Appel de détresse
de Jonathan Collins
Kelly stationna le véhicule blanc en bordure de la route en face de la somptueuse maison des Willis. Elle avait été engagée à titre de gardienne d'enfants pour la soirée. Pas qu'elle adorait les enfants, au contraire elle les méprisait, mais désirait économiser suffisament d'argent pour aller vivre en appartement loin de ses parents bornés. Elle voulait un peu de liberté !
Elle ouvrit la portière de l'automobile, la vérouilla puis la referma en un bruyant claquement qui résonna dans la noirceur de la nuit. D'une main elle tenait ses bouquins de science, une épaisse masse de pages qu'elle devait étudier, et de l'autre son sac à main où elle traînait son argent de poche et ses nombreuses cartes de crédit. D'un pas assuré elle grimpa l'allée et fut rapidement accueillie par le maître de la maison qui était vêtu d'un chic complet noir et d'une paire de
chaussures de même couleur.
- Vous êtes mademoiselle Béliveau ? Enchanté de vous rencontrer. Je n'ai malheureusement pas pu venir quand ma femme vous a engagée, j'étais à un congrès à Toronto. Mais je vois que Diane a fait un choix judicieux.
- Merci ! répondit Kelly, intimidée par les propos flatteurs de son employeur.
C'est à cet instant que Diane Willis apparut dans l'embrasure de la porte, ses mains travaillant à attacher un riche pendentif où brillait un majestueux saphir.
- Richard ! Veux-tu cesser de complimenter cette dame et la laisser entrer ! Nous allons être en retard pour la fête !
- Oui, oui ! J'arrive ! Laisse-moi le temps de prendre mon manteau !
Kelly fut guidée par M. Willis à l'intérieur de la demeure et resta immobile quelques instants à contempler la beauté de l'endroit. C'est Mme Willis qui la tira de ses rêveries :
- Vous pourrez visiter plus tard. Les enfants dorment au deuxième étage. N'allez pas les réveiller, ils sont très difficiles à rendormir ensuite.
- D'accord.
- Nous serons de retour vers minuit, continua M. Willis. S'il y a un problème, appelle au numéro sur le réfrigérateur.
- Parfait ! répondit-elle impatiente de se balader dans l'immense manoir.
- Et si tu as faim, conclut Mme Willis en sortant, tu peux te préparer du maïs soufflé. Au revoir !
- À tantôt !
Et le couple partit d'un pas rapide vers le véhicule dans le garage. Kelly ne leur prêta pas attention et se dirigea immédiatement vers le salon, une pièce presque aussi grande que sa maison. Elle s'aventura ensuite dans la salle à manger où brillaient de nombreux chandeliers et s'empara d'un pomme posée dans un bol à fruit sur la table. Elle fit ainsi le tour de la maison, traversant seize pièces aussi impressionnantes les unes que les autres.
- C'est un véritable palais ! dit-elle émerveillée.
"Et elle crois que je vais me contenter de maïs soufflé ! Dis-toi que t'as frappé à la bonne porte ma chère !"
Une heure passa avant que Kelly ne commence à étudier. Elle passa le plus clair de son temps à fouiner un peu partout à la recherche d'argent et ne fut pas surprise de ne pas en trouver. Ils gardaient probablement tout sur eux ou à la banque. "Tu devras attendre ton salaire. Les pourboires ce sera pour une autre fois !"
Dès qu'elle ouvrit son manuel de physique, le téléphone sonna.
- Sauvée par le téléphone ! soupira-t-elle en reposant le livre sur la table de verre.
Elle décrocha l'appareil à sa deuxième sonnerie et répondit d'une voix enjouée :
- Allô !
- Kelly ? C'est M. Willis ! Est-ce que tout va bien ?
- Tout va à merveille ! Il n'y a aucune raison de vous inquiéter !
- Je vous fais confiance. Vous devriez aller vérifier les enfants en haut. Je ne voudrais surtout pas qu'ils leur arrivent quelque chose de fâcheux
Et la communication fut coupée.
"Cet homme est étrange
j'ai hâte de retourner chez moi."
Elle se résigna finalement à aller voir les enfants en haut, consciente qu'elle devait immédiatement se mettre à l'étude. Mais dès qu'elle ouvrit le bouquin, le téléphone sonna à nouveau.
- Merde ! Que veut-il encore ?
Elle décrocha l'appareil et émit un salut un peu brusque. C'est une voix rauque qui lui répondit :
- Si j'étais toi, j'irais vérifier si les enfants vont bien
- Pardon ? M. Willis, c'est vous ?
- Va voir les enfants Kelly
Et l'interlocuteur raccrocha, laissant Kelly au dépourvu.
"Peut-être que je devrais aller voir s'ils vont bien. Si je veux être bien payée, vaut mieux faire mon travail de gardienne correctement."
