Une main glaciale empoigna lépaule de Karine Hébert ce qui eut pour effet de faire sursauter la jeune femme. Elle fit volte-face et se retrouva nez à nez avec son petit ami Martin Grenier.
- Je tai effrayée ? lui demanda-t-il, moqueur.
Karine grogna et lui tourna le dos. Cétait sa façon de lui signifier quelle lavait effectivement été.
Nous étions mardi le 4 janvier. Les événements horribles et troublants de 1999 sétaient atténués avec le temps. La douleur était disparue, la blessure cicatrisée ne laissait place quà une profonde nostalgie. Rita, Corinne et Sonia, toutes trois sauvagement assassinées.
Le seul souvenir de Rosalie Armand et de Linda Zuniga, le A et le Z du crime, provoquait en Karine une crise de panique interminable.
Et ce rêve, ce cauchemar infernal où elle assassinait Rosalie sétait répété nuit après nuit durant des semaines entières. Karine y avait presque cru un jour.
- Grégoire va venir au party, annonça Martin en rejoignant Karine qui séloignait à grands pas.
Le party ! Elle avait presque oublié cette stupide fête de début de millénaire ! Martin sétait promis de célébrer lan 2000 avec ses copains avant la rentrée des classes.
- Je ne sais pas si je viendrai, dit Karine en baissant les yeux.
- Quoi ? Mais tu ne peux pas rater un tel événement !
Karine sarrêta brusquement et se retint de sangloter.
- Demain, expliqua-t-elle, cela fera un an que Rita a été tuée. Je nai vraiment pas lesprit à la fête !
- Justement ma douce, nous pourrons nous remémorer les bons et moins bons moments passés avec elle. Ce sera une sorte de messe dadieu.
- Non Martin, non !
Et elle séloigna à grands pas. Martin la suivit du regard, déconcerté. Lamour sétait depuis longtemps éteint.
Grégoire avait un horrible pressentiment. Il ressemblait à celui qui lavait torturé avant la dernière tuerie.
Un mauvais sort planait sur leurs têtes, à lui et à ses copains. Tout allait se jouer ce soir, au party de Martin. La seule raison pourquoi il avait accepté linvitation était parce quil devait préserver la mémoire de sa bien-aimée et de ses anciens amis en évitant un second bain de sang si un bain de sang est la vraie raison de ses tourments.
Il en était persuadé. Ce fut pour cette raison quil jugea prudent de sarmer de lun de ses couteaux de cuisine.
Juste au cas où
Marie Young était invitée ce soir. Sa robe avait été achetée depuis deux semaines déjà. Elle était rouge sang : une pure merveille ! Et avec ça, elle aurait toutes les chances de semparer du cur de Martin.
Dailleurs, qui voudrait dune médiocre Karine Hébert ? Décidément, cette fête serait un véritable conte de fées !
Martin versa le cocktail dans les quinze verres en plastique, un sourire aux lèvres. Depuis le temps quil attendait ce moment !
Dun pas assuré, il alla ranger le reste de la boisson dans le réfrigérateur. Puis, reprenant son sérieux, il sempara dune boîte dans larmoire.
De la mort-aux-rats
ça lui sera utile.
Karine gara sa voiture dans lallée de Martin. Deux autres véhicules sy trouvaient déjà. Celle de Martin et celle de
Marie !
La seule idée que Marie ait passé du temps, seule avec son petit ami ne lenchantait pas du tout. Rapidement, elle grimpa lescalier et entra en coup de vent à lintérieur.
La première chose qui la frappa, ce fut cette odeur âcre qui flottait dans lair. Elle en eut des nausées. Puis, ce fut cette tête ; une tête sans visage reliée à un corps nu. Le cadavre pendouillait depuis une épaisse corde rattachée à un crochet au plafond. Un immense crochet de pêcheur comme dans le film " I know what you did last summer " aux reflets argentés.
- Marie ! hurla Karine au cadavre aux seins dévoilés.
Elle voulut sapprocher mais une force à lintérieur delle lui ordonna de fuir. Elle obéit sans résistance. Sil y avait une victime, une assassin ne se trouvait jamais loin. Limage de Rita, Corrine et Sonia réapparut dans son esprit et elle se retint de ne pas hurler : tout cela se répétait.
" Où est le tueur ? Où se cache le tueur ? Me surveille-t-il en ce moment ? "
Tu es sa prochaine victime
Karine fit taire la voix dans sa tête et embarqua dans sa voiture. Elle verrouilla les portières et prit de grandes inspirations. Que faire ? Que faire, sinon fuir ?
Aucune autre solution ne soffrait si elle tenait réellement à sa peau.
Elle démarra donc et recula dans lallée sans vraiment trop regarder. Une voiture venant du nord frappa larrière de son automobile de plein fouet. Cette dernière se mit à tournoyer dans tous les sens. Karine sagrippa au volant et tenta de contrôler la toupie quétait devenue sa voiture. Les pneus crissaient sur la glace noire. Puis, après quelques secondes, tout stoppa. Elle était maintenant face à la clôture à la gauche de la maison de Martin.
Martin
où était-il ? Pourquoi nétait-il pas venu aider Marie ?
