La fenêtre était ouverte. Un souffle glacial se faufilait à l'intérieur, faisant tournoyer les rideaux bleus aux motifs de fleurs. Même sous d'épaisses couvertures, Allie sentit ce froid l'atteindre de plein fouet au visage et elle se réveilla presque instantanément.
"Qui a ouvert la fenêtre ?"
Elle aurait pu se convaincre qu'elle avait oublié de la refermer lorsqu'elle s'était couchée, mais nous étions en plein mois de janvier et le chauffage était devenu une nécessité dans son cas. Par ailleurs, sa chambre était au rez-de-chaussée et n'importe quel inconnu aurait pu s'introduire chez elle et la cambrioler ou pire... la tuer.
"Quelqu'un se trouve peut-être déjà à l'intérieur."
Elle retira cette pensée de son esprit, se leva et alla refermer la fenêtre. Le vent siffla et la fenêtre grinça. Du même coup, elle crut entendre un bruit dans le couloir.
Des pas... quelqu'un marchait sur le plancher de bois du couloir. Elle devina presque qu'il se dirigeait vers la cuisine à pas feutrés.
"Tu perds la tête, il n'y a personne d'autre dans cette maison que toi."
(et l'étranger)
- Bordel ! Vas-tu cesser de me harceler ainsi ?
Elle réalisa avec un frisson qu'elle avait prononcé ces mots à haute voix. À qui donc parlait-elle ? Devenait-elle complètement folle ?
Et pourtant, elle se dirigea quand même vers le couloir et ouvrit la porte avec précaution. Sortant la tête lentement, elle jeta un regard à chaque bout du corridor. Bien naturellement, ce dernier était vide.
(la cuisine, la cuisine!)
Allie sentit son coeur accélérer son rythme drastiquement. Ses tympans cognaient dans sa tête. Elle tremblait. Ses mains ne cessaient de trrembler comme des feuilles mortes au gré du vent d'automne.
"Ne laisse pas la peur prendre le dessus."
Malgré tous ses efforts, rien ne pouvait effacer les images d'horreur qui se bousculaient dans sa tête. Elle ne pouvait rester ici. Même si elle vérifiait toutes les pièces, tous les coins de la maison, elle ne pourrait plus dornmir avant la levée du jour.
Elle recula et referma brusquement la porte. Elle s'imaginea facilement une main musclée surgir des entrailles de la pénombre et s'accrocher à elle.
( Tu vas mourir, salope! Je vais te tuer! )
Elle respirait maintenant en haletant. Elle voulait éclater en sanglots, mais son corps était pétrifié par la terreur.
Il se tenait là, à la fenêtre, l'observant de ses yeux sombres et malveillants. Un corbeau. Elle l'entendit presque se moquer d'elle.
" Je ne devrais pas m'énerver. Je vais rester ici et dormir paisiblement. Rien ne peut m'atteindre. "
Allie se coucha doucement dans son lit et se glissa sous les couvertures prises d'une soudaine fatigue.
- Tout ira bien, murmura-t-elle à l'intention du corbeau qui s'était maintenant envolé.
En quelques secondes, elle fut plongée dans un profond sommeil.
Lorsqu'elle se réveilla, les peurs de la veille lui semblèrent si anodines. Tout ce qui la préoccupait en ce moment, c'était son ventre qui criait de faim.
Une légère brise vint caresser sa nuque et elle en fut rassurée. Elle se retira des couvertures et déposa ses pieds sur le plancher froid. Si froid.
" Où sont mes chaussettes ? "
Elle les cherchait des yeux lorsque deux mains s'accrochèrent à ses chevilles. Tout son corps fut secoué violemment. Sans prévenir, elle fut tirée vers l'arrière. Elle s'affaissa de tout son long. Son menton fut le premier à se heurter violemment. Un goût de sang lui emplit la bouche.
Un cri retentit tandis qu'elle disparaissait sous le lit. Puis, le corbeau revint à la fenêtre.
Il s'y trouvait encore lorsque les policiers retrouvèrent le cadavre quelques heures plus tard.
F I N