Elle soupira et se rendit à l'escalier principal qu'elle gravit pas à pas, un nud au ventre.
"Pas besoin de te faire du souci, ils vont bien."
Mais lorsqu'elle atteignit finalement la chambre d'enfants et qu'elle ouvrit la porte, elle hurla. Son cri ne cessa que lorsqu'elle réalisa que le téléphone sonnait. Elle détourna le regard deux petits corps pendus et dévala les marches à grande vitesse. La terreur l'avait gagnée. Son cur battait la chamade et ses mains cherchaient un appui, en vain, et elle fut, malgré elle, plongée dans le vide. Son corps déboula les cinq dernières marches et alla s'écraser sur le carrelage de la salle principale.
- Ouch !
Elle voulut se relever mais ses pieds ne voulaient pas la supporter. Elle dut donc s'asseoir sur la première marche pour reprendre ses esprits avant de reprendre sa course vers le téléphone. Lorsqu'elle l'atteignit finalement, il émettait sa sixième sonnerie.
- Allô ?
- Es-tu allée vérifier les enfants Kelly ? demanda la voix en un murmure sinistre.
- Oui petit salaud ! Tu les a tués enfoiré ! Je vais appeler la police et tu vas te retrouver en tôle pour le reste de tes jours !
- Ça, je ne le crois pas Kelly
peut- être devrais-tu aller vérifier si les enfants sont toujours pendus
ils sont peut- être tombés
- NON ! Je ne retourne plus jamais là-haut !
Et elle raccrocha violemment, terrifiée par l'ampleur de la situation. C'est alors qu'elle se souvint du numéro qu'avait laissé M.Willis. Elle pénétra dans la cuisine à la recherche du message, mais ne trouva qu'un mot griffonné sur un papier froissé qui la laissa dans un état de panique :
VA TE FAIRE FOUTRE !
Ce fut un second hurlement qui brisa le silence.
"La police ! Je dois appeler la police immédiatement avant qu'il ne me tue !"
Mais lorsqu'elle atteignit l'appareil, celui-ci se mit à sonner.
- Merde ! Fous-moi la paix !
Elle décrocha avec réticence et n'eut pas à parler qu'une voix se fit entendre :
- Des enfants pendus
une gardienne terrifiée et un assassin en liberté ! Formidable !
Kelly raccrocha d'un brusque mouvement, s'apprêta à composer le 9 - 11 mais fut interrompue par la porte qui s'ouvrait.
- Oh ! M. Willis ! Sortez-moi d'ici !
Mais lorsqu'elle réalisa que Richard Willis ne revenait que dans une heure, elle sut qu'il était trop tard.
- Merde
Elle recula de quelques pas puis se mit à courir. Elle allait fuir par le garage. Elle se souvenait d'une porte menant là dans la cuisine. Mais lorsqu'elle tenta d'ouvrir la porte en question, une main vint se poser sur son épaule, la tirant vers l'arrière. Elle glissa sur le plancher et sa tête vint cogner le bois vernis.
- Ouch ! Salaud
Elle essaya de se relever mais un pied la maintenant contre le sol.
- Lâche-moi ! Crapule !
Ses doigts tentèrent de s'agripper aux meubles mais au dernier instant, lorsqu'elle se sentit affaiblir, l'homme retira son pied de sa poitrine, le surélevant dans les airs dans le but de l'écraser sur son ventre pour lui couper le souffle. Mais Kelly ne perdit pas une seconde et se roula sur le côté, le pied de l'inconnu écorchant son bras. Elle se mit à ramper vers le comptoir pour s'emparer d'un couteau mais au dernier moment, le soulier vint lui écraser la main. Elle hurla comme une démente.
- Si tu avais été voir les enfants plus tôt, peut-être que cela ne se serait jamais produit
Et l'étranger agrippa un long couteau de cuisine, le leva haut dans les airs et vint l'enfonça dans le dos de la victime à plusieurs reprises. À chaque descente, il émettait un fort souffle comme s'il forçait pour traverser la chair de la jeune femme. Lorsque son uvre sanglante fut achevée, il nettoya l'arme du crime et partit à la course. C'est les voisins qui téléphonèrent en apercevant les flammes venant de la salle à dîner. Lorsque les pompiers arrivèrent finalement, il était trop tard. La maison avait presque entièrement brûlée. Seul le garage semblait avoir survécu aux flammes. Quand ils fouillèrent les décombres quelques heures plus tard, ils découvrirent les trois cadavres dans la maison
et les deux dans le garage, ceux de M. et Mme Willis, morts asphyxiés dans le garage. Ils n'étaient jamais partis
on les avait tué bien avant
Maintenant la terreur pouvait commencer.
À suivre