Parce quelle est morte
on ne peut pas aider une morte
dailleurs, toi, pourquoi fuis-tu ainsi ?
" Je vais chercher de laide. "
Menteuse.
" Je vais te prouver que je ne suis pas menteuse ! Je retourne à lintérieur et je vais téléphoner aux flics ! "
Elle déverrouilla la porte et, reprenant peu à peu ses esprits, elle mit pied sur le pavé. Lautre conducteur
où se trouvait-il ?
La voiture était exactement où elle sétait arrêtée mais plus personne nétait au volant. Où était le foutu le conducteur ?
Elle savança lentement vers le véhicule et continua de chercher des yeux la personne disparue. Puis, elle remarqua que la portière du côté du conducteur était grande ouverte. Elle fit le tour du véhicule et vit le corps sur le sol enneigé.
Du sang sétait imbibé dans la neige. Karine remercia Dieu que le ciel sétait obscurcit : le cadavre était plus difficile à voir et elle était convaincu que le corps était mutilé. Mais elle savait qui il était : Linda Zuniga, lune des deux tueuses de 1999.
- Elle voulait te prévenir du danger, fit une voix derrière elle. Karine se retourna vivement et vit Grégoire, un pistolet à la main.
- Grégoire, non ! Ne me touches pas !
- Ce nest pas ce que tu penses ! Je suis venu pour te protéger !
Karine fonça dans la voiture de Linda Zuniga, ou plus probablement celle quelle avait volé, et verrouilla toutes les portières. Grégoire courut vers elle et essaya douvrir celle du côté passager, en vain.
Les clés étaient encore dans le contact. Le moteur avait cessé de fonctionner, mais les clés étaient toujours là. Elle essaya de démarrer le véhicule mais le moteur sétouffa.
- NON ! NON ! DÉMARRE !
- Elle ne démarrera pas, il ny a plus dessence
Karine poussa un cri tant la voix était près delle. Elle pouvait sentir de souffle de la personne sur sa nuque.
- Martin ?
- Bonsoir ma douce, chuchota la voix à son oreille, tu tamuses à ma petite fête ?
Karine jeta un coup dil dans le rétroviseur. Le visage de Martin était couvert de sueur. Il avait un regard terrifiant, un regard empreint de folie, celui du Mal. Dehors, Grégoire observait, impuissant. Martin était si près de sa petite amie quil était impossible à sa distance de bien viser avec son pistolet.
" Je dois léloigner de moi. Je dois permette à Grégoire de tirer ce petite salopard. "
Il tient un couteau
" Je sais, je lai vu ! "
- Tout cela ne devait être quune fête comme toutes les autres, tu sais. Mais tu étais tellement obsédée par ton passé, cela me rendait complètement malade ! Je lai toujours été un peu depuis cet hiver dont tu ne cesses de parler. Tu ne tai jamais demandé pourquoi je nai pas été tué ce jour-là ? Tu nas jamais pensé que jaurais pu être le troisième violon de cet orchestre sanglant. Nous avions tous un motif de tuer quelquun. Seulement, tu vois, Linda a commis une stupide erreur en tentant de tuer pour vrai, à lhôpital. Cest pour ça quelle est morte.
- Pourquoi Marie ? demanda-t-elle dans lespoir de gagner du temps pour réfléchir à un moyen de léloigner.
- Elle était au mauvais endroit, au mauvais moment. Je laurais tuée de toute façon, je la détestais.
- Pourquoi moi alors ? Quest-ce que jai fait pour mériter ça ?
- Tu es la lettre " H " Karine. Karine Hébert. Tu es la prochaine ma douce.
- NON ! hurla-t-elle !
Dun mouvement brusque, elle retira les clés du contact et les envoya au visage de Martin, qui, surpris, lâcha son couteau pour se protéger le visage. Puis, tout se déroula en quelques secondes à peine qui lui semblèrent des heures. Elle se jeta entre la banquette et le volant et hurla le nom de Grégoire. Martin voulut lattraper, mais un coup de feu fit tout arrêter : la vitre du côté passager explosa sous le coup des projectiles qui la traversaient à une vitesse phénoménale. Pendant un instant, Karine crut que Grégoire lavait fusillée, elle, mais lorsquil ny eut plus aucun bruit, elle était encore vivante. Elle regarda autour delle, certaine de voir Martin bondir sur elle, mais elle ne trouva quune voiture tachée de sang et des banquettes couvertes déclats de verre.
- Je suis vivante, murmura-t-elle pour se convaincre.
- KARINE !
Grégoire courut vers elle et lui ouvrit la porte. Karine sortit du véhicule doucement, encore en état de choc. Martin, lamour de sa vie, une passion quelle croyait éternelle, sétait éteint sous le poids de sa folie.
- Ça va Karine ? lui demanda Grégoire et la soutenant sur son épaule.
- Partons dici daccord ? Partons.
Et, le cur encore lourd démotions, ils partirent. Sils étaient restés quelques minutes de plus, il auraient pu voir une silhouette séchapper de lautomobile de Linda Zuniga. Une silhouette armée dun couteau.
Fin