au fond.Autour de moi des gens vont à leur affaires, le coucher de soleil donne un aspect langoureux et fataliste, comme à un destin inévitable.Toutes ces falaises pouvaient  trembler sous mes pieds je ne bougerais pas.D’un point de vue extérieur ma vie était un beau spectacle.

J’entends les sirènes de police, je finis part aperçevoir la sortie, en je m’oriente vers les bois où je pense pouvoir dormir tranquillement.Un groupe de jeunes occupent la plage, mais naturellement je prends soin de ne pas me faire remarquer.Je suis simplement fatigué des voyages, même des rencontres, des allées et venues incessantes.Je veux me tenir à l’écart absolument, planter ma tente.Finalement mes voisins finissent par décamper avant que je n’ai eu le temps de leurs envier ce grand feu de bois.Je suis protégé du vent mais j’ai tout de même une belle vue sur la mer.Entretenir le foyer était une activité toute naturelle comme si j’avais vécu des années sur cette plage magnifique.

J’arrive à convaincre avec beaucoup d’aisance la patrouille que je serais partit demain matin et que je ne laisserai aucune trace.Encore quelques escapades et l’heure de reprendre la route fera sonner le glas de ces vacances.

Alors que le chauffeur du bus annonce le nom de villes comme Monterrey ou San Simeon avec un accent imperturbable, j’éprouve une variété d’émotions disparates, qui s’étalaient confussément en moi.Débordantes parfois.Je me contorsione fiévreusement sur mon siège.Le bus n’emprunte pas la Pacific Highway, l’autre route est vulgaire, presque moche.

Lorsque je retrouve la gare routière des Anges et les murs de la ville de mon départ, je ne ressent qu’un semblant de réconfort.En effet malgré tout mes efforts pour me pousser au bout de mes rêves et l’étonnante sagesse acquisse après le dénouement final de l’épisode San Francisco, je ne me sens plus en sécurité nul part.Certes je suis bien plus confiant qu’auparavant et comme dôté d’un savoir particulier propre à moi même, mais dorénavant je ne peux que blesser et partir.Car je n’ai jamais vu un visage aussi meurtri par la jalousie que celui de Carolina lorsqu’elle écoutait mon récit, ma rencontre avec Sarah et l’ardeur que j’avais eu à la retrouver malgré nos adieux définitifs.Carolina avait du tenir à moi et elle savait que je ne lui consacrerait jamais une place aussi importante dans mon cœur, que cette inconnue que je lui décrivais.Mon départ qui approchait –ce n’était qu’une question d’heures- confirmait l’évidence que le moment de voler loin de ces lieux, désormais outrageusement familiers, arrivait pour de bon.

Lundi 02 aout 2003, Carolina est de bonne humeur, elle a recouvert son masque.Peut’être parce que je pars ce matin, elle m’offre le petit déjeuner.

L’aéroport, les dernières paroles de Carolina.Cela n’a plus aucune importance à mes yeux.J’ai surpassé mes rêves.La seule chose importante pour moi est le sens caché de ces deux mots :

San Francisco.

Retour au sommaire