Douze corbeaux
de Jonathan Collins

Ils sont encore à la fenêtre, guettant la maison de leurs yeux malfaisants. Ils veulent ma mort, je le sais… Je le sens. Ils sont de mauvaise augure. Ils sont encore à la fenêtre… J'en ai assez… Pardonnez-moi si je fais une bêtise, mais je sens la rage me gagner…

Le bruit du vent est presque aussi agaçant que ces oiseaux. Ils sifflent en se faufilant par la vitre brisée. Lydia s'est emportée et a envoyé le rouleau à pâte par la fenêtre. Elle en avait assez de les entendre se moquer d'elle. Ils sont douze. Oui, elle a pris le temps de les compter. Mais ça, c'était il y a deux semaines, quand ils sont venus pour la première fois et qu'elle trouvait cela amusant. Mais elle s'est rapidement épuisée, commençant à devenir impatiente. Aujourd'hui, elle vient de fracasser la vitre… Maintenant ils peuvent entrer…

Elle a posé du plastique sur la vitre. Les corbeaux ne sont pas venus depuis trois heures. Lydia peut enfin relaxer… Elle se lève, va à la cuisine et prend une pomme dans laquelle elle croque à belles dents. "Le silence… enfin !"

Il ne fut pas de longue durée. Les corbeaux revinrent une demi-heure plus tard. Elle hurla de rage et faillit envoyer son fruit par la fenêtre. Elle se retint, la déposa le plus calmement possible sur la table et alla effrayer les oiseaux. Trois s'envolèrent, mais revinrent une dizaine de secondes plus tard.

Je vais devenir folle ! Ils rient de moi ! Ils savent que je n'aime pas qu'ils se perchent sur le balcon ! Cette fois c'en était assez ! Elle prit l'annuaire de téléphone dans ses mains et chercha le numéro d'un exterminateur d'oiseau.
Lydia a plus d'un tour dans son sac mes chéris ! Vous allez voir ce que vous allez voir !

L'exterminateur réussit à chasser rapidement les volatiles et suggéra qu'elle demande à l'ancien propriétaire, un dédommagement pour ce que ces bêtes avaient causé.
- D'accord, je le ferais. Je compte peut-être déménager…
- Ce serait une autre solution.
Lydia paya l'exterminateur puis, lorsqu'il fut parti, elle se jeta sur le divan, prise d'une forte migraine. Oiseaux de malheur ! D'accord, vous avez gagné ! Je pars !" Elle se leva, les larmes aux yeux et regarda par la fenêtre… Les corbeaux étaient revenus…

Elle avait tout empaqueté et était prête à partir quand elle aperçut cette trappe au plafond, trappe qu'elle n'avait jamais vue auparavant. Un grenier ? L'ancien propriétaire ne m'en avait guère parlé… Elle sentait un courant d'air froid se faufiler par une fissure. Lydia sortit, passant le plus loin possible des corbeaux et alla chercher une échelle. En regardant en l'air, elle aperçut une lucarne. Le vent provient sûrement de là…

Elle retourna à l'intérieur, installa l'échelle, ouvrit la trappe et se retrouva dans un nuage de poussière. Lorsque celui-ci fut dissipé, elle grimpa à l'intérieur. Le plancher grinçait sous ses pas. C'est alors qu'elle aperçut la fenêtre… Elle était grande ouverte, comme elle l'avait vu de l'extérieur. Et… et il y avait un corbeau, perché, qui la regarde de ses yeux noirs. Oh non !

Elle recula d'un pas et avant de pouvoir atteindre l'échelle, elle entendit le croassement des corbeaux, derrière. Ils étaient plus nombreux… Ils étaient probablement tous là d'ailleurs. Et le bruit s'intensifiait. Elle se retourna vivement et eut juste le temps d'entendre des bruissements d'ailes et de voir des becs filer vers son visage avant de sentir une douleur atroce lui parcourir tout le corps. Les oiseaux enfonçaient leurs pattes et leurs becs dans son visage… ses bras… ses jambes…

Elle recula de quelques pas et bascula vers l'arrière, à travers le trou par lequel elle était entrée. Elle atterrit durement en bas en un craquement horrible. Je me suis cassé le bras ! Mon bras est en mille morceaux bon Dieu de merde ! Mais cela n'avait plus d'importance maintenant. Elle allait mourir si elle ne faisait rien. Elle tenta de se redresser, en vain ; les oiseaux continuaient à l'attaquer… Bof, tant pis… se dit-elle simplement. Douleur… souffrances… Pardonnez-moi si je fais encore une bêtise, mais je sens la mort me gagner…
Fin

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