ABC d'un assassin
De Jonathan Collins

 

Hier soir, il y a eu un meurtre crapuleux. Rita Armand a été sauvagement assassinée à coups de marteau. Tous ses amis, dont Karine Hébert, sont complètement retournés.

- C'était la plus gentille...

Les paroles de Linda Zuniga furent fatidiques aux oreilles de Martin Grenier, l'ex-petit ami de la défunte.

- Ne parle plus d'elle d'accord ? répliqua-t-il brusquement. Je n'ai plus du tout le goût d'en parler. D'accord, elle était gentille, belle et tout, mais je n'ai pas le goût de raviver les souvenirs...

Linda hocha de la tête et regarda Sonia Charette qui semblait complètement perdue dans pensées. Un voile noir était passé sur elle. Elle était impassible. Aucune émotion. Son regard était toujours fixe devant elle et elle ne disait que le strict nécessaire. Elle avait trop mal.

- Euh... j'imagine alors que la soirée que l'on devait passer au cinéma demain est annulée ? demanda doucement Corinne Brébeuf au bras de son petit ami, Grégoire Thibault.

- D'après toi ? répliqua brusquement Martin en regardant la fille d'un regard furieux.

Corinne mit les mains en avant en guise de protection contre les paroles de Martin puis baissa la tête. Grégoire déposa sa tête sur la sienne.

- Ça va ma belle... ça va...

Karine regardait la scène, muette de stupeur, et réalisa que les liens qui unissaient la bande d'amis avaient été brisés par le maillon manquant de Rita...

Un membre du groupe était parti... assassiné à coups de marteau... maintenant, le groupe était détruit, anéanti. Et probablement plus jamais cela ne reviendrait à la normale.

- Je crois que je vais y aller. Dit Karine en empruntant l'escalier. Elle quitta la maison de Martin à pleine vitesse suivie de près par Corinne et Grégoire. Sonia partit peu de temps après. Linda resta pour réconforter son ami bien qu'il lui demanda à plusieurs reprises de partir.

C'était devenu terrible. Rita était morte. Martin était bouleversé et brisait alors lui aussi son lien... probablement ce que ferait tout le monde bientôt...

L'amitié, c'était fini...

Ce soir-là, Corinne se rendait chez Linda pour discuter un peu de l'évènement quand elle sentit le souffle chaud sur sa nuque. Elle se retourna vivement et tomba face à l'assassin masqué d'une cagoule.

Évidemment, cela ne suscita pas l'inquiétude du voisinage... en plein hiver il est normal de se protéger du froid.

Seulement, s'ils auraient suscité un peu d'attention aux cris de Corinne et au couteau que tenait l'inconnu dans sa main, cela aurait peut-être épargné un bain de sang...

Mais ce ne fut pas le cas...

Sonia pleurait. Le voile s'était déchiré. Linda tremblait de tout son corps et essayait de se retenir de pleurer. Martin était resté chez lui, trop bouleversé et Grégoire tentait de faire son dur à cuire, mais Karine crut apercevoir une larme couler sur sa joue qu'il essuya immédiatement.

C'était terrifiant. Deux meurtres en deux jours. Rita et Corinne, assassinées...

Et pourtant, c'était loin d'être terminé. Car tandis que la semaine passait, Sonia fût à son tour assassinée. Puis, le lendemain, Martin fut percuté par une voiture. Mais il survécut et ce fut ce qui était le plus important. Et tandis qu'il était toujours en état de choc, Karine, Grégoire et Linda restaient sous le choc.

Mais le lendemain matin, quand Karine arriva à l'hôpital, elle aperçut Linda, un oreiller à la main, s'approchant lentement de Martin. Ses mains étaient crispées autour de l'objet. Karine ne réfléchit pas une seconde et fonça sur Linda et alla s'écraser sur le plancher. Elle se leva rapidement, furieuse, mais Karine lui assena un coup de pied dans le tibia puis la poussa contre le mur.

La tête de Linda heurta violemment la paroi blanche et elle tomba inconsciente. Karine recula d'un pas et se courut chercher la sécurité. Ils arrêtèrent Linda et tandis qu'ils l'amenaient, la jeune fille regarda Karine dans les yeux et avec un sourire mortel dit :

- Ce n'est pas fini Karine, je te le promets.

Deux heures plus tard, Martin se réveilla dans son lit. Karine était là, à côté des parents du jeune garçon.

- Je...

- Ne parle pas, mon chéri...

- Oui ! ...je dois parler...

Il toussa brusquement puis pendant qu'une larme coulait sur sa joue, il leur parla :

- Le meurtrier... le meurtrier est toujours en... liberté. Linda avait un complice... l'assassin utilise... l'alphabet pour... pour tuer ses victimes. Il... suit l'ordre alphabétique. Karine, tu es la prochaine...

Les yeux de Karine s'agrandirent et elle courut à l'extérieur de l'hôpital.

Elle était la prochaine victime...

- Bonjour, Karine ! s'exclama une voix derrière elle.

C'était Rita.

- Rita ? Mais... tu es morte !

- Oui, je sais... mais je ne suis pas Rita ma belle... je suis sa sœur jumelle...

- Quoi ? Mais elle ne m'a jamais parlé de toi !

- Je sais... elle avait honte de moi... elle se croyait supérieure avec ses petits airs de riches pendant que j'étudiais dans une école de délinquants à des centaines de kilomètres d'ici. J'ai fait tout ce chemin pour me venger... maman aimait plus Rita...

- Mais pourquoi avoir tué Corinne et Sonia ?

- Parce que ce sont ses amies... et moi je n'en ai pas. Oh ! Je ne me suis pas présentée ! Je m'appelle Rosalie Armand.

Karine fut prise d'un excès de rage et fonça, tête baissée, sur Rosalie qui tendit les bras pour se protéger mais elle fut projetée sur le mur de l'hôpital.

C'est à cet instant qu'un médecin sortit et les aperçut. Il appela la police qui arrêta Rosalie. Karine avait su venger ses amis... et protéger les autres...

Seulement, ce n'est pas ainsi que tout se termina... loin de là...

Car trois semaines après l'arrestation de Rosalie, Karine entendit une terrifiante nouvelle à la télévision.

Il y a eu hier un meurtre crapuleux dans les bois de Dead Street. La concernée : Rosalie Armand, évadée de la prison

Depuis hier. Les policiers recherchent toujours l'assassin...

- Vous ne la trouverez jamais... dit une voix.

C'était celle de Karine, tenant fermement un poignard à la main.
Fin

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