Je savais que lun de nous avait assassiné mademoiselle Stevens. Jétudiais chacun des regards, essayant de déchiffrer la vérité. Qui était-ce? Sonia, la bonne, avec ses manières brusques? Elle avait servi Regina Stevens pendant dix-neuf ans sans la moindre reconnaissance. Ce motif était-il suffisant pour pousser la vieille femme de son balcon?
Il y avait aussi André, le chauffeur, désespéré à modifier son orientation de carrière. À quarante ans, Mademoiselle Stevens lui remplissait les poches dargent, mais sobligeait à entretenir une relation purement professionnelle avec lui, alors quil ne désirait que son amour. Je me questionnais sérieusement au sujet dAndré. Il paraissait être un excellent suspect dans cette affaire.
Caroline, la fille de Regina, était recroquevillée sur sa chaise, les larmes aux yeux. Pourtant, sa relation avec sa mère navait jamais été satisfaisante. Égoïste comme aucune, la fille ne ressentait aucun respect envers la millionnaire. Ce meurtre aurait-il pu être une vengeance personnelle?
Le suivant, Harold, le majordome, semblait préoccupé. Si, par malheur, on laccusait à tort, il ne pourrait pas profiter de la retraite méritée quil prévoyait pour lannée suivante. Aurait-il risqué autant pour si peu?
La dernière personne, Camilla, très grande amie de mademoiselle Stevens depuis le jardin denfant, était la seule héritière de la fortune quasi inestimable. Je me demandai si, en tant que sexagénaire, elle apprécierait autant dargent. Si tel était le cas, cela correspondrait à un motif classique pour un meurtre.
Nous attendions tous le verdict fatidique du détective Bradley. Il les avait réunis dans la salle à manger, autour de la table ronde, pour déterminer le coupable. Jestimais me situer dans une bonne position puisque je connaissais à peine Regina, pour lui avoir parlé quelques fois lorsquelle se rendait au marché.
Bref, lhomme à limperméable marron les observait, dans un coin, connaissant déjà la solution à ce mystère. Son assistant, Luc, brandissait une paire de menottes, pressé de les enfiler aux poignets du meurtrier. Ce fut à cet instant que Bradley expliqua la situation.
- Devant les indices nombreux et preuves irréfutables que jai amassé durant ma longue enquête, jai pu reconstituer la scène du crime et en déterminer lauteur. Mademoiselle Regina Stevens était lobjet de jalousie et de mépris de la part de vous tous. Nous ne pouvons vous les cacher, quelquun, dans cette pièce, a véritablement poussé cette pauvre vers une mort certaine. Je dois avouer que nul dentre vous, innocent ou coupable, nest à féliciter pour votre comportement désolant envers la défunte. En conclusion, jen suis venu avec lévidence même de la culpabilité de
Un coup de feu linterrompit. Paniquée, je me jetai sous la table. Jentendis un hurlement que je définis comme étant celui de Sonia. Un second coup de feu éclata. Lorsque tout devint silencieux, josai relever la tête. Étendu sur le sol, le détective Bradley baignait dans son sang, aux côtés de son assistant, lui aussi mort.
- Cest tout ce quils méritaient! Me faire ça à moi!
Je me tournai en direction de la familière voix. Caroline tenait un pistolet dans sa tremblante main droite. Jignorais doù il provenait. Elle pointa le canon vers Camilla.
- Je nirai pas en prison! Jai toute une vie de plaisir devant moi! Cette garce, cette vieille folle sans cur voulait me renvoyer chez mon père pour que je ne puisse pas profiter de sa fortune avec elle. Chiche! Voilà ce quelle était! Toute sa vie, elle ne pensait quà son argent. Elle mavait oubliée.
Elle sanglotait maintenant. Soudainement, sans crier gare, elle tourna larme et lappuya contre sa tempe.
- Quelle brûle en enfer! Moi, jai une autre vie bien meilleur quil mattend là-haut!
- Caroline, non! hurlais-je.
Il était trop tard. Elle appuya sur la détente. Du sang gicla de par lautre côté de sa tête. Larme quitta ses doigts pour atterrir contre le sol. Le frêle corps suivit par la suite, lourd. Doù je me trouvais, japerçus une larme, une dernière, couler contre la joue de la malheureuse.
- FIN -