Bienvenue à bord !
De Jonathan Collins
Le prochain arrêt est loin. Thomas s'endort sur le banc de l'autobus. Il est seul dans le véhicule sans compter le chauffeur âgé à l'avant. Le temps est long
il ne sait pas quoi faire pour tuer le temps.
"Tu aurais pu t'apporter un livre imbécile !"
Thomas avait beau être un excellent technicien en laboratoire, il était distrait dans sa vie personnelle. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'il se trouvait présentement dans ce vieil autobus où il avait passé les trente dernières minutes, se tournant les pouces, lâchant souvent de longs soupirs d'exaspération.
Ce matin, en voulant se rendre au travail, il avait violemment percuté un arbre. Maintenant, sa voiture était au garage et lui se trouvait condamné à endurer les secousses du transport public.
Mais ce n'était pas grave. Il tenait présentement, en sa main, une mallette en cuir contenant la découverte du millénaire qui le rendrait riche !
Il avait trouvé le remède contre le sida. Il aura fallu attendre jusqu'en 2014 pour le découvrir, mais ça y était !
Thomas sourit fièrement et appuya la mallette contre sa poitrine.
Tu es mon seul espoir
"
Jacques Hartley, chauffeur d'autobus depuis plus de vingt-cinq ans, contemplait la route devant lui. Étrangement, les voitures étaient rares. Il faisait ce parcours depuis ses débuts et c'était la première fois que l'endroit était aussi désert.
Il n'aimait pas ça. C'était trop étrange. Trop anormal
C'est alors qu'il aperçut la seule voiture du coin surgir à sa gauche. C'était une magnifique décapotable rouge, conduite par
Oh ! Conduite par la déesse des déesses ! Un sublime corps féminin ! Il devait avoir le double de son âge mais il s'en fichait bien. Il adorait les gamines de ce genre.
S'il n'avait pas ce passager à bord, il se serait mis à suivre l'auto, simplement pour connaître sa destination.
"Satané passager ! Pourquoi existes-tu ?"
Il continuait de fixer la femme. Cette dernière, sentant des yeux posés sur elle, se retourna le sourire aux lèvres. Même en apercevant le vieillard qu'il était, elle continua de sourire d'un air taquin.
"Salut poupée, aurait-il voulu dire."
Soudain, la décapotable sembla ralentir. Jacques ne comprit pas immédiatement qu'il y avait un feu rouge. Ce n'est que lorsqu'il entendit les coups de Klaxon qu'il aperçut la voiture noire arriver à sa droite, perpendiculairement à lui. Il vira violemment à gauche.
Thomas n'eut le temps que de voir l'auto noire se faire écrabouiller par l'autobus avant de se sentir basculer vers sa droite. Il chuta entre les bancs, évitant de justesse sa tête de fracasser la vitre. La mallette, elle, alla voler au fond de l'autobus.
L'autobus s'était retourné sur le côté et tournait maintenant sur lui-même. Thomas essayait de s'agripper aux sièges du mieux qu'il le pouvait mais il bascula vers l'arrière et sa tête heurta le plancher. Il s'étira les jambes pour leur éviter de traverser la vitre.
Soudain, l'autobus cessa de capoter. Tout était silencieux. Thomas remarqua qu'il saignait du front. Mais il s'en fichait bien. Tout ce qu'il désirait, c'était sa mallette, sa fortune.
Il traversa à pleine vitesse l'autobus à la recherche de la mallette.
Non. Elle ne pouvait pas avoir volé à l'extérieur. Il n'était pas question qu'il perde ainsi sa richesse. C'était dix ans de recherches !
"Mallette ! Petite valise ! Où te caches-tu ?"
Elle était nulle part. Il décida d'aller vérifier à l'avant, malgré qu'il était convaincu de l'avoir entrevu voler à l'arrière. Mais l'autobus avait tellement capoté que tout était possible.
En arrivant à l'avant, il trouva le cadavre du chauffeur. Un immense morceau de verre lui avait carrément traversé la gorge. Thomas eut un haut-le-cur.
Il recula. Non. Sa mallette était disparue.
Il aurait voulu se jeter sur le sol et éclater en pleurs. La plus grande découverte, détruite ! Anéantie ! Il n'en restait rien ! Elle s'était évaporée !
C'est alors qu'il entendit le crissement des pneus d'une voiture. Il se recula au fond de l'autobus et vit l'immense mastodonte venir percuter à son tour l'autobus. Et il eut juste le temps de lire "inflammable" sur le camion
Puis tout explosa.
"Que je brûle en enfer ! Ma vie n'en vaut plus la peine !"
Le Mort exauça son souhait.
Fin